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Vampires et Rock Stars & Co

  • Blood Of Silence, Tome 6 : Rhymes, Chapitre 23

     

    Rhymes

    CHAPITRE 23

    ***

     

     

    Je me redresse un peu dépaysé l’espace de quelques secondes, mais quand je sens le corps qui s’agite contre moi les dernières heures me reviennent immédiatement en mémoire. Robyn se dégage et se retourne de l’autre côté du lit. Je m’assois sur le bord et mes yeux s’habituent doucement à la lumière matinale qui me frappe de plein fouet à travers la fenêtre en face de moi.

    Il n’est pas tard à peine sept heures, mais je suis un matinal. À la maison quand Sean vivait encore avec moi j’étais toujours le premier levé, toujours celui qui nourrissait Zomby et la sortais le matin. J’aime le matin, j’aime sa quiétude, son silence et ses possibilités.

    Robyn gémit dans son sommeil agité et se retourne dans ma direction. Je souris en la voyant froncer les sourcils dans ses rêves et parler « de mots importants comme ferrés ».

    Il ne lui a pas fallu longtemps pour s’endormir hier soir, et quand j’ai senti que moi-même je ne tiendrais plus je l’ai porté jusqu’à son lit et je me suis couché avec elle. Robyn a un sommeil aussi mouvementé que sa vie, elle bouge dans tous les sens, donne des coups pour ensuite venir se blottir dans mes bras. La nuit a été courte, mais belle.

    Je tends la main pour caresser sa joue, ses traits s’adoucissent et reprend cette forme de bien-être d’un sommeil agréable. Ma main ne quitte pas sa peau pour autant, je profite qu’elle ne soit pas consciente pour l’observer, pour la comprendre. Ce qu’elle m’a avoué hier trotte dans ma tête, ces confessions qu’elle va regretter quand la fatigue sera évincée.

    La trahison c’est quelque chose qui marque, qui laisse une empreinte indélébile sur nous et je comprends ses réticences à s’abandonner avec moi. Je comprends enfin pourquoi elle a tellement envie que le bien triomphe, qu’elle met tellement d’énergie à faire son travail et pourquoi elle me déteste d’être ce que je suis. Et je ne sais plus sur quel pied danser, le club, elle, ce que je lui inflige, ce que je ressens, tout vient se mettre en travers de mon chemin et je ne sais plus quelle direction prendre. Je n’ai pas envie de lui faire du mal tout comme je n’ai pas envie de trahir mon club. Il doit y avoir une solution, un moyen de l’épargner et de rester fidèle à ce que je suis. Ce que je lui ai proposé hier en est la preuve, mais jusqu’à quand ? Combien de temps je peux encore jouer double jeu ? Combien de temps elle tiendra ? j’en demande peut-être trop, j’en exige surement plus que je ne mériterai, mais je n’arrive pas à m’en foutre. À me dire que la convaincre est seulement une étape qu’elle finira par franchir.

    Sa main se lève rapidement et attrape la mienne toujours sur sa joue, ses yeux s’ouvrent et je comprends que son air serein était dû à son réveil.

    Je croise son regard brun, un peu aveuglé par la lumière et je ne dis rien, j’attends sa réaction qui ne manquera pas de me donner le ton de la journée.

    Robyn me relâche et se redresse dans le lit, elle soulève le drap pour regarder ses jambes. Je lui ai enlevé son pantalon, j’aurais bien enlevé sa culotte aussi, mais je me suis abstenu. Une chose à la fois.

     

    — Il ne s’est rien passé, si c’est ce que tu te demandes.

     

    — Je sais, je m’en souviendrais si c’était le cas.

     

    Je souris, je crois aussi qu’elle s’en souviendrait, entre nous ce n’est pas ce qu’il y a de plus tendre, ça laisse des traces et des souvenirs.

    Je détourne le regard sur la fenêtre, ce n’est pas le moment de penser à la baiser.

     

    — Je t’avais demandé de partir, elle reprend.

     

    Je me retourne pour la regarder, ses yeux sont sur mon dos nu, là où est tatouée mon appartenance au club.

     

    — J’ai dit peut-être, mais j’étais trop fatigué. En tant que shérif je me suis dit que tu ne verrais pas d’inconvénient à préserver la vie d’un de tes concitoyens en lui évitant de prendre la route alors qu’il est fatigué.

     

    — T’habite à dix minutes d’ici.

     

    — Tu sais ce qui peut arriver en dix minutes ?

     

    Elle m’observe durement, ses cheveux volent un peu dans tous les sens et je la trouve bandante comme ça, comme toujours. Elle dégage un truc, un mélange de force et de féminité qui ne m’a jamais laissé insensible, mais ce matin elle parait énervée de devoir commencer sa journée avec moi et ça m’excite un peu plus.

     

    — J’en ai une vague idée, dit-elle en dévorant mon corps des yeux.

     

    Je pense à cette nuit à son corps contre moi, chaud et tendre, à l’envie d’elle qui m’aurait fait la réveiller si je ne tentais pas de la jouer « fais-moi confiance ».

    Robyn se dégage des draps et commence à se lever, je l’arrête en l’écrasant sous mon corps. Elle se débat inutilement, je capture ses poignets et les maintiens au-dessus de sa tête décoiffée. Ses jambes emprisonnées par les miennes et s’en est fini de se défendre inutilement.

    J’embrasse son cou et respire son odeur en poussant mon érection contre ses cuisses.

     

    — Je vais partir, et cette nuit n’existera plus jusqu’à ce soir. Jusqu’à ce que je revienne et que cette fois on ne fasse pas que dormir.

     

    Elle tente de me repousser encore et je redresse la tête pour la regarder.

     

    — Je ne suis pas lui Robyn, je ne te promets pas une vie à deux, un mariage et une famille, juste des moments à nous. Tu sais qui je suis, je ne te cache rien et je ne te mens pas en prétendant vivre une vie parfaite. Je ne veux pas te faire croire des choses qui n’existent pas, je veux seulement qu’on vive ça ensemble.

     

    Elle ricane et je me retiens de poser mes lèvres sur cette foutue bouche trop tentante.

     

    — Bien sûr que tu me mens, tout comme tu…

     

    Sa phrase se meurt sur ses lèvres pincées, la fatigue passée, les mots ne sortent pas aussi facilement qu’hier, mais elle n’a pas besoin de parler pour que je comprenne ce qu’elle veut dire. « Tu me briseras le cœur ».

