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05/12/2016

15)

 

 

 

Mes mains tremblent alors que je termine de rouler le joint dont mes nerfs ont terriblement besoin. Je n’arrive pas à poser les yeux sur Sky sans sentir l’organe dans ma poitrine s’emballer comme un salopard. Je ne m’attendais pas à la voir ici, pourtant, c’est logique pour les autres, si ça ne l’est pas pour moi.

Sky est ma femme, elle fait partie automatiquement de la famille.

Je sens son regard sur moi alors que j’évite le sien. Elle est superbe habillée ainsi, je retrouve la simplicité et la féminité de la femme dont je suis tombé amoureux il y a quatorze ans de ça. Ce n’est pas la Sky que j’ai retrouvée dans un bordel à putes, non c’est Sky, ma femme, AVEC ses cheveux frisés qui tombent en cascade sur ses épaules et son jean à pattes d’éléphant.

Je l’ai regardé porter la fille de l’irlandais alors qu’elle ne me voyait pas, et bordel, qu’on me vienne en aide, mais je désire cette femme malgré ce qu’elle m’a fait. Je la désire avec une telle violence et une telle passion que c’en est douloureux. Elle est superbe dans mon élément, auprès des gens qui forment désormais ma famille.

Une part de moi aurait aimé que ce soit plus concret, qu’elle fasse partie de mon monde pour de vrai, mais en réalité, elle n’est qu’une pute bossant pour nos alliés. Une pute que n’importe quels mec, Sons ou Blood peut monter.

Et ça, c’est ce qui me fout en rogne.

Je termine enfin de rouler mon joint, nous sommes un peu en retrait du club house, sur les tables de pique-nique à l’extérieur. Sky s’est assise à côté de moi, et ça me rappelle le jour où l’on s’est rencontré. On était assis sur une caisse, face à l’horizon.

Cette époque me parait si loin.

Je glisse le roulé entre mes lèvres et l’allume en inspirant de bon cœur le joint, bordel, je suis à cran. Je sais que nous devons parler, j’ai beau repousser cette échéance, nous sommes adultes, vouloir remettre à plus tard tout ça, ne sert à rien.

 

— C’est donc ça ta nouvelle vie, constate Sky avec sympathie.

 

Je crache la fumée en hochant la tête. Mon regard se porte vers le club house d’où sort de la musique et des rires.

 

— Ouais, ma famille, celle que j’ai choisie, je réponds en lui tendant le joint.

 

Je suis obligé de croiser ses yeux magnifiques, l’expression sur le visage de Sky est légèrement triste, comme si elle était résignée à quelque chose. J’y décèle également une sorte de malaise. J’aimerai la prendre dans mes bras comme avant, mais quelque chose me bloque.

On a couché ensemble un nombre incalculable de fois, on s’est endormi côte à côte, l’un contre l’autre, on a partagé des rires et des peines. Pourquoi ressentons-nous cette gêne ? Nous sommes censés nous connaitre mieux que quiconque.

Sky accepte le roulée, elle le porte à ses lèvres, tire dessus avant de me le redonner. Une ambiance pesante s’installe entre nous, je n’aime pas ça. Nous nous sommes mariés très jeunes, mais jamais nous n’avons eu de problèmes pour communiquer, avant c’était tellement simple, nous, la vie, les problèmes. Maintenant c’est le bordel.

 

— Nir… commence Sky.

 

Mais je la coupe.

 

— Je suis désolé.

 

Elle se tourne vers moi, surprise d’entendre des excuses, pourtant, je lui en dois, pour ce que j’ai pensé et ce que j’ai dit.

 

— Je suis désolé de t’avoir évité, ce n’était pas très intelligent de ma part, et je suis désolé de t’avoir traité de salope, tu n’es pas une salope…

 

Ma femme offre quand même son cul pour cent billets, y’a de quoi être énervé. C’est son métier, mais pas ce qu’elle est.

Sky se met à rougir, elle m’attrape le joint et tire une latte supplémentaire en fuyant mon regard.

 

— Tu avais tes raisons, et crois-moi, je sais qu’elles sont justifiées.

 

Mais ça n’excuse pas tout.

Nous restons assis sans un mot de plus, bon sang, quatorze ans sans se voir et on n’a plus rien à se dire déjà ? Ce n’est pas normal, parce qu’il y a des tas de choses à se raconter… mais avant d’en arriver à ce stade, il faut commencer par crever l’abcès, chose qu’aucun de nous n’est capable de faire visiblement.

 

— Tu as quelqu’un dans ta vie ? me demande Sky d’une voix tremblante, comme si ça venait de la frapper.

 

Elle a vu la nana qui était à mon bras tout à l’heure.

J’hésite un instant, mentir ou me montrer franc. Je ne suis pas le genre à faire du mal volontairement aux personnes que j’aime, même si je dois avouer, qu’une part de moi serait bien tentée.

 

— Ma réponse changerait quelque chose ? je poursuis.

 

— Sans doute, soupire Sky.

 

Je tire une taffe en inspirant à pleins poumons comme pour me donner le courage d’être franc. On avance déjà, on parle sans se sauter dessus comme deux sauvages affamés l’un de l’autre, et sans se hurler dessus.

Y’a de l’espoir, mec.

 

— Non, je n’ai personne, je conclus.

 

— Et la fille ?

 

Je jette un coup d’œil à ma femme, elle semble triste même si je note qu’elle est lucide. Elle ne pouvait pas croire que je suis resté fidèle à un serment qu’elle n’a même pas tenu. Mais d’un côté, elle a raison, j’aurai pu rencontrer quelqu’un d’autre, en tomber amoureux, avoir même une famille. Ça aurait été encore plus compliqué à résoudre comme problème, comme quoi le karma fait parfois bien les choses.

Un rire léger m’échappe, c’est plus fort que moi.

 

— T’as changé Sky, avant, tu ne m’aurais jamais posé cette question. Mais maintenant…

 

— Maintenant, je ne te connais plus, me coupe-t-elle.

 

Et elle a raison, en partie. L’homme tatoué, aux cheveux longs, et à la barbe de quelques jours, n’était pas l’homme qu’elle a épousé il y a presque quinze ans.

 

— C’est juste une fille qui bosse au club de strip, et ouais parfois… on baise. Comme avec la plupart de tes collègues, et des nanas qui bossent pour le club, mais c’est en toute amitié, je lance ironiquement.

 

Sky se raidit, elle se redresse de la table et me foudroie du regard.

 

— Tu te tapes des putes et tu me fais la morale ? Bon sang, mais t’es sacrément gonflé !

 

Elle se lève, prête à couper court à la conversation. Je jette mon joint par terre, la colère m’envahit aussi vite que Sky, elle est gonflée sa remarque.

Je la saisis par le bras pour la stopper net, et la tourner face à moi, Sky me massacre du regard de nouveau, elle est folle de rage.

Entre nous la tension se fait violente et tendue.

Qu’est-ce que je disais ? Calme ? Mon cul.

 

— Elles ne sont pas mariées avec moi, Sky et elles ne m’ont pas brisé le cœur comme toi tu l’as fait. Voilà la différence.

