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  • Le Cri du Coeur, Epilogue

     

    Épilogue

     

     

     

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    Rome

    Deux jours plus tard.

     

     

    Mon cœur bat vite alors que je sens le regard de la foule sur moi. Ce jour me paraissait si loin, mais il est là désormais, il est arrivé à une vitesse incroyable, tellement que je ne m’y attendais pas. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle ne soit pas là, pourtant, elle est partie, et mon cœur la comprend autant qu’il en a mal.

    Je me suis réveillé le matin, avec un étrange sentiment que les choses avaient changé. Toute la nuit, j’avais enfoui mes problèmes et mes responsabilités, tout ce qu’une nuit comme celle-ci engendrerait. Je m’attendais à des heures longues et douloureuses au petit matin, emplie de doutes et de remises en question… je m’attendais au regard d’Aubrey sur moi, celui qu’elle avait depuis des années sur son visage lorsqu’elle me regardait.

    Mais je n’ai rien eu de tout cela, puisqu’elle n’était plus là.

    Je me suis réveillé seul dans cette chambre d’hôtel, avec son exemplaire vieux et déchiré de La Vie Nouvelle de Dante, accompagné d’une lettre à mon nom.

    Et j’ai su en une fraction de seconde qu’une page venait de se tourner. Les mains tremblantes, j’ai ouvert sa lettre, et je l’ai lu.

    Mon cœur s’est serré, et j’ai ressenti cette même blessure, celle que j’ai eu au même moment que je lui ai causé.

    Et pas une seule fois, j’ai été en désaccord avec sa plume, pas une seule. Aubrey avait énormément grandi, elle était cette femme belle, forte et intelligente que j’avais vue en elle.

    Je l’ai aimé comme un fou, avec peur certes, mais comme un fou déchiré entre deux passions. Celle pour une femme et pour le Christ, lors d’une vocation qui m’a trouvé en chemin.

    Je n’ai jamais demandé à ce que les autres me comprennent, et je sais qu’au fond, j’aurais dû exiger la même chose d’elle. Là a été ma première et plus grosse erreur.

    Mon cœur bat toujours aussi fort lorsque je m’avance dans cette allée nous menant à l’Évêque et aux autres.

    Je vais devenir prêtre aujourd’hui, un prêtre, mais un homme au cœur brisé qui s’y attendait, mais qui n’a pas le choix.

    Entre amour et vocation, on ne peut pas obtenir les deux.

    J’entends une voix avec un fort accent italien m’appeler :

     

    — Logan Matthews Crowley ?

     

    J’ouvre les yeux pour croiser le regard de l’homme vêtu d’une aube rouge, avec des ornements couleur or, ma voix s’enraille un peu lorsque je réponds comme le veut la tradition :

     

    — Me voici.

     

    Un des prêtres du séminaire français nous présente tour à tour. Je suis ailleurs, mes pensées ne sont pas totalement dans l’instant, mais qu’importe. Je l’écoute d’une oreille, pendant que mon cœur fait son deuil et se prépare à vivre une vie qu’il a choisi.

    Sans peur, sans doute, sans regret. Je ne ressens rien de tout ça. Je sais ce que je fais, même si cela peut paraitre fou, mon engagement est sincère.

    Mais une part de moi, celle de l’homme et l’amant qui été en communion avec elle s’est éteinte dans cette chambre. J’ai fait mon deuil de cette personne.

    Aubrey a raison, ce genre d’amour, on ne le vit qu’une fois, on ne peut le vivre qu’avec une personne faite de chair et de sang.

    Je frissonne en y pensant. Faire l’amour avec elle était l’un des moments les plus déchirants et les plus passionnels que j’ai connus dans mon existence, un moment hors du temps, hors de tout, hors de contrôle.

    Je sors de mes pensées lorsque je vois mes collègues s’exécuter. Comme le veut le déroulement de l’ordination, les deux autres séminaristes et moi-même, nous nous allongeons face contre le sol, pendant que ceux qui nous entourent chantent et je pense à elle.

    C’est là que notre histoire s’est achevée, dans une chambre d’hôtel à Rome, en face de la Piazza Navona, une nuit d’hiver incroyablement belle.

    Nous le savions, l’amour n’était pas si loin, et même s’il n’en est pas sorti vainqueur de cette bataille entre passion et vocation, il est toujours là, tapi au fond de nous comme un vieil ami qui ne nous quittera jamais. Je n’aurais jamais cette femme pour moi, mais mon cœur, lui, il lui appartient. Depuis notre rencontre, jusqu’à mon dernier souffle, qu’elle soit près de moi, ou à l’autre bout du monde. On ne peut pas l’oublier, on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas.

    Je vais devenir prêtre, et j’aime le Dieu auquel je crois. Mais Brey a raison, ces deux amours sont différentes, l’un est plus spirituel, et l’amour, plus humain, plus palpable.

    Je ferme les yeux, je sens encore le goût de sa peau contre mes lèvres et la chaleur de son corps frissonnant contre le mien.

    Aubrey me manquera c’est certain. Et même si nos chemins se sont séparés, nos deux cœurs se sont liés.