    Je relâche ses poignets pour maintenir son visage dans ma direction, son regard me trouble, cette douleur qu’elle a, comme si elle ressentait encore ce que son ex lui a fait alors même qu’elle est dans mes bras. Je ne résiste plus et pose ma bouche sur la sienne, rageusement pour effacer, pour m’imposer, pour lui montrer que c’est moi et que si je suis un hors-la-loi, je ne suis pas le méchant de cette histoire. Je ne lui ferais pas de mal, pas plus que je ne pourrais le supporter. Sa bouche s’ouvre, je sens son corps se détendre sous le mien et je retrouve enfin ce truc qu’elle déclenche en moi quand elle m’embrasse. Mes mains parcourent son corps, ses jambes s’écartent et viennent s’enrouler autour de ma taille. Je me presse contre elle en savourant sa langue tout en massant mon érection contre son sexe. Robyn accroche mon dos, tout son corps se serre contre le mien et je relâche sa bouche haletant avant de perdre totalement pied.

     

    — Dis-moi oui.

     

    Elle m’observe, la bouche entre ouverte et gonflée, je connais déjà sa réponse, le doute dans son regard est toujours là.

    Je me dégage rapidement, me lève du lit et enfile mon t-shirt.

     

    — À ce soir Robyn.

     

    — Je ne serais pas là.

     

    Je lui fais signe de la main sans me retourner, je serais capable de plonger dans ce lit et obtenir d’elle au moins son corps. Elle sera là, je le sais autant qu’elle. Elle ne m’enlèvera pas mon but de la tête, elle apprendra à me supporter ou elle cédera. Je récupère mon sac, mon cuir et mon casque dans le couloir je sors dans le froid de ce mois de janvier et je me rends compte que cette situation est vraiment étrange, stupide sûrement, mais qu’elle me plait.

     

     

    ***

     

     

    Je me détends dans le fauteuil et mes pieds atterrissent sur le bureau. J’attends le coup de fil de Creed, ils sont partis ce matin pour Atlanta prendre un avion pour la Californie. On n’a pas le temps pour un road trip qui prendrait plusieurs jours et même Liam l’a compris puisqu’il était à l’heure. Le président doit m’appeler ce soir pour me donner les premières infos qu’ils ont pu récolter auprès des Sons.

    La journée a été longue, il n’y a que Sean et moi au garage et la charge de travail ne diminue pas. Klax gère seul le club et Savage est parti avec Raccer livrer quelques armes à un petit gang au sud.

    La vie continue et demain on devra aller affronter le Black et faire comme si de rien était. Je souris en déverrouillant mon téléphone, ma vie devient une succession de « comme si de rien n’était ».

     

    Moi – 20H37 : T’es rentrée ?

     

    Je continue dans ma lancée de comme si tout allait bien, à vrai dire je base beaucoup trop l’avenir sur l’espoir ces derniers temps. On gère les choses comme elles viennent avec plus ou moins de discernement, mais on est sûr de rien. Ce deal avec les Mexicains, ils pourraient se retourner contre nous en un coup de fil de leur part au Black et demain nos têtes pourraient se retrouver au fond de l’océan.

     

    Robyn – 20H39 : Je ne rentre pas, je te l’ai dit ce matin.

     

    Évidemment qu’elle est rentrée, peut-être même qu’elle est vautrée dans son canapé à regarder la fin du film qu’elle n’a pas vu hier.

     

    Moi – 20H39 : parfait. Je serais là dans moins d’une heure.

     

    Robyn – 20H40 : Rhymes !

     

    Son SMS est accompagné du smiley rouge énervé.

     

    Moi – 20H40 : Je sais bébé, je fais au plus vite.

     

    Je ris tout seul dans le bureau en l’imaginant fulminer de colère parce que je ne tiens pas compte de son avis.

     

    Robyn — 20H42 : Je ne suis pas ton bébé et ne viens pas.

     

    Moi – 20H42 : Tu préfères Lope ? Il te faut un surnom, un truc à moi.

     

    Elle ne répond plus et je me demande ce qu’elle fait et sur qui ou quoi elle s’énerve. Je m’amuse, mais il n’y a rien de drôle en vérité parce que la situation est compliquée, parce que je me rends de plus en plus compte que je suis perdu à vouloir des choses et les faire passer pour ce qu’elles ne sont pas.

     

    Robyn -20 H55 : Ne viens pas, STP.

     

    Je ferme les yeux en sentant que la situation m’échappe, qu’elle ne la prend pas à la légère et que sa demande est légitime. J’aurais dit oui surement dans un autre moment, probablement dans une autre vie où mon intérêt pour elle ne serait pas lié au club, mais ce n’est pas le cas.

     

    Moi 20H57 : Je ne peux pas faire ça. Attends-moi.

     

    J’envoie mon SMS et mon téléphone se met à vibrer pour me signaler un appel d’un numéro que je ne connais pas. Je décroche.

     

    — Ouais ?

     

    — C’est moi.

     

    — Tout va bien ?

     

    Je l’entends tirer sur sa cigarette et des bruits significatifs d’une fête me parviennent.

     

    — Ouais, on a eu une première rencontre cet après-midi.

     

    Je dégage mes pieds du bureau pour y appuyer mes coudes, concentré sur ce que me dit Creed.

     

    — C’est rapide.

     

    — À qui le dis-tu mon frère. Ils ne sont pas du genre à tourner autour du pot. Ils savent qui on est, pour qui ont bosse, que ce soit pour eux indirectement via le Black ou pour les Evils, ils savent dans quoi on trempe et même qui on baise.

     

    Je l’entends de nouveau tirer sur sa clope pendant que j’encaisse ce qu’il me dit. Je ne pensais pas les Mexicains aussi pointilleux, je les voyais plus rentre-dedans.

     

    — Alors ? je reprends.

     

    — Alors demain vous me foutez tout un gilet par balle et vous vous équipez comme pour la parade, je n’ai pas confiance en eux, si le Black est prévenu…

     

    Il finit en jurant et je comprends qu’il s’en veut et qu’il a peur. Mais on fera face, on a mis les pieds dans cette merde on va s’en tirer.

     

    — Ne t’inquiète pas, on va gérer.

     

    — Évidemment que je m’inquiète bordel ! J’ai pas envie d’aller repêcher la moitié de mon club au fond de l’océan !

     

    — Ça n’arrivera pas.

