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19/01/2017

Le Cri du Coeur, Chapitre 9

 

Chapitre 9

 

 

 

Je m’assois lourdement sur l’escalier derrière la maison, celui qui permet d’accéder au jardin de derrière. Je suis fatiguée, je n’ai quasiment pas dormi de la nuit pour affronter de pareilles retrouvailles. J’ai tenté de ne pas montrer mon choc devant mes parents, mais je crois avoir raté ma vie de comédienne. Je me suis tout bonnement décomposée sous le regard ravi de ma mère. À croire qu’elle l’a fait expert, à croire qu’elle sait à quel point la décision de Logan m’a conduite à ma perte. Qu’est-ce qu’elle espère ? Que sa bonne parole me ramènera à la raison ? Malheureusement pour elle, il n’y a rien à ramener. Ma mère doit accepter que j’ai changé.

Il n’y a que le regard de mon père qui m’ait véritablement touché après celui de Logan. Il semblait désespéré, comme impuissant face à quelque chose qu’il n’arrive pas à maitriser. Un jour, je devrais m’asseoir à côté de lui pendant qu’il lit son journal, au calme, loin de ma mère et de mes sœurs, je devrais lui raconter comment j’ai raté mes études, pourquoi je ne suis plus sa fille brillante et joviale. Pourquoi je me dispute sans cesse avec ma mère, pourquoi j’ai retiré la croix en or qui trônait autour de mon cou depuis des années.

Mais pas tout de suite.

 

— Tu es revenue, je déclare sans même le regarder.

 

Logan s’assoit à son tour, il sent toujours cette odeur rassurante et masculine. Certaines choses n’ont pas changé.  

 

— J’étais en voyage avec le Père McDougal, il est très demandé avec son association, m’explique-t-il.

 

Voilà pourquoi je n’entendais plus parler de lui, étant donné que je fuis quelque peu l’Église du quartier et que les paroles de ma mère sont aussitôt oubliées une fois dite. Il faut dire aussi que je n’ai pas voulu en savoir plus. On apprend à se protéger comme on peut.

 

— Oh après le Brésil, il t’a envoyé où ? je lâche avec amertume.

 

— J’étais au Sri Lanka durant trois mois, puis trois autres au Congo, m’informe Logan.

 

— Prêtre et globetrotteur, quelle vie de rêve, je déclare en fixant la table de jardin.

 

Je me fige subitement en comprenant ce que je viens de dire. Je sens que Logan se raidit également, l’atmosphère devient étrange entre nous.

 

— C’est la première fois que tu nommes ça par son vrai nom devant moi.

 

— C’est la première fois que je le dis tout court, Logan, je soupire, résigné.

 

C’est la première fois depuis deux ans que j’appelle ça par son vrai nom. Logan n’est pas rentré dans l’armée au service de Sa Majesté, il n’a pas décidé de se marier avec une inconnue ou d’entrer dans une secte, il a simplement décidé de rejoindre les ordres pour devenir prêtre.

Je ferme les yeux un instant en me remémorant ce qu’il m’a dit, une veille de Noël, dans ce parc à dévisager les étoiles.

Comme le ciel et les formes bizarres des nuages me manquent.

Il me manque.

 

— Alors j’ai bien fait de m’en aller quelques mois, apparemment, ça t’a fait du bien, tente Logan.

 

J’éclate de rire. Ce sont des excuses.

 

— Mais ça… tu l’ignorais, conclut Logan.

 

J’ignore tout de lui demain la dernière fois qu’on s’est vu et cela date d’au moins six mois.

 

— Oui, je déclare, j’ignorais où tu étais et ce que tu faisais.

 

Logan tend une main vers moi, je lui jette un rapide regard en coin.

Non.

 

— Brey, écoute, tes sœurs m’ont dit…

 

Je l’arrête.

 

— Elles t’ont dit quoi ? Qu’est-ce que tu peux savoir de moi, alors que ça fait deux ans qu’on ne se voit presque plus. Tu es bien trop occupé avec tes affaires et ta nouvelle vie pour te soucier ne serait-ce que trente secondes aux gens de ton passé.

 

Son regard captive le mien, je refuse d’essayer de comprendre ce qu’il tente de sous-entendre avec ces yeux. Je n’accepterai que des paroles et non plus des sous-entendus.

 

— Tu as toujours ta place dans mon cœur pour ma part, m’avoue Logan.

 

— Maintenant c’est de ma faute si nous ne sommes plus amis, j’ironise.

 

— Tu es toujours mon amie, et même plus que ça Brey, et tu le sais.

 

Comme tu sais tout le reste.

 

— Mais je ne suis plus la même Logan. J’ai changé. Tu as décidé de rentrer prier Dieu et tous ses sbires pour servir sa bonne parole, pendant ce temps-là, j’écartais les cuisses, je fumais et je dansais tous les soirs en boites. Tu es le saint, et je suis la putain, j’ironise toujours en colère.

 

Le silence revient un instant, je me tourne vers Logan qui frotte sa légère barbe en esquissant un léger sourire qui ne manque pas de m’agacer.

 

— T’as fini ?

 

— De dire la vérité ? Quoi ça te choque d’apprendre que Sainte Brey se farcit de la bite ?

 

Il rit et ça m’agace.

 

— Ta mère a raison, tu es…

 

— Je suis ?

 

— Différente.

 

Mais pas en bien.

 

— J’ai du faire face au chagrin comme j’ai pu, Logan, je souffle.

