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Vampires et Rock Stars & Co

  • Inside Lines, Chapitre 29

    Chapitre 29

    Asher

     

     

     

    Kade reste dos à moi, assis au bord du lit, le corps tendu, la tête baissée. J’ai du mal à rester à ma place, à ne pas bouger pour simplement le toucher. Ces quelques moments ensemble ne vont pas suffire à éteindre le manque. C’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas assez.

    Je glisse contre lui, il ne bouge pas, mon visage se pose sur son épaule et je ferme les yeux.

    Un an c’est long. Un an à se voir de temps en temps quand nos places respectives nous le permettront. Un an de coup de téléphone, de vidéo sans pouvoir se toucher. Un an.

     

    — Il y aura peut-être d’autres équipes, je commence.

     

    Kade se lève d’un coup.

     

    — Tu devrais y aller, dit-il sans même se retourner, les heures de visites sont presque terminées.

     

    — Qu’est-ce que tu fais ?

     

    Il enfile son jean sans répondre. Je descends du lit et m’avance jusqu’à être en face de lui. Je prends son visage entre mes mains et affronte la douleur que j’y vois. Qu’est-ce que j’ai dit pour qu’il doute de moi ?

     

    — Tu crois que je ne veux pas attendre ?

     

    — Je crois que je ne veux pas savoir, Asher.

     

    Cette fragilité dans son regard, son besoin d’être rassuré, d’avoir confiance, si j’avais des doutes sur mon amour pour cet homme à cet instant il s’envolerait.

     

    — Si, tu veux savoir.

     

    Kade se dégage de mes mains, mais je ne lui laisse pas le temps de s’éloigner, mes bras le ramènent contre moi.

     

    — On est tombés plusieurs fois ces derniers temps, mais on s’est toujours relevés. Une chute de plus ne me fait pas peur, guerrier. T’as tout sacrifié pour ça, je ne vais pas te laisser tomber maintenant.

     

    — C’est pour ça que tu le fais ? Parce que tu m’es redevable ?

     

    Je fronce les sourcils en le dévisageant.

     

    — Non, évidemment que non. Je le fais parce que je t’aime et qu’un an ce n’est rien.

     

    Kade m’échappe et retourne s’asseoir sur le lit, je reste debout à l’observer se faire du mal pour rien. Il est en train de prendre les devants, de se barricader contre une éventuelle fuite de ma part. Il se prépare à l’abandon. À la solitude. À la déception et tout ça sans même écouter ce que je dis. Parce que pour lui il ne peut pas en être autrement. Parce que pour lui qui est habitué à être seul, à ne croire en personne je vais forcément reculer devant cet obstacle.

    Je le rejoins pour m’asseoir à ses côtés. Son corps est tendu, comme s’il se retenait de craquer. De laisser sa colère s’exprimer, de me montrer ce qu’il ressent.

     

    — J’ai fait beaucoup d’erreurs dans ma vie, j’ai aussi fait beaucoup de mal aux personnes que j’aimais. J’ai mis du temps à comprendre certaines choses et avec toi j’ai compris l’essentiel.

     

    Le visage de Kade se tourne doucement vers le mien. Son regard sombre qui a hanté mes nuits durant ces deux derniers mois est humide.

     

    — Je flippe de ce qu’il y a entre nous. J’ai peur de faire ce faux pas qui nous empêchera de nous relever. J’ai peur de cette année ou tu seras loin de moi et de tout ce qui pourrait arriver. J’ai peur de ne pas être à la hauteur et de te décevoir. J’ai peur de pleins de choses Kade, mais avec toi je sais que la vraie force ce n’est pas rester debout et encaisser les coups. C’est tomber encore et encore et trouver le courage de se relever à chaque fois. Je ne lâcherai rien, parce que tu me redresseras à chaque faux pas et je ferais pareil pour toi. Un an c’est long et parfois ce sera difficile, parfois ça paraitra trop dur et parfois on restera des mois sans se voir, mais on sera encore là Kade, on sera toujours là.

     

    Un sourire se dessine sur son visage, un qui me laisse espérer qu’il a compris que je ne renoncerai pas pour un peu de distance. Je l’enlace plus étroitement et pose mes lèvres voracement sur les siennes. Ces retrouvailles sont étranges. Je m’étais attendue à ce qu’il me fasse visiter son centre, qu’il m’explique ce qu’il s’est passé pour lui durant ces deux mois et que je me consume de désir en l’écoutant. On a sauté toutes les étapes pour seulement laisser exploser ces deux mois sans l’autre.

    Kade nous fait basculer sur le lit et grimpe sur moi. Je m’écarte de ses lèvres en reprenant mon souffle.

     

    — Combien de temps ça prendra ? je demande en traçant avec mes doigts les muscles de son torse.

     

    — De quoi tu parles ?

     

    — Pour que tu me fasses confiance, guerrier, pour que tu ne voies plus en moi quelqu’un qui va t’abandonner et te faire mal ?

     

    Il me dévisage avec ce regard brulant et en même temps rempli de doute. Je prends son visage entre mes mains avant qu’il ne se dérobe. Il a tout un cheminement à faire, toute une habitude à enlever et je compte bien lui prouver chaque jour que je suis avec lui, dans sa vie, que je le prends comme il est, avec ses défauts et toutes ses qualités. Que je l’aime trop pour faire marche arrière.

     

    — On va y arriver Kade. On va surmonter tout ça et tu verras que je suis toujours là.

     

    Il s’effondre sur mon torse, j’encaisse le poids de son corps, celui qui m’a manqué ces nuits seul dans mon lit à me demander ce qu’il faisait de son côté.

    Je jette un œil à ma montre.

     

    — Il nous reste quelques minutes, dis-moi comment se passe la désintox ?

     

    Kade soupire puis il se met à parler. Il est comme avant, il est toujours le même seulement il est propre maintenant. Ça n’enlève rien à son électricité, à sa fougue ou sa puissance sur le terrain. Il n’est pas resté à rien faire durant deux mois. Il me parle de la thérapie, me demandent des nouvelles de l’équipe et la journée s’achève ainsi. Sur des lignes franchies de l’intérieur, des lignes qui jusque-là nous préserver et qu’on s’apprête à éclater en laissant ce que nous sommes prendre un nouveau départ.

     

     

    ***

     

     

    Dix jours plus tard…

     

    C’est le dernier match de la saison. Un match qui ne changera pas notre classement, mais qui mérite d’être gagné. Pour finir sur une note positive et faire que cette saison étrange se termine bien. On joue à domicile, le stade est plein et acclame les joueurs qui entrent sur le terrain. La pluie est encore de la partie, mais jusqu’ici elle nous a été favorable. Je reste debout sous les gouttes qui arrivent à s’infiltrer sous ma capuche. Je regarde mes joueurs s’aligner sous les chants des supporters heureux qu’on termine à la cinquième place. L’équipe aura tenu le choc malgré les différents aléas, le collectif est fort et chacun à trouver sa place. Je suis fier d’eux. Fiers du travail qu’ils ont fourni sans relâche, même si c’était dur parfois ils n’ont rien lâché. De vrais Gunners qui ont conquis leur public.

    Kade est là ce soir, pour ce dernier match il a revêtu le maillot. Il est sorti il y a une semaine, il a réintégré l’entrainement et même si certains ont l’air d’avoir des doutes sur sa pseudo blessure à la cheville, ils l’ont accepté parce qu’il fait partie des leurs. Ils ne savent pas encore que pour la saison prochaine on devra se passer de notre meilleur buteur. Pour une fois nous étions d’accord avec les dirigeants et notamment le père de Kade pour taire cette information et laisser l’équipe continuer sur sa lancée.

    Kade joue bien le jeu, même si je sais que mentir à ses coéquipiers ne lui plait pas.

    Les joueurs se mettent en place et l’arbitre siffle le début de cette rencontre contre Liverpool.

    Je reste près de la ligne de touche, je ne veux pas rater une miette de ce match. Je veux voir Kade jouer pour la dernière fois avec ce maillot. Je veux qu’il profite, qu’il prenne du plaisir et qu’il savoure ce dernier match.

    John me rejoint au bout de quelques minutes pour me donner des infos techniques. Mon adjoint me traite avec professionnalisme, on n’a jamais été proche, mais il y avait cette confiance entre nous qui n’est plus là. Je fais avec tant qu’il fait son boulot et qu’il ne trouve rien à redire sur le mien. L’absence de Kade durant deux mois a apaisé les tensions et son retour ne les a pas rallumés. Il sait que c’est son dernier match.

    Son père ne la ramène pas non plus. Il a eu ce qu’il voulait et se gratifie de la remontée de l’équipe. Tout ce qui l’intéresse. Il n’a pas pris de nouvelle de Kade. Il voulait seulement savoir s’il était apte à jouer ce soir lorsque je l’ai mis sur la feuille de match.

    La première mi-temps s’est déroulé convenablement, le jeu était bon, quelques occasions, mais aucun but. J’ai remonté les troupes dans les vestiaires et j’espère qu’ils seront meilleurs lors de la seconde. Le match a repris depuis dix minutes, il pleut toujours et tout le monde est trempé et les joueurs s’épuisent plus vite sous ce temps.

    Mes yeux ne quittent pas Kade en attaque. Sa cure lui a fait du bien, il n’a pas perdu en puissance ni en envie malgré tout. Le retrouver fait du bien que ce soit sur le terrain ou en dehors. Les nuits redeviennent ce qu’elles étaient, on passe notre temps l’un avec l’autre, à regarder des films et à baiser. L’idée qu’il s’en aille me fait devenir insatiable. J’ai l’impression de devoir profiter encore plus pleinement de sa présence, de devoir savourer chaque moment parce que bientôt ils se feront derrière un écran.

    L’avoir dans mes bras, savoir qu’il est là, me réveiller avec son corps à moitié sur le mien risque fort de me manquer. On s’attache rapidement à ces choses stupides qui font le quotidien. Elles deviennent une sécurité, une assurance que l’autre n’est pas seulement là pour réchauffer un lit, mais bien pour partager une vie. Une relation c’est fait de détails, de petites choses qui nous rappels qu’on n’est pas seul. Je me demande comment je vais faire pour que ces détails demeurent durant notre séparation. Il en a besoin. Il a besoin de savoir que je suis toujours là, même à des milliers de kilomètres. Je sais qu’on va y arriver, ce n’est qu’un interlude, un test à ce que nous sommes. On ignore encore où il sera, mais ce sera suffisamment loin pour qu’on ne se retrouve pas toutes les semaines.