     

    — Rhymes, arrête d’être si confiant, ils n’ont rien à perdre à nous faire descendre, leur deal avec le Black fonctionne très bien, traiter avec nous n’est pas un but pour eux, seulement pour nous.

     

    — L’argent mon frère, l’argent est le meilleur des moteurs. Ils vont accepter et ne pas nous faire descendre parce qu’ils vont y gagner. Détends-toi.

     

    J’entends le bruit de son Zippo, et je l’imagine faire les cent pas devant le club des Sons en fumant clope sur clope.

     

    — Rien à signaler de votre côté ?

     

    — Non, tout va bien. J’attends que Savage me confirme que tout c'est bien passé de son côté, mais sinon aucun problème.

     

    — Parfait. La shérif ?

     

    Le silence retombe quelques secondes ou je ne sais pas quoi dire.

     

    — Rhymes ?

     

    — Laisse-moi du temps.

     

    Pour quoi au juste ? Tomber un peu plus amoureux d’elle ?

     

    — Ce n’est pas ça, je dois… ce n’est pas simple.

     

    — C’est très simple au contraire, si on ne sait pas ce que les flics envisagent pour le Black et tout ce merdier qui trainent, si leur taupe balance avant qu’on en finisse on est foutu. Tu vois, rien de compliqué putain !

     

    J’aime sa façon de me foutre un peu plus la pression, d’augmenter ma dose de perdition alors que je nage déjà en eaux troubles.

     

    — Demain, j’en saurais plus.

     

    — OK, demain appelle-moi avec des bonnes nouvelles pour changer et fais-le directement après la rencontre avec le Black.

     

    — OK papa !

     

    — Va te faire foutre !

     

    Il raccroche et je souris à mon portable malgré tout. La soirée chez les Sons s’annonce tendue pour lui. Les prochains jours vont être fatidiques, Creed a raison, je dois obtenir des infos de la part de Robyn d’une façon ou d’une autre. Je le sais, pourtant, même si c’est mon devoir je n’ai pas envie de jouer à ce jeu avec elle, pas envie de lui mentir encore. Mais je dois le faire, pour le club.

     

    MARYRHAGE

  • Blood Of Silence, Tome 6 : Rhymes, Chapitre 22

     

    Robyn

    CHAPITRE 22

    ***

     

     

    Je n’ai pas envie de passer à côté de toi Robyn.

    Le choc.

    Je crois qu’il vient de me choquer. Entre la fatigue, ma journée de merde et cette lutte entre nous, je ne suis pas de taille à me battre contre lui ce soir, et il le sait. C’est bien pour ça que le biker me pousse à bout.

    Nous nous observons de longues minutes après sa déclaration suspecte et inattendue.

    À quoi joue-t-il ? Parce que le motard joue, c’est obligé. Mais dans quel jeu ? Celui du club ou le nôtre ?

     

    — Tu te fous de ma gueule ? je finis par déclarer en m’appuyant contre la table.

     

    Rhymes croise les bras, amusé, il secoue la tête.

    Range cet air séducteur Brown !

     

    — Non.

     

    — Si, bien sûr que tu plaisantes, je renchéris.

     

    — Non, je suis très sérieux, tentons.

     

    Je le dévisage sans savoir quoi dire. Bordel, il a choisi son jour. Après avoir joué au chat et à la souris durant un mois, à se chercher, se tenter, se provoquer, à tendre pièges et coups bas à l’autre, Rhymes débarque chez moi pour me faire ce genre de proposition incompréhensible.

    Ce n’est pas logique, ce revirement de situation est suspect.

    Mais ce soir, je n’ai pas envie de jouer la shérif, je veux manger, aller me doucher et m’effondrer dans mon lit en espérant que demain n’arrive jamais.

    Je soupire en passant une main dans mes cheveux pour détacher mon chignon. Je lui jette un regard désespéré.

     

    — Rhymes, je suis épuisée, j’ai besoin de…

     

    — Te distraire, me coupe le Blood.

     

    — Dormir, je le reprends.

     

    Seule, loin de toi. Loin de cette tension qui nait dans la cuisine alors qu’une odeur divine sème la terreur dans mon estomac qui cri famine. Je me demande si le biker possède des talents de chefs cuisiniers en plus d’être un fin stratège et doué au lit – sur un capot.

     

    — Robyn…

     

    Le Blood fait un pas vers moi. Je lève une main pour le retenir de s’approcher de moi, alors que la tension gagne du terrain dans l’espace restreint. Évidemment, il ne tient pas compte de ce que j’ai envie dans cette situation-là.

    Il s’approche, dangereusement. Mon cœur s’emballe. C’est minable d’user de ses charmes quand son adversaire n’est pas de taille.

     

    — Rhymes arrête, je l’implore presque d’une voix fatiguée.

     

    Ma main frôle son torse à peine couvert d’un pull fin. Ses yeux bleus croisent les miens, je n’arrive pas à interpréter ce que j’y vois.

     

    — Essayons, insiste-t-il.

     

    — Non, je jure.

     

    Je tente de le repousser, mais le Blood saisit ma main qu’il se met à caresser. Je jure en levant les yeux au ciel et en essayant de récupérer mon bras droit. Rhymes en profite pour m’attirer contre lui. Je percute son corps.

    Je le déteste !

     

    — Si. Tu le veux, je le veux, susurre-t-il à mon oreille.

     

    L’organe dans ma poitrine martèle de plus en plus vite alors que le contact chaud de ses muscles contre moi éveille un sentiment désarmant.

    L’envie. Bon sang, l’électricité qui plane dans l’air, la proximité, sa voix rauque, ses paroles tentatrices.

    Je le déteste !

     

    — Non.

     

    Je tente de me dégager de sa prise.

     

    — Tu te mens à toi-même, poursuit le Blood, confiant et séducteur.

     

    Mon visage se lève pour croiser de nouveau son regard, je secoue la tête en essayant encore de le repousser, mais ses bras insistent pour me maintenir contre lui.

     

    — Ça comptera Rhymes. Et ça ne peut pas compter ! je m’exclame sans cacher mon trouble.

     

    Non, il joue, on va se crasher, on va perdre, lui et moi.

     

    — Ça ne comptera pas, m’affirme-t-il.

     

    N’importe quoi.

    Ce n’est pas ce qu’il disait il y a un mois. C’est incompréhensible ce revirement de situation. Je ne peux pas y croire. Il s’est produit quelque chose… à moi que ce soit une tactique tragique pour me mettre KO pour de bon.