 

— En négligents tes études ? En sortant tous les soirs, boire, fumer et terminer tes nuits avec des mecs sans importance ?

 

Je vois que mes sœurs sont passées par là. À croire que sa venue de bon matin était programmée depuis un moment.

 

— Ne fait pas l’innocent, ce rôle te va très mal, je déclare.

 

— Je ne fais pas le saint, je sais ce que je dis, et je m’inquiète. Taylor m’a dit que tu avais raté ton cursus à l’école de conservateur.

 

— Oui, je l’ai raté et je me suis fait virer.

 

— D’où l’ambiance tendue chez toi. Qu’est-ce que tu as décidé de faire ?

 

Je retiens un sourire en imaginant sa tête quand il saura.

 

— Tu veux réellement savoir ?

 

— Oui.

 

— Eh bien, je fais partie de ce que votre Église appelle les suppos de Satan.

 

Logan me foudroie du regard.

 

— Je travaille depuis deux mois au Planning familial de Londres, je conclus.

 

— D’accords, je comprends que ta mère soit en colère.

 

J’éclate de rire à mon tour, qu’est-ce qu’il cherche en faisant celui qui sait tout de moi et de mes choix ? C’est trop simple de faire comme si de rien n’était.

 

— Tu comprends ? Tu crois sérieusement qu’un simple bonjour après des mois de silence va te permettre de revenir dans ma vie ? Après un an à me snober royalement pour ne pas craquer et continuer ce que tu fais ? Tu rêves.

 

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Logan ne réagit pas à mes propos même si je vois un trait se dessiner sur son front.

 

— Tu as besoin d’aide Brey pour sortir la tête de l’eau, ton comportement actuel ne te ressemble pas, tu es une femme douce et…

 

— Et tu es aveugle comme jamais Logan ! je le coupe. J’ai changé ! Tu m’as fait changer ! J’aime ce que je fais. Je me sens utile et même si ce n’est pas toujours gai, des gens ont besoin de moi.

 

— Le planning familial, tu n’aurais pas choisi pire pour te brouiller avec ta mère.

 

— Ma mère a très souvent l’ouverture d’esprit d’un pois chiche.

 

Comme toi si tu fais une seule remarque là-dessus. Mais il ne dit rien. Et ça me surprend, peut-être qu’il est de ce mouvement de jeunes futurs prêtres modernes qui vivent dans leur époque.

Je ne veux même pas le savoir à vrai dire.

 

— Heureusement que tu as ton Dieu pour ne pas te rendre compte du danger qu’est l’amour, le vrai. Il t’a sans doute sauvé d’une grande peine, je lâche dans un soupir au bon d’un moment.

 

— J’ai eu mal Brey, réellement mal. Tu ne sais pas ce que c’est d’être déchirer entre amour et devoir.

 

— J’ai été déchiré entre passion et raison, je poursuis. Je ne sais pas ce qu’il y a de pire. Avoir dix-neuf ans, et avoir l’impression d’avoir vécu toute une vie entière d’amour perdue, comme si votre souffle vous manquez. J’ai appris durant deux ans à vivre sans toi, Logan, et ça, tu ne peux pas me le reprocher. Tu n’étais pas là pour constater ce que la fin de notre amitié a fait sur moi. Tu ne voulais pas voir, tu étais aveugle, et j’avais beau crier, tu n’entendais pas. Tu n’entends toujours pas, et pour ça, je te déteste.

 

Silence.

Logan ne répond pas tout de suite, je vois dans ses yeux, qu’il cherche ses mots. Nous avons tellement changé, nos choix, nous ont poussé à créer un gouffre entre nous. Comment on en arrive là.

 

— De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas alors.

 

— Pourquoi tu es ici Logan ? je me contente de demander.

 

Je compte à l’intérieur de moi pour ne pas céder à la douleur qui serre ma poitrine. Il revient et c’est comme si tout le travail que j’avais fait avant maintenant disparaissait en poussière.

 

— Je n’ai pas prévu de repartir avant un moment, Brey, je vais rester auprès du Père McDougal, il ne va pas très bien ses derniers temps. Je compte me poser un an ou deux et reprendre les cours au séminaire de Londres. Partir de nouveau m’a permis de faire le point sur beaucoup de choses, et tu me manques Brey.

 

Je lui manque ? C’est la blague de l’année.

 

— Tu n’as pas compris, Logan que ce n’est pas en réapparaissant dans ma vie comme ça, en un claquement de doigts, que tu me feras changer d’avis sur toi.

 

— Et qu’est-ce que tu penses de moi ? déclare-t-il avec un léger soupçon d’agacement.

 

— Tu es un égoïste qui débarque au moment où les gens qui t’aiment sortent la tête de l’eau, tu débarques en endossant le rôle de l’enfoiré qui viendra nous mettre la tête sous l’eau de nouveau.

 

Et moi je suis toujours en colère.

 

— Peut-être que je suis égoïste, Brey. Je ne veux pas quitter les ordres et je ne veux pas te quitter toi. Parce que ces deux dernières années ont été dures. Parce qu’il était plus simple de fuir à l’autre bout du monde aider les autres que nous aider nous.

 

— Tu sais que ce n’est pas seulement de l’amitié, je rétorque.

 

— D’où notre situation compliquée.

 

— Tu sais également ce que je suis prête à faire.

 

— Je ne sais plus Brey. Tu as changé, et tu m’en veux toujours autant, j’ignore comment ta vie a changé, mais je sais que tu me manques et que je n’ai plus envie de tout ça. De cette querelle entre nous.

