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23/09/2016

26)


 

 

La salle est pleine, il y a même certaines personnes qui sont restées debout près des portes. C’est dire le nombre de gens qui souhaitent voir le monstre témoigné. Je n’ai jamais vraiment compris ce côté malsain ou voyeur du malheur des autres. Peut-être une façon de se rassurer sur ce qu’on est, au final mois pire que le voisin, ou que notre vie n’est pas si pourrie en comparaison des victimes. C’est étrange ce besoin d’aller vers le malheur des autres de voir la misère, en être spectateur et ne rien faire pour autant à part juger. Je n’ai jamais été ce genre de personnes, avant j’avais une vie d’adolescente et aujourd’hui, je sais trop ce qu’on ressent en voyant sa vie étalée sur des journaux.

La pièce a beau être remplie, un silence d’église y règne, jusqu’à ce que Truman prête serment et que je sursaute en entendant sa voix. Mon cœur risque de ne pas tenir à son témoignage, chaque mot qu’il prononce me renvoie à il y a dix ans, a ses insultes, a ses paroles blessantes et destructrices encore plus que les actes. On peut achever quelqu’un en quelques mots, en y mettant la conviction qu’ils sont vrais on peut le faire. On peut détruire une vie en répétant à une personne, chaque jour que dieu fait durant quatre ans, qu’elle mérite ce qui lui arrive. Les mots peuvent être la pire des armes.

Il continue en se présentant et je me tourne vers mes parents assis derrière moi, à côté des parents de Reagan. Mon père, habituellement calme et réfléchi, fusille du regard la barre des témoins quat à ma mère, son regard est sur moi. Elle guette mes réactions et pour une fois je ne peux pas lui donner tort sur le fait de s’inquiéter, moi-même j’ignore comment je vais réagir en l’entendant parler de ce qu’il s‘est passé à sa sauce.

Je me retourne et jette un coup d‘œil a Reagan à mes côté, comme toujours dans cette salle et même si je savais que la colère devait suinter sur ses traits, celle que je vois me fait frissonner. Il pourrait se lever et le tuer, il le ferait. Je ferme les yeux en me remémorant le jour où je lui ai demandé, le jour où je lui aie dit « tue le Reagan, s’il te plait tue-le » et qu’il m’a répondue « je n’attends que ça ». J’avais une telle colère que j’aurais pu le faire moi-même. Il venait définitivement de nous briser, de nous prendre ce qu’on avait Reagan et moi, de nous achever de la pire des façons. La colère, je la sentais courir en moi, comme un serpent vicieux qui prend son temps pour appâter sa proie, mais qui sera rapide au moment de l’attaque. Je la sentais, elle me rendait capable du pire, elle voilait ma raison et plus rien n’avait d’importance que ce que je ressentais au fond de mon être qui me privait de tout. Je n’avais plus rien, j’étais vide et ce sentiment me donnait des ailes. Il m’aurait fait commettre le pire je le sais et je ne l’aurais même pas regretté. Surtout pas maintenant alors qu’il répond à son avocat sur un ton calme et serein.

 

— Monsieur Truman, avait-vous enlevez ces deux personnes ?

 

L’avocat se tourne vers nous pour nous désigner du doigt. Le regard de Cooper lui, reste sur celui qui l’interroge comme si on ne valait même pas la peine d’être regardé.

 

— Non.

 

— Alors comment expliquez-vous qu’ils se soient retrouvés chez vous ? Parce qu’ils étaient bien dans votre maison durant ces quatre années ?

 

Oui, moi aussi je me demande bien comment il va expliquer ça.

 

— Oui, ils y étaient. De leur plein grès.

 

Je vois Reagan commençait à s’agiter sur sa chaise à la suite de ce mensonge qu’il sort comme si tout était normal.

 

— De leur plein grès ? reprend l’avocat.

 

— Oui, ils ont débarqués chez moi, tous les deux, quelques semaines après leurs enlèvements, ils étaient perdus et apeurés et je leur aie proposé mon aide.

 

Je me tourne vers Reagan la bouche ouverte de stupeur par l’incongruité de ce que raconte Cooper.

 

— Et qu’est-ce qu’ils ont fait ?

 

— Ils ont refusé que j’appelle leurs parents ou que je les emmener à l’hôpital, alors je leur ai proposé de rester quelque temps ici s’il voulait.

 

J’entends des brouhahas derrière moi, mais je suis pétrifiée de stupeur face à ce que j’entends. C’est du délire ! Il ne peut pas dire ce genre de choses ! Ça ne s’est pas du tout passé comme ça !

 

— Ils sont restés ?

 

— Oui, ils sont restés.

 

— Pourquoi ?

 

— Ils avaient peur qu’on les sépare si jamais ils retournaient à leurs vies dans leurs familles. Ils étaient amoureux.

 

Reagan se mort le poing qui claque ensuite sur la table me faisant sursauter. Ce n’est pas réel, tout ce qui sort de sa bouche n’est pas réel, il ne peut pas mentir aussi impunément sur le calvaire qu’il nous a infligé et retourné la situation à son avantage.

 

— Ce qui est arrivé par la suite, reprend Cooper un petit sourire niais sur le visage pour le jury.

 

— Des experts, des médecins ont témoigné dans cette salle et ils sont tous d’accord pour dire que ces deux personnes ont subi de multiples sévices durant ses quatre années. Comment les expliquez-vous, Monsieur Truman, si vous ne les avez pas violentés ?

 

Cooper se recale confortablement dans son siège, sa gueule d’homme bien propre sur lui, lui donne un avantage, je le vois. Le jury semble l’écouter patiemment et nos avec dégout. Il lui donne une chance alors qu’il ne mérite rien de tout ça. Il mérite de mourir pour ce qu’il nous a fait et certainement d’embobiner ces gens.

 

— Je ne les ai pas violentés, ils étaient consentants. Tout ce qui s’est passé dans ma maison était sous leurs accords.

 

— Et les viols ? Je rappelle qu’ils étaient mineurs au moment des faits.