    Le soir où j’ai mal de partout et où je suis épuisée, maligne le type !

     

    — Et aux yeux de ton club ? Tu vas leur mentir ? Dire que tu te tapes la petite shérif ou te taire ? Me sauter et me défier devant les autres ? Le trahir pour ma chatte ? j’expose le problème en haussant un sourcil.

     

    Ouais, c’est ça Robyn, tu as des couilles, même fatiguée, tu peux le dompter, même contre son corps, tu peux le mater !

    Ma réflexion ravive quelque chose chez Rhymes, son souffle s’accélère. La mention de ma chatte peut-être ?

    Le ton de sa voix devient amusé, il lève une main pour caresser ma joue. Je frissonne.

    Maudite sois-tu.

     

    — Qu’est-ce que tu n’as pas compris dans « j’aimerais qu’on essaye, même si ça doit être comme ça, même si ça ne sortira pas de chez toi ou de chez moi et que le reste du temps on sera ennemie. » ?

     

    Un rire lui échappe, je jure. Je ne me laisserai pas berner.

     

    — Tout, tu n’es pas logique, ce n’est pas logique, je le contredis.

     

    Mes mains se posent sur son torse, je force pour m’écarter, Rhymes résiste. L’atmosphère entre nous est un mélange d’amusement et de tension. On s’affronte, on se lance dans une joute verbale pour remporter la main. J’appuie de toutes mes forces pour sortir de son étreinte, plus je force, plus Rhymes me maintient contre lui.

    Je dois avouer qu’il est costaud, lorsqu’il a envie de quelque chose, il fait tout pour le garder, en l’occurrence, je suis la chose.

    Quel enfoiré !

    Je me fige lorsque je sens ses lèvres contre mon oreille.

    Bordel pas ça, pas cette voix, pas de chuchotements.

     

    — On ne peut pas être logique Robyn dans notre situation, on est obligé de se cacher, d’être imparfait et incompréhensibles, parce qu’on n’est pas viable en société ensemble, mais lorsqu’il n’y a que toi et moi….

     

    Je déglutis avec difficulté. J’essaie de me convaincre qu’il tente de me baiser, et pas physiquement.

    Je ferme les yeux en inspirant.

     

    — Je ne peux pas, je déclare.

     

    — Pourquoi ? continue le Blood.

     

    Son bassin se frotte contre mon ventre, il me nargue, il tente de me pousser à bout, il profite de ma fatigue pour m’avoir.

    Traitre, traitre, traitre !

     

    — Parce que j’ai déjà été avec un homme comme toi, j’avoue.

     

    Ma révélation le fige, Rhymes s’écarte suffisamment pour croiser mon regard.

     

    — Un voyou ? me questionne-t-il.

     

    Un sentiment oppressant me gagne dans ma poitrine en souvenir de lui.

     

    — Un mec bien qui n’en était pas un. Un mec qui était comme moi en apparence, mais qui en réalité était comme toi. Je l’ai aimé et admiré comme une folle, j’étais aveugle, Rhymes, aveugle de cette existence remplie de marché illégaux où son honneur d’homme de loi était corrompu. Je l’ai aimé, et il m’a menti. Il m’a plongé dans ses histoires louches et dangereuses. Je n’ai rien vu jusqu’à ce que ça éclate. Jusqu’à ce que justice et hors-la-loi entrent en collision. J’ai été dans les dommages collatéraux, et je refuse de revivre ça. De me lancer dans quoi que ce soit avec un enfoiré de voyou !

     

    Je déballe ce que j’ai sur le cœur depuis bien longtemps comme une idiote à l’homme qui n’attend que des cartes pour jouer une nouvelle main.

    Je suis stupide et fatiguée, mais voilà c’est dit. Rhymes sait que c’est impossible. Il aurait beau me tenter, j’aurai beau craquer encore, je ne succomberai jamais vraiment.

    Je ne fais jamais deux fois la même erreur.

    Le Blood m’observe en perdant cette lueur d’amusement, pour autant, il ne desserre pas sa prise sur moi.

    Hé oui, voilà le grand secret de Mademoiselle Walsh.

     

    — Cet homme, c’était…

     

    — Mon fiancé, je le coupe. Mon salopard de vendu de fiancé qui était mon shérif lorsque j’étais son adjointe.

     

    Vas-y Robyn, donne-lui encore plus matière à te descendre.

    Diable comme tu es conne ma pauvre !

     

    — Le pire, c’est que tu danses à la perfection entre le bien et le mal Rhymes et que tu réussiras à trouver la faille chez moi pour me briser.

     

    Le Blood hésite à me répondre.

    Il y a trop de zones sombres et troubles dans ses propos pour que je lui fasse confiance, pour que je me laisse aller, que j’écoute cette voix dans ma tête qui me dit : « on pourrait, on pourrait tenter quelque chose dans l’ombre, juste lui et moi, comme lorsqu’on a passé cette mâtinée ensemble ». On pourrait, mais on ne peut pas.

    Je l’affronte du regard alors que mon cœur se serre, mon estomac se noue, ses mains sur mes fesses me maintiennent prisonnière de lui. La tension est là, toujours aussi présente, toujours aussi intense. J’ai l’impression que c’est même pire maintenant qu’on a succombé.

    Ma voix est rauque lorsque j’avoue :

     

    — Tu veux que je sois sincère ? Je t’en veux. Je t’en veux d’être cette personne quand tu n’as pas ce blouson, je t’en veux d’être si… fidèle et intelligent. Je t’en veux pour ce que tu déclenches en moi. D’être drôle, intense et si spécial. Je t’en veux que tu sois un biker. Je t’en veux de ne pas être sans cesse un connard misogyne, cet enfoiré calculateur et machiavélique. Je t’en veux d’être sexy et d’avoir ces yeux bleus qui arrivent à m’agacer comme jamais, parce que je me demande comment je vais lutter encore.

     

    Rhymes tente de m’interrompre, mais je le bloque en posant ma main sur sa bouche. Sa barbe de quelques jours pique mes doigts, mon esprit fatigué se demande ce que ça ferait s'il passait sa tête entre mes cuisses.

     

    — Mais le pire ? C’est que même si je t’en veux, je te veux. Je te voudrais Rhymes, parce que même si tu es l’addition et moi la soustraction. Tu as raison, dans une équation, ça pourrait marcher, mais…

     

    Le Blood écarte ma main et à cet instant, je sais pertinemment ce qui m’attend dans cette cuisine.