 

Logan passe une main dans ses cheveux, désespéré, c’est sans doute la première fois en deux ans que nous arrivons à parler sans violence et sans cri.

 

— On n’efface pas une histoire en tournant simplement la page, contrairement à ce que tu penses. Aujourd’hui, tu te caches derrière tes obligations et ton rôle, si important. Alors je ne remets pas en cause des actions et le bien que tu apportes autour de toi en partant à l’autre bout du monde utiliser tes bras. Mais si tu étais réellement cet homme juste et réfléchis, tu commencerais d’abord par t’occuper de ceux qui sont autour de toi au lieu d’aider les autres. Tu ne fuirais pas à l’autre bout du monde pour TE prouver que tu es capable d’être quelqu’un et d’exister. Tu es perdu Logan. Mais à vrai dire, je commence à croire que tu t’es noyé au Brésil au lieu de sortir de cette noyade que tes parents t’imposaient en te mettant la pression. Tu tentes de convaincre tout le monde que ça te plait, que tu ne regrettes pas ton choix, et que jamais tu ne le regretteras, mais si je suis piètre menteuse et toi, un bon comédien, tes yeux ne peuvent pas mentir aux miens.

 

Je me lève du petit escalier pour conclure cette conversation matinale. Je n’ai pas envie d’en dire plus, je lui ai tout dit pour le moment.

 

— Un jour, tu te réveilleras et ça fera mal de constater que tu as fait la plus terrible des erreurs pour ne pas avoir à affronter tes peurs. M’aimer te fait peur, et il est plus simple d’aimer quelqu’un d’immatériel. Alors peut-être que je ne suis qu’une putain qui va rater ses études, mais au moins, je ne vais pas rater ma vie.

 

Je me penche vers lui, ma voix s’enraille lorsque je chuchote presque.

 

— Cette vie, qu’on aurait pu avoir, ensemble toi et moi. Pas séparément, mais ensemble. Pas avec un col romain autour du cou, qui te coupe les couilles et t’étrangle. Et le pire, c’est que même si je t’en veux d’une haine profonde pour m’avoir brisé le cœur par ton simple égoïsme, j’en arrive encore à te dire qu’il te suffirait d’un mot de ta part pour que je rapplique. N’est-ce pas pitoyable d’être à ce point accroché à quelqu’un ? Cela fait de moi, une putain faible. Mais je suis plus libre que toi, je suis libre, quand toi, tu ne l’es pas.

 

Avant de franchir la porte qui mène au couloir près de l’escalier de la maison, je me tourne vers lui et déclare avec franchise.

 

— Au fait, je suis avec quelqu’un. Alors si vraiment tu me veux de nouveau dans ta vie, ce sera à ton tour de me courir après.

 

Logan ne dit pas un mot, et une part de moi sait qu’au fond de lui, il a conscience que j’ai raison. Mais jamais, il ne le reconnaitra.

Pas aujourd’hui.

Ni demain.

Ni jamais.

Jamais il ne le reconnaitra, et j’aurais aimé l’accepter maintenant. Avant de vivre l’année, la plus compliquée de ma vie. Ce n’était que le début d’une farce douloureuse.

Mais je ne le savais pas encore, comme j’ignorai que son retour venait de lier trois destins qui n’avaient rien demandé en retour.

Pourtant, l’amour n’est pas si loin.

 

18/01/2017

Velvet Love - Chapitre 14


 

 

Harrison : Avoue que ça t’excite ?

Moi : J’ai du boulot Harrison, à ce soir.

 

Je passe mon téléphone en mode silencieux pour ne plus être tentée de continuer cette discussion qui n’a aucun but, mais qui m’amuse quand même. Toutefois, le boulot ne va pas attendre que je finisse de comprendre comment on en est arrivé à parler de sexe alors qu’à la base on établissait la liste de film pour dimanche.

Ça fait trois semaines, maintenant, que petit con vient troubler mes dimanches avec des films plus nuls les uns que les autres et ça ne me dérange même pas. Je pourrais regarder un documentaire sur la vie passionnante des poissons d’eau douce, tant qu’il est là, c’est fascinant. Je découvre pleins de choses avec lui et pas le meilleur du cinéma, mais des choses dont j’ignorais être capable. J’arrive à l’écouter quand il me parle de ses cours à le fac, de son boulot au bar et même son rangement passionnant chez Gisèle. J’écoute et même si parfois c’est inintéressant, je ne fuis pas, je reste et attend qu’il finisse. Parfois il me demande mon avis et si au début la seule réponse qui venait c’était « je m’en fous » aujourd’hui je prends le temps d’y réfléchir, même si au final je sort un synonyme de je m’en fous. Ça plait à Harison, il me regarde comme s’il avait fait de moi l’étoile la plus brillante de l’univers et rien que pour ça, je peux faire semblant d’avoir un avis.

J’ai été chez lui, j’ai reconcentré Yann le voyeur. Petit con c’est bien gardé de me dire qu’il a le double de son âge et j’ai eu l’air d’une demeurée une foi de plus, en le rencontrant. Yann est assez étrange, le genre de gars qu’on croise dans la rue et dont on se dit qu’il a un problème mental. Il a toujours un livre dans la main, à défaut d’avoir un pantalon sur le cul, il baragouine des trucs en faisant mine de réfléchir et je crois qu’il est pire que moi au jeu de l’acteur. Harrison me dit qu’il est adorable, je n’en doute pas, il n’a pas l’air méchant, juste ailleurs.

