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23/03/2017

Légion, Chapitre 9

 

Calvi, Corse.

 

 

— Alors je te préviens, le chef cuistot dans ma famille, c’est mon père.

 

Je ferme la porte du four d’un coup de pied et me retourne vers Tristan, assis en face de moi, le plat de lasagne aux fruits de mer en main. Je le pose devant nous, de la fumée en sort, je zieute le plat, le dessus est légèrement noirci.

OK, je ne suis pas du tout douée pour ça.

Mon regard croise celui de Tristan qui retient un sourire en voyant ce que j’ai posé devant nous.

 

— T’aimes le sucré ? Parce que je suis cent fois plus douée pour ça que pour le reste, je finis par déclarer.

 

— J’aime le sucré, me confirme Tristan, mais je suis certain que ce sera meilleur que ce que j’ai bouffé durant quatre mois.

 

Il montre d’un signe de la tête mon plat qui se met à gargouiller comme s’il était vivant. J’espère qu’il sera meilleur en goût qu’en aspect. J’aurais eu une sale note à Un Diné Presque Parfait.

 

— Tu rentres de chez tes parents, ta mère a dû te faire des trucs extraordinaires, je renchéris en attrapant une spatule derrière moi.

 

— Exacte, la pression doit être à son comble, non ? me taquine-t-il.

 

Je lui jette un regard mauvais. Il prend cet air troublant qui me fait sourire. Tristan est mystérieux, c’est un fait. Il est amusant, drôle sans même s’en rendre compte, je pense, mais derrière cette facette, on sent l’ombre, ce côté un peu obscur qui se dévoile à travers ses yeux. Parfois, ils sont fuyants, et à d’autres moments, éteints.

 

— Non, je n’ai pas de pression parce que je t’ai dit que ça n’allait pas être génial, je déclare avec humour.

 

Je commence à nous servir, déjà, ça ne sent pas le mort, c’est plutôt rassurant.

Cette nuit, je l’ai observé pendant qu’il était sous la douche et je me suis demandé ce que j’étais en train de faire exactement. Je ne le connais très peu, voir pas du tout. Je ne sais que ce qu’il a pu me dire ou me faire comprendre. Mais il y a un je ne sais quoi que je ne comprends pas. Ce je ne sais quoi qui me plait. J’ai apprécié que Lésia décide de se taper son pote, ça m’a permis de savoir quand Tristan revenait en Corse. Je crois que j’ai eu mon petit effet, il ne devait pas s’attendre à ça.

Je ne me suis jamais compliquée la vie avec les hommes et je ne pense pas me la compliquer avec lui. Au contraire, il déclenche en moi de drôle de sensation, à commencer par cette curiosité débordante qui me brûle les lèvres à chaque silence. Et cette tension qui née entre nous lorsque nous sommes l’un en face de l’autre. C’est comme un choc électrique dont on ne peut pas s’échapper.

Je l’ai dévisagé, lui et son corps tatoué, à quelques endroits marqués par des cicatrices qui ont une histoire inconnue pour moi. Puis, j’ai fini par lui dire : « et si nous parlions ? ».

Tristan s’est retourné, totalement nu, il a légèrement souri, comme s’il s’attendait à ce type de question. L’espace d’un instant, je me suis maudite d’être à ce point curieuse, mais une part de moi ne cessait de me dire qu’on avait dépassé le stade d’une simple histoire d’un soir. C’est presque naturel de se demander qui partage son lit.

Tristan m’a dit oui, sans rien rajouter de plus, comme si ça lui était égal, mais sans l’indifférence dans sa voix. Je commence à le cerner, sous certains abords, il n’a pas l’air d’être le genre d’homme à s’embarrasser de problème. Aller au plus simple semble être sa devise personnelle.

On vient de passer quarante-huit heures ensemble, nous n’avons pas beaucoup parlé, il faut dire que je ne suis pas totalement remise de mon décalage horaire, et que l’homme en face de moi semble ne jamais dormir. Il ne dort pas. Ou très peu. À sa place, je me trainerai par terre et j’aurais des poches sous les yeux tellement on a fait du sport ces deux derniers jours. Mais pas lui.