    Plus tard, lors d’un séjour à Londres pour voir ma famille, j’apprendrais qu’Aubrey s’est enfin marié avec le Professeur Tyler Clark. Elle aura deux belles petites filles et un mariage heureux de l’autre côté de l’Atlantique. Elle finira professeure à l’université, et enseignera l’histoire sous de nombreuses spécialisations. Aubrey sera heureux, la plaie dans son cœur créer par notre histoire ne sera plus qu’une vilaine cicatrice bandée par le temps, l’amour et la maturité. Elle racontera à ses filles un jour ce qu’elle a vécu, elles en seront intriguées parce qu’Aubrey ne l’aura jamais montré. Elle aura été fidèle à Tyler jusqu’au bout et ils se seront aimés comme des fous. Parce que cet homme sera exceptionnel avec elle. Comme la promesse qu’il m’a fait, de l’aimer et de la protéger comme je n’aurais jamais l’occasion de le faire.

    Ils s’aimeront, longtemps et avec passion, Aubrey connaitra ça une seconde fois dans sa vie, un amour, mais un amour plus sage et moins destructeur.

    Mais jamais nous ne nous recroiserons. Comme une promesse silencieuse faite, notre histoire n’avait plus besoin d’une chapitre suivant. Nous ne prendrons jamais le risque de mettre en péril nos deux vies.

    Elle me manquera, et je lui manquerai, c’est certain.

    Jamais je ne quitterai sa Bible, elle m’aura accompagné dans chaque étape de ma vie, à chaque combat, j’aurais un peu d’elle avec moi.

    J’ai été nommé prêtre en 2017, et même si je ne le sais pas encore, je ferais de belles choses au cours de ma vie à Rome et dans la monde lorsque je voyagerais. Je me rendrais compte qu’il n’est pas si facile de changer les choses, mais qu’il faut toujours y crois et se donner les moyens de réussir.

    J’abandonnerais corps et âme dans cette lutte pour la justice et la religion, pour que cette dernière évolue, pour qu’elle change en bien pour vivre avec son temps.

    Je ne me ferais pas que des amis, mais, qu’importe, ce serait le combat d’une vie. Je ne serais pas toujours exemplaire, mais qui l’est ? Il m’arrivera de croiser quelques femmes, de vivres quelques aventures de passages dans leur bras, mais rien de sérieux. Je me l’interdirais.

    Je ne le sais pas encore, mais au fur et à mesure des années, j’aurais pu faire des choses et je deviendrais davantage qu’un prêtre de paroisse.

    Et il ne se passera pas une journée sans que je ne pense à Aubrey en me disant que lorsque nous serions seuls, elle, à Baltimore, moi à Rome, je n’aurais qu’à m’allonger dans une pelouse, lever les yeux au ciel et regarder les nuages en imaginant le son de sa voix.

    Aubrey me manquera souvent, et peut-être qu’un jour, j’aurais le regret de ne pas avoir fait ma vie avec elle. Mais je me consolerais en disant que j’aurais eu le bonheur et le malheur de connaitre en une seule vie, l’amour réel, le palpable, celui d’une femme.

    Tout n’était pas parfait, mais c’était notre histoire. Celui du cri d’un cœur et d’un sourd qui avait peur, mais d’un amour fort, qui s’est dévoré avec passion.

     

     

    AMHELIIE

  • Jäger, Chapitre 5

     

     

     

    Chapitre 5

    ***

    Markus

     

     

    Paris, France

    Juin 1965

     

     

    Il est quinze heures lorsque je pousse la porte de l’institut de beauté se nommant « Les Petits Soins d’Alix » dans le huitième. Le salon n’a pas changé depuis ma dernière visite qui date de bientôt deux ans. Les couleurs sont toujours pastel dans des tons rosés. Ça sent la femme à plein nez, le parfum trop poussé, les odeurs de produits de beauté, les bruits d’appareil électroménager dont je ne veux même pas connaitre l’existence.

    J’écrase ma clope à l’entrée en soufflant, comme pour chasser ce côté fruité qui règne dans l’air. Bordel, comment elles font pour ne pas avoir envie de dégueuler ?

    Je remarque qu’un silence s’est installé dû à mon arrivée. La dizaine de femmes présentent me scrutent avec attention, un sourire amusé se dessine sur les visages. Elles me regardent de la tête aux pieds en rougissant.

    Je jure dans ma barbe en m’approchant de la patronne. Je n’accorde aucune attention aux autres, je ne suis pas là pour ça. Si elles savaient, même pas elles me porteraient une seconde d’attention.

    Je ne suis pas ce que je parais être.

    Je ne suis pas normal.

    Je suis dangereux.

    À croire que les femmes aiment ça, les hommes qui puent le mystère. Pourtant lorsque je viens à Paris, je m’habille correctement. Je fais l’effort de mettre un costume pour paraitre. Je n’ai pas ce look des années cinquante, en cuir, jean déchiré et botte. Même si je préfère.

    Alix est au fond du salon, elle m’observe à son tour en riant. C’est une femme très belle de ce que j’ai compris. Ses traits sont fins, ses cheveux sont d’un blond éclatant. Elle les coiffe toujours à la Jackie Kennedy. Elle prend soin de sa couverture. Personne ne se douterait que cette femme de bientôt trente ans sont capables de sortir une arme et de tirer sur un homme pour l’abattre sans hésitation lorsque l’organisation lui demande. Parfois nos contacts sont obligés de liquider des informateurs qui risqueraient de vendre la mèche. Alix le fait très bien avec ses airs de poupées fragiles. Elle est capable d’en surprendre plus d’un, avec ses talons de princesse, ses robes ajustées et son air guindé.