On a dormi chez lui il y a deux nuits et je ne recommencerai pas de si tôt. Ecouter les élucubrations philosophiques tirées de Descartes à 3 h du matin très peu pour moi. Harrison lui, n’a pas ce problème, quand il dort c’est une souche. Rien ne vient le réveiller sauf quad je le touche. Parce qu’on se touche, rien de sexuel encore, rien qui inclut qu’on enlève nos vêtements mais c’est déjà beaucoup pour moi. Je le laisse mettre ses mains sur moi, sur mes vêtements, parce qu’imaginer qu’il puisse toucher ma peau me refile la nausée. Je sais qu’il veut plus et moi aussi j’aimerais, mais je suis incapable de me laisser aller dans ses bras, je n’arrive pas à me déconnecter totalement et à lui faire confiance. Je me demande combien de temps il peut tenir sans aller plus loin. Je me demande quand je serais capable de laisser aller plus loin.

Donc, pour le moment tout roule, il continue de m’emmerder et je continue de grogner et donc de le faire rire. Normalement c’est les femmes qui aiment qu’on les fasse rire, moi j’ai trouvé le seul mec qui aime ça au point de vouloir être avec moi.

Je tire un dossier de la pile qui ne fait qu’augmenter, plus j’avance dans les affaires plus de nouvelles s’accumulent et Knox qui est reparti pour un périple européens. Je le soupçonne de prendre des vacances sous prétexte de chercher cet enfant. Quand je l’appel pour des infos il n’a jamais le temps, étrangement.

J’ouvre le dossier et me remémore cette affaire en lisant le contenu de mes notes. Je me souviens de madame Gardel, de ses larmes, de moi lui tendant une boite de mouchoir en tentant de ne pas soupirer. Je me souviens de son regard de chien battu qui a réussie à faire monter son dossier en haut de la pile et de reléguer le tueur d’animaux de la rue de madame Host, la vieille bique qui ne mérite pas un animal de compagnie en dernière place. Une fois n’est pas coutume, cette fois-ci je vais devoir établir la culpabilité de monsieur Gardel en matière d’adultère. Je regarde sa photo, il est plutôt pas mal come mec, la quarantaine, des yeux bleus clairs, des cheveux blonds coupés court et un sourire charmant.

— A nous deux Tom Gardel.

 

 

***

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Je baille à m’en décrocher la mâchoire, ce que ça peut être fatiguant de rester le cul dans sa voiture à attendre que le temps passe. Ce mec n’arrête donc jamais de bosser, il est plus de 19h et ses bureaux sont toujours ouverts. Selon son emploi du temps il devrait déjà être à la salle de sport à essayer d’emballer des filles. Encore un qui ne tient pas ses bonnes résolutions de l’année.

Mon portable sonne et je l‘extirpe de la poche de mon manteau en sirotant mon reste de soda à la paille.

— Ouais ? je lance en soupirant.

J’espère que t’as une bonne raison pour ne pas m’ouvrir la porte.

— Je ne suis pas chez moi.

Je l’entends ricaner.

Effectivement, très bonne excuse. T’es où, j’ai ramené le diner ?

Sale manie qu’il a de ramener à manger avec lui alors qu’à chaque fois je ne mange rien de ce qu’il apporte. Il va finir par croire que je n’aime rien à part le chocolat. Et jusqu’ici j’ai fait de gros effort pour qu’on évite le restaurant, prétextant que je préfère être seule avec lui. Même si ce n’est pas complétement faux, je me demande encore comment il arrive à gober cette connerie, qui ne tient pas vraiment.

— Je bosse, je planque.

Cool, envoie l’adresse je te rejoins.

Je souris stupidement en mordant ma paille, petit con préfère se geler le cul avec moi dans ma voiture qu’être seul, ou pire, avec Yann, chez lui. Je lui texte l’adresse rapidement avant de plonger la main dans la boite à gant, pour en extraire deux barres chocolatées que je m’empresse d’enfourner. Je suis à trois rues de chez moi seulement et petit con va rappliquer rapidement.

A peine le temps de faire disparaître ma dernière bouchée qu’il entre dans ma voiture. Il se penche vers moi et attrape ma nuque pour m’m’embrasser. Je n’ouvre pas la bouche quand il essaye de prolonger le baiser, manquerai plus que je partage mes miettes de chocolat avec lui.

Il finit par reculer dans son siège en m’observant. Il se met à rire devant mon accoutrement. Je dois ressembler à une de ses vieilles installées au parc sous une couverture, qui nourrit les pigeons et tend des regards désapprobateurs à tous les passants.

— Au moins t’es au chaud, il lance en fouillant dans le sac qu’il trimballe.

Il me tend un sandwich au poulet dont l’odeur allèche mes papilles. Je le prend et le pose sur le tableau de bord pendant qu’il est déjà entrain de dévorer le sien.

— Alors, c’est quoi cette fois ?

— Adultère.

Il croque dans son sandwich sans répondre pour le moment. Je sais ce qu’il pense à ce sujet, on en a déjà discuté, sans parler de madame Baker qu’il a séduit pour moi.

— C’est le gars de l’agence immobilière ? il demande.

J’acquiesce en regardant ma montre, presque vingt heures et il est encore ouvert, je vais finir par croire qu’il fait une nocturne.

Harrison termine son sandwich, il avale la moitié de sa bouteille de soda et je trouve ça sexy. J’imagine l’eau qui coulerait sur lui, un peu comme dans ses pubs pour des shampooings pour hommes où ils sortent d’une mer turquoise le corps ruisselant d’eau.