 

— Je ne les ai pas violés. Là encore ils étaient consentent et rien ne s’est passé avant leur seize ans. Ils aimaient le sexe un peu violent qu’ils pratiquaient déjà ensemble.

 

— Connerie ! hurle Reagan en se levant, tu racontes que des conneries !

 

— Tu as couché avec elle, répond Cooper toujours aussi calme.

 

Reagan fulmine, le juge tape avec son marteau pour faire régner le calme et intime au procureur de clamer son client, mais c’est trop tard. Reagan a lâché les chiens et rien ne les ramènera en arrière à part lui. Et je sais qu’il n’est pas prés a ça, qu’il a besoin de dire ce qu’il pense face à ce tissu de mensonges qui nous fait passer lui et moi pour des pervers, alors que le seul dégénéré dans cette pièce se tient à la barre des témoins.

 

— Tu l’as violé ! Tu nous as violés et séquestrés pendant quatre putains d’années !

 

Le sourire que lance Truman à Reagan qui fulmine de rage ne me laisse pas de doute sur ce qui va sortir de sa bouche. Il va le dire, il va signer notre fin, il va rendre réel ce que personne ne sait et je suis incapable de faire quoi que ce soit pour l’arrêter.

 

— Tu l’as mis enceinte.

 

Le silence qui survient dans la grande salle remplie de gens est assourdissant. J’entends mon cœur battre, j’entends le bruit d’une chaise qui racle sur le sol et je vois Reagan partir comme une furie en direction e Cooper, mais je suis tétanisée par le choc. Celui qui m’empêche de bouger, qui rend mes muscles inutiles et qui se contente de me répéter en boucle cette phrase qui annonce notre fin.

Je ferme les yeux en sentant une main sur mon épaule, celle de ma mère que je ne veux pas affronter. Elle comme le reste du monde, je veux aller me terrer dans ma chambre à l’autre bout du pays et oublié ce moment de ma vie. Oublier cette perte, oublié qu’il vient de la raviver, oublier tout. Mes mains se portent à mon ventre, dans ce vide que jamais je n’oublierai malgré toute ma volonté, il a trop marqué ma chair pour que ce soit le cas. Il était là, en moi, l’amour de Reagan et il nous la prit comme tout le reste. Et aujourd’hui il joue de ça comme de notre calvaire pour nous anéantir une fois de plus. Il vient de montrer au monde entier que nous sommes des détraqués. Que notre histoire est perverse et qu’elle n’a rien de normal.

 

 

***

 

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Une demi-heure plus tard, nous voilà réunis dans l’espèce de bureau alloué au ministère public dans l’enceinte du tribunal. La séance a été ajournée suite à la déclaration de Cooper et au débordement de colère de Reagan. Reagan qui n’est pas là, qu’on a dû sortir pour se clamer.

Alors j’affronte seule le procureur et mes parents, entassés au milieu de tonnes de dossiers dans cette pièce étouffante.

 

— Vic ?

 

Je lève les yeux sur ma mère debout derrière moi mon père à ses côté. Je suis encore dans le brouillard de ce choc qui ne me quitte pas et que je bénis de ressentir. Parce qu’ensuite, les émotions vont débarquer, ensuite je serais submergé par la réalité et j’ignore si j’y survivrai.

 

— Reagan, je lance d’une voix faible, je veux Reagan.

 

— Ce n’est pas le moment, répond mon père sur un ton froid.

 

Je le fixe, je vois une telle déception dans ses yeux que ça m’en coupe le souffle.

 

— J’ai besoin de savoir certaines choses Vic avant tout.

 

Je me tourne vers le procureur installé derrière le minuscule bureau.

 

— Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que tu es tombée enceinte durant ta captivité ?

 

J’inspire, mais l’air n’entre pas dans mes poumons, je sens mon corps tremblés et je vais m’effondrer dans pas longtemps.

 

— Reagan, dis-je avant que les larmes n’arrivent, j’ai besoin de Reagan.

 

Je veux le voir, je veux le sentir, je veux ses bras, je veux être avec lui, j’en ai besoin pour respirer. Je ne peux pas affronter ses souvenirs tout seuls. Je ne peux pas me rappeler l’horreur sans ma force.

Les larmes coulent et l’air qui ne voulait déjà pas entrer dans mes poumons devient de plus en plus rare. Je suffoque sous l’avalanche de sentiments trop lourds pour mes épaules. Le choc s’en va, il me laisse seule avec ce méandre de souvenir que je ne tiens pas à ramener dans le présent, mais qui est plus fort que moi. Elles sont là, les sensations, la peur, la colère, la tristesse, le manque et mon entre vide, encore vide, toujours vide.

 

— Reagan ! Je crie à présent en me pliant en deux sur ma chaise.

 

— Va le chercher s’il te plait, lance ma mère à mon père.

 

J’entends la porte derrière moi, j’entends les chuchotements de ma mère qui se veulent rassurants et sa main sur mon dos que je chasse en un coup d’épaule. Je ne veux pas qu’elle me touche, qu’elle me console, qu’elle me dise que tout ira bien parce que c’est faux. Je veux Reagan et rien d’autre. Je veux que lui me dise que tout ira bien, que c’est fini, ce procès, ce calvaire qui revient nous hanter dix ans plus tard et qui n’en finit pas.

Je tire sur le col de mon sweat qui bien que grand, m’étouffe, j’ai chaud et mon corps tremble comme frigorifié. Je tombe de ma chaise, ma mère pleure à mes côtés en tenant ses bras autour de moi prêts à me retenir maintenant que je suis au sol. Je vais mourir, cette crise de panique va m’achever si Reagan n’arrive pas bientôt.

La porte finit par s’ouvrir de nouveau alors que je suis à quatre pattes pour essayer d reprendre mon souffle. Je lève les yeux et Reagan est là. Il se laisse tomber au sol et ses bras sont enfin autour de moi. Il me serre contre lui et aussi étonnant que ça puisse paraitre je respire. Il me serre de plus en plus fort, je sens son corps chaud et tendu contre le mien et je commence doucement à me calmer.

 

— Je suis là, dit-il.