     

    — Markus, tu ne changeras jamais, déclare-t-elle en écrasant sa cigarette dans son cendrier.

     

    Elle sort de derrière son comptoir.

     

    — Jamais, je confirme.

     

    — Tu ne viens pas embrasser ta cousine chérie ? lance-t-elle d’une voix forte pour que les femmes derrière nous entendent.

     

    Je la foudroie du regard, Alix m’ignore et s’approche pour me faire la bise. Je ne dis rien, même si je déteste ça, le contact avec les autres, la proximité qu’ont les Français. Alix le sait et en joue. Elle sait qu’en public je ne dirais rien. 

    Je me penche pour pouvoir la saluer comme il le faut. Ses lèvres rouges vont laisser des marques sur ma peau. Je déteste ça encore plus.

    Je me raidis en sentant deux mains sur mes fesses.

    Je hais ça plus que tout.

     

    — Depuis quand on pose les mains sur le postérieur de son cousin ? je lance à son oreille avec agacement.

     

    Mais Alix n’est pas le genre à rougir ou à se sentir gêné face à une réflexion de la sorte.

     

    — Depuis que je l’ai décidé.

     

    Elle s’écarte tout de même rapidement, un de ses bras reste autour de ma taille.

    Tu me le paieras, je me promets à moi-même.

    D’une voix enjouée, Alix prend un malin plaisir à me faire perdre mon temps dans ce salon. Elle prend la peine de me présenter comme si j’étais un putain de trophée.

    Maudites soient ces femmes !

     

    — Mes dames, je vous présente Markus, n’est-il pas charmant ?

     

    Des commentaires étouffés ainsi que quelques ricanements parviennent à mes oreilles. Je les ignore en levant les yeux au ciel. Je me tourne vers Alix qui s’en amuse.

    On va en venir au fait, j’ai des choses à faire après en fonction de ce qu’elle m’a obtenu.

     

    — On pourrait en venir au fait ? je souffle à son oreille.

     

    Sa main se pose sur mon torse qu’elle tapote affectueusement. Je prends mon mal en patience, Raff m’a dit d’être plus sympa avec mes contacts en Europe.

    Plusieurs mois loin d’ici m’a fait comprendre à quel point j’étais devenu un sauvage. Mes vieux démons ont repris de l’avance sur le terrain de ma lutte comme je ne l’aurais pas cru.

    Maudits soient-ils.

    Alix me fait signe de la suivre à l’arrière de la boutique. Je lui en suis reconnaissant de ne pas m’imposer plus longtemps ces regards.

    Nous passons de l’autre côté, dans une pièce calme sans parfum ni odeurs étranges. Alix ferme la porte derrière moi, le bruit du salon s’étouffe.

    C’est son arrière-boutique, il y a des papiers, des étagères, des vieux posters, un bureau, un poste vinyle, et une magnifique machine à écrire.

    Je la laisse vagabonder dans son bureau à la recherche des documents qu’elle doit me transmettre.

    Je suis étonné de ne pas avoir eu à expliquer mon comportement. Être arrivé plus tôt pour ne pas avoir à la rencontrer quand ça l’arranger me valait d’habitude des remarques, mais pas cette fois-ci.

    J’attends.

    Alix finit par sortir d’un des tiroirs une enveloppe qu’elle me tend. J’arrive à sa hauteur, saisit l’ensemble des documents en écoutant les propos de la Française.

     

    — En une semaine, j’ai pu faire marcher le réseau de Paris. DISPARAITRE est resté secret jusqu’à présent.

     

    Je fronce les sourcils en croisant les bras. Impossible. Les réseaux sont tous sortis de l’ombre durant les grands procès. 

     

    — Comment ça se fait ?

     

    — Ils ont appliqué les mêmes règles que pour les réseaux résistants. Pseudonymes, aucun répertoire, la discrétion, le secret, la fidélité. Les membres ne se connaissaient pas vraiment, seul le véritable noyau communiqué. Et de ce qu’on sait, ils étaient plutôt doués pour faire croire qu’ils ne se connaissaient pas. Avant que la Guerre ne prenne le tournant qu’elle a pris, DISPARAITRE a commencé à faire des recherches sur les pays qui n’accordent pas l’extradition.

     

    — Comment t’as eu accès à tout ça ? je lance en consultant les papiers.

     

    — J’ai fait marcher mes sources, et puis… j’ai fouillé le grenier de Papa, m’informe-t-elle.

     

    Alix m’a fourni des copies de documents de la Gestapo de Paris, mais également du siège de la Wermarth parisienne. Son père nous a aidés pour mettre la main sur le Caméléon. Je vois qu’elle m’a glissé de nouveau des infos le concernant, ainsi que ce que les organisations disposaient sur Helma Bergman, dite Faber.

    Ce sont des renseignements disparus. Les flics aujourd’hui n’en ont pas connaissance. C’est du lourd. Les réseaux résistants ont parfois fait disparaitre des documents qu’ils jugeaient sensibles à la condamnation d’un homme.