    Le dérapage incontrôlé si je ne le stoppe pas. Une baise déchainée contre la table.

    Son visage s’approche du mien, mes lèvres me démangent de l’embrasser. De sentir ce que ça fait lorsque la passion embrase le feu ardant entre nous encore.

    Encore.

     

    — Ne lutte pas, murmure-t-il, et embrasse-moi, bordel ! Robyn…

     

    Je secoue la tête, nos bouches se frôlent à peine, je sens son souffle se mêler au mien.

    Et ces maudits battements de cœur ! Bande de traitres !

     

    — Si, la lutte est constante. Parce qu’entre ce qu’on veut et ce qu’on peut avoir. Il y a tant de choses qui nous séparent.

     

    — Et tant d’autres qui nous rassemblent.

     

    Nous nous dévisageons, l’un contre l’autre, respirant l’autre, partageant la chaleur du désir brutal et pénétrant qui demeure depuis des semaines.

    Je lutte. Encore et encore. Je résiste parce que je n’ai pas le choix, il le faut. Je ne peux pas lui donner ça. Et je m’écarte un peu pour respirer.

    L’atmosphère dans la cuisine est tendue, j’en ai mal de me battre, et je suis fatiguée.

     

    — Je veux qu’on essaie, insiste le VP. Donne-moi une chance de te prouver que les gars bien en apparences, même s’ils sont des voyous, peuvent continuer de l’être.

     

    Pas Rhymes.

     

    — Non.

     

    Le Blood ne tient pas compte de mes propos. Ses mains remontent jusqu’à ma nuque, il rapproche mon visage du sien à nouveau.

    Embrasse-moi.

     

    — Ça pourrait être comme ça. Ça ne pourrait pas compter. Ça ne pourrait ne plus jamais compter. Ça pourrait être entre toi et moi seulement, plus que du sexe, plus que de l’animosité, chuchote-t-il avec ce qui me semble être de la sincérité.

     

    Je secoue la tête en chassant cette douleur en moi. Ce besoin d’y croire alors que ma raison sait que ce n’est qu’un jeu. Qu’il est missionné par son club pour me faire vriller le cerveau.

    Il y a peut-être du vrai, mais il y a beaucoup de faux.

    Je dois avouer que Rhymes est très convaincant en négociation.

    Face à mon silence, le Blood ne se démonte pas.

     

    — Tu ne veux pas ? Je vais te prouver le contraire Robyn. Je ne lâcherai pas. Je te veux. Même si tu es un putain de shérif, même si tu veux me coffrer, je veux t’avoir, te baiser, et t’en rêves aussi.

     

    Il joue. Il ment, il veut ma peau, m’achever pour que je m’écarte de Ma mission.

    Je ne le regarde plus lorsqu’il poursuit :

     

    — Prépare-toi à devoir lutter contre autre chose que l’attirance. J’ai décidé de passer à l’action. Et sache d’avance que ton non, se terminera en oui.

    — Je ne te laisserai pas faire.

     

    — Je le sais, et c’est ce qui me plait.

     

    Nous nous dévisageons de nouveau avec cette lueur de défi. Je soupire.

     

    — Si j’accepte de diner avec toi, tu partiras après ? je tente.

     

    Rhymes me sourit.

     

    — On verra.

     

    Le Blood me relâche en reniflant, il s’écarte pour aller voir dans quel état est sa sauce. L’air de rien, il reprend son rôle de cuisinier. Je me surprends à avoir terriblement faim et pas seulement de nourriture.

    Bordel !

    J’observe Rhymes sans oser bouger, le cœur palpitant comme s’il était mien, comme si nous étions quelque chose d’autre que de simples ennemies luttant pour ne pas redevenir des amants.

    Je lutte, mais lui plus.

    Seigneur.

     

    ***

     

     

    — On se mate un film ? propose Rhymes en coupant l’eau du robinet.

     

    Je le dévisage sans cacher mon exaspération cachée par une agréable envie qu’il reste pourtant. Je suis divisée, partagée entre ma raison et mon cœur.

    Mon estomac lui a totalement rendu les armes en découvrant les talents culinaires du Blood. C’était divin. Je ne suis pas une grande cuisinière, mais Rhymes est un dieu.

    Il m’a charmé avec ses pâtes et sa sauce, et il a très bien vu que je me détendais.

    À vrai dire, l’espace d’une demi-heure, j’ai tout simplement oublié qui il était, qui j’étais, et ce que nous devions être l’un pour l’autre.

    Comme lorsque le Blood m’a rejoint au bar la première fois, nous avons beaucoup parlé. D’abord de ses talents au fourneau, puis de plein d’autres choses. On aurait dit un rencard quand il s’est mis à me poser plein de questions sur moi, sur ce que j’aimais. J’ai résisté, en en demandant en retour d’abord et il s’est livré.

    Films, musiques, livres, passions, sports, habitudes étranges. Rhymes m’a servi quelque chose de lui, et j’en ai fait pareil.

    Le drame est de se rendre compte qu’en plus d’être attiré physiquement l’un part l’autre, nous avons beaucoup trop de points en commun.

    Bon sang.

     

    — Rhymes… je commence en posant le torchon.

     

    Comme un couple, après avoir terminé le saladier de pâtes, on s’est lancé dans la vaisselle. Rhymes aux commandes.

    Je le déteste d’être comme ça… si attachant, si séduisant et… lui.

    Le Blood secoue la tête devant ma réponse.

     

    — On mate un film, allez viens.

     

    Je m’apprête à lui dire d’aller se faire voir quand il me saisit par la main, m’attire à lui et plaque sa bouche contre la mienne pour me faire taire.

    Nos lèvres se retrouvent enfin après un mois l’une de l’autre. Je reste figée contre lui. Mon cœur s’emballe, mon corps réagit. La chaleur me gagne, ma main glisse autour de sa nuque pour le maintenir contre moi. Nos bouches se dévorent ardemment, elles se cherchent, renouent, se savourent et se mordille. Ma langue glisse contre la sienne, des frissons me gagnent. Rhymes est doué, il est envoutant. Je me perds dans ses bras, dans ce baiser qui réveille en moi des sentiments enfouis. Sa langue passe contre mes lèvres gonflées, on lutte, on se débat pour en avoir plus. À chaque caresse, chaque frôlement, mordillement, la tension augmente. Le contact chaud et rugueux de sa bouche, sa langue, me rend dingue.