    Arsenal récupère le ballon et mène l’attaque. Un but serait le bienvenu à ce stade du jeu, mais la défense de Liverpool résiste.

    Kade me lance un clin d’œil alors que je crie des ordres au joueur qui se replace. Je reste un moment con sur le bord du terrain, ce n’est pas le geste d’un joueur, il est trop complice pour passer comme un assentiment à ce que je raconte. Je détourne le regard et pars m’asseoir avec le reste de l’équipe et du staff. Kade ne fait jamais ça. Il me regarde et je lis dans son regard autre chose que ce que le monde pense savoir de nous, mais il ne va jamais au-delà de ça. C’est étrange, presque dérangeant de s’exposer ainsi.

    Le match continue, les occasions de plus en plus nombreuses de notre côté. Les supporters sont sur excité par cette tension qui ne demande qu’à exploser. C’est le genre de match où l’on est sur les nerfs à chaque attaque en espérant que ce soit celle-ci la bonne, celle qui emmène enfin le ballon au fond des cages adverses. Mais rien ne vient et je suis de nouveau debout sur le bord du terrain à hurler après ce manque de réussite qui commence à mettre mes nerfs à vif. Ils font du mieux qu’ils peuvent, trempés et fatigués, mais j’ai envie de cette victoire. Envie que ce dernier match avec Kade se conclut de la meilleure des façons.

    Liverpool ne garde pas le ballon longtemps, Arsenal revient devant leur but et le temps semble se suspendre dans l’attente lorsqu’ils font tourner le ballon près de la surface de réparation. J’ôte ma capuche pour mieux voir, pour regarder mes joueurs tenter une approche différente et enfin réaliser ce que tout le stade attend. Kade passe à Chris qui réceptionne parfaitement et réussie à contraire deux adversaires. Pendant ce temps King a réussi à passer la défense et lorsque Jarrett lui repasse le ballon on le voit enfin finir sa course dans les filets de Liverpool.

    Le stade se met à hurler, sur le banc tout le monde se lève et vient me sauter dessus alors que je regarde mon guerrier exulter de ce but avec le public. Enfin. Ses coéquipiers lui sautent dessus et partage sa joie. À dix minutes de la fin si on ne laisse rien passer, on tient notre victoire. Kade longe la ligne de touche de l’autre côté en saluant le public. Je suis fier de lui, fier qu’il ait remonté la pente, que ces deux mois loin d’Arsenal n’ont pas été vains. Il a marqué. Sa joie est belle à voir. Il regagne le terrain, mais il ne s’arrête pas au centre pour se remettre en place. Il le traverse et se dirige vers nous. La pluie semble plus forte, alors que je croise le regard de Kade et son sourire qui fait battre mon cœur plus fort.

    Qu’est-ce qu’il fout ?

    Je me le demande en le voyant arriver sur moi et je n’ai pas le temps de comprendre quoi que ce soit qu’il accroche mon blouson pour me rapprocher de lui, puis sa bouche se pose sur la mienne. Je reste con à encaisser son baiser en sachant ou l‘on est, mais très vite tout disparait pour ne laisser place qu’à Kade et ses lèvres sur moi.

    Il ne s’éternise pas, son visage s’éloigne du mien, alors que j’ai à peine gouté à sa bouche. Il sourit en entendant les réactions dans le stade. Mes yeux tombent sur l’écran géant ou l’on apparait en gros plan.

     

    — Qu’est-ce qui t’a pris ? je demande en le regardant être fier de lui.

     

    — Je ne sais pas, il répond à bout de souffle.

     

    Je lui souris, Kade est de retour. Lui et ses impulsions, lui et son manque de retenue.

     

    — J’ai envie que tout le monde sache que t’es à moi et que je t’aime.

     

    Des milliers de personnes ont les yeux rivés sur nous et pourtant j’ai l’impression qu’on est seul sur le bord de cette pelouse, sous cette pluie battante à affronter ce que nous sommes aux yeux du monde. Cette situation est en train de m’exciter, parce que c’est Kade tel qu’il est avec sa passion, son besoin de se sentir aimer et son impulsivité. Tout ce qui me donne envie de l’allonger sur cette pelouse détrempée et de m’enfoncer en lui. De le prendre et de lui répéter encore et encore que moi aussi je l’aime.

     

    — Retourne sur le terrain, guerrier.

     

    Kade sourit au son de ma voix étranglée par le désir puis il repart à reculons sur la pelouse finir ce match qui vient de prendre une tournure étonnante. J’entends les applaudissements des supporters et leurs cris de joie, mon regard quitte mon joueur pour voir qu’autour de moi. Tout le monde à l’air surpris. Je reste impassible sur le bord du terrain, je me concentre sur le match, il sera temps après d’assumer cet acte et de révéler à la face du monde que l’Emperador aime aussi les hommes et qu’il a trouvé l’amour avec un de ses joueurs.

     

     

     MARYRHAGE

  • Fucking Love #2 - For You - Chapitre 9

    Chapitre 9

    Jax

     

     

    Juillet

     

    Un mois plus tard…

     

     

    L’air de rien, je zieute Dereck et Sage qui sont en train de faire l’exposé de ma fille. Elle l’a embobinée à son arrivée et comme d’habitude, mon partenaire a cédé aux yeux bleus du monstre. Le voilà en train de peindre des sphères en planète de notre système solaire sous les ordres de Sage.

    Je suis ravi qu’il soit là. Dereck passe de plus en plus de temps ici. Il nous rejoint pour nos sorties et reste avec nous le soir pour diner.

    J’ai pensé que ce serait moins brutal pour ma fille si elle s’habituait à la présence de mon compagnon.

    Elle nous croit amis, on joue bien la comédie, pas un seul faux pas en sa présence. Mais dès que Sage part se coucher, une nouvelle facette de notre relation s’éveille et c’est tout aussi génial. Je ne dis pas que c’est simple, on marche sur des plaques tremblantes. Ce n’est pas facile pour moi d’être avec quelqu’un, tout comme pour Dereck. Il y a des habitudes à prendre, et avec un enfant, on ne peut pas vivre d’impulsivité et d’imprévu. Mon partenaire fait de gros efforts. Je lui en suis terriblement reconnaissant de s’adapter à ma vie de père pour qu’on puisse vivre notre existence d’amants. Dereck me propose parfois de sortir et Mack nous couvre en  s’amusant à me lancer des petits piques. Elle est heureuse pour moi.

    Dereck m’a trainé au cinéma, on aurait dit deux ados dans le coin de la salle. Nos mains ne sont pas restées en place et je crois que je n’ai pas compris la moitié du film d’action.

    Il a voulu m’inviter au restaurant, on a passé une soirée géniale, comme Dereck l’avait prédit, j’ai appris des choses sur lui, et inversement. Ce rencard s’est terminé contre la porte d’entrée de mon appartement avec simplement un simple baiser avant que Dereck ne file.

    Ce mec est dix fois trop intense pour moi, et j’aime chaque seconde où nous sommes ensemble.

    Et quand les regards indiscrets ne sont plus dans notre champ de vision, on retrouve l’intensité de ce qui nous a permis d’être ce nous.

    C’est presque amusant de devoir se cacher. J’aime cette excitation qui nous gagne.

    Au studio, Scarlett n’a pas à se plaindre de l’énergie qu’on dépense. J’ignore si c’est ce que Dereck dégage, mais quand on doit tourner, une tension électrique explose et ça finit toujours en apothéose.

    Le sexe avec lui est toujours aussi intense. Surtout en dehors des caméras. J’ose plus. Dereck me fait découvrir certaines pratiques voire certaines positions que je n’aurais jamais tentées même au studio. J’ai toujours aimé faire l’amour, mais avec quelqu’un pour qui on éprouve des sentiments, c’est encore plus fort. Il se produit quelque chose et c’est pire qu’une drogue.

    J’ai découvert un Dereck très câlin. Je n’aurai pas cru, mais lorsqu’on se retrouve dans mon appartement la nuit, sur mon canapé ou dans mon lit, il est le premier à venir se coller contre moi, parfois même sans s’en rendre compte. Je trouve ça touchant, un mec aussi sûr de lui en apparence dégageant un tel charisme ait besoin de ça.

    Il passe presque toutes ses nuits chez moi. Et quand Dereck ne passe pas sa soirée avec nous, je lui envoie un SMS, et vingt minutes plus tard, il débarque dans mon appartement sur la pointe des pieds pour qu’on soit ensemble. On dirait qu’on flirte avec l’interdit.

    Durant ces dernières semaines, les choses ont bougé avec Bell. On a commencé les journées et les soirées « partagées ». J’ai cru défaillir la première fois que j’ai laissé seul Sage à sa mère. Je n’ai toujours pas confiance en elle, je suis flippé comme jamais. J’ai peur qu’elle me l’enlève tellement, que j’en deviens parano si Bell a une minute de retard.

    Je tente de ne rien montrer à notre fille, elle est plutôt heureuse de retrouver sa maman. Surtout que cette dernière ne lésine pas sur les cadeaux. Dès que Sage revient d’une journée avec Bell, elle a droit à quelque chose. J’ai horreur de ça. Qu’on achète son absence par des jouets.

    Je prends sur moi quand Sage me parle de sa mère. Bell lui raconte des tas de choses sur notre passé commun, elle se trouve des excuses, et j’ignore si je suis prêt à encaisser le fait de la partager avec quelqu’un.

    Elle ne l’appelle pas Maman encore, mais je redoute ce jour où je ne serais plus son super héros et où ma place sera divisée en deux.

    Je chasse cette pensée quand j’entends mon compagnon parler de l’atmosphère de Jupiter qu’elle serait écrasée comme une crêpe en y allant. Sage rigole et j’apprécie ce que j’entends.

    Je continue de préparer le repas en les laissant dans leur monde.

    Sage est très contente quand Dereck est là, je l’ai rarement vu comme ça. Il s’intéresse à elle, il joue avec elle et lui parle comme si Sage était une grande. Dereck est génial. J’adore les voir ensemble. Et quand je me permets d’être fou, je me demande comment ça serait, si mon histoire avec Dereck tenait la route. À quoi on pourrait ressembler tous les trois ?