     Alix m’explique qu’elle a retrouvé dans un témoignage recueilli par son père d’un infiltré chez les Allemands. Il parle d’une conversation d’un diner à propos de DISPARAITRE. Le terme allemand avait été enregistrer comme étant une chose et non pas comme un simple concept.

    Son père était assez fou pour consigner ce qu’on lui rapporter dans des cahiers cryptés par ses soins. Il a donné les clés de ses écrits à sa fille uniquement.

     

    — Je t’ai déniché trois noms Markus dans tout ce que j’ai trouvé. Mais étant donné que le réseau n’établissait pas de liste exacte et que jusqu’à présent, il était inconnu… la paperasse est soit détruite, soit conservée par l’un des anciens chefs du mouvement.

     

    Ce sont trois hommes proches du Caméléon et de sa cousine, vivant à Paris durant les périodes, mais ayant des contacts visiblement avec la zone libre et les zones occupées. Alix a émis l’hypothèse.

    Il y a leur carte d’identité ainsi que les infos de base. Rien de transcendant. Alix m’a fourni également une copie de témoignage de l’infiltré de son père qui raconte cette soirée où il bossait dans le restaurant qu’il l’embauchait. C’était un peu avant le débarquement en Normandie. Ayant de très bonnes bases d’allemand, le jeune avait compris le sujet de la conversation en les servant. Les six hommes et les deux femmes parlaient d’une solution pour ne pas rentrer en Allemagne si jamais ça se terminait mal pour eux.

    Alix m’informe également que l’info s’est sans doute perdue dans les longues priorités à la fin de la guerre.

    C’est un malheureux concours de circonstances sans doute. Il y avait tant à faire à la libération.

     

    — Il va falloir que tu trouves par toi-même. Ici à Paris, c’est une impasse, ils ont disparu, mes informateurs n’ont rien trouvé sur eux, même ceux bossant à l’AFARE.

     

    Je ne dis rien, mais je n’en pense pas moins : pour le commun des mortels, retrouver des gens qui ont tout fait pour disparaitre est impossible. Pas pour moi. Même si ça me prendra du temps, je fouillerai chaque putain d’arrondissements de Paris où vivent des Allemands pour vérifier mes hypothèses, et je ne m’en irais que lorsque je serais sûr qu’ils ont fui la capitale.

     

    — Je vais trouver ces gars en commençant par aller fouiller chez la cousine du Caméléon, je déclare d’un air contrarier. 

     

    Je m’attendais à plus, mais d’un côté, je ne suis pas surpris du peu d’information qu’elle a réussi à récolter. Si l’organisation vient d’être trouvée, si on cherche à peine les noms des engagés, je vais devoir faire de même et redoubler d’efforts pour tenter de savoir qui ces gens ont aidé à fuir la justice.

     

    — Avec un peu de chance, elle a sans doute conservé des infos. D’après les échos que j’ai eus de la rue, DISPARAITRE aurait permis l’asile d’une cinquantaine de nazis recherchés. Dont peut-être le tien, me confie Alix.

     

    Ce réseau est mon unique chance, il n’y a aucune trace du passage de mon homme dans les autres. Même en écoutant les aveux d’un tas de vendus, personne n’a aidé à le faire fuir. Même en pensant à des faux noms, en explorant ces pistes, toutes se sont révélés être caduques. Je dois donner une chance à cette hypothèse.

     

    — Cette femme est morte, ce n’est peut-être pas une coïncidence, poursuit-elle.

     

    Ce que je trouve étrange c’est qu’une femme allemande ayant des liens avec des noms célèbres des infiltrés nazis soit morte et qu’on découvre au même moment, l’existence d’un nouveau réseau. Il faut que j’apprenne comment on l’a découvert, ce serait peut-être la clé d’une partie du puzzle.

     

    — Alors je devrais me fier à ça ? Elle était mariée à un grand bandit, qui te dit que c’est les affaires de son compagnon qui l’ont tué ? je lance avec sarcasme.

     

    — C’est peut-être une coïncidence. Ou peut-être pas, se contente de déclarer Alix, tout ce que je sais, c’est que c’est louche.

     

    On tombe d’accord sur un point.

     

    — Qui t’as remonté ces infos ? je l’interroge, un brin curieux et méfiant.

     

    — On m’a dit, qu’on m’a informé que lui savait, qu’on… commence Alix.

     

    OK, ça sent la balance à plein nez, mais pourquoi maintenant ? Pourquoi lâcher un secret si bien tenu jusqu’à maintenant ? Sans la mort d’Helma Bergman, on n’aurait jamais découvert DISPARAITRE.

    Je soupire en rangeant dans l’intérieur de mon manteau les documents, je regarderais ça de plus près une fois seul.

     

    — D’accord, je vais fouiller à ma manière Paris avec les infos que tu m’as données.

     

    Je vais aller chez elle, tenter de trouver quelque chose. Je vais creuser son passé. Ensuite, je tenterais de chercher ces gars.

     

    — Tu penses rester combien de temps ? finit par m’interroger Alix.

     

    Je lui jette un regard agacé. Pas de ça. On ne travaillera pas ensemble. Elle a beau être douée, elle est très bien à Paris et non dans mes pattes. Bosser pour la Jägerdunkle est un job solitaire pour des gens solitaires qui ne peuvent pas faire autre chose.

    On est tous liés.