— Vient, dit-il en me tirant de ma rêverie.

— Quoi ?

— Allons le voir, au moins on aura une idée du pourquoi il est encore là, à cette heure ci.

Harrison descend de la voiture, le temps que je me débarrasse de tout mon attirail contre le froid il est déjà sur le trottoir à sauter sur place pour se réchauffer. Je descends à mon tour.

— Si j’entre là-dedans, je me grille.

— Mais non, si t’entres là-dedans, tu avancera.

Je me renfrogne, je n’aime pas trop qu’il me dise comment faire mon boulot. C’est moi l’experte et je n’ai pas besoin de ses conseils pour savoir quoi faire. Si monsieur Gardel me voit je ne pourrais plus le suivre discrètement, il aura enregistré mon visage et me repèrera facilement.

— Depuis quand t’es détective privé ?

— Depuis que ma copine l’est.

Je baisse la tête sur le sol en me sentant sourire et rougir, j’aime bien qu’il dise copine, c’est cool, je me sens spéciale et ça me plait.

Il s‘approche de moi, ses mains gelées se posent sur mon visage pour le relever.

— Tu sais que t’es adorable, il lance en fronçant les sourcils.

Je lève les yeux au ciel et prends sa main pour le trainer à l’agence immobilière. Je crois que je préfère me griller qu’entendre des compliments aussi neuneu sortir de sa bouche. On entre rapidement, l’air se réchauffe soudainement et je retiens le soupir de plaisir qui menace de sortir de ma bouche en sentant la chaleur qui m’entoure. Monsieur Gardel est à son bureau les yeux rivés sur son ordinateur et je bloque dans l’entrée, percuté par Harrison lorsque je vois ma cible. Sur les photos il était pas mal, en vrai il est carrément super beau.

Harrison me pousse en avant et j’avance jusqu’au bureau. Tom se lève en fronçant les sourcils, puis il regarde sa montre, ce qui signifie qu’on le dérange clairement. Tant mieux, peut être que sa maitresse va passer le pas de la porte d’ici peu.

— Bonsoir, dit-il en nous serrant la main, je peux vous aider ?

J’ai envie de lui dire oui, qu’il pourrait nous dire comment ça se fait qu’il est aussi canon. Les hommes ont cette chance, celle de bien vieillir, à vingt ans ils peuvent ne pas être des gravures de modes, mais alors à quarante, tout leur charme resurgit et whou on assiste à ce qu’il y a sous mes yeux, un homme confiant, au charisme incroyable et au regard qui fait tomber les culotes.

— Oui, on cherche un appartement, répond Harrison.

Tom nous fait signe de nous asseoir en face de lui. En prenant place je croise le regard d’Harrison qui n’a plus rien d’amusé ou de tendre, mais s’il pouvait me mettre un coup de pied au cul il le ferait. Je décide d’arrêter de baver devant ma cible pour préserver le cœur de petit con.

— Alors, reprend Tom, vous cherchez quoi exactement ?

— Quoi ? je répond confuse.

Harrison soupire à mes cotés et commence à exposer ce qu’on veut pendant que je le regarde un peu éberluée.

— Madame n’a pas l’air de votre avis, reprend monsieur Gardel avec un sourire à mon intention, je me trompe ?

Je me sens rougir quand je vois les rides au coin de ses yeux commençaient à se former, je crois que je serais presque prête à signer un compromis de vente pour tout ce qu’il veut tant il est hypnotisant.

— Kalinka ? gronde Harrison à mes cotés.

— Euh oui, pardon, tu disais ?

— Qu’on devrait peut être réfléchir avant d’habiter ensemble.

J’inspire et tente de chasser le trouble qu’engendre monsieur Gardel, ça doit être un truc de vendeur d’immobilier pour appâter le client et je suis Kalinka, bien plus forte que ça.

— C’est tout réfléchi déjà, dis-je en me tournant vers le beau gosse, on veut un appart ensemble.

— Très bien, il répond en riant, ce que je peux vous proposer vu l’heure c’est de me laisser vos critères et vos cordonnées et je vous recontacterai. Comme ça, si vous avez encore des choses à voir ensemble vous pourrez prendre le temps.

— Oh, mais on a le temps ce soir, si vous voulez, du moins si vous n’avez personne qui vous attends je réponds.

Il regarde sa montre une nouvelle fois en pinçant les lèvres.

— Non, désolé, ce soir ça va être compliqué, mais on trouvera un créneau qui vous arrange pour se revoir, dit-il en regardant Harrison.

Il s‘arrangent tous les deux, petit con laisse ses coordonnées pendant que j’observe ma cible. Je repense à sa femme, en larmes devant moi, à ses sanglots qui ne s’arrêtaient pas alors que je lui tendais machinalement des mouchoirs. L’homme qui est en face de moi à l’air pleins de vie et s’il se traine un boulet comme femme pas étonnant qu’il aille voir ailleurs. Je sursaute sur ma chaise en me tournant vers Harrison qui sourit. Au final, ce couple c’est ce qu’on pourrait être dans quelques années, du moins si on tiens jusque là. Lui sera beau et charmeur, et moi j’irais pleurer dans les jupes de Knox pour savoir s’il me trompe.