 

Sky s’écarte de ma prise, je jure, c’est devenu une vraie tigresse au sale caractère. On est bien loin de sa douceur d’autrefois.

 

— Alors qu’est-ce que nous allons faire puisqu’avoir une pute en guise de femme ne te plait pas ?

 

Je n’ai pas dit ça.

Je soupire en passant une main dans mes cheveux bruns, les femmes sont tellement compliquées. Dire que mes frères viennent me voir pour parler de leur chatte, et que je ne sais pas gérer la mienne.

 

— Je ne sais pas, je soupire.

 

— Est-ce que tu veux divorcer ? me demande-t-elle de but en blanc.

 

Je déglutis avec difficulté, comme si sa question venait de me planter un couteau dans le dos. C’est vache de parler de divorce maintenant et comme ça.

 

— Je ne sais pas, je réponds à nouveau.

 

Est-ce que tu m’aimes encore ? Ne viens jamais.

Sky jure à son tour.

 

— Tu ne sais pas grand-chose, lâche-t-elle.

 

— Sky… je chuchote avec désespoir.

 

Pourquoi nous n’arrivons plus à parler aussi bien qu’avant ?

 

— Je pensais ne jamais te revoir ! m’avoue ma femme d’une voix douloureuse.

 

Je me fige, elle aussi, nous nous dévisageons longuement sur le parking du club. Nos deux poitrines montent et descendent à un rythme rapide, l’atmosphère est pesante. Elle est remplie de non-dits et de rancœur. Il y a des choses douloureuses dans notre histoire qui n’ont pas été réglées, et nous en faisons les frais.

 

— Et moi ? Tu y penses ? Tu ne penses pas que j’avais espéré te revoir ce jour-là ? Sky ! je hurle à mon tour.

 

Sky ne répond rien, elle me dévisage, stupéfaite de me voir si vite perdre mon calme. Si elle savait comme son comportement à influencer l’homme que je suis devenu. On apprend à se forger dans la douleur.

Je la pointe du doigt en ordonnant d’une voix sans appel :

 

— Alors si tu veux être encore ma femme, sache que MA femme ne sera pas une pute, il en est hors de question !

 

— Tu ne décides pas pour moi ! renchérit ma femme d’une voix sèche.

 

— Arrête ça Sky, bordel, arrête de faire celle qui peut se débrouiller seule !

 

Elle me gifle avec violence et rapidité, tellement que je n’ai pas le temps de le voir venir. On ne peut pas dire qu’elle y a été de main morte.

J’encaisse sans rien dire, alors que Sky se défoule également.

 

— Ça fait quatorze ans que je me débrouille toute seule, connard !

 

Et moi ça fait quatorze ans que je souffre de son absence. Je ne soulève pas et me contente de regarder ses traits tirés de colère.

Une envie démente m’envahit, j’aimerai la plaquer contre le goudron de ce parking et m’enfouir en elle pour la faire crier autrement que de colère.

Puis soudain, face au silence, une question sort de sa bouche :

 

— Est-ce que tu m’aimes encore ?

 

Mon cœur s’emballe et aimerait répondre à ma place, mais ma raison me fait garder le silence. Ce serait trop simple.

Abruti.

 

— Tu vois, même ça, tu ne sais pas. Alors, ne fais pas semblant de vouloir t’intéresser à moi. Je t’ai brisé le cœur Nir, je t’ai abandonné, tu as le droit de m’en vouloir, de me haïr et de me détester. Mais tu n’as pas le droit de vouloir diriger ma vie.

 

— À qui la faute ! je rétorque sèchement, on s’était promis de s’aimer quoi qu’il nous arrive, Sky ! Quoi qu’il nous arrive !

 

— La vie n’est pas un long fleuve tranquille et tu le sais ! me coupe Sky avec froideur.

 

Oui, je le sais mieux que quiconque.

Je ferme les yeux en soupirant, mes poings se serrent et je déclare :

— Alors oui, j’ai le droit de t’en vouloir, j’ai le droit de te haïr et de te déteste. J’ai le droit de baiser toutes les chattes que je veux, parce que ça fait quatorze ans que tu m’as privé de la tienne !

 

Elle me dévisage abasourdie par mes propos, je jure, je suis le roi des cons.

 

— J’avais besoin de toi, Sky, j’avais besoin de toi et tu n’étais pas là. Tu n’étais pas là ! je jure.

 

La colère revient de plus belle lorsque de nombreux souvenirs d’un passé douloureux me reviennent en mémoire. J’étais seul, et elle n’était pas là.

Sky me saisit la main, elle me tire vers elle pour avoir mon attention.

 

— Je sais ! Je sais ! Mais Nir…

 

Je la repousse en reculant, non, je ne pense pas pouvoir gérer des explications.

 

— Non, tu n’as pas d’excuses !

 

Une autre gifle part, j’encaisse les coups sans rien dire. Certains essayeraient de rendre les coups, mais pas moi. On ne frappe pas une femme, même si elle nous donne des envies de meurtres.

 

— Tu ne sais rien, connard égoïste ! Tu penses tout savoir, mais tu ne sais rien !

 

Un rire ironique m’échappe. C’est une très bonne constatation en effet.

 

— Comment j’aurais pu le savoir alors que tu n’étais plus là pour me le dire ! C’est toi qui as brisé notre mariage, pas moi Sky. J’ai peut-être changé, mais le Nirvana qui promettait une chose et qui la tenait est toujours d’actualité.

 

— Si tu étais toujours ce type-là, tu te calmerais et tu ne me parlerais pas ainsi.

 

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— Mais j’ai changé. Tu m’as brisé Sky. Brisé, humilié et laissé seul alors que j’avais tellement besoin de toi à cette époque, j’avais besoin de ta force, de tout… je réponds avec calme.

 

Mais tu n’étais pas là. La vérité est là. Je dévisage longuement Sky, une larme rageuse s’échappe de ses yeux et glisse sur sa joue.

Bon sang, je n’aime pas la voir pleurer.

Je jure en me maudissant d’être un con pareil, j’essaye de l’attirer contre moi, mais Sky me résiste.

Plus entêté tu meurs !

Ma femme me rejette encore une fois, alors qu’avant, même si nous nous engueulions, je réussissais toujours à la reconquérir. Là, ça semble peine perdue.

 

— On n’est pas prêt à avoir cette conversation, tu ne m’écouteras pas Nir, tu m’en veux tellement que tu n’arrives pas à être lucide, si seulement tu pouvais m’écouter.

 

— Je t’écoute, je réponds en fronçant les sourcils.

 

Ma femme s’approche de moi en douceur, l’ambiance entre nous devient plus triste, moins tendue. Je n’aime vraiment pas l’expression que je vois sur son visage.

Sa main se pose sur ma poitrine, là où mon cœur bat à tout rompre du à sa proximité. J’aimerai la prendre dans mes bras et la serre de toutes mes forces en lui disant que oui, je l’aime toujours même si je ne veux pas me l’avouer.

 

— Pas avec ton cœur. Il saigne encore, et il te contrôle. Ton esprit a peut-être cicatrisé la plaie que j’ai causée en blessant notre mariage, mais le reste, en souffre encore.