    Nous ne sommes pas comme eux.

    On doit se racheter.

    De plus, je compte rester le moins possible ici. Je n’aime pas le France depuis qu’elle m’a chassé. J’ai de vieilles rancœurs avec elle, des rancœurs de môme.

     

    — Le temps de trouver des infos sur ces trois gars. Après, je suivrais le même chemin qu’il aura pris, je déclare en quittant la pièce.

     

    Je retrouverais la route périlleuse des rats pour lui mettre la main dessus, en espérant ne pas faire fausse route cette fois-ci.

    Comme une ombre, je disparais.

     

    ***

     

    Je sors du salon de beauté en ayant toujours cette impression étrange. En plus d’être contrarié à l’idée d’avoir à changer mes plans, et devoir m’éterniser ici. Depuis deux jours, elle ne me quitte pas. J’ai la sensation qu’on m’épie.

    Quelqu’un me suit.

    Je vais devoir être méfiant si je veux accéder aux appartements de la cousine Faber. Le flic qui m’a interrogé ne semblait pas être de ceux qui lâchent l’affaire facilement.

    Bon sang, c’est le pétrin.

    Je sors une clope de ma poche et l’allume pour me détendre les nerfs. Je dois me vider l’esprit pour réfléchir correctement. Il faut que j’étudie aussi les quelques renseignements qu’Alix m’a fournis, c’est-à-dire pas grand-chose. J’espère que mon instinct sera plus clément que le reste avec moi. En rentrant à mon studio, je vais passer appeler Klaus pour qu’il se renseigne sur les noms. Peut-être qu’on a plus d’infos dans nos archives personnelles.

    Alors que je continue de descendre la rue principale du quartier Faubourg Montmartre, cette sensation ne me quitte pas.

    On me suit.

    Je me retourne furtivement à plusieurs reprises pour voir les gens qui me suivent, il y a des femmes, quelques hommes, ils semblent tous dans leur monde sauf un. Un qui ressemble à un type qu’on ne veut pas reconnaitre. Chapeau, lunette, long manteau.

    Il a toute la panoplie du mec louche.

    On va aller vérifier ça, et si le type ne me suit pas, je devrais calmer le tabac et l’alcool quelque temps.

    J’entre dans un magasin de vêtement vintage, il y a peu de monde, mais une sortie de l’autre côté. Je flâne entre les rayons, mon regard se perd vers l’entrée, je vois l’homme entrer. Je le dévisage un instant. Il me parait familier. Sa démarche et cet air nonchalant comme si tout l’agacé permettent à mon esprit de faire le lien.

    C’est le flic. Même avec ses lunettes, son chapeau et sa veste dandy, sa façon de se déplacer, le trahi. Ça m’amuse d’un côté de voir à quel point les policiers, qu’importe le pays, restent mauvais en filature. Il n’y a que les Russes qui ont conservé un côté invisible. Il est très difficile de les repérer dans la foule.

    Je sors du magasin, en prenant une direction opposée à mon repaire ici. Je pars vers des ruelles adjacentes, loin de la foule. Je dois le coincer ou suffisamment mettre de distance pour le semer.

    Qu’est-ce qu’il me veut ?

    Je dois avouer que ça faisait un moment que je n’étais pas tombé sur une fouine pareille. D’habitude, je rencontre deux cas de figure : les flics français qui se foutent des Allemands, tant qu’ils peuvent nous emmerder en nous laissant dans notre merde, ça les arrange. Puis il y a les flics qui nous détestent au plus haut point et se débrouille à nous mettre des bâtons dans les roues à chaque mètre. Je crois que l’inspecteur Akerman fait partie de ces gens-là.

     

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    Je fais une dernière tentative en entrant dans une librairie. Je feuille rapidement deux bouquins, je fais semblant de chercher, je me débrouille pour zieuter la porte d’entrée, le flic y pénètre aussi. Il va vers la libraire pour lui demander quelque chose, comme s’il était vraiment intéressé.

    Il me prend pour un idiot.

    Je quitte rapidement le magasin, j’essaie de le semer, mais au bout d’un instant, ce regard pesant revient dans mon dos.

    Il est réactif, on ne peut pas lui enlever.

    Je me dirige vers des rues moins fréquenter, pour atterrir vers un cul-de-sac en angle. Je me planque de l’autre côté du bâtiment, j’attends quelques secondes le temps que l’inspecteur soit à ma porter. Lorsque je le vois, le regard concentré pour savoir où je suis passé, je sors de l’ombre, l’attrape par-derrière et le propulse violemment contre le mur en brique pourri. Son chapeau tombe au sol.

     

    — Bordel ! jure le flic en encaissant le choc.

     

    Je le maintiens contre le mur. Ma main sur sa nuque, l’autre tenant son bras dans un angle douloureux. Je m’installe dans son dos, mon corps contre le sien pour le bloquer davantage, mon visage s’approche de son oreille, je murmure d’une voix autoritaire :

     

    — Qu’est-ce que vous foutez inspecteur Akerman ?

     

    Mon accent est plus que perceptible malgré mon français excellent. Mes origines me trahissent toujours même si la langue de Molière est presque une seconde peau pour moi.

     

    — Relâchez-moi, vous êtes en train de faire une grave erreur Monsieur Faber ! proteste le français.