 

J’inspire par-dessus son épaule en m’accrochant à son cou comme une désespérée. J’ai conscience de mon comportement stupide, mais la peur ne se contrôle pas.

 

— Il ne te fera plus de mal, reprend Reagan avec conviction, plus jamais Vic, plus jamais.

 

— Il l’a dit… je marmonne.

 

Je le sens se tendre sous mes bras.

 

— Je sais, se contente de répondre Reagan.

 

Je me dégage un peu de ses bras pour voir son visage, pour voir ses yeux. Ce vert qui « m’a toujours poussé à être courageux, mais aujourd’hui lui aussi est mort une nouvelle fois. Aujourd’hui Reagan a de nouveau perdu son fils.

 

 

MARYRHAGE

22/09/2016

Free Fallin, chapitre 29 - Vanya


 

Quelques heures avant,

 

-Appelez le encore ! je crie en frappant le bureau de la Faucheuse.

 

Elle soupire, pas impressionnée par ma colère ou ma force, pire je crois qu’elle est habituée au final à devoir faire face à plus gros qu’elle.

 

-Vous savez parfaitement que c’est trop tard.

 

Je jette un œil à ma montre, il reste un peu plus de deux heures avant l’exécution alors comme dirais Jessa, tant qu’il a de la vie, il y a de l’espoir.

 

-Faites le.

 

Je prends le combiné de son antique téléphone et lui tend avec un regard noir. Elle le soutient sans faillir, sans broncher, sans même bouger.

 

-Pourquoi tant d’implication ? elle demande au bout de plusieurs secondes.

 

Je fronce les sourcils en me demandant si elle ne va pas m’offrir un thé aussi pour qu’on puisse discuter pendant que le temps passe et qu’il nous rapproche sans cesse de l’heure H.

 

-Appelez le Gouverneur.

 

Elle me sourit en secouant la tête négativement.

 

-Quand je me suis occupée de votre mère, vous n’étiez pas si impliqué pour sauver votre père. Alors qu’est ce qui a changé aujourd’hui ?

 

-C’est pas le moment.

 

-Si, Vanya, ça m’intéresse.

 

Je repose le téléphone sur son socle en essayant de garder mon calme. L’étrangler ne servirait à rien mais ce que je fais aussi surement. La passion de Jessa pour son combat m’a eu, elle m’a eu comme elle a eu mon cœur. Je me retrouve à me battre contre la mort d’un homme qui pour moi sera mieux mort que vivant. Pour elle.

 

-Pour Jessa, je finis par répondre.

 

-Pas pour la peine de mort ?

 

Je me redresse en entament les cents pas dans son bureau miniature. Elle va peut être tenter de m’enrôler dans son association, elle va peut être essayer de m’endoctriner avec ses belles paroles mais c’est peine perdue, comme tout le reste apparemment.

 

-Mes motivations sont-elles vraiment importantes ?

 

Jusqu’ici elle s’en foutait de savoir pourquoi j’étais là, à surveiller chacun de ses gestes, à la suivre avec Jessa pour être sur qu’elle n’allait pas trop loin, que Jessa gardait les pieds sur Terre, elle ne m’a jamais demandé pourquoi. Et subitement, maintenant que tout est fini les causes ont un sens.

 

-Pour ma curiosité oui.

 

-Ça ne va pas vous plaire.

 

La Faucheuse se recale dans sa chaise en croisant les bras sur sa poitrine.

 

-Vous pensez qu’il y a de mauvaises raisons de lutter contre la peine de mort ? elle demande.

 

-Il y en a des différentes des vôtres.

 

-Sont-elles pour autant mauvaises ?

 

-Vous m’emmerdez.

 

Elle se met à rire en remontant ses lunettes sur son nez.

 

-Je vous aime bien Vanya. Vous savez pourquoi ?

 

-Je vous déteste, je réponds en m’arrêtant devant son bureau, vous savez pourquoi ?

 

-Oui, j’en ai une petite idée, mais le cas de votre père est complexe et c’était mon premier à l’époque. Je suis désolée pour ça Vanya, désolée pour votre mère mais il fallait au moins essayer. C’est ce que Jessa a compris.

 

Je la dévisage, étonné qu’elle reconnaisse son erreur, qu’elle s’excuse de surcroit mais ça n’efface pas la douleur de ma mère. Ça n’efface rien de ce qu’elle nous a pris mais c’est un début acceptable.

 

-Vous pensez qu’il est préférable de passer sa vie derrière des barreaux plutôt que de mourir ?

 

Elle acquiesce en hochant simplement la tête.

 

-Je préfère mourir.

 

-Oh, dit-elle sa bouche formant cette syllabe longtemps après que le son en soit sorti.

 

Elle semble réfléchir et je regarde de nouveau ma montre. J’ai l’impression de m’être transformé en horloge ces derniers temps. Je sens la pression du temps, chaque seconde qui passe est une chance de moins de sauver Jay.

 

-Alors vous êtes de ceux là, dit-elle en hochant mécaniquement la tête, alors pourquoi vous ne vous battez pas pour sauver votre père ?

 

Je déglutis et détourne le regard sur le téléphone que j’ai subitement envie de lui enfoncer dans la gorge. Il faut toujours qu’elle pose la question qui fâche. Elle ne peut pas se contenter de ce qu’on lui donne.

 

-Il est coupable après tout, il mérite de passer ses jours en prison. A moins que vous préfériez qu’il soit « libre » ?

 

Je la vois mimer les guillemets pour me faire comprendre qu’elle sous entend qu’il soit mort.

 

-C’est compliqué.

 

-Pourquoi ?

 

-Parce que c’est mon père. Vous allez passer ce foutu coup de téléphone oui ou merde ?

 

La Faucheuse me sourit, elle a quelque chose de flippant quand elle fait ça, comme si elle découvrez une âme prête a être fauché.

 

-Je serais tentée de vous dire merde, mais je vais le faire. Mais Vanya ?

 

Je soupire en lui tendant le combiné, j’aimerais qu’elle arrête de gâcher du temps inutilement, qu’elle arrête ses questions qui ne mèneàa rien et surtout pas aujourd’hui.