 

Je reste sans voix face à ses mots, je ne sais pas quoi y répondre et c’est bien là où je reconnais ma femme. Sky a ce pouvoir sur moi, celui de me mettre à terre en une parole.

Elle s’écarte de moi en séchant ses yeux rapidement. Elle m’offre un sourire triste en disant :

 

— Je vais rentrer, dis aux filles que j’ai décidé de marcher, et qu’on se voit plus tard.

 

— Sky… je soupire, attends.

 

La petite brune aux cheveux frisés secoue la tête, en croisant les bras comme pour se protéger.

 

— En vérité, c’est moi qui suis désolée Nirvana. Je suis désolée de t’avoir fait autant de mal. Mais par-dessus, je suis désolée d’être revenue remettre tout ça au goût du jour. Je n’aime pas te voir malheureux.

 

Je ne regrette pas, j’ai envie de lui dire, mais rien ne sort, je suis encore dans mes pensées, à peser le pour et le contre de ses propos.

 

— Même ça tu ne sais pas quoi en dire, soupire-t-elle. Écoute, on discutera lorsque tu en auras vraiment envie et quand tu te sentiras prêt à entendre ce que j’ai à te dire. À plus Nir.

 

Et sans dire un mot de plus, je regarde la femme de ma vie, celle que j’ai aimée et que j’aime comme un fou, se diriger vers la route pour rentrer chez elle. Au loin, je vois que ses épaules remuent comme lorsqu’on tente de retenir un violent chagrin.

Je m’apprête à lui courir après pour la prendre enfin dans mes bras et lui dire que j’en ai marre de tout ça, qu’on doit arrêter nos conneries, quand un rire résonne derrière moi.

Je me tourne et découvre Evil, le sergent d’armes des Sons Of Silence, qui ont fait le voyage pour la naissance des jumeaux et venir nous apporter les nouvelles concernant les Evils Brothers.

 

— Hé bien, tu me confirmes le pourquoi je ne veux pas être marié.

 

— Ferme-la, Evil.

 

Le Sons esquisse un sourire, bordel, c’est la première fois que je vois le sergent d’armes sourire. On dirait un remake d’un film d’horreur avec des poupées hideuses esquisser une expression joyeuse.

Flippant.

Il tire sur sa clope, une odeur forte et épicée en sort. Le Sons est une montagne froide et impénétrable avec ces yeux noirs. Le genre de type qui rendrait nerveux n’importe qui. Son patch de Sergent d’Armes n’a pas été très compliqué à obtenir d’après Adrian. Le Président raconte que son Sergent n’a pas de cœur.

 

— Pourtant, je peux te dire ce que ça fait d’aimer quelqu’un, comme jamais.

 

Je me laisse aller à un rire amusé. C’est la blague de l’année.

 

— Toi ? T’es pire que Sean, t’es un iceberg du pôle Nord.

 

Le Sons tire sur sa clope de nouveau en hochant la tête, visiblement d’accord avec ma comparaison.

 

— C’est la vie qui nous fait devenir comme ça, lâche-t-il simplement.

 

J’ai longtemps remarqué qu’il avait le regard dans le vide, comme s’il était ailleurs, comme si son esprit n’était plus avec nous. Il a le regard éteint, et c’est rare, je n’ai croisé ça que chez les vétérans, ceux qui avaient vécu trop de choses pour en rester vivant entièrement.

Je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit, que le Sons termine sa clope, il l’écrase sur sa botte et me lance d’une voix sombre :

 

— On a réunion dans cinq minutes pour parler de vos nouveaux copains.

 

Je soupire en lui faisant signe que c’est bon.

 

— Allons-y.

 

Mais le Sons m’arrête en m’attrapant par l’épaule, son regard est rempli de sous-entendu lorsqu’il me dit :

 

— Ta femme a raison, t’es un enfoiré qui n’essaie même pas de l’écouter.

 

Depuis combien de temps il était là à nous écouter ? Je me le demande.

Étrangement, je ne le contredis pas, depuis que Sky est arrivée, je me comporte comme un enfoiré. Le cœur nous pousse à faire des choses stupides pour nous venger de la peine qu’on lui a causée.

 

 Amheliie

02/12/2016

14)

 

 

 

En entrant dans le club, en voyant la foule, en entendant les rires, les cris, les verres qui trinquent et la musique en fond sonore, je me demande depuis combien de temps je n’ai pas été à une fête. Longtemps, c’est certain puisque je ne me souviens pas de la dernière. C’est étrange et assez impressionnant, tout ce monde, certain que je connais et d’autres pas. Des hommes avec des cuirs sur le dos, des Blood, des Sons et les Hell’s qui viennent finir le tableau de la réunion de biker.

La porte se refermer derrière nous, elle est gardée par les deux prospects des Blood, j’ai vaguement entendue Lemon et Slayer discuter d’une autre fête de naissance qui a mal tourné. J’ignore comment, mais personne n’a l’air d’y penser ce soir. Tout le monde affiche un sourire et a l’air heureux.

J’avance dans la salle principale, assez grande pour accueillir tout ce monde, je suis venue à l’arrière de la moto de Slayer et le voyage, pourtant court, m’a retourné l’estomac. Si en voiture j’ai tendance à m’arranger avec le Code de la route, en moto c’est simplement trop flippant.

Je repère le buffet et je m’y rends, j’ai besoin d‘un verre avant tout pour me remettre de mes émotions. Je prends une bière et tente de la décapsuler à la main, mais elles sont tellement moites que je n’arrive à rien.

 

— Un peu d’aide ?

 

Je me retourne vers la voix à l’accent étrange qui me parle. Je découvre une gravure de mode avec un bébé dans les bras. Il me sourit et je dois avoir la bouche ouverte parce qu’il se met à rire. Il est magnifique, le genre de mec qu’on voit sur la couverture des magazines, blond ses cheveux sont coiffés en arrière, des yeux bleus clairs adorables, un sourire fondant et un corps qui solide pour parfaire le tout.

Il déplace son bébé sur son épaule et je vois un patch noir ou il écrit « black blood » et je comprends à qui j’ai à faire.

 

— Tu es Liam ?

 

Il se redresse un peu, l’air fier.

 

— On se connaît ?

 

— Je suis Sky, la… heu…

 

— Oh dit-il, la femme de Nir.

 

Ses yeux glissent sur mon corps, un peu comme pour juger si je mérite son frère. Je fronce les sourcils en rougissant sous son regard un peu trop insistant. Je suis habillé simplement ce soir, pas comme je suis au club là où tous ses potes m’ont déjà vue, je porte un jean un peu large et un simple top rouge.

 

— Félicitations, je finis par dire en désignant du bout de ma bière le bébé dans ses bras.

 

Il sourit de plus belle en observant l’enfant endormi sur son épaule.

 

— Merci. Elle s’est Ireland, ma grosse dormeuse.

 

Je me mords la lèvre en regardant cet homme qui a tout d’un gros dur fondre comme neige au soleil en embrassant la petite tête de sa fille.

 

— Et son frère Éros est là-bas, il reprend en se tournant, avec sa mère.

 

Je suis la direction qu’il m’indique et je vois une jeune femme de dos, les cheveux bruns qui discutent avec les présidents du club de Nir.

 

— Mio bella ! lance Liam.