     

    Il est en colère de s’être fait griller comme un rat. J’aimerai consoler son égo en lui disant qu’on ne peut rien faire face à un type comme moi, spécialisé dans l’art du déguisement, de la traque et de la surveillance. Le travail des policiers est toujours plus amateur. Ce n’est pas sa faute, c’est sa formation qui est comme ça. Même si un côté un peu sadique apprécie de le voir dans la merde. Il m’a tenu en grippe durant plusieurs heures à me poser des questions dont je n’avais pas les réponses. Mentir n’est pas un problème, mentir et se rappeler de ses mensonges comme étant la réalité durant plusieurs heures face à différentes questions qui restent toujours les mêmes, devient plus compliqué.

    Il n’a qu’à prendre ça comme une vengeance personnelle, même si notre petit tête-à-tête va compliquer mes recherches. Je dois savoir ce qu’il me veut.

     

    — Vous avez un mandat pour me suivre ou la police française est véritablement payée à rien foutre ? je lance avec sarcasme.

     

    — Je suis sur une enquête pour meurtre, j’ai beaucoup plus de droits que vous ne le pensez, par contre vous, vous flirtez avec l’illégalité.

     

    Je ris en le maintenant immobile. J’ai l’habitude des rencontres musclées avec certains gars, généralement, je fais en sorte de ne pas en arriver là parce qu’ensuite, c’est compliqué de fouiner avec des types sur notre dos. Mais là…

    L’inspecteur continue de s’agiter contre moi, et je n’aime pas ça. Je n’aime pas son corps d’homme contre le mien.

    Je n’aime pas ça, je me répète dans ma tête.

    Je n’aime pas cet accès de colère chez lui.

    Je n’aime pas la tension dans cette petite ruelle.

    Tu ne dois pas aimer ça Markus.

     

    — Je me défends, je me contente de déclarer en français avec mon accent toujours aussi prononcé.

     

    — Vous avez des choses à cacher pour réagir ainsi, Monsieur Faber, rétorque le prisonnier.

     

    Je me penche davantage contre lui en soupirant, amusé.

     

    — C’est vous le flic, pas moi, mais pour l’instant vous êtes coincé contre un mur. Je commencerai à me poser des questions sur la qualité de votre formation.

     

    — Lâchez moi, je ne le répèterai pas !

     

    Il bouge de nouveau, son corps se frotte contre le mien. Je me raidis.

    N’y pense pas. N’y pense pas Markus. Écarte-toi.

    Alors, pour ne pas y penser, pour ne pas penser à ce qu’on peut faire comme ça, avec un homme dans une ruelle, je me contente de poser des questions :

     

    — Qu’est-ce que vous me voulez ? Vous avez un meurtre à élucider justement, pourquoi me suivre ?

     

    — Je vais vous embarquer et croyez on aura tout le temps pour parler !

     

    Pour ça, il devrait m’attraper, et ce n’est pas gagner.

    Je soupire en comprenant qu’il ne dira rien. Je vais devoir revoir mes plans sur Paris pour échapper à la fouine après ce que je vais faire.

    Raff va me passer un savon, mais tant pis.

     

    — Inspecteur, j’aimerais m’excuser d’avance pour ce qu’il va se passer, j’espère que vous êtes résistant à la douleur parce que ça va faire mal….

     

    Mes doigts agrippent ses cheveux bruns, je tire sa tête en arrière, à force d’entrainement, j’arrive à seulement casser le nez des gens à qui je fais ça. La douleur les cloue par terre suffisamment longtemps pour le laisser le temps de disparaitre.

    Ce que je n’avais pas prévu, c’est l’entrainement du flic. Il profite de mon absence d’attention pour m’envoyer un coup violent dans les côtes, je le lâche avant même d’avoir pu lui éclater la tête contre le mur pour l’assommer.

    L’action se passe en une fraction de seconde.

    L’inspecteur se retourne contre moi pendant que j’en me plie de douleur. Le type a plus de force que ce que je l’aurais cru. Je pensais le maintenir suffisamment, apparemment, je l’ai sous-estimé.

    Ça, je ne l’avais pas vu venir.

    Sans que j’ai le temps de riposter, le flic me saisit par le costume et me plaque à mon tour contre le mur.

     

    — Maintenant je n’ai plus besoin d’un mandat. Je vous embarque, Monsieur Faber pour agression.

     

    Il me maintient contre le mur en brique sans me ménager pour me passer les menottes. Je sens le métal froid autour de mes poignets. Je suis le roi des cons.

     

    — On va apprendre à se connaitre, vous et moi. Je pense qu’on a des tas de choses à se dire, souffle-t-il avec ironie en me tirant en arrière.

     

    Je ne réponds rien qui pourrait aggraver mon cas. Je me suis fait déstabiliser comme un débutant, et il a dominé la querelle sans problème. Je pense seulement à ce que j’ai dans les poches. Le flic va tomber dessus, et même un âne reconnaitrait les sceaux nazis.

    Markus, tu vas avoir un tas d’ennuis.

    Putain de français, toujours aussi fouineur.

     

    AMHELIIE

  • Le Cri du Coeur, Chapitre 17

     

     

     

    Chapitre 17

     

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    Logan,

    Si tu lis cette lettre, c’est que je suis partie. Comme toi, à de nombreuses reprises, j’ai décidé de prendre le largue, de quitter le navire en partant loin.