    Sans comprendre pourquoi, le biker rompt ce baiser enflammé. J’en reste stupide et haletante.

     

    — Robyn… murmure-t-il.

     

    Pas de mots.

    Je soupire en posant mon front contre le sien.

     

    — OK, après tu t’en vas, je me résigne.

     

    Victorieux, Rhymes m’entraine dans mon salon de l’autre côté de la salle de séjour. En chemin, il s’arrête près de ses affaires.

     

    — Qu’est-ce que c’est que ça ? je lance en le voyant sortir un disque dur de son sac.

     

    La méfiance me gagne, et mon côté femme de loi ressort.

     

    — On va choisir un film, lance Rhymes, confiant.

     

    — Sur un disque dur, tu parles de choisir un film que tu as… piraté ? T’es pas un peu barge de venir m’astiquer ça sous le nez alors je cherche des idées pour te coller en cellule ?

     

    — Mon frère est un geek, tu t’attendais à quoi ? plaisante Rhymes.

     

    Voyou, voyou, voyou !

    Voyant que je ne perds pas mon regard inquisiteur, le biker se raidit, méfiant.

     

    — Tu vas me foutre les menottes ? renchérit-il.

     

    — Peut-être.

     

    Rhymes se met à sourire en se mordant la lèvre, il fronce ces sourcils en prenant un air séducteur.

    Merde !

     

    — La prochaine fois que tu glisseras le métal froid d’une entrave autour de mes poignets, ça ne sera certainement pas pour me coffrer.

     

    Je me raidis, prise par un élan d’excitation foudroyant que je ne peux pas enfouir. Face à ses paroles, des images explicites de Rhymes attaché aux barreaux de mon lit, nu, à ma merci, moi le chevauchant en prenant mon pied. L’expression d’abandon sur son visage et les gémissements annonciateurs d’un terrible pied…

     

    — Tu rougis, lance une voix amusée, en me sortant de mes pensées.

     

    Je secoue la tête pour chasser ce porno. Je suis vraiment fatiguée.

     

    — Non, je maintiens.

     

    Je le bouscule pour le fuir, mais le Blood me rattrape par le bras pour me retenir.

     

    — Si tu rougit, et bordel j’adore ça, Robyn, se moque-t-il.

     

    — Va te faire foutre.

     

    Je me dégage de sa prise en me maudissant.

     

    — Je te l’ai déjà dit, c’est quand tu veux, continue-t-il.

     

    — Va te faire foutre encore plus ! je proteste en retirant ma chemise d’uniforme.

     

    Je serais plus à l’aise en simple t-shirt.

     

    — Quand tu veux. Merde tu te déshabilles ? me provoque Rhymes, t’as chaud ?

     

    Va au diable, va au diable enfoiré tentateur !

    Je ne réponds pas en m’asseyant sur mon canapé, face à mon écran plat. J’attrape la télécommande, allume la télé. Rhymes s’affaire, il récupère la télécommande du lecteur.

     

    — Science Fiction ? propose le V.-P.

     

    J’acquiesce. Rhymes rit en cherchant une idée de film, je suis hallucinée par tous les fichiers illégaux sur ce disque dur… mais la cinéphile se réjouit en voyant le dernier Stars Wars.

    Voyou !

     

    — Promis je resterais sage.

     

    — Et si tu partais ? je déclare en retirant mes bottes.

     

    — J’ai dit que je restais.

     

    Combien de temps ? Pourquoi ? Sincèrement ?

     

    — Je jure que je ne glisserais pas ma main dans ta culotte, déclare le Blood en s’asseyant à mes côtés.

     

    Le canapé rebondit. Le Blood prend ses aises et je n’en reviens pas de le voir là si naturel. Tout comme je n’en reviens pas de le laisser-faire.

    Tu es totalement paumée Robyn.

    Pourquoi je le laisse faire.

     

    — Parce que tu en as envie au fond de toi, répond Rhymes.

     

    Je jure, merde, j’ai parlé à voix haute.

    Je le regarde, mon cœur se serre en sentant la détresse me gagner lorsque je comprends qu’il a de l’avance sur moi dans la partie.

     

    — Tu vas te débrouiller pour me briser le cœur, je déclare avec une sincérité troublante, quoi que je fasse, tu réussiras.

     

    Rhymes se raidit, il met pause sur le générique du Réveil de la Force. Il hésite à me regarder en répondant :

     

    — Qui te dit que je n’emporterais pas le mien avec ?

     

    — Parce que je ne sais plus quand tu joues ou quand tu cesses d’être le VP des Blood Of Silence, en mission séduction.

     

    Son regard croise finalement le mien. Les boums dans ma poitrine ne cessent pas.

     

    — Moi non plus, je ne sais plus, souffle-t-il, perdu.

     

    Sa dernière révélation me laisse sans voix.

    Ni lui ni moi ne tentons de renchérir à sa déclaration. Un bref soupir nous gagne avant que le Blood ne lance Star Wars 7 en version piratée, l’enfoiré. Mais bordel, j’ai hâte de le revoir.

    Ce n’est pas très bien, shérif.

    Je me laisse captiver par le film, j’en oublie presque les tentatives de rapprochements sages du VP. Et lorsque Rhymes passe un bras autour de mes épaules pour m’attirer contre lui, je ne résiste pas. Je cède.

    Le Blood me fait basculer contre ses cuisses, je découvre qu’il a glissé un oreiller sur ces dernières. Ma tête repose sur ses genoux. Mon cœur se met à battre plus vite sous cette attention, il s’arrête lorsque je sens sa main caresser doucement mon bras.

    Il n’y a rien de sexuel, rien qui nous mette mal à l’aise, juste une forme de tendresse qui me déconcerte. Je n’ose rien dire et lui non plus.

    Et je crois qu’avant même que le Faucon Millénium soit happé par un plus gros vaisseau que lui, je m’endors sur ces genoux, fatiguée, mais en ayant l’impression d’avoir ce quelque chose en plus qu’on appelle l’intimité.

    Diable, pourquoi a-t-il fallu que tu sois un voyou, Rhymes ?

     AMHELIIE

  • Blood Of Silence, Tome 6 : Rhymes, Chapitre 21

     

    Rhymes

    CHAPITRE 21

    ***

     

     

    Un mois plus tard,

     

     

    J’entre dans la salle de réunion en dernier et referme la porte derrière moi. Je m’installe à ma place évite les regards lourds de sous-entendus de mes frères. Voir le doute dans leurs yeux, voir la haine qui s’installe ça n’a rien de réjouissant.