Ce mec est un surhomme. Je me demande ce qu’on leur file à la Légion comme dope pour survivre à de courte nuit après des efforts intensifs.

Demain matin, il doit être à la première heure au camp Raffaëlli, ce fut assez étrange de m’endormir, quand je le pouvais bien sûr, à côté d’un homme. Je n’ai pas l’habitude.

Je termine de nous servir, l’esprit dans mes pensées. Une fois cette tâche terminée, je pars m’asseoir à ses côtés. Tristan a déjà le nez dans son assiette, de mon côté, je la laisse refroidir.

 

— Bon, je déclare d’une voix amusée, et si on parlait ?

 

Tristan se tourne vers moi, il repose sa fourchette et s’essuie la bouche avec sa serviette en hochant la tête.

 

— Qu’est-ce que tu veux savoir ?

 

— Tout.

 

Un sourire se dessine sur ses lèvres, il est légèrement moqueur.

 

— C’est vague « tout ».

 

— Je veux savoir ce qui pousse véritablement un homme à faire ce que tu fais. On fait un deal. Parle-moi de toi, et je te parlerais de moi.

 

Tristan m’observe en étudiant ma proposition. Il finit par me tendre sa main pour conclure l’accord.

 

— OK.

 

J’acquiesce en serrant sa poigne. Tristan réfléchit un instant, comme s’il ne savait pas par où commencer.

 

— Ça fait six mois environ que je suis devenu Caporal. J’ai un peu plus de trois ans de service.

 

— C’est un choix de carrière pour toi d’être entré dans la Légion étrangère ? je demande en jouant avec mon assiette.

 

La voix de Tristan est calme. Son accent du sud-est chatouille toujours mes oreilles, je l’aime beaucoup. C’est… très canadien.

 

— Je suis entré à la Légion pour y rester, poursuit-il. Je veux dire, je ne compte pas rester un simple militaire du rang, j’aimerai avancer. Évoluer au sein de l’institution. Dans un an et demi, je vais tenter le grade de sergent.

 

— Quand j’ai tenté mes recherches, je confie, j’ai lu que vous aviez des tas de contraintes.

 

Un rire lui échappe.

 

— On peut dire ça. Disons que tant que je n’ai pas cinq ans de service principalement. Pour le moment, je ne peux pas m’acheter une voiture, je ne peux pas porter de tenue civile en dehors de ma garnison et à ses abords. À Nice j’étais en civile, d’une part parce que j’étais en vacances, mais si demain nous sortons, je vais devoir m’habiller en tenue. Je ne peux pas me marier avant cinq ans aussi et encore, c’est sous certaines conditions. Je devrais en informer mon commandant, et je ne peux pas épouser n’importe qui. Avant trois ans de service, je n’ai pas le droit d’avoir de téléphone portable ni de pc portable. Je dois faire une demande pour tout en fait. Je ne peux pas habiter en dehors du camp avant cinq ans, que je sois marié ou célibataire. Le tout n’est pas sûr, c’est sous réserve d’acceptation ou pas.

 

Un sourire se dessine sur mon visage en songeant à ce qu’il vient de me dire. La légion est vraiment un milieu différent de l’armée qui engendre une curiosité et un besoin intense de tout comprendre. Je ne doute pas que je vais souvent y revenir sur tout ça.

 

— Raconte-moi vos traditions, je demande de nouveau.

 

J’en ai lu quelques-unes, mais de sa bouche, cela semble davantage plus intéressant et captivant. Tristan vit ses mots, on sent qu’il est en totale communion avec ce qu’il fait, qui il est devenu. C’est… incroyable.

Tristan est patient, il me répond sans hésitation.

 

— OK, la devise de la légion c’est Legio Patria Nostra, la Légion est notre patrie. C’est également la devise du 3ème REI[1].

 

— On te demande une LV2 Latin lorsque tu postules ? je plaisante.