    Cette fois-ci, ce n’est pas toi qui fais un choix, mais moi. Ce n’est pas toi qui t’en vas, mais moi. Ce n’est pas toi qui me quittes, mais moi.

    C’est moi.

    Je m’étais dit qu’un jour il serait temps de nous dire adieux, jamais je n’aurais cru faire ça, dans une chambre d’hôtel donnant sur la Piazza Navona, lors d’une belle nuit froide où les gens dorment, et où seules les lumières de la place offrent une vue spectaculaire sur cette magnifique ville qui est devenue la tienne.

    Rome, cette ville qui abrite l’état qui fait de toi, ce que tu vas être d’ici peu de temps.

    Jamais je n’aurais cru qu’on se dirait adieu ainsi, une nuit remplaçant tant d’autres qui n’arriveront jamais. Rêvant d’une vie qui n’arriverait pas non plus. Qu’avons-nous fait de ses derniers Logan ? Elles devaient nous appartenir, mais nous avons pris des chemins différents de celles que j’aurais aimées empruntées à tes côtés.

    Je m’apprête à te quitter et cela me semble être la chose la plus difficile à faire de toute ma vie. Comment l’as-tu fait plusieurs fois ? Quand on aime, on ne se sépare pas normalement, pourtant, autour de nous, dans le monde entier et depuis la nuit des temps, s’aimer ne suffit pas. Ce serait beaucoup plus simple, mais comme la vie, l’amour ne l’est pas.

    Ça aurait dû l’être pour nous deux, tout avait si bien commencé Logan. Une amitié comme beaucoup nous envierait, un amour tremblant et secret que seuls les adolescents peureux ont peur de se relever, un avenir silencieux qui se dessiner devant nous. C’était trop beau, c’était trop… surfait, trop irréel pour devenir une réalité.

    Pourtant, en grandissant, en fréquentant les Grands Hommes d’un autre homme qui n’a rien à leur envier, je me suis rendu compte que notre amour avait été une réalité. Pas du genre qu’on aimerait qu’il soit, mais il a existé. Il existe encore, d’une manière plus discrète et plus pudique, sans doute moins intense que lorsqu’on est adolescent.

    On s’est aimé comme des fous Logan. On s’est aimés comme rares les gens s’aiment. Avec une passion dévorante qui nous a blessés et finit par nous dévorer.

    On s’est aimé comme on aime le grand amour, celui qu’on ne rencontre qu’une fois dans son existence.

    Je suis tombée amoureuse de toi sans m’en rendre compte, comme une habitude, comme lorsqu’on respire, à force, on ne se rend pas compte que nos poumons s’emplissent d’air. On ne réfléchit plus à en aspirer, on le fait, comme par automatisme. Je suis tombée amoureuse de toi comme on respire.

    Mais lorsque je m’en suis rendu compte, j’ai craint l’étouffement, le manque d’air, l’apnée. Au fond j’ai cessé de respirer le jour où j’ai commencé à t’aimer. Et comme l’adolescente que j’étais, naïve et un brin insouciante, j’ai remplacé quelque chose de primordial par toi. Là a été ma première erreur.

    Il y en a eu d’autres, beaucoup d’erreurs où je t’ai tenu pour responsable alors que les choix, c’était moi qui les faisais.

    Je ne t’ai pas pardonné de m’avoir délaissé pour lui, parce que malgré tout, tu m’aimais, mais j’espère que tu me pardonnes pour toute cette haine que notre amour a engendrée. J’aimerais qu’on se quitte le cœur soulagé, libre de toute cette rancœur. Je ne veux me souvenir que du bon.

    Cette nuit après vingt-cinq ans nous avons fait l’amour, c’est étrange lorsque j’y pense. Il y a des années je t’avais supplié de me donner ma chance, et cette fois-ci, il n’y a pas eu de demande. Juste l’envie, deux corps qui s’attirent, s’aiment, et se désirent.

    On s’est aimé une nuit Logan et plusieurs fois. Tu m’as donné la chance que je te réclamais depuis des années et sans doute, tu ne comprendras pas mon choix. Même si je sais qu’au fond, bien sûr que tu le comprends.

    Parfois on s’aime trop. Parfois on s’aime trop vite et trop fort. Parfois on y survit, et d’autres on s’y brûle les ailes.

    J’ai eu beau te crier mon amour, tu es resté sourd. Mais au fur et à mesure des années, j’ai l’impression que nous nous sommes tout dit.

    L’amour c’est beau, mais l’amour, ça fait mal.

    L’amour n’était pas si loin, dommage qu’il se termine une nuit comme celle-ci. Mais nous avons eu droit à un « nous », l’espace de quelques heures, loin de la réalité et de ce que nous vivons au quotidien et c’est énorme.

    Sache qu’une question n’a cessé d’envahir mon esprit lorsque je te regardais dormir cette nuit. Rester ou partir ?

    Nous avons craqué, comme si nous devions le faire, nous avons vécu ce que nous avions à vivre, même si ce fût cours. Parce qu’il serait égoïste maintenant de te demander de choisir. J’étais peut-être ton test Logan, peut-être que tu voulais t’assurer de faire le bon choix, peut-être qu’à ton réveil tu culpabiliseras et tu seras perdue, mais sache que tu n’as pas à en faire en réalité.