 

-Quoi ?

 

-Je vous aime bien parce que vous êtes tiraillé entre vos principes et votre amour pour votre père, alors que pour Jessa vous n’avez pas hésité. Je ne sais pas si elle est consciente de ce que vous venez de faire pour elle, mais quand ce sera le cas elle saura à quel point vous l’aimez.

 

 

***

 

 

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A quel point je l’aime ? Je l’ignore mais à cet instant je donnerez volontiers tout ce que j’ai pour la voir autrement qu’allongée sur son lit, le teint blafard et les traces de larmes sur ses joues.

Je soupire en remontant la couverture sur elle. Le médecin vient de partir, il lui a donnée de quoi dormir après son malaise et son réveil en crise de larmes une fois arrivé chez elle. Je n’ai jamais vue quelqu’un perdre le contrôle à ce point et se laisser aspirer par la douleur comme ça. Ma mère, quand elle a compris qui était son mari, n’a pas quitté son lit pendant une semaine, mais elle n’a pas crié, elle a seulement pleuré en silence, dignement comme on lui a appris.

Mais Jessa, ce soir elle a laissé six ans de détresse cumulée à la mort de Jay exploser et son corps n’a pas suivi.

Je caresse ses cheveux avant de me lever et de quitter la chambre. Je rejoins Dean, dans le salon. Il est assis sur le canapé et fixe le carton qui contient les affaires de Jay. Sa posture tendue me paraît étrange, il est droit comme un piquet comme s’il s‘apprêtait à fuir au plus vite si jamais quelque chose sortait du carton.

Je me laisse tomber à coté de lui, il ne réagit pas tout de suite et quand c’est le cas, il ne me regarde pas.

 

-Comment elle va ?

 

-Elle dort, je réponds.

 

-Merci mec, je sais pas ce qu’on aurait fait sans toi.

 

Je pose ma main sur son épaule en tentant un sourire mais le cœur n’y est pas. Je ne connais pas tellement Dean mais la dernière fois que je l’ai vue, il était souriant et enjoué. Là, il a l’air mort pendant qu’il encaisse le choc.

 

-Un carton, dit-il, sa vie se résume à un carton.

 

-Ses années de prison peut être, je réponds, mais pas sa vie.

 

Dean se frotte le visage et son corps se détend quand il inspire. Il se penche en avant ses yeux toujours sur le carton et je commence à me demander s’il ne va pas craquer lui aussi.

 

-On a offert une boite comme ça à Jessa à un de ses anniversaire. Pleines de conneries. Des journaux, des restes de pizzas, de tacos, de la bière, de l’encre…

 

Il se met à rire en pensant à ce moment et je souris en imaginant les mains de Jessa dans tout ça.

 

-Elle l’a ouvert, elle a fouillé dedans en riant. D’autres filles auraient gueulé de tous ces trucs dégoutant mais elle a tout déballé et a essayé de deviner qui a eu l’idée de tel ou tel trucs. Elle a bien fait, Jay avait mis une bague dans le carton. Si elle l’avait jeté sans même fouiller elle serait passée à coté.

 

Il attrape le carton puis le pose sur ses genoux et caresse le couvercle où le nom de Jay et celui de la prison sont inscrit.

 

-Tu vois, dit-il la vie ça se résume à des décisions à la con. Si Jessa n’avait pas fouillé elle nous aurait pris jusqu’au bout pour de gros enfoirés qui lui offre un carton de merde pour son anniversaire. Et si Jay m’avait appelé ce soir là, il ne serait pas mort.

 

Je m’apprête à lui dire qu’il n’y est pour rien dans ce qui est arrivé à Jay, qu’il n’est pas responsable mais il ouvre le carton et je le sens tellement tendue que je préfère me taire et le laisser faire ce qui a l’air d’être une épreuve pour lui.

Il se met à rire en sortant des feuilles de papier entassées dans la boite.

 

-Cet enfoiré ne sait toujours pas dessiner, regarde ça.

 

Il me tend une feuille, je me mets à rire en voyant une caricature de Dean les pieds allongés sur la table basse de Jessa, une bière dans une main et ce qui ressemble à un joint dans l’autre. Ses yeux à peine ouverts et sa bouche elle, affiche un énorme sourire.

Je lève les yeux sur Dean, mon sourire disparaît quand je vois les autres dessins qu’il tient dans ses mains. C’est Jessa. Jessa qui dort, Jessa qui rit, Jessa nue, Jessa pensif, Jessa sous la pluie, Jessa en uniforme….des dizaines de Jessa.

 

Je déglutis en prenant ceux que Dean posent sur le canapé. Jay avait un réel talent pour dessiner. Elle est magnifique. Même celui où elle pleure est superbe et débordant d’amour. Je me sens mal à l’aise de regarder ça, de violer l’intimité de leur couple alors que moi aussi j’ai vue ce corps nue, j’ai vue Jessa pleurer et que moi aussi je l‘aime. Je me sens salaud et je déteste ça, parce que jusqu’ici je ne brisais rien, je ne me mettais entre personne parce que je ne connais pas Jay. Mais voir ses dessin, m’envoie de plein fouet la force de leur lien.

 

Je repose les dessins et me lève en fourrant les mains dans mes poches.

 

-Je vais aller récupérer la voiture de Jessa, je lance.

 

Dean remet les livres qu’il avait sortis dans le carton ainsi que les dessins. Voilà ce que contenait sa boite, des dessins et des livres ainsi que quelques carnets qu’il va surement laisser à Jessa le soin de découvrir ce qu’il contiennent.

 

-Et tu comptes la ramener tout seul ?

 

Je passe ma main dans mes cheveux gênés d‘avoir oublié que la prison n’est pas la porte à coté et qu’il va falloir être deux pour y aller.

 

-On ne peut pas la laisser seule, je réponds, je vais demander à un pote de m’accompagner.

 

-Non, lance Dean en se levant une enveloppe dans la main, reste ici, je vais m‘en charger.

 

Il fait un pas en avant et baisse les yeux sur ce qu’il a entre les mains.

 

-Tiens dit-il, c’est pour toi.