 

Gina se retourne un sourire collé aux lèvres elle aussi, mais de belles cernes sous les yeux. Il lui fait singe de nous rejoindre, elle refile son fils à son frère et s’avance vers nous.

On peut dire qu’il forme le couple parfait, si Gina n’est pas la femme parfaite physiquement elle rayonne de bonheur et ça suffit à la rendre irrésistible.

 

— Mio bella, je te présente Sky, reprend Liam en serrant sa femme contre lui.

 

Gina m’observe quelques secondes avant de faire un « o » avec sa bouche.

 

— Sky ! La femme de Nir ! Je suis heureuse d’enfin te rencontrer.

 

La seconde d’après, je suis dans ses bras elle sent les produits pour bébé. Gina me relâche, mais elle me tient à bout de bras sur mes épaules pour m’observer comme l’a fait son mari.

 

— J’ai du mal à le croire.

 

— Moi aussi, ricane Liam.

 

Gina finit par me lâcher et reprendre sa place contre Liam.

 

— C’est Nir, lance Liam, celui qu’on n’imagine pas marié.

 

Sa femme se met à rire en tournant son visage vers lui.

 

— Et toi alors ? Je suis sûre que tout le monde te dirait que tu es en tête de ceux qu’on imagine pas mariés et père.

 

— Ça, c’était avant toi.

 

— Alors, ne sous-estime pas le pouvoir de l’amour, renchérit Gina.

 

Elle se tourne vers moi et me fait un clin d’œil qui me détend.

 

— Ouais, bon j’ai besoin d’une bière et de mec.

 

Lima refile sa fille à sa femme, il prend ma bière que j’avais encore dans la main et la décapsule rapidement avant de me la rendre. Il embrasse ses femmes et s’en va retrouver ses frères nous laissant seuls avec Gina.

 

— Félicitations, je lance de nouveau pour combler le silence.

 

Puis je me rappelle du cadeau que j’ai dû faire en quatrième vitesse pour les bébés. Je sors de la poche arrière de mon jean deux petits bracelets, l’un rose et l’un bleu orné d’un petit singe adorable.

Je les tends à Gina.

 

— Pour tes enfants, c’est leur signe chinois.

 

Elle sourit en prenant les bracelets qu’elle observe avec joie. Les mamans sont simples à combler, je l’ai appris de ma mère, un objet qui leur rappelle leurs naissances et elles sont heureuses.

 

— Merci, dit-elle ils sont adorables.

 

Elle me tend sa fille, je pose rapidement ma bière pour la prendre dans mes bras, Gina attache directement le rose au poignet de Ireland qui ne se réveille même pas.

 

— Elle dort profondément, je lance en observant la petite tête au creux de mon bras.

 

— Ah ça, c’est bien la fille de son père, une vraie marmotte. Par contre son frère c’est un vrai chouineur, lui aussi c’est bien le fils de son père.

 

Je me mets à rire, Ireland ne bronche toujours pas et je me confonds dans sa beauté pure. Son petit nez, ses joues rebondies et cette petite touffe de cheveux châtain sur le sommet de son crâne. Elle est adorable.

Je relève les yeux sur Gina, elle m’observe les bras croisés sur son ventre.

 

— Désolé dit-elle, j’ai encore du mal à réaliser que toi et Nir vos soyez marié.

 

— Pas de soucis, par moment moi aussi j’ai encore du mal à le réaliser.

 

Un silence s’installe entre nous, alors qu’autour il a y énormément de bruit. Je n’ai pas encore vu Nirvana, à vrai dire je ne sais pas si je veux vraiment le voir ce soir.

 

— C’est quelqu’un de bien, lance Gina.

 

— Je sais.

 

— Je l’aime beaucoup, il apporte beaucoup au club, il est… Nirvana. Et s’il y a une chose que je dois retenir de lui, c’est de ne pas émettre de jugement. Je ne vais pas te juger, sur ce que tu fais ni sur ce qui se passe entre vous, mais je ne veux pas qu’il soit malheureux.

 

Les yeux bruns de Gina me montrent clairement que je n’ai pas intérêt à merder avec mon mari au risque de la trouver sur mon chemin.

 

— Je ne veux pas qu’il soit malheureux je lance, ce n’est pas mon but.

 

Je ne savais pas que j’allais tomber sur lui en venant dans cette ville et même si entre nous le passé est lourd, s’il est fait d’erreur et de non-dit il reste mon mari, celui que j’ai épousé parce que je l’aimais. Je ne veux pas lui faire plus de mal que j’en ai déjà fait il y a quatorze ans, mais ma simple présence ravive les blessures et le fait souffrir. Tout comme le voir, l’entendre me traiter de pute me fait mal.

J’allais répondre quand une voix forte suivie du bruit d’un couteau qui frappe un verre résonne. Hurricane est debout sur une table au centre de la pièce et attend le silence. Une fois la musique éteinte il commence.

 

 — Ce soir on est tous réunis pour fêter la venue au monde de mon neveu et de ma nièce. Deux êtres magnifiques engendrés par un petit con d’irlandais et par la plus merveilleuse des sœurs.

 

Je me tourne vers Gina, qui essuie déjà les larmes qui coulent sur ses joues. Hurricane cherche sa sœur dur regard et tend son verre dans sa direction quand il la trouve.

 

— Chaque jour quand je te vois, je suis fier de toi dit-il, tu n’es plus la petite fille capricieuse qui faisait son possible pour me pourrir la vie, tu es devenue une femme et maintenant tu es une mère.

 

Lui aussi se frotte les yeux ce moment parait suspendue dans le temps, comme s’il n’y avait plus que le frère et la sœur seule qui partage énormément de choses dans ce petit discours.

 

— Tu es forte, il reprend, plus que tous les mecs réunis ici, bien plus forte que moi ou ce qui te sert de mari. Tu t’es battu comme une Cortesi et je ne suis pas le seul à être fier de toi, on l’est tous. Je t’aime ma sœur.[1]

 

Gina s’avance me laissant seule avec sa fille dans les bras.

 

— A Gina et Liam est aux deux magnifiques bébés qui viennent agrandir notre famille !

 

Le président descend de sa table et prend sa sœur dans ses bras. J’essuie une larme moi aussi que je n’avais même pas sentie couler, mais devant tant d’amour on devient tous des fontaines pour peu qu’on ait un cœur.

Je baisse les yeux sur le bébé quand elle commence à s’agiter, surement que les décibels ont atteint un niveau trop élevé. Je cherche Gina ou Liam du regard, mais je tombe sur Nirvana qui m’observe assis sur un tabouret de bar, une bière à la main une fille dans l’autre. Je déglutis en sentant la jalousie prendre possession de mon corps alors que je vois sa main autour de sa taille et la poitrine de la fille collée contre son torse.

 

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J’ignore qui est cette fille, j’ignore ce qui se passe entre eux, mais ils ont intimes c’est certains, mais jusqu’à quel niveau ? On n’a pas parlé de ça, je ne lui ai pas demandé s’il y avait quelqu’un dans sa vie, à vrai dire on n’a pas parlé du tout au final à part pour s’engueuler.

Ireland commence pleurer et je la berce dans mes bras en lui chuchotant des mots de réconfort, mais je suppose qu’elle a faim ou un truc comme ça.