 

— Non, heureusement. J’aurais été recalé. « Honneur et Fidélité » revient aussi dans la devise de la Légion. Pour la petite anecdote, qui montre parfaitement la différence entre nous et l’armée de terre française a pour devise « Honneur et Patrie ». On se bat pour la France par choix. Encore plus lorsqu’un étranger devient légionnaire. La France est un pays de cœur pour eux. Un pays qui leur offre beaucoup et qui pour lequel, ces hommes se battent. Parfois même contre leur pays d’origine.

 

— Et qu’est-ce que vous faites dans ce cas ?

 

— La Légion lui demande s’il veut y aller. Il y a un profond respect pour le pays d’origine du soldat, dans tous les cas.

 

— Et ton régiment, vous en avez une de devise ?

 

— Oui, celle du 2ème REP c’est « More Majorum », à la manière des anciens.

 

— Pourquoi ?

 

— Pourquoi quoi ?

 

Je souris.

 

— Pourquoi cette devise ?

 

Mon goût prononcer pour le « pourquoi » a toujours profondément agacé mon père pianiste. Il n’a jamais eu la patience de Savio pour répondre aux questions toujours plus étranges les une que les autres.

Tristan réfléchit un moment, comme s’il mettait de l’ordre dans son esprit, avant de déclarer avec sérieux :

 

— J’ai lu un article dans Képi blanc, y’a quelques années, d’un commandant qui expliquait que derrière cette expression, se cacher un grand héritage laissé par les anciens légionnaires aux cadets. Il disait qu’à travers nos rites et nos traditions qu’il y avait une reconnaissance de l’héritage glorieux laissé par les anciens en plus d’un devoir omniprésent d’être digne au combat, dans notre comportement, de ces rites et de cet héritage. Il écrivait que cette devise représentait l’honneur qu’applique cette solidarité au combat acquis par l’esprit de corps et la discipline transmis au fil des générations. Je crois que les cadets se doivent d’être à la hauteur. On apprend dès le début à honorer son héritage et le passé de la Légion. On retrouve ce culte pour la mémoire, même dans notre chant officiel, on y fait même une référence : « Nos anciens ont su mourir pour la gloire de la Légion, Nous saurons bien tous périr suivant la tradition ». Au sein de la Légion, même avec les obligations qu’impose la hiérarchie, il y a un lien très fort entre les jeunes et les anciens. Au fil des décennies, la Légion a vu émerger des rites indispensables qui ont créé une cohésion. D’abord au travers de nos commémorations. Notre date la plus importante est celle de la Bataille de Camerone. On a aussi des rites présents au quotidien, qui commencent de l’instruction à la marche du Képi blanc, jusqu’à l’entrainement au combat. On en a dans nos chants, au quartier, à table. La liste est très longue. Mais ce sont des petits détails qui font que la Légion étrangère est un corps d’armée différent des autres. Nous sommes une élite, mais nous sommes aussi une grande famille. Les mecs qui sont à mes côtés sont ma famille. Ils comprennent ce que je vis, parce qu’ils le vivent aussi. C’est dix fois plus fort que la fraternité. Quand tu passes des heures à grelotter dans le froid, à sueur sous l’effort et la douleur, tu te rends compte que ceux qui sont à côté vivent la même chose. Ils t’épaulent ou pas, t’encouragent à te surpasser encore et encore. Je ne dis pas qu’on s’entend avec tout le monde, mais globalement si.

 

Waouh, impressionnant.

Je le regarde avec une certaine admiration. Si Tristan m’a confié en discutant ce matin que certaines de ces amis légionnaires n’étaient pas des lumières. En tout cas lui, il n’entre pas dans cette catégorie.

 

— Comment ça se passe ici à Calvi dans ton régiment ? Vous semblez être nombreux, je demande.

 

— On a quatre compagnies[2] dans notre régiment. Une est consacrée à la zone urbaine, une autre en montagne et terrains accidentés, une en milieu nautique, et une autre en zones boisées.

 

— Et toi, t’es spécialisé dans quelle compagnie ?

 

— J’appartiens à la première compagnie. Deuxième section. Je suis chef d’équipe en plus d’être caporal.

 

— Tu es un chef ?

 

Ma remarque au ton amusée, fait sourire Tristan.