    Mon cœur se gonfle à cette idée. Je m’habitue à accepter ce que je ressens pour Dereck, je me pose encore des questions, le regard des gens est parfois compliqué, celui de ma fille me fait carrément flipper, mais Dereck est tellement exceptionnel que j’oublie les codes et les règles. Il n’y a que lui qui compte, pas les étiquettes qu’on s’attache. Je serai prêt, un jour ou l’autre.

    Je termine le repas, et nous passons à table vingt minutes plus tard. Dereck écoute ma fille lui raconter sa journée, je fais de même. Sage nous parle de ses copines, mais surtout de son nouvel amoureux, un prénommé Edward. Bon sang, sa mère devait fumer ses conneries de bouquins de vampires.

     

    — Moi je collectionne les amoureux en ce moment, c’est fatigant, lance-t-elle de sa petite voix d’enfant.

     

    On se jette un regard avec Dereck pour se retenir de rire. Je la plaindrai presque. Aujourd’hui, je trouve ça mignon, dans dix ans, je botterai le cul du fumier qui s’approchera de ma gosse.

    C’est quand je ne m’y attends pas, que Sage déclare quelque chose qui me fait l’effet d’une bombe.

     

    — Mais Papa il n’a pas d’amoureuse depuis longtemps, soupire-t-elle.

     

    — C’est toi l’amour de sa vie, rétorque mon partenaire en me lançant un clin d’œil complice.

     

    Sage tente d’écraser ses légumes pour me faire croire qu’elle les a mangés, elle joue avec sa fourchette en répondant à Dereck.

     

    — Non, mais moi, il ne peut pas me faire de bisous. Il lui faut une Mack, mais pas Mack Papa. Je veux que cette personne soit gentille. C’est important d’être gentil.

     

    — T’aimerais que ton Papa il est une amoureuse ? demande Dereck. Je croyais que tu aimais bien qu’il ne soit qu’à toi.

     

    Sauf que mon amoureuse du moment elle porte une queue.

    Sage sourit face aux propos de mon partenaire, il répète que ce que ma fille ne cesse de dire. Nous ne sommes que tous les deux depuis le début, elle n’est habituée qu’à moi. Pourtant son discours change ce soir. Elle ne rit pas.

    Je sens que je ne suis pas au bout de mes peines.

     

    — Je ne veux plus qu’il soit seul.

     

    Sa voix est triste. L’ambiance joyeuse de la cuisine devient plus tendue. Un sentiment étrange nous gagne tous les trois. Dereck se tait, il fuit mon regard, comme s’il ne voulait pas me montrer quelque chose, et moi, je reste figé, comme un con.

    Je ne suis plus seul, Sage.

    Je suis heureux et je suis même tombé amoureux, le truc, c’est que c’est d’un homme.

    Mon cœur se met à battre de plus en plus vite alors qu’une idée germe en moi. Une impression de dérapage me gagne. Je vais dire quelque chose que je n’avais pas prévu d’annoncer ce soir.

    Je ne veux plus qu’il soit seul.

    Impossible de m’arrêter. Mon instinct paternel me pousse à vouloir lever cet air morose sur le visage de ma fille.

     

    — Ce n’est plus d’actualité, je lance.

     

    Mes mots font l’effet d’une bombe dans la pièce. Sage se fige, Dereck aussi, il manque de cracher l’eau qu’il a dans la bouche.

    L’atmosphère devient palpable. Je me sens subitement nerveux. Mon compagnon me jette un regard interrogateur et l’espace d’un instant, j’ai l’impression qu’il désire que je me la ferme.

    Ma fille fronce les sourcils, elle se tourne vers mon partenaire qui est choqué.

     

    — Explique-toi, commente Sage, nous ne te comprenons pas avec Dereck.

     

    Je laisse échapper un petit rire. Oh Dereck comprend très bien.

     

    — Jax… commence-t-il, je ne sais pas si…

     

    Je ne le regarde pas, je me concentre sur ma fille pendant que j’en ai encore le courage et les mots. J’ignore ce qui me pousse à parler, mais je le fais. Je suis fou, Sage pourrait mal le prendre, le dire à sa mère, détester Dereck et me détester, mais un sixième sens me dit le contraire.

    J’attrape sa main sur la table pour la caresser tout en murmurant :

     

    — Je ne suis plus seul, ma puce. J’ai quelqu’un.

     

    Ma belle petite fille aux cheveux blond ne cache pas sa surprise. Ses yeux pétillent de surprise.

     

    — T’es amoureux ? me demande-t-elle d’une voix étonnée.

     

    — Oui.

     

    — Ce n’est pas Bell quand même ? répond ma fille en fronçant les sourcils. Elle est mariée, et tu m’as dit que ce n’était pas bien de tomber amoureux de quelqu’un qui ne pouvait pas être avec toi.

     

    Dereck se détend à nos côtés, il sourit en se retenant de rire. Je ne risque pas de tomber amoureux de nouveau de sa mère : elle me déteste, et moi aussi.

     

    — Ce n’est pas Bell, je confirme.

     

    — Alors c’est qui ton amoureuse ?

     

    L’explosion dans ma poitrine. Le souffle qui me manque, l’impression que tout va basculer et l’impossibilité de retenir mes mots.

    J’inspire avant de lancer sans hésitation :

     

    — C’est Dereck.

     

    Sage lâche sa cuillère, ses yeux s’écarquillent sous le choc, elle garde la bouche grande ouverte.

    Je crois que je viens de la choquer.

    Ma fille se tourne immédiatement vers mon compagnon qui tente de se faire discret. Il me dévisage surpris, je crois qu’il ne l’avait pas vu venir. Dereck me demande silencieusement ce qu’il m’a pris.

    Moi non plus je n’en sais rien.

    Son regard vert me dit « tu voulais attendre », mais mon cœur de père en a décidé autrement.

     

    — Dereck, depuis quand t’es l’amoureux de papa ? demande Sage.

     

    Mon partenaire sourit en essayant de masquer son trouble. Il craint que ma fille ne réagisse plus violemment, je le comprends, je ne suis pas serein non plus. Il passe une main nerveuse dans ses cheveux, son bras tatoué bouge et mes yeux captent chaque mouvement. Je chasse la tension et l’appréhension, Sage ne nous regarde pas avec colère.

    Pas encore peut-être ?

     

    — Depuis que c’est le mien aussi, avoue Dereck.

     

    — Oh… lâche ma fille, surprise.

     

    Un long silence s’installe dans la cuisine. Sage dévisage le vide, perdu dans ses pensées. Les minutes passent, on se jette des coups d’œil inquiets avec Dereck. On attend une réaction de sa part. Je la redoute. Ce n’est pas normal son silence. Ma fille ne réagit pas ainsi. J’essaie de décrypter son visage, mais il reste vague. Sage scrute le vide en réfléchissant. Mon cœur bat de plus en plus vite. Je me sens soudainement idiot d’avoir agi aussi impulsivement.

    Je passe une main nerveuse dans mes cheveux, je dois m’expliquer, m’excuser.

     

    — Sage ? Écoute ma puce, je suis désolé, je n’aurai pas dû te le dire comme ça…

     

    Ma fille se met à sourire, elle nous regarde tour à tour. Son visage se détend, et j’espère qu’elle avait juste besoin de quelques instants pour comprendre.

     

    — Vous êtes comme tonton Brooks et tonton Lake alors ? nous interroge-t-elle.

     

    Ensemble, amoureux, amants.

     

    — Oui, nous répondons avec Dereck.

     

    — Est-ce que va pouvoir aller avec eux à la Gay Pride cette année ?

     

    Un fou rire nous gagne, j’ignore où elle a entendu parler de ça, mais je soupçonne nos deux testeurs de sex-toys d’être derrière tout ça. Cette remarque nous détend subitement, elle enlève un poids sur nos épaules. Je m’attendais à pire.

     

    — Est-ce que ça te fait bizarre ? Dis-moi ce que tu penses de tout ça, j’insiste en laissant refroidir nos repas.

     

    — Pourquoi ça me ferait bizarre ? me questionne ma fille en fronçant les sourcils.

     

    C’est là que je comprends que son éducation n’a pas servi à rien, lui apprendre la tolérance et l’amour m’aide beaucoup à cet instant. Sage sait qu’on peut aimer des hommes et des femmes.

     

    — Parce que toutes tes copines ont un papa et une maman… ce n’est pas habituel pour les autres.

     

    Parce que nous n’avons été que tous les deux, parce que j’annonce que je suis avec un homme. Parce qu’on est unique et différent, et même si elle est extraordinaire, parfois, on aimerait toujours être comme les autres. Elle a le droit de le vouloir. L’originalité, sortir du moule, ce n’est pas simple.

    Sage ne cache pas sa peine, pas celle contre moi, mais contre les injustices que nous avons connues. Elle a su faire la part des choses très tôt et comprendre que la vie n’était pas simple.

     

    — J’avais pas de maman, murmure-t-elle, je n’avais qu’un papa. Maintenant j’ai un papa et une presque maman. Je peux avoir un papa de plus, ça me fera plus de bisous. Je suis habituée à être la « fille bizarre », lance-t-elle en bougeant ses mains, comme Mack le fait en voulait faire des guillemets imaginaires.

     

    Elle soupire et prend son air désolé, un léger sourire se dessine sur son visage, Sage a du mal à nous regarder. On dirait que ma fille est peinée par sa récente constatation.

     

    — Je suis très contente, reprend-t-elle. J’aime Dereck. Je t’aime Papa, mais j’aime beaucoup Dereck. Mack dit qu’il est très beau, je ne vais pas me plaindre. Je suis désolée, j’avais besoin de réfléchir. Maintenant, j’ai compris.

     

    Je lui fais signe de venir, Sage sort de table, retire sa serviette et cours vers moi. Je la soulève et la serre dans mes bras. Je la réconforte de ce choc émotionnel qu’elle semble bien prendre. Ses bras se nouent autour de mon cou, elle m’embrasse en me disant qu’elle m’aime. Je tente de la rassurer au mieux. On reste quelques minutes comme ça, à partager notre complicité en confortant l’autre qu’on est toujours pareil. Je suis son père, elle reste ma fille, ma priorité.