J’avance pour aller voir un de ses parents, mais Rhymes m’interceptent rapidement.

 

— Hé, salut Sky.

 

Je lève les yeux sur le jumeau avec qui j’ai sympathisé la veille au club. Il est l’un des seuls à ne pas m’avoir regardé comme une bête de foire et à se comporter normalement avec moi.

 

— Salut, Rhymes, je réponds tout en essayant de calmer Ireland.

 

— Donne-la-moi dit-il, Harley ne pleure jamais dans mes bras.

 

Je souris et lui donne la fille de Gina, hier il m’a parlé de sa nièce avec amour et fierté, il a l’air de se débrouiller avec es enfants. À peine blottie dans ses bras Ireland cesse de pleurer. Elle frotte sa petite tête contre le cuir et je comprends que l’odeur doit lui être familière et rassurante.

 

— Tu vois, je suis le tonton magique de toutes les gamines.

 

Je ris et Gina fait son apparition pour récupérer sa fille. Je les écoute distraitement parler entre eux en regardant autour de moi. Il y a des hommes, en cuir avec des enfants endormis pour la plupart dans leur bras, des femmes, qui rient et joue aussi à la maman et l’ambiance est très familiale et agréable.

 

— Tu as visité le club ? me demande Rhymes une fois Gina partit.

 

— Non, dis-je, je n’ai pas eu ce plaisir, mais de ce que j’en vois c’est un bel endroit.

 

— Oui dit-il, c’est neuf, confortable et idéalement placé. Viens on va faire le tour.

 

Je souris à Rhymes et à son air apaisant contrairement à son jumeau qui a tout du mec qu’on ne voudrait pas croiser tard dans la nuit. Il parait insensible à tout, mais le peu de fois où je l’ai vu avec Lemon la glace a fondu.

Rhymes m’entraine dans un couloir en me disant qu’ici se trouvent les chambres.

 

— Qu’est-ce que tu fais mon frère ?

 

Je m’arrête net en entendant cette voix, ce son grave et rauque et l’avertissement qui traine derrière cette question. Rhymes se tourne et se dirige vers Nir à l’entrée du couloir les bras croisés sur son torse.

 

— Je lui fais visiter le club.

 

— Le club ou ta chambre ?

 

— Nir ! je crie en m’approchant

 

Il n’a pas le droit de dire ça, pas ce soir, pas ici et pas à un membre de son club !

 

— C’est bien ta femme non ?

 

Nirvana se tourne vers moi, son regard se plante dans le mien avec douleur.

 

— Ouais c’est ma femme.

 

— Alors je me comporte avec elle comme avec les autres femmes de mes frères Nir.

 

Nir soupire en décroisant les bras de sa poitrine, il prend Rhymes dans ses bras et je l’entends s’excuser. Rhymes lui donne des claques dans le dos en lui disant que tout va bien.

 

— Je vais m’occuper de la visite, finit mon mari.

 

Rhymes s’éloigne après m’avoir souri et une fois qu’il a disparu j’affronte celui que j’ai épousé. J’ai envie de lui hurler dessus, de lui dire d’arrêter de « humilier comme ça à chaque fois qu’on se croise, mais je préfère me taire et espérer qu’on puisse discuter comme deux adultes normaux.

Nir m’observe de la tête aux pieds et je vois un sourire se dessiner sous sa barbe.

 

— Quoi ? je demande.

 

— Rien, tu me rappelles vaguement quelqu’un.

 

Je baisse les yeux en souriant, peut-être qu’il va me voir enfin comme Sky et non comme la pute, peut-être qu’enfin on va pouvoir avancer.

 

— Viens, il reprend en passant devant moi on va aller dehors j’ai besoin d‘un joint.

 

Je le suis en me demandant comment je vais faire pour être honnête avec lui sans lui parler de Josh. J’ai passé la semaine chez les Hell’s, je ne l’ai pas revue puisque je ne suis pas sorti et j’ignore encore ce que je vais faire de cette histoire, si je reste ici au risque de mettre le club qui a bien voulu m’accueillir en danger ou si je vais devoir partir. Peut-être que cette soirée me dira quoi faire, peut-être que le destin m’offre dans ce moment avec Nirvana un moyen de voir ou j’en suis et où je dois aller, tout du moins je l’espère.

 

Maryrhage

 

[1] En italien dans le texte.

01/12/2016

Le Cri du Coeur, Prologue & Chapitre 1

 

 

Prologue

 

 

Baltimore, 2017.

 

 

Il fait froid aujourd’hui. Plus que d’habitude, le ciel est gris et l’humeur qui règne dans les rues est morose. Je n’aime pas le lundi, mais personne ne l’aime.

Où est-ce simplement mon humeur qui influence sur mon jugement ? Je ne sais pas. Aujourd’hui est un jour sans, sauf qu’aujourd’hui est un jour comme les autres pour le monde qui m’entoure. Les gens se lèvent pour aller au travail, les enfants vont à l’école, et moi… je suis ici. Devant ces portes en bois taillés closes qui s’ouvriront seulement si je décide d’y entrer. Ai-je vraiment envie d’y entrer ? Je ne sais pas. Ce matin lorsque je suis sortie de mon lit, j’ai su que quelque chose de difficile allait se produire. J’ai attendu, je me suis vaguement occupé, puis, le facteur a sonné à ma porte et ce quelque chose m’a poussé à venir ici.

Depuis un certain temps déjà, mon reflet dans le miroir me disait, mais où est passé cette femme que tu pensais connaitre dans ce miroir ?

Elle a disparu, comme l’étincelle qu’on aborde lorsqu’on est pleinement heureux. Elle a disparu en se cachant derrière un masque. Un masque qui me convenait, jusqu’à présent.

Souvent, on se demande si on a fait le bon choix. Ai-je bien fait de mettre ces chaussures ? De dire oui pour ce travail ? D’accepter cette situation ? De voyager à cet endroit ? De prendre ce chemin plutôt qu’un autre ?

Est-ce que les choix que nous faisons maintenant influenceront comme nous le souhaitons notre avenir ? Est-ce qu’en partant à droite, je ne me retrouverai pas à gauche au bout du compte ?

Est-ce qu’il regrette ces choix, comme je regrette les miens ?

Je chasse cette question, et décide de pénétrer dans l’Église de mon quartier, la Corpus Christi Church. Une magnifique maison de Dieu en pierre grise de style gothique qui ressemble à celui du XXIII siècle avec un clocher qui domine.

L’odeur de l’encens m’envahit et m’irrite les yeux, je n’ai jamais aimé respirer cet air, il me semble toujours aussi chargé. Lorsque j’étais enfant, je prenais avec moi un mouchoir recouvert de parfum pour ne pas avoir la nausée. Je vois que les années n’ont pas changé ce sentiment chez moi.

Il n’y a personne pour ce début d’après-midi sur les bans, ni même dans les ailes. L’église est calme et sombre, il ne filtre que très peu de lumière par les vitraux. Le lieu est magnifique, taillé dans le marbre et la pierre. D’immenses arches pointues entre l’allée centrale jusqu’à l’autel. Autour de moi, entre les vitraux détaillant des scènes célèbres de la Bible, il y a des mosaïques, quelques tableaux tristes et une statue de la Vierge. Je ne croise pas du regard l’immense croix qui domine les lieux.