    Il y a sept ans, tu as décidé de t’engager auprès d’une cause, auprès d’une croyance. Et même si je ne l’ai pas compris tout de suite, au fil des années j’ai su. J’ai su à quel point tu étais bon et heureux, même si tout n’était pas parfait à mes yeux.

    Peut-être que si ton monde avait été différent, avec d’autres règles et d’autres codes, je t’aurais accompagné, j’aurais adoré être à tes côtés, te voir rendre le monde plus beau à ton niveau.

    Mais tu as raison, je ne suis pas une femme d’ombre, je suis une femme, et une femme ne mérite pas cette vie-là. Elle ne mérite pas de souffrir de l’absence, de l’ignorance et du secret. Vivons heureux, vivons cachés ? Je n’y crois pas Logan, même si durant des années, j’y ai cru. J’y ai cru à bout de souffle, aujourd’hui, ce souffle, il a disparu.

    Alors, souviens-toi de nous comme nous étions avant de devenir des adultes que la vie a séparés. Souviens-toi de notre complicité, de ces après-midi côte à côte à observer les nuages gris de Londres dans un parc. Souviens-toi des rires, mais oublie les pleurs. Souviens-toi de mon sourire lorsque tu douteras. Souviens-toi de Dante, il a souvent les mots justes lorsque ça ne va pas. N’oublie pas de croire en toi Logan. Je t’en prie, ne nous fais pas regretter cette vie l’un sans l’autre. Je crois en toi et en tes mots maintenant que tu m’as prouvé ce que tu voulais réaliser. C’est le projet de toute une existence de vouloir faire changer les choses. C’est un projet intense et courageux de tenter de laisser une

    Promets-moi que tu ne regretteras pas Logan, c’est sans doute ma plus grande peur à ton égard qu’un beau matin tu te réveilles et te rende compte que tout ceci était une erreur.

    Je vais faire pareil. Je vais rentrer à Baltimore poursuivre ma vie tout comme tu vas rester à Rome poursuivre la tienne. T’engager pour de bon et faire bouger les choses à ta façon. Quel travail de titan, il t’attend.

    Il y a tant de choses qui tournent autour de toi. Tant de choses qu’il me faudrait plus que quelques feuilles de papier pour te les dires.

    Souvent, on a pensé que j’étais une écorchée vif. Oui, mon cœur l’air, cet organe dans ma poitrine qui n’a jamais censé de de te crier à quel point il était fou de toi. Il criait, criait, il a tellement hurlé Logan, tellement qu’il s’en est brisé.

    Tant d’amour pour une seule personne, cela devrait être interdit. Pourquoi ton Dieu ne l’a pas interdit ? Est-ce que tu l’aimes autant que moi je t’aime ? C’est une question délicate qui n’aura sans doute jamais de réponse, mais ce n’est pas grave. Avec la force des années, j’ai compris qu’il y avait plusieurs amours. Le palpable, celui que nous partageons et l’autre, plus complexe que tu partages avec lui.

    Ces deux jours avec toi m’ont fait comprendre que l’amour ne se sauve pas de tout, et certainement pas de lui-même. Que parfois, s’aimer si fort, autant que toi et moi nous le faisons ça n’avait pas de but, si ce n’est l’autodestruction.

    Je te regarde Logan cette nuit et j’aurais aimé avoir la certitude que lorsque tu te réveilleras, tu changeras d’avis, tu me diras, « Brey, ne faisons pas ça ». Mais nous le savons que tu ne le feras pas.

    Je m’en vais, et je sais que ce sera plus facile pour toi et pour moi, Logan.

    Sache qu’il est difficile et douloureux de t’aimer. Mais on t’aime comme on aime une seule fois dans une vie : éperdument.

    Je te garde à jamais dans mon cœur, là où une place aussi grande que le centre de la terre t’appartient.

    Dante reste ici, dans son pays d’origine où il a connu ça lui aussi, un chagrin d’amour incompréhensible pour une femme hors d’atteinte.

    J’étais Dante, et tu as été cette femme.

    Je t’ai aimé, mais tu étais hors d’atteinte.

    Je me suis brulée, et nous sommes tombés.

    Il y a pire que de tombée amoureux, nous aurions pu simplement tombés dans le vide. Mais certains disent que c’est un peu la même chose, l’impact avec le sol est douloureux. C’est sans doute vrai, mais lorsqu’on l’a déjà connu, on ne ressent plus rien. On garde seulement le bon. Je ne garderai que le bon de nos retrouvailles Logan. Je n’oublierais pas ton corps contre le mien et cette alchimie qui nous animé cette nuit.

    On ne peut pas l’oublier, c’est certain.

    Tu restes à tout jamais celui qui détient une grande place dans mon cœur.

    Je t’aime malgré tout, peut-être un peu plus sérieusement et raisonnablement qu’il y a bientôt dix ans.

     

    Au revoir.

     

    Aubrey

     

     

    PS : ne tente pas de me retenir, nous n’avons jamais été doués pour les adieux. Mais sache que… « il y a ceux que l’on croise, que l’on connait à peine qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. »

    Tu m’as davantage accordé qu’un instant, tu m’as accordé une vie, que tu as changée.

     

     AMHELIIE