    Je finis par murmurer à son oreille :

     

    — Il ne faut pas que tu en parles autour de toi. Pas pour l’instant, ma puce. Ce n’est pas parce qu’on a honte ou qu’on veut mentir aux autres, on veut simplement prendre le temps de profiter d’être tous ensemble, sans que les gens ne viennent nous embêter.

     

    — Pourquoi ? insiste ma fille en chuchotant à son tour.

     

    Je sens le regard de Dereck sur moi, il nous entend, je le sais. Il est très intuitif, l’acteur sait quand se mettre en retrait, et je sais qu’il saura intervenir si besoin. Parfois, Dereck n’a rien d’instable comme il le pense.

     

    — Pour l’instant, on aimerait que ça reste entre toi, moi et Dereck. Tu serais d’accord ?

     

    Pour éviter que ta salope de mère s’en serve pour obtenir ta garde complète, notre histoire doit rester sous silence.

     

    — C’est un secret ? demande Sage.

     

    — Oui.

     

    Ma fille acquiesce contre mes bras, elle s’écarte en me regardant, sans poser davantage de questions.

     

    — Parfait, motus et bouche cousue alors, déclare ma fille.

     

    À la place, elle s’intéresse à mon amant. Je sais que d’autres interrogations lui viendront au fur et à mesure, elle doit encaisser le « choc » encore. On sera là pour répondre à ses questions.

     

    — Dereck ? lâche-t-elle un moment plus tard.

     

    Mon compagnon se tourne vers Sage, lui montrant qu’elle a toute son attention. Un sourire tendre dessine le visage de Dereck, il fait tellement sérieux à cet instant.

     

    — Oui ?

     

    — Est-ce que tu vas pouvoir me lire des histoires encore ? Tu vas vivre avec nous ? Est-ce que tu es toujours mon ami ?

     

    Je souris à mon tour devant cette liste de questions. C’est bien du Sage Howard.

     

    — Évidemment. Non, pour l’instant je ne vais pas vivre avec vous, et bien sûr que je suis toujours ton ami.

     

    Ma fille se réjouit de certaines réponses. Elle descend de ma chaise, je la laisse faire. Elle grimpe sur les genoux de Dereck qui ne dit rien. Sage s’installe sur lui et le regarde d’un air curieux et sérieusement exagéré. C’est tout elle, ses mimiques.

     

    — Je suis heureuse. Papa n’a jamais été amoureux, déclare-t-elle d’une voix gaie. Tu l’aimes vraiment ? De toutes tes forces ? Comme Mickey et Minnie ? Comme Anna et Christophe ? Et Belle avec la Bête ?

     

    Sage le surprend en posant sa petite main sur sa bouche pour le faire taire. Dereck l’observe avec curiosité, je les laisse se parler en restant témoins, mais en retrait.

     

    — Attention à ce que tu vas dire, eux, ils s’aiment éternellement. Même à la fin du film. C’est éternel. Si tu aimes Papa comme eux, tu n’auras jamais le droit de le quitter. Et Papa il dit qu’on ne doit pas faire de fausses promesses. Réfléchis bien. Mais t’as le droit d’aimer papa différemment. Il parait que l’amour est aussi fort qu’on le décide.

     

    Je me retiens de rire devant le dramatisme de ma fille qui doit arrêter les films romantiques et les Disney avec Mack en mon absence. Pourtant son discours me touche, elle tente de comprendre, de voir si c’est sérieux, elle me protège du haut de ses six ans comme moi je le ferais.

    Dereck acquiesce pour lui confirmer qu’il est prêt à répondre au bout de quelques instants. Sage retire sa main et attend sa réponse. Elle ne tarde pas. Mon amant tatoué semble avoir les mots.

     

    — Je l’aime plus que j’aime le chocolat, plus que les câlins entre adultes, et plus que beaucoup de choses. Je ne sais pas si ça sera aussi éternel que dans tes dessins animés, si ça traversera le temps, mais c’est sincère. Je suis sérieux. Je ne compte pas faire de peine à ton père. Je veux qu’il soit heureux et si je peux participer à son bonheur, je veux le faire. Je n’avais pas prévu ça Sage et ton papa non plus. On s’est rencontré pour le boulot, on est devenu ami et sans prévenir, les sentiments se sont transformés en quelque chose de beaucoup plus fort. Je voulais plus que de l’amitié. Je le voulais lui. Je voulais qu’il soit à moi.

     

    — On ne peut pas s’approprier les gens, souligne ma fille en le sermonnant légèrement.

     

    Il n’y a plus qu’eux, ni mon partenaire, ni Sage ne me calculent. Je sens que le débat promet d’être intéressant.

     

    — Je sais… mais quand on aime quelqu’un, comme tu aimes ton Papa en voulant qu’il ne soit qu’à toi, on veut cette personne envers et contre tout. Je voulais vivre une histoire avec lui, malgré la vie parfois difficile. J’ai eu de la chance que ton Papa soit aussi tombé amoureux de moi, même si ce n’était pas prévu. Mais tu veux que je te dise ? Je ne compte pas te voler ton père. Je le partagerai avec toi et ce n’est pas une compétition. Il ne nous aime pas de la même façon et il t’aimera toujours plus. Parce que si je suis son amoureux, toi, tu es son monde, et c’est ce qu’il y a de plus important.

     

    Je reste figé en entendant le sérieux des paroles de Dereck. J’ignore où il a appris à parler aux enfants ainsi, mais il le fait incroyablement bien. Sage le dévisage comme s’il était un de ses nouveaux supers héros et je crois que mon compagnon a réussi à vaincre les peurs de ma fille avant qu’elles n’arrivent.

    Mon cœur bat vite, et des sentiments intenses me gagnent en me confirmant une chose : j’aime cet homme, encore plus parce qu’il protège ma fille.

    Je suis touché.

     

    — C’est comme ça qu’on tombe amoureux ? lance Sage en battant des paupières, l’instant d’après.

     

    — Oui, en tout cas, c’est comme ça que je suis tombé amoureux de ton papa.

     

    Je ne peux m’empêcher de sourire devant cette version un peu conte de fées qui aide à faire comprendre à une petite fille comment un Papa peut tomber amoureux d’un homme et pas d’une belle princesse comme Mack. Notre histoire est plus compliquée, plus intense et sauvage, remplie de sexe et d’incompréhension. Mais depuis que les sentiments se sont installés, elle pourrait peut-être ressembler à quelque chose de plus simple. Cette comparaison est simplement pour ma fille, elle comprendra mieux ainsi.

     

    — Et moi ? Moi tu m’aimes bien ? ne peut s’empêcher de demander Sage.

     

    Dereck se détend, il passe une main dans ses cheveux pour les emmêler ce qui la fait rire. Et moi aussi.

     

    — Je t’aime plus que bien, sinon je ne te laisserai pas dessiner sur mes tatouages.

     

    — Et tu ne regarderais pas non plus la Reine des Neiges avec moi ?

     

    — Exactement.

     

    Dereck la dévisage comme si ma fille comptait plus que tout et sa façon de faire, si naturelle, me touche tellement. Il sait que Sage est mon univers et le voir ainsi avec ma fille, c’est tout. C’est plus que n’importe quelle promesse, plus que le secret. Les actes comptent plus que les mots.

     

    — On ne se connait pas encore comme j’aimerai et comme ton papa le voudrait. J’aimerai qu’on apprenne pleins de choses sur l’autre. Je ne veux pas prendre la place de ton papa, je veux que tu m’en fasses une différente, celle que tu voudras. Je crois que ton père voudra te dire des tas de choses quand je ne serais plus là. Mais je peux déjà te confirmer qu’il t’aimera toujours. Ce n’est pas parce que je débarque dans sa vie, que ça changera entre vous. Je ne veux rien t’imposer. Tu seras toujours sa priorité et d’une certaine façon, tu deviens un peu la mienne. J’espère que tu me donneras une chance. D’être ton ami, d’être moins que ça, ou beaucoup plus. Tu as le choix, on ne te force à rien.

     

    Sage me jette un coup d’œil. Elle semble bouleversée, mais heureuse, comme si on lui avait offert un super cadeau pour son anniversaire. Ses yeux bleus croisent les miens, ils sont légèrement humides. Elle me sourit. Et je suis soulagé de ne pas y voir de la colère. Elle ne semble pas m’en vouloir.

     

    — Il est gentil, me lance-t-elle et il m’aime bien, et en plus il est mignon.

     

    — Oui, je confirme.

     

    — Je sais que c’est vrai, tout ce que Dereck me dit, murmure Sage.

     

    Elle s’accroche au t-shirt de Dereck, et même si elle le sait, elle a besoin de me l’entendre dire. Je ne la quitte pas des yeux en répétant :

     

    — Je ne t’abandonnerai jamais ma puce, et je ne t’aime pas moins parce que j’ai Dereck. Je t’aime toujours autant. Tu es mon univers.

     

    — Je veux que tu sois heureux.

     

    — Je suis heureux avec Dereck et je le suis encore plus avec toi. Rien ne changera, je te le promets, je conclus d’une voix rauque et émue.

     

    Ma fille me lance un baiser dans l’air, et c’est comme s’il atterrissait sur ma joue. Mon cœur vrille, cette soirée aurait dû être différente, mais j’ai l’impression qu’elle devait se dérouler ainsi.

    Il n’y a pas eu de crise comme à la rencontre de sa mère, je sais qu’il y aura des questions, des tas quand Dereck partira, peut-être que Sage ne comprend pas tout, mais j’en doute. Elle vit entourée d’hommes qui s’aiment et cela ne l’a jamais dérangée. Mais je suis son père, tout peut être différent. Je me dois d’être prudent, de la surveiller. Je ne veux pas la blesser. Et Dereck non plus.

    Sage laisse échapper un petit soupir, elle reporte son attention sur mon partenaire, sa petite main se lève pour frotter sa joue râpeuse. Sage est câline en plus d’être très tactile. C’est sa façon à elle de montrer qu’elle aime bien quelqu’un. Et si ça a été le coup de foudre avec Dereck, entre eux, il y en a eu un autre, comme ça, sans raison.

     

    — Je t’adore déjà Dereck, murmure ma fille, et je veux tout savoir de toi. On va apprendre à se connaitre et tu auras une place spéciale. T’es l’amoureux de mon papa maintenant. On prendra soin de lui ?

     

    — Toujours ma puce.