Les deux hommes se lèvent me tirant de ma rêverie déprimante et je les imites, puis nous saluant monsieur Gardel qui nous escorte jusqu'à la sortie et qui prend soin de fermer à clef derrière nous. Le froid me fait frissonner et je remonte le col de mon manteau pour protéger ma nuque en me dirigeant vers la voiture encore un peu sonnée par ce qu’il vient de se passer.

Je remarque qu’Harrison ne me suis pas et je me retourne pour voir ce qu’il fait.

— T’attends quoi ? je demande en le voyant à quelques pas derrière moi, les mains dans les poches de son grand manteau noir qui lui donne un air sombre.

— Je m’assure que tu ne laisses pas une flaque derrière toi.

Je soupire alors qu’il me rejoint.

— Oh ça va…je commence mais il me coupe rapidement.

— Dis moi, comment tu régirais si je bavais devant une fille comme tu viens de le faire devant ce mec ?

Je ferme la bouche, je crois qu’on sait tous les deux comment je me sentirais. En un mot, mal.

— Il est juste beau, y’a rien de mal à regarder ce qui est beau et c’est pas comme si ce genre de mec pouvait s’intéresser à une fille comme moi.

Harrison ricane et je ferme les yeux en jurant lorsque je prends conscience de ce que je viens de dire.

— C’est ma fête ce soir, lance petit con en se dirigeant vers la voiture.

On monte, et je prends le temps de me dire que je suis la reine des connes, que ce mec qui est à coté de moi est super et que ce que je viens de faire manque cruellement de discernement. Je crois que je pense encore seule, pas à lui et moi. Je crois que je ne sais pas penser à deux et que ça va prendre du temps, reste à espérer que petit con sera patient et surtout tolérant.

— Ecoute, je commence pour m’excuser, mais il a décidé de ne pas m’en laisser placer une ce soir.

— J’ai une question, il me coupe.

Je tire ma ceinture et démarre en attendant la suite.

— Si tu ne t’aimes pas comme tu es, pourquoi tu ne fais rien pour changer ?

Je me fige, la main sur le levier de vitesse prête à quitter cette place que j’ai occupé trop longtemps. La douleur qu’il vient de déclencher en moi me coupe le souffle durant quelque seconde et je suis incapable de bouger. Seuls ses mots tournent en boucle dans ma tête et la honte m’envahit. Ce sentiment de ne pas être comme il faut pour qui que ce soit me prend les tripes et c’est une chose que je ne pensais pas possible avec lui. Je pensais que même si on ne serait jamais ces couples parfaits, on était quelque chose. Que je n’avais pas à me justifier sur ce que je suis, qu’il acceptait. La chute est lourde et elle fait mal, il vient de me geler le cœur, comme ça, avec seulement une question. Il avait réussie à entamer la fonte de mon iceberg et tout vient de se figer.

— Kalinka…

Je vois sa main s’approcher et je recule vivement. Ne pas craquer, ne pas flancher et reprendre pied avec la réalité.

— Casse toi, je lance doucement.

Il ne bouge pas, il se contente de me regarder et si ce n’était pas ma voiture je serais déjà loin.

On se dévisage quelques secondes et il pourrait s’excuser, dire ce qu’il veut je m’en fous ça n’a plus d’importance, la seule chose que je lui demandais il vient de me la prendre. Il peut me demander d’être plus sympa, d’être moins chiante, de ranger mes affaires, gueuler parce que je prends toute la place dans le canapé ou parce que je ne lui demande pas assez souvent comment il va, mais pas ça. Tout sauf ça. Je crois qu’il comprend qu’il vient de tout gâcher, aussi, il descend et s’en va.

Je ne perds pas de temps, je démarre et décide de garder mes larmes pour mon canapé, voir de ne pas les laisser sorti parce que tout ça était courut d’avance et que, imbécile que je suis j’ai voulu y croire. La faute à noël, à l’hiver qui me renvoie trop l’image des contes de fées auxquels je devrais avoir cessée de croire à mon âge.

Stupide Kalinka !

J’arrive dans ma rue, mais les places à cette heure-ci sont limitées et je suis presque tentée de laisser ma voiture au milieu de la route pour aller m’m’enfermer chez moi. Je finis par trouver une place et je dois m’y prendre à trois fois pour me garer, tellement je suis à cran. Je descend rapidement et regagne mon immeuble à la même vitesse. Je monte les marches en les comptant pour me retenir de crier, j’ai l’impression que je vais exploser tellement la tension grandit en moi. Mais c’est mal connaître petit con et son acharnement sur ma personne. Il est là, essoufflé, à faire les cents pas sur mon palier.

— Avant que tu l’ouvres, dit-il de ce ton qui avait une quelconque emprise sur moi il n’y a pas si longtemps, tu vas m’écouter.

Rien à foutre de ses excuses, qu’il les adresse aux murs si il veut. Je me dirige vers ma porte, il s’adosse contre et me dévisage. Je baisse les yeux en calmant ma respiration parce que la grosse à une furieuse envie de l’envoyer boulet dans les escaliers.

— Je n’ai pas dit que je voulais que tu changes, il continue, j’ai demandé pourquoi tu ne le faisais pas alors que t’as l’air d’être malheureuse comme ça.

Je ne dis rien, j’attends seulement qu’il perde patience et qu’il s’en aille, mais il s’acharne.

— Bordel Kalinka, regarde moi.

Je devrais être plus forte, surement, toutefois ma tête se lève dans sa direction et mes yeux se posent sur le gris des siens. Le frisson que je ressens c’est seulement du dégout, pas de l’envie ou autre chose de bon et de positif. Même ses sourcils courbés ne me font plus aucun effet.