    Klax attend que tout le monde finisse de s’installer pour nous faire le compte rendu de sa dernière filature. Un mois que cette situation dure et ce mois aura été un des plus étranges que j’ai vécu.

    La tension au sein du club ne fait qu’augmenter, mes faits et gestes sont scrutés et je sais avoir perdu la confiance de certains membres. Même celle de Creed et quelque part c’est ce qui me chamboule le plus. Malgré lui avoir apporté la preuve que je suis toujours fidèle à ce que nous sommes je sens à chacune de nos conversations qu’il cherche à savoir si je dis la vérité. J’ai mis au courant rapidement les présidents après avoir entendu la petite discussion de Robyn avec les fédéraux dans son bureau. C’est une raison de plus au final d’exterminer le gang du Black. On ne pouvait pas agir tant que Klax n’avait pas récolté les infos sur le Cartel et certainement pas avertir les Evils de notre découverte. Il a fallu la jouer serré durant ce mois, faire de nos rencontres avec le Black des moments brefs pour ne rien donner d’incriminant susceptible d’atterrir sur le bureau du FBI. Et, si on avait prévenu les Evils qu’une taupe agissait chez les revendeurs de drogues, ils n’auraient pas eu notre patience parce qu’ils n’ont pas de fond impliqué dans la coke et la sentence aurait été direct et inévitable, la mort. Ce qui aurait laissé le marché libre et Dieu sait qui aurait débarqué pour prendre cette place. On doit placer nos pions avant de mettre tout le monde au courant et d’agir.

    Quant à Robyn, j’ai l’impression qu’elle aussi prend le temps de se positionner en attendant que tout éclate. Elle vient au club, débarque quand ça la chante de temps en temps et fout un peu plus la merde à chacun de ses départs avec mes frères. Elle nous fait toujours suivre, mais ses patrouilles sont moins nombreuses et si je ne la connaissais pas et que j’ignorais ce qu’elle mijote, on pourrait croire qu’elle se lasse de cette enquête. C’est tout sauf ça, elle fait seulement preuve de patience et viens de temps en temps nous rappeler qu’elle existe.

    Moi aussi je la suis, la croise, lui barre la route, la chamboule et me barre. Je vais au poste montrer mon cuir en entrant dans son bureau comme chez moi et l'a fait rager. La tension entre nous est à son comble, on se cherche, c’est comme une seconde manche suite à l’aventure contre sa voiture de fonction.

    Harley l’adore, à Noel elle m’a demandé si tonton allait se marier avec Lope. La trêve que la venue des fêtes avait instaurée au sein du club a repris avec cette simple question d’une gamine de (2_3 ans ?). Puisque Lope est gentille et qu’elle fait des bisous à tonton pour ma nièce elle est en bonne voie de devenir ma femme. La réalité est que je continue de jouer double jeu et qu’à chaque rencontre je perds un peu plus de moi. Je ne sais pas trop ce qu’on fait à vouloir dominer l’autre, le contraindre, essayer de ruiner sa vie c’est comme si on savait qu’on ne pouvait pas s’avoir alors on ruine ce qu’on peut. Je suis lucide sur le fait que rien de bon ne peut sortir de ce carnage qu’on instaure et que peut-être il va être temps d’y mettre fin. Chaque moment avec elle, chaque rencontre, chaque fois qu’elle vient perturber ma vie, j’enrage et j’envie. Elle fait naitre des sentiments perturbants, des choses qu’on n’imagine pas ressentir un jour et qui surgissent du tréfonds de mon âme pour m’exploser à la figure dès que je pose les yeux sur elle. C’est déstabilisant parce que ça me surprend à chaque fois. Je devrais être habitué, mais c’est comme si avec elle il n’y avait jamais d’habitude comme si tout était nouveau à chaque fois et je me demande toujours qu’est-ce qu’elle va trouver pour m’emmerder de plus que la dernière fois.

    Tout ça devrait prendre fin rapidement maintenant, ce mois de stand-by va prendre fin d’ici quelques jours et un plan sera établi pour chacune de nos ennemies qu’il soit Black ou flic.

     

    — Alors ? demande H à Klax.

     

    — Alors comme la dernière fois, même lieu, même heure, mêmes nombres de personnes, rien n’a changé.

     

    Klax sourit en haussant les épaules, je crois que c’est le seul à ne pas être surpris par ce qu’il nous rapporte. Lors de sa première filature, il a suivi le Black durant une semaine avant de revenir pour nous informer de ces découvertes. Le Cartel rencontre son revendeur à une cinquantaine de kilomètres plus au nord, dans une station-service abandonnée sur une petite route entre deux bleds paumés. Les Blacks sont venus à cinq voitures remplies d’hommes et une pour la marchandise, pour le cartel qui doit être moins méfiant seuls trois hommes étaient présents. Klax a réussi à photographier leur tatouage qui singe leur appartenance au Cartel de (trouver nom). On sait donc à qui on a à faire et les présidents ont commencé à faire jouer leur relation pour pouvoir entrer en contact avec eux.

     

    — Vraiment ? interroge Creed septique.

     

    — Oui, aucun changement.

     

    Les présidents se jettent un coup d’œil, je fais pareil avec mon jumeau, je ne sais pas trop quoi en penser.

     

    — Avec nous non plus, il ne change pas de lieu, remarque Savage.

     

    — Exact, mais ses hommes ne sont jamais les mêmes et le nombre change, tout comme l’horaire.

     

    — Peut-être que le cartel a ses petites habitudes et ne tient pas à les changer.

     

    — Les habitudes dans ce milieu, c’est dangereux.

     

    — C’est un cartel, reprend Sean, les flics doivent être à leurs bottes, pour le reste ils sont intouchables, personne dans le coin n’irait se mesurer à eux. Pas même les Santorra.

     

    Le silence retombe quelques secondes où chacun médite dans sa tête ce que veut dire le rapport de Klax.

     

    — Bon, si en plus ils nous facilitent le travail on ne va pas cracher dessus. Prends contact avec les Evils, lance H à Sean, il faut qu’on les voie rapidement. On a quinze jours pour descendre toute la branche du Black et prendre le relais avec la drogue.

     

    Sean se lève et sort de la pièce rapidement pour aller passer ce coup de fil.