     

    Ma fille se blottit contre Dereck. Je sens mon partenaire très ému, il la serre contre lui en fermant les yeux, comme s’il était soulagé que cette soirée, inattendue se soit bien passée. On dirait qu’il accepte une partie de son avenir qu’il avait refoulé jusqu’alors. Celle d’une famille, de stabilité.

    Sage lui donne une sorte d’accord et je ne peux m’empêcher de soupirer de soulagement.

    J’ai vingt-six ans et pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression de voir se former ce que j’espérais tant en ayant Sage : une famille.

    Je détourne le regard en frottant mes yeux quand je sens l’émotion me gagner. Je n’avais pas prévu de lui annoncer comme ça, ma fille m’a pris de court et je n’arrivais pas à lui mentir. À chaque fois que je lui répondais que j’étais seul, sans copine, elle arborait cette expression triste, je ne voulais pas lui cacher le bonheur que je ressentais depuis plusieurs semaines avec Dereck. J’essaie de me dire que ce n’est pas prématuré, que notre histoire, même si elle est officielle depuis un mois seulement, elle dure depuis plus longtemps.

    L’espace d’une seconde, face à ses mots, mon esprit n’a plus voulu que je cache à la personne la plus importante de ma vie Dereck.

    Je sursaute en sentant une main saisir la mienne, je lève mes yeux bleus en direction de Dereck et Sage, mon partenaire me dévisage. Je resserre sa prise en laissant l’organe dans ma poitrine reprendre un rythme plus normal.

    Il ne dit rien et moi non plus, mais j’ai compris que Dereck savait à quoi je pensais. Et même si c’est encore récent, même si nous tanguons encore un peu. J’ai bonne espoir que nous soyons sur la bonne voie.

     

  • Fucking Love #2 - For You - Chapitre 8

    Chapitre 8

    Dereck

     

     

    — Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis contente de vous retrouver sur ce plateau !

     

    On se jette un regard avec Jax, Scarlett est plus qu’enthousiaste, on dirait que ça fait un siècle qu’elle n’a pas vu de mecs à poil dans son studio. Pourtant, elle ne manque pas de boulots avec tous les duos.

    L’ambiance du label m’avait manqué pendant un mois et demi. Je suis venu tourner deux trois scènes solos, mais ce n’est pas pareil. Ce n’est pas ce qui me fait aimer le porno, et c’est encore moins ce qui me plait. C’est tourner avec Jax qui m’intéresse.

    Scarlett a modifié entièrement une pièce en notre absence. On a découvert un salon à la place d’une chambre dans des styles masculins, à l’allure de pub avec des murs en pierre rouge, un billard, et des canapés en cuir usé. Je crois que mise à part le Donjon de Demon et Archer, tous les décors prennent un coup de neuf plusieurs fois dans l’année. J’adore, l’ambiance qui se dégage est très excitante.

    La réalisatrice s’approche de nous alors que le staff cent pour cent féminin se met en place. Les caméras sont positionnées à différent endroits stratégiques de la pièce, Ciera et Leila règlent les détails techniques.

     

    — OK donc le scénario a été tiré, nous explique Scarlett en sortant une feuille de son décolleté de pin-up.

     

    Son sourire s’élargit, l’impatience me gagne. J’ignore comment on a réussi avec Jax à ne pas se sauter dessus chez moi après notre conversation. On est resté un moment à discuter des dernières nouvelles en ignorant la tension sexuelle entre nous.

    Je deviens pire qu’un ado, mais ce mec dégage quelque chose de tellement intense, qu’il m’est impossible de ne pas avoir la gaule sans arrêt en sa présence.

    J’ai hâte que ce tournage commence, mon côté un peu exhibitionniste est ravi de ses retrouvailles filmées. Je me demande si nous verrons une différence à la caméra entre nous maintenant que tout a changé. La curiosité me dévore. Tout comme l’envie.

     

    — Il s’agit d’une partie de billard qui va déraper, nous avoue Scarlett.

     

    Bon sang.

    OK, d’où le billard qui a dû couter cinq mille dollars. La bête est magnifique, on dirait une table sculptée. Mon premier réflexe est de regarder la taille des pieds. Est-ce qu’il va supporter le poids de deux mecs en mouvement ? Parce que je me doute que ce n’est pas par terre que nous allons tourner, mais sur le billard.

    Jax éclate de rire en me voyant bouger contre ce dernier pour tester sa résistance. Il passe le premier test de validé : ça semble tenir.

     

    — Et quelle est la suite ? demande mon partenaire.

     

    — Impatient ? je le nargue.

     

    Ses yeux bleus trouvent les miens, la lueur que j’y vois me fout des putains de frissons.

     

    — Et toi ? lance-t-il d’une voix rauque.

     

    Très.

    Scarlett se racle la gorge pour obtenir notre attention. On sourit de cette situation. Les choses ont tellement changé en l’espace de quelques mois.

     

    — Les votes et les propositions ont été très… intéressants.

     

    — Merci Mack, commente Jax en prenant un air faussement agacé.

     

    La photographe fait quelques tests en lançant un « pas de quoi » presque innocent.

    De mon côté, j’espère que ce sera aussi chaud que la première fois qu’on a tournée ensemble. Parce qu’aujourd’hui, raisonne un peu comme tel.

     

    — En préliminaire, l’heureux choix est le Rimjob Cowboy inversé.

     

    Jax éclate de rire, je sens monter une chaleur enivrante en visualisant la scène. Bordel de merde, je veux assister au montage de ce film. Je veux tourner cette séquence maintenant.

    Je passe une main dans mes cheveux. J’ai du mal à cacher l’excitation qui grimpe. Elle était déjà palpable quand on a franchi les portes du studio, désormais, elle est brûlante. C’est difficile à décrire, mais il plane dans l’air une impression qu’un truc ne va pas tarder à exploser.

    Je tente de rester concentré en écoutant Scarlett nous suggérer diverses positions avec le billard. Jax en bonne élève ne se distrait pas, moi je pense déjà à l’acteur en plein action.

    Vivement que tu baises, Dereck.

     

    — En position, poursuit Scarlett, vous avez été gâtés, vous en avez deux : Jockey et Teaspoons.

     

    C’est bon, on m’a perdu. Les prochaines minutes vont être les plus longues de toute ma vie. J’aurais dû supplier mon partenaire de calmer ce désir entre nous, chez moi. Cette séquence va avoir ma peau.

    Mon rythme cardiaque augmente, je bande de plus en plus dans mon jean. Je commence à sérieusement douter de mon self-control.

    Et Jax, il opine comme si de rien n’était, comme s’il ne ressentait pas la tension s’évader de mon corps contre le sien.

     

    — Pour la petite note en plus, Jax, il faut que tu taches le merveilleux dos tatoué de Dereck. Je veux voir du blanc les mecs, alors ne me décevez pas.

     

    Il ne manquait plus que ça au tableau.

    Dereck, prépare-toi à la crise cardiaque.

    Scarlett nous offre un petit clin d’œil complice en nous laissant la feuille de récap. Elle repart à ses derniers ajustements, Jax se tourne vers moi. Il affiche un sourire satisfait.

     

    — Tu vas exploser Dereck, j’ai l’impression, commente-t-il.

     

    — J’espère bien, je réponds en usant de provocation.

     

    Je résiste à l’envie de le toucher. D’attraper son t-shirt gris pour le plaquer contre moi et lui lever l’envie de sourire de la sorte.

    Rien qu’à cette idée, mon cerveau déraille. Je m’écarte légèrement de lui. L’absence de cette intimité-là depuis mon agression m’a rendu dingue. Je peux supporter beaucoup, mais ces dernières semaines ont été éprouvantes. J’ai l’impression d’être au bord du gouffre.

    La drogue et l’abstinence sexuelle sont deux mélanges dangereux.

    Ma nervosité vient de là. J’aurais pu céder et me taper le premier cul d’une boite de nuit, mais ma relation avec Jax m’en empêche. Je ne voulais pas aggraver mon cas, et même si l’envie était plus que présente, je n’avais pas envie de coucher avec un inconnu.

    C’est bien la première fois de ma vie que je suis fidèle à quelqu’un avant même d’être avec cette personne. Grande évolution.

    Je fais le tour de la pièce pour installer les boules au centre de la table au cœur du triangle. Je m’occupe pour ne pas avoir à rompre la promesse que j’ai faite à mon partenaire : s’aimer en secret.

    Autumn s’approche de Jax avec son kit pour érection. Elle nous informe qu’elle a caché le lubrifiant dans un des trous du billard avant de disparaitre pour laisser mon partenaire avec sa tablette et ses écouteurs.

     

    — Il se dégage une tension sexuelle dans cette pièce, commente Mack dans un petit soupir plaisant.

     

    Un rire nous gagne quand je croise les yeux bleus de Jax.

     

    — T’as encore besoin de ça ? je déclare d’une voix rauque.

     

    Comme si je ne voyais pas la naissance d’une érection dans son jean.

    Mon compagnon m’offre un clin d’œil complice en allant s’assoir sur un des canapés pour se « chauffer ».

    Je fais mine de m’occuper, je tente de ne pas imaginer Jax dans mon dos, une vidéo porno dans la main, sa queue dans l’autre.

    Pourtant, quand je l’entends siffler, je me retourne. Personne ne nous calcule encore, et ce que je vois manque de me faire craquer.

    Jax me montre sa tablette, il n’est pas sur ses sites habituels. Il est sur le nôtre. Sur FUCKING BOYS, dans notre section. La nôtre bordel !

     

    — Tu vois que j’ai encore besoin de ça, me répond Jax.

     

    Je serre les dents, vivement qu’on commence.

     

    ***

     

    On tourne depuis un bon quart d’heure les prises de jeux qui serviront d’intro pour le scénario du film. On est presque à poil. Les filles ont le chic de trouver des idées pour pimenter n’importe quelles scènes. Après le strip-poker, j’ai découvert le strip-billard, ou si ton adversaire rentre une balle et pas toi, un de tes vêtements rejoint le sol.

    Voilà comment on arrive à augmenter la tension. Jax est à fond. Il joue et il le fait toujours bien dès qu’il est question de se mettre dans la peau de Summers.

    C’était une véritable torture de le savoir s’exciter devant une de nos premières séquences alors que tout le monde le pense devant du porno hétéro.

    Putain d’érotique.