 

— Un jeune chef parmi les grands chefs, me confirme-t-il en tout modestie.

 

Même si ça se voit qu’il est fier d’en être arrivé là.

 

— Comment t’as atterri en Afghanistan si t’es spécialisé en zone urbaine ?

 

— Parfois, on a besoin de certains gars qui ne sont pas dispo, et on en envoie d’autres. L’avantage d’appartenir au 2ème REP, c’est qu’on est préparé à n’importe quel cas de figure.

 

— Pourquoi tu ne portes pas la barbe ?

 

— Il n’y a que les pionniers qui la portent, m’explique-t-il. 

 

— Quelle est la différence entre vous et eux ?

 

Tristan attrape son verre d’eau qu’il vide avant de poursuivre :

 

— OK, en fait pour la petite histoire, les pionniers avaient pour mission de monter à l’assaut les premiers sur les champs de batailles, ils avaient donc une espérance de vie assez… faible. Alors, ils avaient le droit, lorsqu’ils partaient combattre, ils ne se rasaient pas, et s’ils survivaient, ils en revenaient barbus.

 

— C’étaient les grands sacrifiés, je constate.

 

— De nos jours, les pionniers sont encore présents dans certains régiments. La section de tradition se trouve au 1er régiment étranger d’Aubagne, c’est elle qu’on voit défiler lors du 14 juillet. C’est un honneur de défiler en uniforme.

 

J’imagine.

 

— Raconte-moi autre chose, j’insiste.

 

Je dévisage Tristan avec admiration, ce qu’il me raconte est passionnant, mon côté journaliste est aux anges d’apprendre tant de choses d’un milieu que j’ignore.

Et Tristan répond, sans être exaspéré.

 

— On nous apprend aussi à marcher en Pas Légion, c’est… une horreur, parce que c’est lent et qu’il faut être en cadence avec les autres. Quatre-vingt-huit pas à la minute. C’est une des raisons pour lesquelles ont défilé en dernier lors du 14 juillet. On ne chante pas la Marseillaise. Autre chose ? me répond-il avec humour.

 

Son ton diverti de mes questions me fait sourire.

 

— Attend je cherche !

 

— T’as le chance que ce soit moi, Vadik ou Hal ne sont pas aussi calés sur le sujet.

 

— Je sais que tu as un tempérament curieux, Repman, sous tes airs, tu dois adorer fouiner.

 

— J’aime savoir ce qui m’attend, je te le confirme.

 

— Ça va, tu ne paniques pas trop avec moi ? Tu ne sais pas de quoi demain sera fait à mes côtés, peut-être que je vais t’égorger dans ton sommeil, je plaisante.

 

Pour ça, il faudrait qu’il dorme avant moi, et ça ne semble pas gagner.

 

— Je suis serein de ce côté-là, ironise-t-il.

 

Ensuite, Tristan se met à me raconter comment il est entré à la Légion. Il m’explique qu’il y a deux phases. La première étant le parcours de sélection, où on fait passer une batterie de tests aux futurs candidats : la visite médicale, les tests sportifs, l’ouverture d’un dossier d’engagement, puis la signature du contrat pour cinq ans. Tristan me confirme qu’on signe bien sans savoir ce que le contrat contient. C’est là que la période d’évaluation se termine, commence ensuite la période de sélection, où ils ont de nouveau des tests, des visites complémentaires et des entretiens. Après une commission de sélection qui autorise ou pas tel ou tel candidat à entrer dans le parcours de formation, les futurs légionnaires sélectionnés passent à l’étape suivante. Celle qui vient de se terminer ne dure qu’à peine trois semaines. Et c’est la deuxième phase la plus « chaude ». Tristan m’en parle avec légèreté, comme si, maintenant, ce n’était qu’un lointain souvenir, pourtant, avec mon esprit rationnel, je continue de penser qu’il faut être sacrément fou.