— Dis ce que t’as à dire et casse toi.

— Non.

Il s’avance vers moi et je recule.

— Toujours un pas en avant et deux en arrière, ça devient fatiguant tu sais.

— Je ne te retiens pas.

— Si. Tu me retiens. Parce que si ce n’est pas moi qui te prouve que tu es belle comme tu es qui le fera ? Toi ? T’es pas capable de te voir, tu vois que ce que la société ou ta famille te montres de toi. Moi tu me plais comme tu es et tu le sais. Je veux seulement que t’arrêtes de te voir comme une tache dont on voudrait se débarrasser.

J’essuie rageusement les larmes qui commencent à couler devant le constat édifiant de ce que je suis. Je préférais celui qu’il a fait chez ma mère, il ne faisait pas mal celui-là. Harrison s’approche et je fonds dans ses bras cette fois, à la recherche de ce réconfort qu’il m’apporte parce qu’il comprend. Il voit ce que je cache derrière ces kilos qui servent de barrières entre moi et le monde extérieur et pourtant il est encore là. Il me serre contre lui en embrassant mon crane alors que les barrières s’abattent et que je lui laisse voir ce qu’il y a bien tapis au fond de moi, cette douleur d’être différente et pas acceptée. Pourquoi ce serait à moi de changer ? Pourquoi on arrive à s’adapter à quelqu’un de con mais pas à quelqu’un de gros ? Pourquoi je devrais modifier qui je suis pour qu’on m’aime ? Pourquoi même ma propre famille n’est pas capable de voir qui je suis derrière mon physique ?

Harrison éloigne mon visage de son torse, je me mets à rire en me sentant ridicule de pleurer comme une gosse, le nez pleins de morve contre lui. Il caresse mes joues tendrement en souriant doucement. Mon cœur replonge dans ses yeux et voilà, l’espoir est encore là, avec lui, en lui et un jour la chute me tuera c’est certain.

— T’as le droit de pleurer, il reprend, de craquer et d’être faible, avec moi t’as le droit de tout.

Je renifle en lui lançant un regard blasé, ce mec est trop bien pour avoir croiser ma route et si je disais ça tout haut, il me dirait de la fermer et d’arrêter de dire des conneries, mais on ne change pas vingt quatre ans d’habitudes en un mois, aussi cool soit ce mois passé avec lui.

— Trop romantique ? il demande.

J’acquiesce en riant puis il s’écarte pour que je puisse enfin ouvrir ma porte. Il vient se coller à mon dos, ses mains sur ma taille, il pose son nez froid sur ma nuque.

— Kalinka ?

— Oui, je réponds en frissonnant.

— Ton fantasme sur patte de l’agence immobilière…

Je le sens respirer contre ma peau et c’est tellement agréable que je ne cherche même plus à rentrer chez moi ou à suivre notre conversation.

— Il est gay.

 

Maryrhage

 

17/01/2017

Le Cri du Coeur, Chapitre 8

 

Chapitre 8

 

 

 

Septembre 2012

 

 

— Un jour, j’aurais droit aux propres mots de Tyler Clark ? je souffle contre ses lèvres rougies par mon baiser.

 

Le professeur caresse tendrement ma joue.

 

— Il est plus facile de se cacher derrière les mots des autres, qu’auprès des siens.

 

Ses yeux clairs luisent dans l’obscurité. Comme d’habitude, Tyler me raccompagne chez moi. Je passe la soirée avec lui, dans le petit appartement qu’il loue lorsqu’il est ici. Nous passons la soirée à discuter, rire ou échanger avant de la terminé dans sa chambre, pour découvrir une autre facette de nous-mêmes. J’ai connu beaucoup d’histoire d’un soir en l’espace de deux ans, mais je n’avais jamais connu jusqu’à présent, la notion même de faire l’amour avec quelqu’un. J’ai découvert ça dans les bras de Tyler Clark. C’est un amant doux et passionné qui sait prendre son temps, et donne autant qu’il reçoit.

Et comme toujours, il ne me donne pas l’impression de n’être qu’une gamine de vingt ans qui ne sait rien encore de la vie comme les grands adultes ont l’habitude de faire, non il m’écoute, partage ou pas mon avis, et ne fait jamais référence aux différences qui nous séparent.

 

— Tu as raison Clark, protèges ton cœur, comme je n’ai pas su le faire avec le mien, je souffle.

 

Ma réponse semble l’intriguer. Je ne me dévoile pas souvent, je me dévoile jamais il faut dire. Mon passé amoureux est chaotique, et est encore trop présent pour que je puisse le mentionner à quelqu’un. Si Tyler m’a fait du bien, il me reste des parts d’ombres dont je ne suis pas fière. Et étant donné que nous ne sommes réellement rien pour l’autre, juste deux personnes qui passent du temps ensemble, je ne sais pas si je peux tout lui dire.

Comprenant que j’en ai trop révélé, je décide de couper court à la soirée. Je l’embrasse furtivement une nouvelle fois avant de saisir mon sac, et de tenter de m’échapper.

Raté Aubrey, on ne part pas comme ça avec Clark.

 

— À très vite, beau blond, je lance.

 

Mais Tyler saisit avec douceur mon bras pour me retenir.

 

— Je reviens en octobre à Londres, renchérit-il, je rentre dans deux jours à Baltimore pour les cours.

 

— Réserve-moi un billet pour Shakespeare alors, je déclare avec complicité.