 

Je prends l’enveloppe en me demandant ce qu’il raconte. Je la retourne et je vois mon nom inscrit. Je lève les yeux sur Dean en haussant un sourcil d’interrogation.

 

-C’est moi qui lui ait parlé de toi.

 

-Quoi ?

 

Dean me sourit tristement en jetant un œil au carton refermé.

 

-Il s’inquiétait pour elle, pour…après, qu’elle soit seule, qu’elle soit triste alors je lui aie parlé de toi. Je sais pas ce qu’il raconte dans cette lettre, peut être le mode d’emploi pour la comprendre mais elle était dans le carton et c’est ton nom dessus. Alors reste là, lis la et soit avec elle quand elle se réveillera.

 

Dean tape à son tour mon épaule puis il récupère les clefs de Jessa et se dirige vers la porte. Je fais tourner la lettre dans mes mains, je la soupèse en me demandant si j’ai le courage de lire ça.

 

-Dean ?

 

-Ouais ? dit-il avant de sortir dans le couloir.

 

-T’es pas en train de la laisser ?

 

Je lève la tête dans sa direction, il me sourit mais pas comme je l’ai vue faire la dernière fois. C’est plus forcé que réel.

 

-Elle et moi on n’est pas bon pour se lamenter ensemble.

 

Je ne connais pas les tenants de leur relation mais je comprends leur fierté à tous les deux, mal placés dans un moment pareil, mais Dean a l’air d’avoir besoin de temps et s’il ne l’abandonne pas ça me va.

Je lui fait un clin d‘œil avant qu’il ne parte puis je retombe sur le canapé la lettre dans mes mains.

 

Qu’est ce qu’il dit dans cette lettre ? L’envie de l’ouvrir est là, de voir ce qu’il attend de moi mais la peur aussi. S’il sait ce qu’on a fait il peut m’en vouloir comme il peut me demander de n’être qu’ami avec Jessa, après tout je ne le connais pas. Et je ne sais pas ce que je ferais si c’était le cas, si j’en serais capable. Alors ignorez cette lettre peut être une bonne option aussi. Mais c’est comme les dernières paroles d’un condamné, je ne peux pas les ignorer.

Je jure en déchirant l’enveloppe pour en sortir la lettre. Trop réfléchir ne sert à rien, les mots sont là, il s’est donné la peine de les écrire, à moi de lui rendre justice en les lisant et tant pis pour la suite.

 

Salut Vanya,

 

Ça va surement être étrange pour toi de lire cette lettre, mais rassure toi, c’est sacrément étrange pour moi de l’écrire. On ne se connaît pas, du moins, jusqu'à hier j’ignorais ton existence mais elle t’a surement parlé de moi. Pourtant, on a quelque chose en commun, le bonheur de Jessa.

 

Ça doit te paraitre fou, que le mec de celle que tu aimes te parle d’elle, mais là, quand tu es en train de te demander ce que je te veux, je suis mort. La mort, ça te fait faire des trucs insensés, que tu ne penserais pas possibles quand t’as toute la vie devant toi. Et pour Jessa, j’étais prêt à tout, à trop de choses stupides alors je peux bien en faire une de bien avant de l’abandonner.

 

Le jour où je l’ai rencontré elle m’a dit qu’elle fêtait le commencement. Elle cherchait à organiser une fête pour deux, pour elle et Dean et j’ai eu la chance qu’elle vienne dans la stations service dans laquelle je travaillais pour chercher ce dont elle avait besoin. Je n’ai pas pu la lâcher du regard de tout le temps qu’elle a passé dans les rayons. Et elle en a passé du temps à chercher comment on fête le commencement. Elle était jeune, encore pleine de confiance en l’avenir et si heureuse, c’était un vrai soleil. Aujourd’hui elle n’est plus comme ça, mes conneries l’ont abimée et elle se force à être heureuse quand elle vient me voir. Je l’ai changé malgré moi, j’ai fait d’elle quelqu’un de malheureux alors que depuis ce jour là, celui de notre rencontre, j’ai toujours eu envie de la voire heureuse.

Jessa heureuse c’est merveilleux. C’est comme si t’avais le monde à tes pieds. Elle te sourit réellement, avec bonheur et envie et tu sais que t’as trouvé cette femme, celle qui comblera ta vie, qui la rendra vraie et pleine.

J’ai fait l’erreur de perdre ça Vanya. Une putain d’erreur que je regrette tous les jours, encore plus quand elle vient me voir et que je la vois tellement perdue que j’ai envie de tout foutre en l’air pour la libérer. C’est moi qui suis enfermé, moi qui vit dans six mètres carrés, sans jamais voir la lumière du jour et c’est elle qui en souffre. Mais c’était ma seule bouffé d’oxygène ses visites, sa présence même si elle était douloureuse elle était là encore et elle m’aimait malgré mes erreurs, malgré la douleur. C’est ça Jessa, une inconditionnel qui te donnera son cœur et qui ne le reprendra jamais quoi que tu fasses. Mais ne la fais pas souffrir Vanya, ne lui rend pas la vie difficile, elle mérite la paix à présent et je sais que tu peux lui donner. Alors fait le. Fait la rire, montre lui la vie et aime la. Aime la le plus possible, et montre lui. Ne gâche pas une journée sans lui dire ce que tu ressens pour elle. Fait d’elle ta priorité et soit victorieux là où j’ai échoué.

Jessa est une fille simple qui n’a besoin de rien d‘autre que quelqu’un à ses cotés qui la comprend et lui apporte cet amour dont elle a besoin. Elle n’a pas besoin d‘être éblouie par des cadeaux ou des voyages, elle veut du vrai.

 

Je sais qu’elle paraît forte, mais au fond elle est encore plus fragile qu’un enfant. Elle tente juste de camoufler ses faiblesses derrière de la fierté et du courage mais elle est blessée dans son âme. Et elle le sera quand je ne serais plus là, elle aura mal, elle craquera et il faudra être là pour elle. Parce que Dean est comme elle et qu’elle n’a personne d’autre à qui se raccrocher à part toi. Ne l’abandonne pas maintenant qu’elle aura besoin de toi, même si elle te repousse, même si elle dit le contraire ne la laisse pas.