    Quand Scarlett nous a dit qu’on pouvait démarrer le tournage, l’acteur n’a pas cessé de m’allumer. Il ne cesse toujours pas.

    Dès qu’il peut, son corps effleure le mien. Ses mains sont baladeuses quand il s’installe à mes côtés. Il se glisse derrière moi quand je m’apprête à tirer pour rentrer des boules.

    Si nos rôles étaient inversés devant la caméra, je crois que Jax s’en souviendrait. Je le prendrais si fort que son corps en serait marqué de la meilleure des façons. Et j’espère que c’est ce qu’il va me faire, aujourd’hui.

    Je me concentre, il ne reste plus que la boule blanche à faire disparaitre pour gagner la manche. Nous sommes en caleçon avec Jax, cet enfoiré se met juste en face de moi pour me distraire, j’ai dû mal à quitter des yeux son érection déformant son boxer noir. J’ai envie de ça, de sentir son sexe bandé dans ma main, de retrouver sa bouche et le frottement de sa barbe contre la mienne avant que sa langue n’aille fouiller d’autres recoins de mon corps.

    Pourtant, mon côté joueur aimerait remporter la partie avant de gagner le trophée.

    Je respire plusieurs fois, j’essaie de calmer mon rythme cardiaque. Je place la queue de billard, tâtonnent mes gestes, et quand je pense avoir le bon angle, je frappe.

    Sans surprise, la boule blanche part se glisser dans le trou. Je me redresse, la tension explose quand mon regard croise celui de Jax.

    J’ai gagné.

    La partie est finie.

    On va pouvoir s’envoyer en l’air.

     

    — T’as perdu, je lance d’une voix rauque.

     

    — Non, j’ai gagné quand même, me répond-il avec envie.

     

    Jax laisse tomber sa queue de billard sur le sol. Je fais de même avec la mienne et me prépare au choc imminent. L’acteur contourne la table pour me rejoindre l’instant d’après. Son torse heurte le mien. Ses mains m’agrippent, le contact fait vriller l’organe dans ma poitrine. Jax me soulève et me pose rapidement contre la table de billard. J’ai à peine le temps de comprendre que sa bouche est sur la mienne. Ses lèvres m’embrassent avec ardeur. Nos souffles se mélangent.

    Je fourre mes doigts dans ses cheveux en l’attirant plus encore. Nos langues se frôlent, nos bouches se dévorent, l’envie palpite entre nous.

    Mon cœur est bord de l’explosion tellement je crevais d’envie de le toucher. Ses muscles défilent sous mes paumes qui l’explorent. Jax jure contre moi en me pressant davantage. J’aperçois la lumière de la caméra de Ciera.

    Elles vont filmés nos retrouvailles, bon sang.

    L’excitation s’intensifie alors que nos lèvres s’offrent un duel passionné. Ses mains dévient vers mon caleçon qu’il tire pour l’enlever. Je me penche en arrière, notre baiser se rompt pour l’aider à se débarrasser du vêtement. Ma queue bandée se dresse entre nous. Jax jure en la voyant. Une lueur particulière nait dans son regard bleu. J’ai envie de plus aussi. De sentir sa peau nue m’écrasant et le frottement de nos deux sexes l’un contre l’autre. Mes doigts tirent à leur tour sur l’élastique de son sous-vêtement, mon partenaire le fait dégager aussi rapidement que le mien.

    Une fois nu, Jax grimpe sur le billard à son tour. Il me traine avec lui et me force à m’allonger sur le tapis vert. Mon dos râpe un peu, mais ça ne fait qu’augmenter la tension régnante entre nous. Je le laisse tenir les rênes.

    Le désir noue mon estomac, augmente mon souffle et mon rythme cardiaque. Mon érection est douloureuse, j’ai besoin de contact. De sentir des mains me saisir et me toucher avec force.

     

    — Qu’est-ce que l’heureux gagnant veut ? demande Jax au-dessus moi.

     

    Ma main dévie vers nos entrejambes. Je n’hésite pas en saisissant nos deux sexes. Je les empoigne et les caresse comme je peux étant donné notre situation.

     

    — Toi.

     

    Mon partenaire laisse échapper un juron. Ses hanches se mettent à bouger d’elles-mêmes à la recherche de plus de contact. La sensation de sa verge contre la mienne et dans ma main. La chaleur qui se dégage de nos deux corps plaqués l’un contre l’autre mette à mal mon self-control. J’essaie de me calmer, de ne pas oublier que nous sommes en tournage et qu’il faut prendre le temps de donner un certain spectacle.

    Jax pose sa tête dans mon cou, son souffle chatouille ma peau brûlante, il remue dans mon poing, nos deux torses s’effleurent, imitant l’étreinte à venir. Mon cerveau déraille. Le désir est trop fort cet après-midi.

     

    — J’ai envie de toi, murmure-t-il à mon oreille, j’ai besoin de plus.

     

    Moi aussi.

    Je déglutis avec difficulté, sa confession me vrille le cœur et chamboule mon désir.

     

    — Alors, ne jouons pas, je réponds en resserrant ma prise autour de nous.

     

    Jouons. Succombons.

    Jax jure quand je le fais basculer sur le dos. On arrive à échanger nos rôles sans se casser la gueule du billard. Ce dernier ne bronche même pas sous notre poids.

    Je l’embrasse encore, mes hanches glissent contre les siennes, nos sexes se touchent, on s’allume encore. Je veux profiter de ça. De cette tension qui fait vibrer la pièce, du désir qui annihile tout l’espace et engendre un sentiment érotique contaminant. Le silence est encore plus présent que d’habitude, seuls nos râles et nos souffles désaccordés résonnent. Je savoure tout.

    Sous l’effet de la pression, nos gestes se font plus tremblants, je m’écarte. J’embrasse le torse de Jax, et lui lance un regard fiévreux qui donne le signal.

     

    — Je veux ton cul, murmure-t-il d’une voix assez forte pour que les caméras l’entendent.

     

    Les filles nous scrutent et ma queue se raidit un peu plus. Moi aussi j’en ai envie. Je veux faire cramer l’ambiance de cette pièce, prendre mon pied, jouir et le retrouver.

    Je me retourne pour me mettre dos à lui, tout en restant en appuie sur mes genoux, les jambes de part et d’autre de son torse. J’offre mon dos à Jax qui laisse courir ses mains sur mes flancs tatoués. Un frisson me gagne. Jax soulève ses cuisses pour que je prenne appui dessus. Je me penche en avant, ma position lui offre un angle et un accès parfait à mon cul. Je sens son souffle contre mes fesses, mon rythme cardiaque s’accélère. Bordel, rien que l’idée même me ferait presque jouir. Le souvenir de sa langue sur moi et de ses doigts travaillant mon corps me hante.

    Les lèvres de Jax jouent avec ma peau, il embrasse chaque lobe, à chaque instant je me prépare à ressentir la caresse humide de sa langue contre mon entrée, mais ça ne vient pas. La frustration me ronge, l’impatience m’excite comme jamais. Je prends les devants. Je lèche ma paume en laissant trainer une bonne dose de salive, l’instant d’après, cette dernière se referme autour de sa queue. J’étale la goutte blanche sur son gland, Jax frissonne à son tour face à cette caresse.

    Si le scénario ne nous imposait pas cette pratique, sa verge aurait fini au fond de ma gorge.

    Quand je commence à faire glisser mon poing de haut en bas avec rapidité, Jax jure et cède. Il écarte mes fesses et rapproche son visage pour mettre un terme à cette attente. Je laisse échapper un gémissement de plaisir lorsque sa langue vient taquiner mon orifice. Chaude et glissante. Elle s’enfonce en moi en déclenchant des putains de frissons.

    Seigneur !

    Je m’appuie sur les cuisses de Jax en encaissant ses assauts lents et mouillés. Bordel ce que j’aime ça.

    Je respire de plus en plus vite, j’aperçois les filles s’approchaient. Leila s’installe dernière Jax pour obtenir une vision plus précise de sa langue qui détend mes muscles. Ciera capte mes gestes. Je savoure être le centre de l’attention, et l’idée que chacune de nos réactions seront conservées sur la caméra. L’ambiance dans le studio est palpable.

    Jax écarte davantage mes fesses, ses lèvres se joignent à sa langue, des sons tellement bandants et sexy résonnent. L’acteur joue et s’enfonce en moi. Sa salive glisse le long de ma cuisse, il me prépare, m’écarte et fait en sorte de me détendre le plus. Je me laisse aller, j’apprécie chaque seconde. Le feu crépite, je veux toujours plus. Il est tellement doué pour ça… et l’espace d’un instant, je me demande si Jax ne serait pas en train d’aimer un peu trop ce qu’il fait.

    Sa main s’insinue devant moi. Elle saisit mon sexe, je raffermis ma prise autour du sien. Jax suit mon propre rythme tout en poursuivant la torture de sa langue. C’est aussi langoureux, qu’impatient. Chaque caresse décuple les sensations, chaque minute qui s’écoule dans cette position me rend fou. Mon partenaire me surprend, il attire mon sexe vers le bas, vers sa bouche et laisse glisser sa langue dessus, puis ses lèvres. Un frisson me gagne, il est de partout. Sa bouche me suce et l’enveloppe, la chaleur m’envahissent. Je me cambre pour lui donner un angle parfait. Jax en profite, il suce avec plus de franchise mon gland, un gémissement rauque m’échappe, des spasmes éclatent dans mon ventre.

    Bordel, c’est trop bon.

    Mon visage doit prendre une expression de pure passion. J’exprime mon plaisir par des râles sincères, ma main s’active sur son propre sexe, je veux le rendre fou comme il me rend dingue.

     

    — Jax… je souffle quelques minutes plus tard en caressant sa verge avec une frénésie impatiente.

     

    Prends-moi putain.

    L’acteur lâche ma queue, il laisse courir sa langue entre mes fesses une dernière fois avant d’ajouter :

     

    — En place, champion.

     

    Jax me repousse légèrement, je me retrouve à quatre pattes sur le tapis. Lui se redresse et d’un mouvement souple, il arrive à se placer dans mon dos, ses hanches contre mes fesses, son érection pointant contre elles.

    Bordel.

    J’entends le bruit du bouchon du lubrifiant, suivi de ses doigts humides. Ils se pressent contre mon entrée, mon partenaire n’hésite pas à les enfoncer en moi avec aisance. Le contraste chaud froid me fait jurer.