 

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Tristan me raconte qu’une fois sélectionné, il a eu quatre mois de formation. On l’a envoyé au 4ème Régiment étranger à Castelnaudary, où il a passé quatre semaines dans une ferme, coupé de tout. D’après ces propos, il en a bien chié. Les Sergent Instructeurs ne les épargnent pas, ils les poussent à bout pour les tester et voir ce que ces futurs légionnaires sont capables d’encaisser. Tristan me confie que le pire reste la bouffe. Il a perdu du poids et pris beaucoup de muscle en peu de temps. Là, il a appris a rangé et entretenir ses affaires, marcher au pas, les actes élémentaires, mais aussi l’adaptation à la vie militaire sur le terrain, la cohésion entre légionnaires et la transmission de la culture. Ensuite, il y a la célèbre marche Képi blanc, où Tristan me raconte parcouru en deux jours 70 kilomètres avec sacs et armes, soit 30 kilos au total.

Le légionnaire me raconte que ce dernier effort est sans doute le plus douloureux et le plus compliqué parce qu’ils ont passé quatre semaines à en baver. Cet événement reste à ses yeux, l’un des plus forts avec la remise officielle des képis blancs qui a fait de lui, un légionnaire à part entière.

Ensuite, la formation ne s’arrête pas là, Tristan me raconte qu’il a poursuivi avec l’utilisation du FAMAS[3], l’apprentissage des réflexes de survies, la vie en quartier, sur le terrain et en camp. Il me confit quelques anecdotes durant ces semaines, où il a forgé une solide amitié avec Vadik et Hal, ils étaient en trinômes durant la formation.

À la fin de cette phase, juste après les examens, les légionnaires doivent effectuer le raid de fin d’instruction, 150 Kilomètres en cinq jours. Si tout est réussi, on les envoie à Aubagne pour leur affectation.

Quand il finit de m’expliquer tout ça, je me rends compte que je ne l’ai pas interrompu une seule fois, je l’ai écouté avec attention. Tristan parle bien quand il parle. On sent qu’il garde  une certaine nostalgie de tout ça.

Je joue avec ma fourchette en le regardant boire un coup. Je souris, le pauvre, je n’en ai pas fini avec lui. Maintenant, je suis davantage intriguée.

 

— Et tu es sous contrat pendant combien de temps ? je demande.

 

— Je suis encore sous mon premier contrat, je dois encore deux ans à la Légion.

 

— Et ensuite ?

 

— Ensuite, je signerais pour un an ou deux ans, que je renouvellerais par la suite.

 

Je vois, ce n’est pas une simple expérience que certains pourraient faire. Signer pour cinq ans, et retourner par la suite dans la vie civile.

 

— T’as des jours de congé au fait ? Ou la Légion n’est pas soumise à ça.

 

Tristan acquiesce en mangeant un bout encore tiède venant de son assiette.

 

— J’ai un jour par semaine normalement. C’est censé être le dimanche, mais… ça varie en fonction de beaucoup de choses.

 

— Si celui qui doit te l’accorder est de bonne humeur, je réponds avec un sourire qui en dit long.

 

— C’est ça.

 

— C’était quoi ton nom ? Je sais que les Légionnaires doivent en changer lors de la signature de leur contrat.

 

— Devine.

 

Je l’observe un instant en essayant d’imaginer quel prénom il pourrait avoir. Le sien lui va si bien. C’est comme si on nous disait du jour au lendemain que Johnny Depp s’appelle Pierre. Ça n’irait pas du tout avec le personnage.

 

— T’as une tête à t’appeler…

 

Mais j’hésite.

 

— Je m’appelais Trey James, répond Tristan.

 

— Et du jour au lendemain on t’a appelé Tristan Vial ? je demande surprise.

 

— Oui.

 

Voyant mon scepticisme, Tristan m’explique davantage comment ça se passe.

 

— Je pense qu’on s’habitue à ne plus réfléchir pour certaines choses. Lorsqu’on nous dit qu’à partir de maintenant le Légionnaire Trey James reprend sa véritable identité et s’appelle désormais Tristan Vial, tout le monde prend note et applique l’ordre sans discuter.

 

Vu comme ça, ça possède une certaine logique. Mais ça doit faire bizarre au fond.