 

Ne fais pas cette erreur de t’éloigner d’elle, de la tenir à l’écart de ta vie, de te croire plus fort que tu ne l’es parce que si être ici m’a appris quelque choses, c’est qu’on est tous humain Vanya. Et cette humanité nous fait faire des erreurs, certaines réparables et d’autres pour lesquels il faudra donner la vie.

 

Je vais mourir. Demain je serais mort et si je suis terrifié je suis conscient que je vais enfin la libérer. Elle sera triste et dévastée mais dans quelques temps elle ira mieux et avec toi, elle reprendra gout à la vie. Si j’avais passé ma vie enfermée, on aurait vécue cette peine ensemble et en plus d’avoir pris une vie j’aurais pris la sienne. Alors cette mort, même si je ne la veux pas, c’est ce qu’il y a de mieux pour nous tous.

 

Je vais te confier ce que j’ai de plus précieux sur cette terre, à toi Vanya. Parce que Dean, m’a dit que tu étais quelqu’un de bien et j’ai confiance en son jugement. Prend en soin. Fait que cette vie soit merveilleuse pour vous, qu’elle soit longue et remplis de rire. Oui, fait ça bien Vanya, fait ça bien.

 

Jay

 

21/09/2016

Criminals Dark, Chapitre 10 : Une histoire de gibier

 

 

Red

CHAPITRE 10

Une histoire de gibier

 

 

 

Un mois et demi plus tard…

 

 

Cette femme est folle.

Nous ne devrions pas faire ça, être là, dans le parking souterrain, à nous envoyer en l’air parce qu’elle en a envie.

Silver est totalement à la merci des hormones depuis deux semaines. Une fois les nausées matinales envolées, son excitation se décuple et j’en profite au maximum. Même si souvent, l’envie lui prend n’importe où, n’importe quand. On a jamais baisé autant dans des endroits qui ne sont pas dans nos habitudes.

On a même testé un soir, dans la salle de photocopie du bureau, caméras éteintes, et dans les WC d’un restaurant. La grossesse de Tempérance la rend radieuse et très divertissante.

Je ferme les yeux en retenant un grognement de plaisir alors que Tempérance roule du bassin. Son sexe emprisonne divinement le mien, elle m’impose un rythme soutenu. Je caresse les parcelles de son corps à ma disposition. On est loin d’être dans notre lit, à poil. Ma partenaire a seulement remonté sa jupe, et viré sa culotte et ta veste de tailleur noir pour ne laisser que son t-shirt blanc qui moule à la perfection ses formes.

 

 

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Mes mains touchent son petit ventre qui s’arrondit, à quatre mois de grossesse, la petite chose qui pousse en elle commence à se faire de place. Et j’adore ça. J’adore la voir râler le matin devant la glace du dressing parce que ses affaires lui vont trop petites. J’adore la voir se regarder sous toutes les coutures pour constater les changements.

Je crois que je tombe amoureux d’elle un peu plus, la maternité lui va bien, et j’aime ça. Tempe respire la féminité, et j’en suis fou. Ses seins ont doublé de volume, ils sont magnifiques et sensibles. Son nouveau corps m’excite comme jamais.

J’ai bien du mal à penser à autre chose d’ailleurs, je me concentre sur le moment, sur la sensation de nos deux corps habillés, mais qui se fondent en un seul endroit.

 

— Seigneur, tu es…

 

Étroite, j’ignore pourquoi, mais j’ai l’impression d’être plus à l’étroit que d’habitude depuis quelque temps, je ne m’en déplais pas, bien au contraire. Ça ne rend que ces étreintes plus fortes.

Tempérance enroule son bras autour de mon cou alors et étouffe des gémissements de plaisir alors que mes hanches rejoignent les siennes avec plus d’ardeur. Il n’y a pas de bruits dans l’habitacle si ce n’est nos halètements. Notre étreinte n’a rien voir avec celles de d’habitude, elle est intense et rapide, presque bestiale comme une envie soudaine et rapide de se soulager, et ça ne me pose pas de problèmes. J’aime l’aimer de toutes les façons possibles tant que Tempérance le souhaite.

J’embrasse ses lèvres souriantes en glissant une main entre ses jambes pour caresser son clitoris gonflé par le plaisir et la faire jouir avec force autour de ma queue qui la pilonne. Ma partenaire sourit de plus belle en gémissant, appréciant chaque contact, chaque caresse. Elle se frotte conter moi à la recherche de plus et dans une communion presque soudaine, son orgasme explose. Son intimité se contracte autour de mon érection, et contre sa bouche, j’étouffe un grognement de plaisir alors que je me déverse en elle.

Le plaisir dur l’espace de quelques moments, il est bon, comme d’habitude, et intense. Ça l’est toujours dans ses bras.

Tempérance cesse doucement de s’empaler sur moi, elle se fige et se laisse aller dans mes bras. Ses lèvres embrassent ma joue râpeuse alors que je la laisse se blottir contre mon torse. Je ferme les yeux et savoure sa chaleur comme sa folie.

 

 

— Je t’avais dit que baiser dans le parking du bureau, c’était une idée de génie, murmure-t-elle dans mon oreille.

 

Je me suis garé dans un angle mort des caméras de surveillance, à l’abri des regards indiscrets comme si mon instinct m’avait prévenu de ce qui se passerait. Tempérance m’a regardé avec cette lueur dans le regard qui en dit long, et en un rien de temps, j’ai reculé mon siège, Silver est montée sur moi, nous avons retiré ce qui nous gêner et on a baisé comme des sauvages. Et bordel comme j’ai aimé ça.

Tempérance se redresse, son expression est comblée, et ça me fait sourire. Elle m’embrasse furtivement sur la bouche avant de retourner sur le siège passager pour se rhabiller. Je fais de même en silence.

Une fois vêtue convenablement, je me tourne vers ma partenaire qui me dévisage déjà, ses joues sont encore rouges de plaisir, et cette vision me ferait bander de nouveau.