     

    — Bon sang, lâche-t-il, t’es étroit et brûlant à la fois.

     

    Je me resserre autour de lui pour lui intimer de venir y foutre sa queue, mais l’acteur continu à me tenter en testant l’ouverture de mon corps, la chaleur de ce dernier et à quel point, je suis plus que prêt à l’accueillir.

     

    — Jax ! je proteste en remuant contre lui pour m’empaler sur sa main.

     

    — Qu’est-ce que tu veux ? me provoque-t-il d’une voix rauque.

     

    Ses doigts s’enfoncent plus rapidement en moi. La chaleur s’intensifie dans mon ventre, si je me touche, j’explose. Je jouirai comme un putain d’adolescent.

     

    — Ta queue. Je veux que tu me baises avec ta queue, je lance sur un ton mauvais.

     

    Ou une supplique, au point où j’en suis, je n’ai plus la maitrise totale de mon esprit. Mon amant laisse échapper un rire, il se retire, je soupire.

    Enfin les retrouvailles.

    Mais, j’ai tort.

    Jax n’en était qu’à sa première torture. Mon partenaire joue avec son sexe, il n’enfonce que son gland et le ressort, testant encore mes muscles et leur absence de résistance, me donnant un aperçu de son excitation et des sensations qui vont avec la possession.

    Il me tente, me provoque. À chaque va et viens, je m’attends à ce qu’il me prenne complètement.

    Je serre les dents et les poings, j’ai besoin de ça. De lui, de baiser enfin.

    Je suis à bout, en sueur, mon cœur martèle frénétiquement sous le désir. Quand sa main se referme autour de la mienne pour m’empêcher de me soulager, je jure comme un putain de damné. Je suis tellement noyé sous l’envie que j’en oublie l’essentiel : nous sommes au boulot. Si nous étions à l’abri des caméras, Jax m’aurait laissé jouir, mais pas là. Ce qui ne fait qu’augmenter mon désir « pervers ».

    L’acteur reprend ses mouvements brefs, son érection glisse à présent entre mes fesses pour me montrer à quel point il est dur. Il use de mon cul pour se branler.

     

    — Baise-moi, je déclare sur un ton méconnaissable, tu ne…

     

    Je n’ai pas le temps de finir ma phrase que l’acteur agit. Il referme mes cuisses d’un geste fluide. Ma peau claque. Celles de Jax s’ouvrent et m’emprisonnent entre elles.

    Enfin ! Diable ! Enfin !

    Je ne vais pas rater une miette de sa queue s’enfonçant en moi. L’accès va être serré et chaque sensation sera décuplée. Je remercie le petit génie qui a eu l’idée de baiser dans cette position.

    Les mains de Jax écartent de nouveau mon cul, je sens un liquide chaud glisser le long de mon entrée qui se mélange au lubrifiant.

    Sa salive bordel. Il humidifie mon cul comme ça !

    Je ferme les yeux en me demandant quand est-ce que mon supplice va se terminer, lorsque je sens son gland contre l’entrée de mon corps.

    Je n’ai pas le temps de lui dire de succomber, qu’il s’enfonce brutalement.

    Par tous les saints !

    Le plaisir marque mon visage. Le souffle me manque. Les retrouvailles sont délicieusement rudes, et bordel, c’est jouissif. L’intense chaleur qui se diffuse en moi, mon cul qui s’adapte à l’intrusion. Je sens chaque putain de centimètres de sa queue glisser entre mes muscles serrés. Je palpite autour de Jax, la douleur familière de son empalement me ferait presque jouir.

    Je serre les poings en laissant échapper un râle bruyant qui n’a rien d’exagéré. C’est trop bon.

    Une fois enfoncer jusqu’à la garde, Jax se fige, mon cœur est au bord de l’implosion. Je me serre autour de lui pour sentir son sexe bandé me posséder. Épais, dur, intrusif, et prometteur.

    Bouge, Jax.

    Et c’est ce qu’il fait. Dès que l’acteur commence à me baiser, je me laisse emporter. À chaque fois que sa queue entre et sort, je frémis. Mon corps se frotte en rythme avec ses coups de reins sur le tapis rugueux. Les sensations sont bandantes, c’est presque douloureux, ça ne fait qu’accroitre ce désir que j’ai pour lui.

    Jax ne me ménage pas, il me garde plaqué contre le billard, ses cuisses serrent les miennes. Il m’empale sans s’arrêter, alternant ses poussées, tapant de temps en temps ma prostate. Des putains de décharges électriques inondent mon ventre au moment où je m’y attends le moins. Des frissons de plaisir s’éparpillent dans mon être, je vois des étoiles. J’ai besoin de plus. De soulager la pression, de toucher mon érection qui ne réclame que mon attention.

     

    — Bordel, Dereck… jure-t-il.

     

    Je sais.

    Les minutes qui s’écoulent sont toutes aussi intenses. L’excitation grimpe, le plaisir aussi. Les filles n’en ratent pas une minute. Les caméras tournent autour de nous, et il n’y a aucun jeu d’acteur, toutes réactions sont vraies.

    Au moment où je m’attends à ce que Jax me permette de me redresser, il s’arrête un instant, je gémis, le souffle court. Mes bras et ma joue sont rougis par le frottement contre le tapis vert du billard. Tout comme mon sexe qui n’a trouvé que cette friction, je veux ressentir tellement plus.

    Mon amant se penche à mon oreille, son torse plaqué contre mon dos, il m’ordonne d’une voix rauque :

     

    — Redresse-toi et prends appui sur tes bras.

     

    Je m’exécute. J’avais presque oublié qu’on avait une check-list à remplir.

    Je me cambre, mon bassin prend un angle parfait quand je fais reposer le poids de mon corps sur mes mains. Mes bras sont tendus, je ne sais pas si je vais arriver à encaisser les coups de reins de Jax sans chanceler.

    Mon partenaire me provoque des putains de frissons lorsque ses mains agrippent franchement mes hanches. Il se penche, sa langue remonte le long de ma colonne vertébrale en traçant un chemin humide jusqu’à ma nuque. Jax mordille ma peau, sa queue revient se frotter entre mes fesses, ses mains dévient dangereusement vers mon entrejambe. Il est de partout.

    Et je crois bien que mes nerfs ne vont pas survivre à cette scène s’il ne franchit pas de nouveau la ligne d’ici les quelques secondes à venir.

     

    — T’es à moi. J’ai peut-être perdu la partie de billard, me provoque Jax, mais la course à l’orgasme, je la gagnerai.

     

    Un sourire plaisant s’affiche sur mon visage. Je n’en retiens que trois mots.

    T’es à moi.

    Je suis à lui en quelque sorte. Et je sais qu’il ne le dit pas seulement pour la caméra, l’idée que les gens le pensent m’excite plus qu’elle ne me frustre. On cultive notre jardin secret. Exposant notre histoire récente sous couvert d’amitié, livrant du vrai en faisant croire du faux.

     

    — Je vais te faire jouir si fort, que ton sperme tâchera le tapis de billard en plus de mes doigts, conclut Jax.

     

    Oui bordel !

    Et il craque. Son sexe retrouve mon cul et il s’y enfonce avec force. Le rythme qu’il m’impose est semblable à la frénésie du moment.

    C’est trop bon. Trop intense, trop déchirant et excitant. La chaleur qui me noue de l’intérieur me fait perdre la tête.

    Je n’hésite pas, mon poing se referme sur ma queue que je caresse à la même cadence folle.

    Je savoure chaque coup de reins, chaque poussée qui m’arrachent des gémissements lorsque mon amant touche cette zone sensible en moi.

     

    — Alors, qu’est-ce que ça te fait qu’on se retrouve comme ça ? murmure-t-il à mon oreille.

     

    — C’est parfait, j’avoue dans un souffle.

     

    Savoir qu’on nous mate m’excite comme jamais. Ce sont nos retrouvailles et je pourrais les regarder encore et encore sans m’en lasser.

    De la sueur perle sur mon front, mon érection me fait mal, le désir me broie de l’intérieur. Les pénétrations de Jax m’enflamment, mais pas suffisamment pour me faire basculer. Pas encore.

     

    — Plus fort, je lance. Prends-moi plus fort !

     

    Le bras de Jax entoure ma taille, il me tire en arrière et m’oblige à prendre appuie sur mes genoux, Jax les écarte encore plus pour se laisser la place de bouger. Je sens sa queue s’enfoncer plus profondément, adoptant un angle parfait. Je bouge en même temps que lui. Je m’empale sur son sexe avec rapidité, le son de nos deux corps claquant l’un contre l’autre résonne.

    Le regard des caméras m’excite comme jamais, je sens les yeux des filles, bouches bée d’une telle ambiance au sein de la pièce. L’excitation ne nous anime pas seulement, Jax et moi, les autres aussi sont touchés.

    J’entends les shoots de Mack autour de nous, je n’y prête même plus attention. Je veux jouir, je veux que Jax y aille plus fort, qu’il se lâche, me marque. Je veux le sentir encore en moi durant des heures.

    Je rêve de me faire baiser comme ça depuis Chicago. Ma main ne me suffisait plus et rien n’est comparable à la queue d’un homme vous pilonnant avec force et envie.

    Mon souffle s’accélère, ma voix s’enraille, toutes pensées devient incohérentes alors que Jax se déchaine, il me pilonne avec rapidité. Ses hanches claquent contre mes fesses, sa queue s’enfonce dans un rythme effréné. Il ne se contrôle plus. C’est tellement viril, tellement brutal, on sent le désir puissant, celui qui nous met à vif et nous pousse à bout, jusqu’à l’explosion.

    Jax me rend fou, je m’accroche à lui sans cesser d’accompagner ses coups de reins. À chacune de ses poussés, des millions de petites décharges électriques me parcourent de l’intérieur quand il heurte ma prostate. Le plaisir noue mon ventre, des spasmes jouissifs se rependent, mon sexe palpite, je tremble et s’en est presque douloureux de vouloir jouir à ce point.

     

    — Jax, je…

     

    — Bascule, Dereck, murmure-t-il à mon oreille en s’enfonçant plus brutalement.

     

    Seigneur. Je me mords la lèvre, c’est tellement bon.

     

    — Bordel !