Cela fait bien longtemps que je n’ai plus envie de me frotter à Lui. J’ai perdu la bataille, il est plus fort, c’est comme ça.

Pourtant je suis encore là.

J’entends des pas provenir du presbytère, suivis d’une porte. Je n’ai pas le temps de faire machine arrière et de sortir que mon regard croise celui de l’individu âgé.

Je ne dis rien, et l’homme vêtu de noir n’a pas le temps de dire quoi que ce soit non plus que je trouve du regard le confessionnal.

Je ne sais pas si c’est le jour, ni même si le prêtre de cette Église a le temps de m’écouter, mais je ne réfléchis pas. J’entre dans la partie qui m’est réservée et j’attends de voir ou d’entendre quelque chose.

Il ne me faut pas beaucoup de temps pour savoir ce qu’il se passera, le prêtre prend place à son tour, je l’entends s’installer à ma gauche. Il ouvre la petite grille qui nous sépare et préserve mon anonymat. Puis, le silence se fait maitre. Il attend, et moi, je résiste.

Bénissez-moi, mon Père, parce que j'ai péché. Je confesse à Dieu Tout-Puissant, je reconnais devant mes frères, que j'ai péché en pensée, en parole, par action et par omission.

Mais aucun mot ne sort, aucun mot que je devrais dire normalement.

 

— Je n’ai pas remis les pieds dans une église pour me confesser depuis des années, je souffle d’une voix calme pour m’expliquer.

 

— Vous êtes ici, c’est déjà un grand pas. Je vous écoute, soyez libre dans vos paroles.

 

Un léger sourire se dessine sur mon visage, la voix du prêtre est chaleureuse, comme celle des grands-pères qui nous racontent leur histoire d’antan. Je suis ici, mais est-ce que c’est déjà un grand pas ou une rechute ?

 

— J’ai le cœur lourd, et je ne sais même pas ce que je fais ici. Ma vie ne se résume pas à grand-chose, je n’ai rien fait de mal, rien qui mériterait une pénitence, ni même un pardon divin, et pourtant, j’ai l’impression d’avoir souffert et vécu, comme mille femmes ont souffert et vécues.

 

— Qu’est-ce qui amène une jeune femme comme vous à penser tout cela ?

 

La vérité.

 

— Le constat d’une vie, d’une situation, je réponds simplement.

 

Mes mains commencent à se mettre à trembler en y pensant. Aujourd’hui est le jour que je détesterai le plus. Il va entrer dans mon top dix des pires moments de ma vie.

Égoïste, tu vas encore faire pleurer.

 

— Quel est votre fardeau ? m’interroge doucement le prêtre.

 

Je dévisage mes mains, l’absence de ce qu’il y aurait dû avoir entre ces dernières. Je me contente de serrer entre mes doigts le papier plan comme une bouée de sauvetage.

Mais elle m’enfonce, elle me fait mal.

 

— Celui d’avoir aimé un homme plus que moi-même, j’avoue à bout de souffle.

 

L’atmosphère dans le confessionnal devient plus lourde, je sens la surprise du prêtre qui doit se demander en quoi aimer quelqu’un est un fardeau.

S’il savait.

 

— En quoi l’amour est un fardeau ?

 

Bingo.

 

— Lorsqu’il nous pousse à la haine, ce dernier se révèle l’être, je poursuis avec conviction.

 

Et je le pense. Certains proverbes disent que de l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas, et c’est vrai. Nous pouvons aimer quelqu’un plus que nous même, l’aimer si fort qu’il nous pousse à le détester.

J’ai aimé quelqu’un comme ça, et je l’ai hais avec autant de force.

 

— Qui est cet homme ? Parlez-moi de lui.

 

Le prête se montre patient, c’est ce qu’ils doivent faire pour comprendre l’étendue des problèmes des gens, les détails des maux qui les rongent et qui les ont, sans doute, pousser à commettre une ribambelle de péchés. Est-ce que ma colère et ma haine m’a poussé à suivre cette voie ? Sans doute, mais mon âme et son sauvetage ne m’intéressent pas pour l’instant. À vrai dire, si je pouvais dire à voix haute ici que je n’en ai rien à foutre, je le dirais.

 

— Il est tout et rien à la fois, j’explique.

 

— Racontez-moi, insiste le prêtre.

 

Et c’est ce que j’ai fait. Depuis le début, comme je ne l’avais jamais fait auparavant, comme lui seul connait notre histoire.

Je ferme les yeux, et j’ai de nouveau dix-huit ans.

Je suis de nouveau cette fille libre, avec une ouverture d’esprit qu’il n’allait bientôt plus avoir, remplacer par tellement de principes, et de savoirs. Je possède encore l’innocence de croire en certaines choses, lui n’aurait bientôt plus les mêmes que moi.

Il aurait des rêves que je ne partagerais pas, et les miens lui sembleraient futiles.

Il ne comprendrait pas mon existence et cette soif d’indépendance.

Je ne voudrais pas croire qu’on puisse s’enfermer dans cette vie-là, et lui ne pourrait pas comprendre qu’on décide de vivre cette vie-ci.

J’aurais voulu ne pas en tomber amoureuse, mais déjà, lorsqu’on ne veut pas, il est déjà trop tard. C’est que nous le sommes déjà.

Je suis tombée amoureuse de Logan Crowley un jour comme ça. Sans m’en rendre compte, je me suis mise à l’aimer plutôt qu’à simplement l’adorer. Il est passé d’ami, à amant. Un truc comme ça.

Je croyais aux amitiés filles-garçons, parfois il m’arrive d’y croire encore. Et j’aimerai dire que toutes les histoires se terminent bien, malheureusement, il n’y a que dans les livres que je lisais adolescente où les happy-ends régnaient en maitre que c’est le cas.

J’aimerai dire que la mienne s’est terminée comme je l’aurais souhaité, mais la vie s’est chargée de m’apprendre, qu’on n’obtient pas toujours ce que l’on veut. Et que souvent, ce que l’on désire, ne nous ai jamais accordé… du moins pas vraiment, et dans notre situation, c’est le cas. Depuis des années, nous sommes ainsi, stagnant dans notre existence, parcourant nos chemins seuls, avec en tête des « et si ».

Et si nous n’avions pas décidé de prendre cette voie, en serions-nous là ?

Et si l’année de mes dix-huit ans ne s’était pas déroulée comme ça ?

J’ouvre les yeux, je me surprends à y voir trouble, et lentement, les mots sortent de ma bouche, comme une confession que personne d’autre n’entendra.

Cette fois-ci, ce sera entre Lui, et moi.

 

 

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***

PARTIE I : AVANT

***

 

Chapitre 1

 

 

 

Londres, 2009.

 

 

— Félicitation Aubrey, maintenant tu es une surdouée grande et responsable.

 

Je ne peux m’empêcher de rire aux éclats en l’entendant me taquiner de la sorte. J’aime son humour, j’aime sa façon qu’il a de communiquer avec les autres avec intelligence et spontanéité.

 

— Et diplômé, je renchéris.