Ses cheveux blonds sont légèrement en pagaille, elle est magnifique, il faut qu’elle arrête d’être aussi séduisante, parce que je vais finir par me ramollir et il en est hors de question.

J’ai une réputation à tenir.

 

— Tu comptes leur dire quand ? je finis par demander, en la voyant toucher son ventre.

 

Tempérance remet ses talons, elle baisse le pare-soleil pour s’arranger. Ses lèvres sont encore enflées.

 

— J’ai rendez-vous cet après-midi avec notre boss pour lui annoncer la nouvelle. Ça fait quatre mois maintenant, je viens de terminer le premier trimestre. C’est solide maintenant, alors adieu le terrain, bonjour paperasse.

 

Je resserre ma cravate, l’air de rien.

 

— Mais non.

 

— Oh, mais si, je vais faire ta paperasse, tu me fous en cloque et je suis de corvée, le monde est mal fait, c’est toi qui devrais être à mes pieds, plaisante-t-elle.

 

Si elle savait qu’au fond, même dans nos luttes les plus intenses, j’aime la voir me gagner, ça rend nos échanges encore plus passionnants. J’aime me disputer avec elle, surtout en ce moment, notre boulot est assez stressant, nous sommes tendus, et très occupés, ça fait du bien de se détendre de la meilleure des façons.

 

— Mais je le suis, je réponds en ouvrant la portière.

 

Silver fait les gros yeux en prenant son air « tu te fous de ma gueule ? ». Je lui lance un clin d’œil et sors de la voiture, Tempérance fait de même. Tranquillement, nous nous dirigeons vers les locaux.

En chemin, nous croisons un technicien de labo qui me demande où j’en suis dans notre enquête. Je lui explique qu’après l’attentat du mois dernier au Port, nous avons retrouvé des éléments chimiques qui nous ont permis de dresser une liste de personnes ayant accès à ce matériel. C’est des composants qui sortent tout droit de l’armée américaine ou d’usine privée d’armement.

Notre enquête avance bien, suite à l’appel de Chase, nous avons mis en place des nouvelles procédures de recherche, via les caméras de surveillance de tout le pays et via satellites. Nous avons parcouru de longues listes d’anciens politiques, militaires et engagés écologiques pour essayer de dresser une liste officielle des membres de l’organisation. Nous avons des pistes assez subjectives de personnes qui pourraient avoir aidé les terroristes à créer les bombes. Il y a trois jours, nous avons arrêté cinq hommes, d’anciens artificiers au service de l’armée qui sont connus pour des faits anti patriotiques. Ils sont proécologistes et ont des caractères psychologiques qui pourraient convenir au profil type des associés de Chase.

Si Chase est invisible aux yeux de tous, ses sbires ne le sont pas. Et même si ça va nous prendre du temps, petit à petit, nom par nom, nous allons les trouver et remonter jusqu’à lui. Je suis persuadé que l’un des hommes que nous avons interpellés est celui qui a fabriqué les bombes de l’aquarium, celle de la centrale, mais aussi dernièrement, celle du port.

Notre cellule a été réduite à des hommes de confiance, des hommes qui se sont battus la dernière fois contre lui et son fléau terroriste, car nous savons qu’il a des infiltrés de partout, que ce soit dans l’armée, dans le FBI, le gouvernement, les PDG ou les hommes puissants, Chase s’est fait des alliés qui profitent du chaos qui règnent dans notre pays.

Nous ne comptons pas de morts pour l’instant, seulement des blessés, nous avons réussi à faire croire que l’attaque à la centrale et celle au port était des incidents accidentels, mais les groupes croyant aux théories du complot aiment à rependre des rumeurs d’attentats. Tant qu’un scandale n’éclate pas, nous pouvons contrôler la situation.

Mais si le peuple apprend qu’une menace terroriste écologiste plane sur leur tête, on va devoir gérer un taré, plus des citoyens apeurés. Le 11 septembre a laissé pas mal de blessures dans les esprits, moi le premier.

L’ascenseur nous arrête à notre étage, nous saluons le technicien, j’ai à peine le temps de sortir que Gavin nous saute dessus. Le jeune agent semble stressé, s’il ne se calme pas, il va nous faire une crise d’apoplexie.

 

— Red !

 

— Gavin, zen, il est neuf heures du matin, c’est trop tôt pour s’agiter.

 

À moins qu’il y est un autre attentat, dans ce cas, je comprendrais sa soudaine montée d’adrénaline.

 

— Désolé, mais cette journée me stresse un peu, confie l’Agent à Tempérance.

 

Ma partenaire lève les yeux au ciel en souriant, Gavin a trois ans de moins qu’elle, mais le petit jeune aux excellents résultats se laisse parfois dépasser. Ce qui amuse Silver, parce qu’elle n’a jamais été ainsi. Elle ne se le permet pas.

 

— Le téléphone sonne pour toi, c’est pour ça que je t’attendais, le type a l’air pressé.

 

— Qui est-ce ? je demande en traversant les bureaux.

 

— Je ne sais pas. Il a dit que c’était un copain à toi, il avait l’air sympa.

 

Ça doit être Blaine qui joue au con. Il doit s’ennuyer. Donc rien de pressé, je peux le faire attendre un peu.

 

— Des nouvelles concernant les mandats d’arrêt pour la liste que nous avons dressée ? je l’interroge.

 

— Ils sont en cours, les agents sont partis il y a une demi-heure à New York, Washington, Atlanta et Chicago. C’est une sacrée opération que vous avez menée. Jack est parti avec les brigades qui doivent arrêter les suspects dans les alentours. Les rapports tomberont dans la journée. Les équipes sont prêtes pour les interrogatoires, et faire le boulot d’investigations pour trouver des preuves.

 

Je souris, je vois que notre dernier plan d’attaque est en marche, des têtes vont tomber aujourd’hui, j’en suis persuadé.

 

— C’est parfait, répond Tempérance.

 

Kristen l’arrête pour lui parler d’un truc, je les laisse faire, et me dirige vers mon bureau, Nick est déjà présent, il est derrière son PC à terminer les recherches. Il a dressé tout un organigramme possible de l’association terroriste. Ce type bosse vraiment bien, même si nos idées entrent rarement en équation.