 

Tyler m’offre un regard intrigué, je souris en dessinant le contour de sa légère ride au coin de l’œil.

 

— Hamlet, Roméo et Juliette en un seul rendez-vous, tu ne peux que bosser pour lui.

 

— Je vois que je commence à devenir plus lisible pour toi. Est-ce qu’à notre prochaine rencontre, j’aurais la chance d’en savoir plus sur toi Aubrey ?

 

J’apprends à le connaitre lui parce qu’il donne, il me donne, et se donne à moi. Malheureusement, je n’en fais pas autant et j’en ai bien conscience.

 

— Il n’y a rien à savoir sur moi, je réponds un peu détaché.

 

Sa main vient se glisser sous mon menton pour soulever ma tête et croiser mon regard fuyant.

 

— J’en doute. Tu n’offres que ton écoute et ton corps, mais le reste, tu le gardes fermé à clé. Pourquoi ?

 

— Parce que.

 

Un sentiment étrange née au creux de ma poitrine.

Ne me force pas à en dire plus.

 

— Ceci n’est pas une réponse.

 

— Mais elle convient à beaucoup d’hommes.

 

Je le dévisage avec intensité. Tellement, qu’on peut ressentir dans l’habitacle de sa voiture.

Qu’est-ce que je pourrais lui dire ?

Tyler est un homme plus réfléchi que moi, il est sérieux et sans doute investi. À côté, je ne suis sans doute pas à la hauteur. Lorsqu’il est là, je lui donne tout ce que je peux de moi. Mais lorsqu’il s’en va, s’est comme lorsque la mer disparait au petit matin pour laisser place à la marée. Je sors avec Taylor et Demi, je m’amuse, je rencontre d’autres garçons sans importance qui me font oublier la solitude. J’ai l’impression d’être une garce et ça ne me plait pas, mais comme je le sais, je ne suis qu’une femme comme ça. À la fin de l’été, Tyler reprendra sa vie, et moi la mienne. Ce n’était qu’une relation sur le court terme. Même si nous n’en avons jamais parlé, moi je le sais.

 

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— Beaucoup d’hommes ? souligne l’américain.

 

Aie.

 

— Oui, je souffle.

 

— Elle ne me convient pas à moi, conclut Tyler sans aucune méchanceté, j’aime connaitre les femmes qui partagent mon lit.

 

Je remarque qu’il ne souligne pas ce que je viens de dire et une part de moi, lui en suit reconnaissante.

 

— Voilà que les Américains deviennent exigeants, je tente de plaisanter.

 

— Depuis quand les Anglaises ne le sont plus ? renchérit-il en haussant un sourcil, amusé.

 

— Un point pour toi.

 

Tyler redevient plus sérieux en laissant échappé un petit soupir. Il frotte sa légère barbe en me dévisageant, l’ai songeur.

 

— J’ai l’impression d’être ton secret Aubrey, qu’est-ce que tu ne me dis pas ?

 

Tant de choses.

 

— On en discute la prochaine fois ? je fuis.

 

— Que ces Anglaises sont devenues mystérieuses, souffle-t-il doucement.

 

— Que ces Américains sont têtus.

 

Tyler m’observe un instant, avec cette lueur dans ses yeux qui m’ait trop familière. Celle un peu désespérée de ne pas comprendre.

Ce serait trop compliqué de mettre des mots sur mes maux.

 

— Embrasse-moi, finit-il par dire simplement.

 

Et je le fais. Tendrement, mes lèvres caressent les siennes, les taquinent et en savourent chaque contour. J’aime l’embrasser pour toute l’émotion qui s’en dégage. La passion et la douceur. Mon souffle s’accélère, mon cœur s’affole légèrement. Tyler mordille ma bouche avant de simplement l’embrasser avec passion durant plusieurs instants.

 

— Appelle-moi lorsque tu reviendras, je conclus.

 

— Ça marche, bonne nuit, Aubrey, à bientôt.

 

— Toi aussi Ty.

 

Je sors de la voiture et claque la portière avant de lui faire un signe de la main. Tyler s’en va me laissant seule en ce début de matinée. Je ne pensais pas passer la nuit avec lui, mais pourtant, je l’ai fait et c’était formidable.

L’esprit ailleurs, je ne prête pas attention à ce qui m’entoure lorsque je rentre chez moi. J’ignore l’heure qu’il est avec exactitude, mais peut-être qu’avec un peu de chance, mes parents ne seront pas levés.

Dès que j’aurai un peu d’argent de côté, j’irai me prendre un studio loin de l’ambiance morose.

Des rires captent mon attention, je suis surprise de noter une présence à cette heure. Je change de direction et me dirige vers le salon de la maison pour voir qui ne dort pas.

Et c’est le choc lorsque je mets des noms sur les voix.

 

— Bonjour, Aubrey, déclare l’une d’entre elles en reposant son café.

 

Je lâche mon sac, mes yeux s’écarquillent lorsque je le vois, vêtue de noir, ses cheveux, plus longs que d’habitude, une légère barbe sombre sur ses joues.

Logan est là, et en une fraction de seconde, lorsque je croise son regard magnifique, je sombre. Ils me frappent de plein fouet nos souvenirs, comme une vieille maitresse coriace.

La plaie s’ouvre.

La boite s’ouvre.

Je saigne encore.

Et en un instant, je sens l’organe dans ma poitrine se serrer comme jamais et cette petite voix dans ma tête qui me dit « rappelle-toi ».

L’amour n’était pas si loin, la dernière fois.

 

AMHELIIE