     

    Je jure une dernière fois lorsque Jax touche ma prostate, Ciera comprend que c’est le moment, elle me fait face, la caméra se braque sur ma main qui bouge frénétiquement sur mon sexe. La savoir si proche en train de me filmer atteindre l’orgasme me fait basculer.

    J’explose avec violence, mon sperme tache mon torse, des gouttes tombent sur le vert du billard. Je continue de me caresser en rythme avec les coups de reins de Jax qui ne ralentit pas la cadence. J’ai tellement chaud. Ça fait tellement de bien. L’explosion de sensation est telle, que j’en ai le souffle coupé.

    Mon cul palpite autour de Jax, il l’emprisonne et créée une friction supplémentaire autour de son sexe. Je le laisse faire, je savoure les derniers spasmes de plaisir qui parcourt mon corps et les sensations que mon partenaire prolonge.

    Quand Jax resserre sa main sur ma hanche, je comprends qu’il est sur le point de basculer à son tour. C’est le moment de donner le signal aux filles pour qu’elles ne ratent rien de son orgasme.

    Je m’allonge sur le billard, ma peau frisonne sous le contact râpeux du tissu.

     

    — Marque-moi ! je lance d’une voix cassée.

     

    Et c’est ce qu’il fait, refoulant son envie de jouir au fond de mon corps, Jax se retire, laissant une impression de vide. Je ferme les yeux en l’imaginant cambrée, sa verge prisonnière de son poing qu’il bouge avec frénésie pour clore cette étreinte brutale.

    Il ne lui faut que quelques instants pour qu’un gémissement de plaisir résonne, suivi de la chaleur de son sperme atterrissant sur mon dos tatoué.

    Le silence revient, Jax s’effondre à côté de moi. Je me laisse aller sur le ventre, le corps tremblant de ce qu’il vient de se produire. Ma respiration est en vrac, mais j’affiche très certainement le sourire d’un mec heureux.

    C’était intense pour une reprise.

    Jax se tourne pour me faire face, un sourire déforme son expression. Sa main se glisse dans mes cheveux qu’il saisit pour m’attirer contre lui. Son visage retrouve le mien. On s’embrasse calmement, appréciant le simple contact de l’autre après des retrouvailles absolument renversantes. Nos lèvres rendent au porno arty tout son secret : des moments intimes qu’importe la situation donnée.

     

    — Coupé ! lance Scarlett.

     

    Non, je jure.

    J’en voudrais encore de cette tendresse qu’il offre après le sexe, de ses mains survolant ma peau, alors qu’il est capable de m’empoigner avec force sous l’excitation.

    On s’arrête difficilement, mais Jax est plus maitre de ses envies que moi. Il rompt notre baiser, me lance un clin d’œil avant de se redresser. Mon partenaire s’étire en se remettant debout. Il me laisse à poil, et couvert de sperme sur la table de billard.

    Jax passe devant Mackenna qui termine les derniers shoots et je l’entends demander :

     

    — Tu peux me prendre une photo de lui comme ça, s’il te plait ?

     

    Je fais mine de ne rien entendre, mais Jax l’a dit. Je ne cherche pas à comprendre pourquoi, mais ça me plait.

    Je croise le regard de Mack, il en dit long, la complicité se dégage. Je crois qu’elle a pigé que les choses avaient véritablement changé entre nous.

     

    — C’était parfait les garçons ! poursuit Scarlett après avoir rapidement vérifié sa caméra et celles des autres.

     

    Je me tourne vers la réalisatrice, elle sourit, les joues légèrement colorées. Elle est amusante. Elle tourne depuis des années des pornos et en arrière encore à en être émoustillée.

     

    — On doit appeler ton mari, Scar ? je plaisante.

     

    — Je vais l’appeler moi-même, ne t’en fais pas, me répond-elle dans un sourire.

     

    Je croise les bras sous ma tête en attendant qu’une âme charitable vienne m’essuyer le dos. Et c’est Jax qui vient armer d’une serviette humide quelques instants plus tard. Il me jette un regard complice en laissant trainer sa main libre plus que nécessaire. Mon cœur vrille à nouveau. Je sais bien que notre situation est instable, que quelque chose peut venir tout faire foirer à un moment, mais je veux espérer que ça puisse aller entre nous.

    Au contact du tissu chaud, je frisonne.

     

    — Un second round dans une loge ? me propose-t-il en se penchant vers mon oreille. Je n’en ai pas terminé avec toi.

     

    Il n’a pas fini de me le dire que je descends du billard pour quitter le lieu de tournage et filer dans une zone sans regard indiscret.

    J’espère secrètement que ma douche va connaitre ce second round. Je garde un souvenir enrichissant de mon dos plaqué contre le carrelage sous l’eau brûlante et je donnerais cher pour sentir encore Jax perdre pied.

     

     

    ***

     

    — J’espère que cette nouvelle aventure vous plaira les garçons !

     

    On lève tous nos verres pour fêter l’annonce de notre patronne. Pour notre reprise, Scarlett a fait un petit truc spécial après notre journée de travail. Elle en a profité pour nous annoncer du changement. Mais surtout, son annonce principale étant l’accord qu’elle a passé avec une chaine de diffusion sur le câble. Désormais, certains longs métrages des FUCKING BOYS vont être diffusés tard dans la nuit pour les plus curieux. Elle a également reçu une offre de partenariat pour une agence de pub travaillant avec des parfums et des auteurs érotiques ayant besoin de vidéos ou d’images de promo. J’ai ri en voyant la tête de certains de mes amis et collègues. J’ai déjà participé à ça, et mon corps trône sur quelques couvertures de livres bien sympas. Le milieu de la littérature gay est très enrichissant. On va devoir faire des castings et des nouvelles séances photo pour essayer de décrocher des contrats, ce qui permettra aux studios d’être mis en avant, autres que pour du porno seulement.

    J’ai même cru entendre qu’elle serait prête à adapter un roman érotique BDSM. C’est une sacrée visionnaire. Scarlett est intelligente et remplie d’idées.

    La soirée se poursuit avec les dernières nouvelles. Mason et Zane semblent connaitre un peu de paix dans leur partenariat, ils ont repris une catégorie de la maison, la DIRTY. Apparemment, Brooks et Lake ont suffisamment à faire avec leurs jouets. Mack n’arrête pas de brancher le couple phare du Gentlemen’s Club avec leur shoot hot comme jamais.

    On ne parle pas souvent du Club, mais Mason et Zane semblent être les plus à l’aise, et les stars du lieu. On ne les voit pas souvent au studio, mais j’ai cru comprendre qu’il y avait un endroit caché sur le site de FUCKING BOYS, qui permettrait aux clients les plus particuliers d’assister à leur session en direct du club.

    Encore une idée de Scarlett. Et d’après les rumeurs, Mason et Zane ne répondent pas à des scénarios, mais plutôt à un ordre d’idées donné par les membres du club présent dans la pièce ou une idée venant d’eux, une sorte de voyeurisme pour montrer aux autres leurs fantasmes.

    De quoi éveiller ma curiosité.

    Les deux qui manquent à l’appel de cette soirée sont Archer et Demon. On les a furtivement vus, mais depuis un moment, ils ont disparus.

    J’observe dans un coin mon partenaire discutant avec Scarlett. Il semble plus calme maintenant qu’on a mis les choses aux clairs. Je retrouve l’homme que j’ai connu il y a un an et qui m’a baisé contre une fenêtre avec envie.

    Je n’ai pas le temps de partir dans mes pensées qu’elles sont troublées par une voix assassine dans le couloir.

     

    — Dem !

     

    — Arrête, A ! Lâche-moi !

     

    — Laisse-moi t’aider, bordel !

     

    Un silence gagne la pièce principale du studio. Tout le monde se fige et par réflexe, nous allons voir ce qu’il se passe.

    Une tension palpable règne dans le restant des locaux. On dirait que les deux hommes sont sur le point d’exploser. On découvre Archer et Demon en pleine querelle. Ils se dévisagent avec haine.

    Merde qu’est-ce qu’il se passe ?

    Aucun d’eux ne remarque notre présence.

     

    — Je les ai vus Dem ! Alors tu vas m’expliquer c’est quoi ce merdier ? l’accuse A.

     

    — Qu’est-ce qu’il se passe ? demande Scarlett en arrivant à son tour.

     

    Les deux Hardeurs nous ignorent royalement, pire, face au silence de Dem, Archer explose. Il plaque Demon contre la porte du Donjon. On sent la colère se dégager de lui.

     

    — Comment tu peux faire ça, Dem ?! hurle-t-il.

     

    — Va te faire foutre.

     

    Demon le repousse, mais Archer va plus vite. Il le saisit par le t-shirt, le plaque de nouveau avec force contre le mur, son poing en l’air, A hésite.

     

    — Vas-y, t’en meurs d’envie, le provoque Dem.

     

    Ses cheveux rouges et noirs sont en bataille, ses tatouages jouent sur ses bras dénudés. Il dévisage son partenaire avec dégout et sarcasme.

    A se calme brusquement, le couloir prend une ambiance triste. Il finit par le lâcher, Demon jure en le repoussant pour de bon. Il ne tente pas de le rattraper, et personne n’ose s’interposer avec le Dom quand il passe devant nous.

    Leurs disputes sont de plus en plus fréquentes.

     

    — A ?

     

    L’acteur croise notre regard et ce que j’y lis me tord l’organe dans la poitrine.

    Il est rongé par l’inquiétude.

    Archer ne dit rien, il se contente de nous dépasser pour rejoindre la salle commune. Je le suis, je le vois choper une bouteille de tequila dans le bar et revenir vers le Donjon. On reste comme des cons à ne plus savoir quoi faire ni quoi dire. Archer ouvre la porte et la referme l’instant d’après en la verrouillant, sans nous calculer.

    Putain de merde, c’était quoi ce merdier ?

    Je jette un regard à Jax qui hausse les épaules, tout aussi paumé.

     

    — Ça ne va plus, soupire Scarlett. Et j’ignore quoi faire pour essayer d’arranger les choses entre eux.

     

    La réalisatrice met fin à la soirée en allant s’enfermer à son tour dans le bureau. On reste comme des cons à tenter de comprendre ce qui ne va plus avec notre duo de BDSM, et je crois savoir.

    J’ai remué la merde, et je pense qu’une conversation avec Demon s’impose.