 

— Et diplômé en effet.

 

Logan retire ma coiffe de diplômé de ma tête blonde, il a déjà perdu la sienne. Cela ne m’étonne pas vraiment, heureusement que sa tête est bien accrochée à son cou, sinon, il risquerait de la perdre.

Je viens d’avoir dix-huit ans, lui les a eus depuis deux ans déjà. Nous venons d’avoir haut la main nos diplômes en Histoire et en économie, pour ma part avec deux ans d’avance.

Ensemble nous marchons vers nos parents qui nous attendent pour aller déjeuner et fêter notre réussite. Si Logan, s’arrête un an pour se prendre quelques mois de temps libre avant de trouver un boulot, il veut faire de l’humanitaire. Je vais sans doute entrer dans une école pour devenir Conservatrice. Je rêve depuis toujours de travailler avec des œuvres poussiéreuses et de côtoyer au plus près des objets qui racontent une histoire. La nôtre surtout.

Autour de nous, les diplômés expriment leur joie, après trois ans de dur labeur à l’Université de Londres, nous en sortons, pour soit continuer dans une autre branche, soit pour entrer dans la vie active.

Je dévisage le petit attroupement qui discute. Nos deux pères sont meilleurs amis depuis l’enfance également. Ils ont fait médecine ensemble, et dirigent un cabinet privé en ville. Nos mères nous ont élevés avec nos frères et sœurs et ont occupé leur temps libre avec divers engagements dans des associations et notamment auprès de notre paroisse.

Car si dans nos proches, la religion est très présente, j’ai une âme d’artiste, je crois en Dieu, mais je ne le laisse pas dicter ma vie. Pour les autres, c’est très sérieux. Alors je me contente de respecter leurs choix, leurs visions, tant qu’ils respectent la mienne de croire comme j’en ai envie et non pas en overdose comme certains peuvent le faire.

Logan se moque de moi souvent en me traitant de mécréante, et ça me fait rire. Je pense que nous pouvons vivre une religion moderne, avec notre temps, et non pas archaïque comme certains aiment à nous le faire penser.

Mais ça, c’est un autre sujet.

 

— Félicitation vous deux ! déclare mon père en m’enlaçant.

 

Je suis contente qu’il ait pu se libérer, en ce moment, il passe son temps à travailler, il rentre tard et nous ne le voyons pas beaucoup.

Ma mère s’énerve après mes deux sœurs qui courent dans tous les sens. Ma mère est stricte, elle est impeccable en apparence,

Parfois lorsque je dévisage notre famille, j’ai l’impression d’être un cliché pur, mais bon, c’est comme ça, heureusement qu’on m’autorise un peu de folie et de liberté pour ne pas me sentir enfermé.

Les parents et les trois autres frères de Logan nous félicitent. Lincoln est militaire depuis trois ans, au service de Sa Majesté, Louis ne va pas tarder à entrer en seconde année de médecin, et Lewis, le petit dernier n’est qu’au collège. Il est discret. Mais les quatre frères Crowley se ressemblent tous, grand, regard charmeur, sourire insolent, yeux gris, cheveux sombrent. 

Lorsque je regarde Logan, je me sens parfois stupide. Il dégage un je ne sais quoi qui m’impressionne. Son charisme et sa façon d’agir me laissent souvent croire que cet homme n’est pas humain, il est surhumain, un robot crée par les scientifiques pour complexer les autres. Et lorsque je lui dis ça, ça l’amuse.

Nos parents finissent de discuter, lorsque Jane, la mère de Logan regarde sa montre et annonce qu’il est l’heure de rentrer, c’est là que mon meilleur ami me surprend en se raclant la gorge. Il prend un air sérieux digne des pires comédies, et déclare vis-à-vis de ma mère psychorigide.

 

— Maggie, j’invite Miss Miller à déjeuner en tête à tête, nous avons des tas de choses à nous dire.

 

Ma mère jette un coup d’œil à mon père en coin, ses sourcils blonds se froncent. J’ai dix-huit ans maintenant, Logan en a vingt, et elle s’inquiète toujours de me voir finir dévergondée. Pourtant j’adorerai finir ainsi dans les bras de Crowley. 

 

— Mon fils, cet éternel clown, lance sa mère en entrainant la mienne.

 

— Mais galant, renchérit mon père.

 

Il me fait signe d’y aller, lui au moins sait que je suis majeur comparé à ma génitrice.

Ni une ni deux, Logan attrape ma main et sort les clés de sa voiture en m’entrainant de l’autre côté du campus.

 

— Tu m’emmènes où ? je l’interroge, j’ai faim, tu sais.

 

Il me lance un clin d’œil en souriant.

 

— Loin Brey pour une surprise et remplir ton ventre.

 

Il ne m’en faut pas plus pour me décider.

 

 

***

 

 

Finalement, le déjeuner en famille n’aura pas lieu, mais un pique-nique Logarien l’a remplacé. Je ne sais pas comment Logan a réussi à convaincre nos parents qu’on voulait fêter ça entre nous, comme des adultes, mais ils ont dit oui, et nous voilà en tête à tête, dans notre parc, sur la pelouse humide, un immense plaid carte du monde étalé sous moi, à manger des chips et des sandwichs étranges dont seul lui à la recette. Une fois il m’a fait avaler du cheddar fondu avec du chocolat pour tester, et ce n’était pas vraiment bon. Le pire reste celui au jambon et à confiture de fraise.

J’ai caché ma surprise de le voir agir ainsi, normalement Logan m’organise ça, pour mon anniversaire, la Saint-Valentin en le détournant en fête de l’amitié, pour mes bad semaines, celles qu’il appelle les semaines rouges où je deviens véritablement chiante à me plaindre sous ma couette parce qu’être une fille, c’est nul, ou lorsqu’il a une chose à m’apprendre et qu’il ne sait pas me le dire sans me faire manger et boire de la bière en douce.

Et ma dernière hypothèse n’a pas raté, il avait en effet quelque chose de désagréable à me dire.

 

— Alors je m’en vais deux mois au Brésil pour une mission humanitaire, mais après je vais me trouver un boulot sympa dans le coin, avant de vraiment chercher un job que ma mère trouverait convenable.

 

— Strip-teaseur tu peux mettre ça de côté, ainsi que barman et essor-boy, je tente de plaisanter.

 

Mais le cœur n’y est pas vraiment. Le Brésil, ce n’est pas la ville d’à côté.

Son regard gris me file les frissons lorsqu’il croise le mien vert. Je me mords la lèvre pour ne pas rire malgré tout.

 

— Très drôle Aubrey, très drôle, on parle de mon avenir, tu sais.

 

Je lève les mains en signe de défense, Logan est davantage plus amusant lorsqu’il tente d’être sérieux. Parfois il l’est et on le sent, mais lorsqu’il ne l’est pas, on le sent aussi.

J’émiette le misérable sandwich qu’il m’a fait à la confiture de fraise. Logan doit revoir ses talents de cuisinier pour inviter les filles en pique-nique improvisé dans le parc aux Nuages. Celui où on aime se rendre lorsque ça ne va pas, que le ciel se couvre d’un voile de nuages gris et blanc, formant des animaux ou des objets.