 

— Au fait Ingman, tu vas voir, on va en trouver un aujourd’hui, et tu me devras trente billets.

 

— Avec cent trente-trois arrestations, ouais, tu peux en trouver un, se moque-t-il. Il vaudrait mieux d’ailleurs pour ta pomme.

 

Je suis sûr de moi.

Les noms de nos suspects proviennent de nos blacks lists, mais aussi, de noms que des indics infiltrés ou repentis pour ne pas aller sur la chaise, nous ont donnés. C’est un long travail que nous avons fourni ces six dernières semaines, et je ne suis pas peu fier du résultat. Ce boulot long et fastidieux va finir par payer. C’est comme ça que notre institution a trouvé le plus grand terroriste de tous les temps, en cherchant une aiguille dans une botte de foin. Même si j’espère que notre lutte ne durera pas dix ans. Je doute que Chase ait cette patience, cela fait dix ans déjà qu’il prépare son plan. En l’espace de quatre mois, il a déjà orchestré trois attentats à travers le pays, il est organisé et méthodique. Il a un plan en tête et veut obtenir justice pour sa cause.

J’espère juste que nous pourrons les stopper avant.

Je m’installe à mon bureau en retirant mon manteau. Je pose mon arme sur ce dernier et fais signe à Gavin de me transférer l’appel.

Je me laisse aller sur mon fauteuil en cuir qui craque, mes pieds viennent se poser sur mon tas de papier en déclarant d’un ton nonchalant :

 

— Agent Red Calvagh, j’écoute.

 

— Je commençais à croire que tu ne décrocherais pas avant qu’il ne soit trop tard.

 

Je me fige en reconnaissant la voix, un élan de colère me gagne devant cette impression de déjà vue. La première fois qu’il m’a appelé, le lendemain, je m’étais au courant mes patrons. On a mis ma ligne sur écoute et réussit à tracer la position d’appel. Les autres, ceux qui ne connaissent pas Chase Adams, pensent que c’est trop beau pour être vrai, mais non, Chase nous livre que ce qu’il souhaite et il voulait qu’on concentre sur la zone. Ce connard semble s’amuser de savoir qu’on le traque et nous donne quelques indices pour alimenter son jeu et rendre les choses plus divertissantes.

On va te chopper connard.

 

— Chase, je lance d’une voix sèche qui alerte Nick assit en face de moi.

 

Mon collègue fronce les sourcils, je lui fais signe de prendre également ma ligne et de prévenir les autres.

 

— Pourquoi tu m’appelles ? je renchéris en attrapant un stylo et une feuille qui trainent pour écrire les paroles de cet enfoiré.

 

Chase se met à rire, sa voix est calme, il prend son temps pour me répondre.

 

— À ton avis, quand est-ce que le gibier est le plus en danger ?

 

Il se fout de ma gueule ! Il m’appelle à neuf heures du matin pour jouer aux devinettes ? C’est hallucinant comme j’ai une chance de dingue, tous les tarés de la communication sont pour moi. D’abord avec l’Arithmancien, puis avec le Sergent Flag Green.

T’as la poisse mec !

 

— Tu ne réponds pas ? lance Adams, amusé.

 

— Je ne veux pas jouer, je n’ai pas que ça à foutre.

 

Je dois t’arrêter.

 

— Pourtant, laisse-moi te dire qu’il est plus faible lorsqu’il n’est pas en meute. C’est là que les loups qui rôdent attaquent.

 

Je me laisse aller sur mon dossier en passant une main dans mes cheveux noirs.

 

— Eh bien, je suis épaté par ta leçon de morale, je vois que t’as de beaux restes de la formation.

 

Chase acquiesce, visiblement divertie de me voir sur la défensif et désagréable. Je n’ai pas envie d’entrer dans son jeu, de faire le grand détective comme on les voit dans les films. Je ne veux pas le comprendre et le psychanalyser, Tempérance est là pour ça, ce que je veux c’est l’arrêter.

 

— Pourquoi tu appelles pour ne rien dire ? Je t’ai connu plus concret Adams, je lâche avec froideur.

 

— Oui, on pourrait croire que je gagne du temps, que je prends plaisir à pourrir le tien. Et crois-moi, ça m’amuse. J’aime te voir perdre ton temps… selon toi, sur les messages que j’ai laissés sur chacune de nos actions, qui sont les cibles après ces pourrisseurs ?

 

Je termine d’écrire sa connerie en prenant un air supérieur.

 

— Vu que t’es plus intelligent que tout le monde, tu vas me le dire ? je poursuis.

 

Chase laisse échapper un sifflement amusé.

 

— Tu vas vite le savoir.

 

Et il raccroche.

Je reste un instant le téléphone en l’air, à entendre les tonalités pendant que mon cerveau fait son boulot avec les non-dits de mon ancien collègue.

Puis, je lève les yeux vers l’horloge, il est neuf heures quinze. Sans comprendre pourquoi, je me rappelle d’une anecdote. C’est à cette heure-là, dans notre formation de SEAL qu’on avait des cours sur les techniques de chasse des prédateurs. Cela nous permettait d’apprendre des tas de choses sur le moyen de se fondre dans la masse. On apprenait leurs façons d’approcher le gibier et…

Le gibier putain !

Mon cœur rate un battement lorsque je comprends qu’il n’a pas dit ça sans raison. Je raccroche le téléphone et tape sur le bureau pour attirer l’attention des gens qui m’entourent.

 

— Ca va exploser ! je hurle.

 

J’ai à peine le temps de me tourner vers mes collègues et de trouver Tempérance du regard, que je bondis vers elle pour la plaquer sur le sol, au même moment où un souffle vient voiler notre vue, ainsi qu’un bruit sourd qui nous plonge dans l’obscurité. J’ignore quels seront les dégâts et ce que nous venons de perdre, mais je comprends qu’il vient de nous faire péter, et ça, c’est une trahison que nous aurons du mal à digérer.

 

 

 

AMHELIIE