     

    — Liam et Nir, on part demain pour la Californie, à huit heures et bordel si ton cul d’Irlandais n’est pas sur ta moto à 8 h pétante je viens te réveiller à coup de poing.

     

    Liam lance un clin d’œil au président à la cicatrice, le timing est serré et on ne peut pas perdre de temps. Les Sons dus à leurs positions géographiques ont des relations au Mexique qui pourront nous mettre en contact rapidement avec nos futurs fournisseurs de drogues.

     

    Tout le monde se lève, chacun sait ce qu’il a faire durant les prochains jours.

     

    — Rhymes ?

     

    Je me retourne vers les présidents.

     

    — Ne la lâche pas, ses prochains jours, on doit être certain que les flics ne seront pas derrière nous pour la descente chez les Blacks.

     

    Klax ricane en passant à côté de moi pour sortir.

     

    — Ça ne devrait pas lui poser des problèmes, son cul de shérif est toujours fourré ici.

     

    — La ferme !

     

    H se lève et vient se placer entre Klax et moi, j’en ai marre de ses sous-entendus.

     

    — Vous allez devoir bosser ensemble cette semaine, assurer le prochain transfert avec le Black, ne merder pas pendant notre absence.

     

    J’acquiesce silencieusement, Klax me foudroie de son regard, mais je sais qu’il sera pro quand le moment sera venu. Il ne risquera pas notre vengeance pour un désaccord interne, on aurait tous les deux trop à perdre. Pour le moment c’est tout ce qui importe.

     

     

    ***

     

     

    Je recouvre la casserole de son couvercle et baisse le feu pour laisser mijoter. Je me tourne pour fouiller dans les placards à la recherche d’assiette quand Robyn surgit son flingue à la main braqué sur moi. Elle le baisse en soupirant en remarquant que ce n’est que moi.

     

    — Qu’est que tu fous là ?

     

    Je referme le placard et prends le temps de la regarder en m’adossant au meuble. Son blouson de shérif lui gonfle les bras et le rend encore plus petit qu’elle ne l’est, ses yeux sont fatigués et son chignon ne tient plus qu’à un fil. Elle a la tête qu’on a en fin de journée quand celle-ci a été difficile, toutefois elle reste belle, toujours, tout le temps.

     

    — Je prépare le diner, je finis par répondre.

     

    — Tu… Bon Dieu Rhymes comment tu es rentré chez moi !

     

    Elle a vraiment l’air crevée, j’ai bien choisi mon jour on irait.

     

    — Par la porte.

     

    Elle soupire et range son flingue dans son harnais avant de’l’enlever et d’aller le déposer dans un tiroir dans le couloir. Son blouson tombe aussi puis elle revient.

     

    — Rends-la-moi, dit-elle en tendant la main.

     

    Je prends sa main et la tire vers moi. Son corps ne résiste pas à ma force et vient s’écraser contre le mien. Je caresse doucement sa joue et le contour de ses yeux bruns épuisés.

     

    — Dure journée ?

     

    Elle ne répond pas, elle tente de s’échapper et je la laisse faire.

     

    — Des grands méchants bandits t’ont fait courir ?

     

    Robyn ricane puis se laisse tomber sur une des chaises de sa cuisine.

     

    — Non, une bande de petits cons a trouvé malin de foutre le feu au gymnase du lycée. J’ai passé la journée à gérer les familles.

     

    Je souris, puis le silence retombe. On se défie du regard et je m’attends à tout moment à ce qu’elle me foute dehors. Je suis entrée facilement à vrai dire, comme tout le monde elle a laissé une clef sous un gros pot de fleurs. Elle se demande ce que je fais là à faire la cuisine alors qu’elle a l’air d’avoir envie d’une chose aller se coucher. Je suis là parce que je dois la surveiller, je dois savoir ce qu’elle prépare et que ce n’est pas les deux minutes qu’elle m’accorde par jour ou on s’envoie balader qui vont me le dire. On doit établir plus de confiance et plus de proximité.

    L’idée ne m’enchante pas, en fait si elle m’enchante, mais ce qui me gêne c’est qu’elle ne devrait pas me faire plaisir.

    Robyn se lève et vient se poster devant moi. Elle adopte la même position que moi, en croisant les bras sur sa poitrine et je souris en trouvant ça attendrissant.

     

    — Tu comptes me dire ce que tu fous là ?

     

    — Je te l’ai dit, je prépare le diner.

     

    Elle fronce les sourcils et me scrute avec intensité. Mon corps régi à ce regard qui ne le laisse pas insensible, à sa proximité qui m’excite toujours. Ça fait trop longtemps que je ne l’ai pas touché, qu’elle résiste à me céder son corps de nouveau et ces foutus préliminaires commencent à être trop longs.

     

    — Rhymes…

     

    Elle commence à reculer, mais je la rattrape par la nuque et l’empêche de se dérober.

     

    — Je n’ai pas envie de passer à côté de toi Robyn.

     

    — Quoi ?

     

    — Toi et moi, on n’aura jamais rien d’autre que ça. Ces moments hors du temps, ces instants ou il n’y a plus de badge et de cuir, plus de flic et de voyou, mais simplement Robyn et Rhymes.

     

    Sa bouche s’entrouvre et l’envie d’y enfoncer ma langue me démange, mais ce n’est pas le but de ma visite. Je ne me laisserais pas avoir par son corps, par l’idée qu’elle puisse m’embrasser comme elle sait si bien le faire. Ce n’est plus ce que je vise à présent et si une part de moi se sent dégueulasse une autre trouve que mes mots sonnent extrêmement juste malgré tout.

     

    — Ce truc entre nous, ce n’est pas que sexuel, ce n’est pas que toi qui cherches à me coffrer et moi qui fuis. Il y a plus que ça Robyn et j’aimerais qu’on essaye, même si ça doit être comme ça, même si ça ne sortira pas de chez toi ou de chez moi et que le reste du temps on sera ennemie.

     

    Je ne sais pas si je suis convaincant, je ne sais pas si mes paroles ont impact, mais quelque part je sais que c’est réel. Mon esprit se raccroche au fait que je fais ça dans le cadre de cette foutue mission, pour l’avoir près de moi, pour garder un œil sur elle et obtenir des réponses. Mais une autre sait que c’est aussi ce dont j’ai envie. Reste à savoir si elle entrera dans mon jeu, si elle se laissera convaincre, que même si elle sait que je ne suis pas totalement honnête, peut-être qu’elle aussi en a envie.

     

    MARYRHAGE