C’est un peu notre repaire à nous, sauf que ça n’a rien d’un repaire et qu’il est un peu étrange de voir deux adultes par terre en train de montrer du doigt le ciel.

L’atmosphère se fait plus tendue lorsque je demande d’une voix à peine audible :

 

— Pourquoi tu ne me l’as pas dit avant que c’était le Brésil ? Je pensais que tu restais ici…

 

Il m’avait dit qu’il avait trouvé une place dans le centre pour enfant pour travailler bénévolement, pas qu’il avait accepté… ça. Qu’est-ce qui l’a fait changer d’avis au dernier moment.

Logan cesse de faire des jongles avec son ballon de football. Il se fige, je remarque que ses épaules s’arquent dans sa chemise impeccablement repassée. Il est inquiet.

 

— Le Père McDougal est venu à la maison hier soir pour diner, et il m’a confié qu’il manquait de monde pour le Brésil, et puisque notre projet de Road Trip aux US est tombé à l’eau à cause de ta prérentrée… ma mère pense que c’est une bonne occasion d’aider la paroisse, mais aussi d’amélioré mon espagnol.

 

— Ils parlent portugais là-bas, je le reprends.

 

Logan me lance son regard qui veut dire « si tu veux Miss la surdouée », je ne soulève pas, il continue de jouer avec son ballon de football pour s’occuper et ne pas me montrer qu’il stresse.

 

— Tu t’en vas tout l’été, je conclus.

 

— Hé, Brey, je vais t’appeler et t’écrire tous les jours.

 

J’adonne ce que j’ai dans les mains pour goûter son sandwich banane peur de cacahuète, qui n’est pas si mauvais pour une fois.

 

— J’y crois moyennement Crowley. Tu seras trop occupé à danser avec les Brésiliennes.

 

Logan fait rebondir le ballon sur sa tête, avant de le laisser tomber au sol et de s’allonger à son tour. Ce type ne tient jamais en place.

 

— Et comme dans les romans français, je t’écrirai sur une lettre en prenant appui sur les fesses d’une prostituée.

 

Il m’attrape la cheville avec ses doigts, je me débats et le frappe gentiment, ce qui l’amuse.

 

— Tu te crois drôle, mais ce n’est pas le cas.

 

Logan prend un air outré, et comme d’habitude, je ris, parce qu’il suffit d’une expression sur son visage pour chasser la colère, d’un sourire pour arrêter mes peines, et du son de sa voix pour vibrer.

Ma pauvre Brey, tu en ferais rire plus d’une.

 

— Comment ça, Aubrey Mary Miller vous ne riez pas aux blagues de Logan Matthew Crowley ! lance mon meilleur ami en faisant les gros yeux.

 

Il me surprend en rampant sur moi, son corps musclé et dessiné par des heures à courir et à faire de la musculation avec ces frères. Je tente de me débattre lorsqu’il commence à chatouiller mes côtes, mais rien n’y fait, je sais que je n’en ai pas envie. Je veux surtout le sentir proche de moi, ainsi, je veux sentir son odeur musquée envahir mes sens, son souffle chaud contre mon visage alors qu’il me parle, et cette proximité déconcertante qui d’un seul regard, affole l’organe dans ma poitrine.

Logan finit par s’arrêter lorsque je le menace de l’émasculer, il s’effondre sur moi en murmurant vaincu, et m’écrase pour me faire râler. Je le laisse faire, et glisse une main dans ses cheveux châtains pour les mettre en désordre seulement parce que je ne sais jamais où les mettre.

 

— Ce sera le premier été que nous ne passerons pas ensemble, je lance en dévisageant le ciel dégagé.

 

— L’âge adulte et ses responsabilités, Aubrey, que veux-tu, ironise-t-il.

 

— Est-ce qu’un jour, tu prendras les choses sérieusement ?

 

Je baisse mon regard vers le sien, Logan me dévisage déjà avec sérieux et cette lueur au fond de ses pupilles grises qui veulent tout et rien dire à la fois.

 

— Un jour, souffle-t-il.

 

Il se glisse à côté de moi, son bras se lève et viens se faufiler sous mon cou pour venir me blottir contre lui.

 

— Deux mois ce n’est pas très long, Brey.

 

— Soixante-deux jours, je renchéris.

 

— Soixante-deux jours de calme sans me supporter.

 

— J’aime te supporter.

 

Il laisse échapper un rire amusé, mais au son de ce dernier, je sens qu’il ne me dit pas tout.

 

— J’aime que tu me supportes.

 

Et voilà, ses éternels silences, qui comme ses yeux, veulent tous et rien dire. À moi d’interpréter ce que Logan ne dira jamais à voix haute. Il peut être si mystérieux en ce qui concerne ces sentiments, ou bien ses pensées. Surtout nous concernant.

Et lorsqu’il sent que les choses dérivent sur des terrains trop dangereux, il fait de l’humour, tel un maitre dans son art.

 

— Là, je vois un hérisson obèse qui tente de sodomiser une chèvre, déclare-t-il en levant un doigt vers un nuage qui ne ressemble pas à ça.

 

Je tape sa poitrine en me dégageant de sa prise.

 

— Tu vois tu n’es pas sérieux !

 

Logan rit aux éclats en essayant de me faire revenir contre lui, mais je résiste de nouveau, parce qu’une part de moi aime ce jeu du chat et de la sourie. Il me dévisage comme lui seul sait le faire, et mon cœur rate un battement.

Parfois j’aimerai qu’il soit sérieux nous concernant, qu’il rie moins de notre relation pour la rendre plus palpable.

On dit que l’amitié fille garçon n’existe pas, c’est faux, elle existe de cinq à douze ans, puis elle se transforme en davantage à partir de treize. Seulement, il est difficile de l’avouer, pour lui comme pour moi. Alors « On persiste en faisant croire à l’autre que ce n’est rien, qu’il est normal de se comporter ainsi. Pourtant, nous le savons ; l’amour n’est pas très loin. » 

 

***

 

Baltimore, 2017.

 

Je sors de mes pensées en pensant à quel point, j’étais naïve à cette époque. Qu’est-ce que je n’avais pas vu ? Est-ce qu’il a changé à ce moment-là ? Est-ce que l’idée germer déjà dans son esprit ? Ou est-ce ce qui s’est produit après qui lui a fait prendre cette voie-là. Je me demande si j’aurais pu le voir venir, mais malheureusement, je ne l’ai pas vu. C’est arrivé. Tout simplement.

 

— J’aurai dû cette après-midi-là lui dire, je murmure.

 

On regrette toujours les paroles qu’on dit trop vite, tout comme on regrette celles du cœur que nous ne disons jamais.

 

— Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? m’interroge le prêtre, intrigué.

 

— Il a fait une rencontre qu’il l’a changé, je souffle.

 

Une rencontre que personne ne peut prédire, ni même anticiper. Et certainement pas une jeune adulte de dix-huit ans, bien que je doute qu’à vingt-huit, j’aurai pu le voir arriver.

Mais voilà, il est parti en voyage humanitaire, et moi je suis restée ici, à l’aimer en secret, jusqu’à son retour, où j’ai compris que les choses avaient vraiment changé.

 

 

Amheliie