Tristan se tait, il me regarde en passant une main dans ses cheveux courts. Puis, il déclare avec sérieux :

 

—Assez parlé de moi. Parle-moi de tes proches.

 

Dommage, je doute que ce soit aussi intéressant que lui. Mais je pense qu’il a sans doute envie de ne pas entrer dans plus de détail. Je viens d’apprendre à connaitre le légionnaire, plus tard, je connaitrais l’homme.

J’inspire un bon coup avant de répondre :

 

— Je ne suis pas issu d’une famille… normale. J’ai été élevé par deux pères. Ma mère… n’était pas vraiment là. On a de meilleures relations maintenant, mais enfant, ce n’était pas le cas. L’un de mes pères, Savio, bosse au STARESO à Calvi, c’est un poisson, un peu campagnard qui aime la mer. L’autre, James est un grand pianiste classique qui joue pour des orchestres, des films… Ils se sont rencontrés lors d’un concert. Mon père me raconte qu’il est tombé amoureux de Savio lorsqu’il a entendu sa voix. Il a tout quitter pour lui, son Angleterre chérie pour venir s’installer ici, loin de Londres, de la ville, des paillettes. Ils sont très différent sur beaucoup de point. Mon père poisson adorait l’idée de fondait une famille, même si elle pouvait être étrange par rapport aux autres, mon père pianiste avait fait une croix sur ça. Jusqu’au jour où une amie à James, a voulu plus. C’est là que je suis arrivée. Mon histoire commence comme ça. Et j’ai grandit ici, à Calvi, auprès de mes deux pères, bercé entre de douces notes de musiques classiques et de sorties en mer pour plonger.

 

Je me tais un instant, avant de poser ma main sur son bras pour attirer son attention. Tristan me montre qu’il a toute mon attention.

 

— J’espère que t’es tolérant, parce que je le suis énormément, et que je déteste ceux qui ne le sont pas, j’avoue naturellement d’une voix ferme.

 

Le légionnaire se tourne, il tire mon tabouret vers moi, sa main joue avec la mienne.

 

— Je le suis plutôt, alors vas-y, raconte-moi autre chose sur toi.

 

Sa réponse me plait.

 

— Tu sais que tu devras m’en dire plus sur toi après, Tristan ?

 

Il m’offre un clin d’œil complice.

 

— Je sais, mais j’ai déjà parlé pour le moment, à ton tour.

 

Je souris en réfléchissant par où commencer, puis je me lance.

Et ce soir-là, nous avons mangé froid.

 

 

AMHELIIE

 

[1] : 3REI est le 3e régiment étranger d'infanterie, c’est le plus décoré de la Légion Etrangère. Il est stationné au en Guyane et est spécialisé dans le combat en forêt équatoriale.

[2] NTA : Depuis décembre 2015, une nouvelle compagnie a vu le jour, la 5e Cie consacrée au Désert et terrains arides. (Sources, site officielle de la Légion Etrangère).

[3] : Le Famas est l’arme des légionnaires.

22/03/2017

Velvet Love - Chapitre 24


 

J’observe Marc, il me parle, il sourit, il détourne le regard et si je n’écoute pas un traitre mot de ce qui sort de sa bouche, je ne peux m’empêcher de me demander ce que j’ai raté. Comment j’ai pu passer à côté de ce secret ? Comment j’ai fait pour ne rien voir ? C’est si évident maintenant. Le comportement de Christine vis-à-vis de moi, cette haine qu’elle me voue je la comprends à présent, tout comme je comprends le dégout de ma mère quand elle me regarde. La seule chose qu’elle voit en moi, c’est la trahison qu’elle a fait à sa meilleure amie. Tout semble couler de source une fois les faits établis. Marc est mon père. Ce mec un peu perdu, amoureux d’une femme qui n’est pas capable de voir qu’elle fait souffrir tout le monde à jouer l’autruche, est mon père. Je n’imaginais pas ce que ça me ferait de le connaitre, de savoir qui il est. Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais, mais pas à cet étrange soulagement qui envahie ma poitrine. Comme si une pierre y avait été délogé. Comme si un poids énorme avait disparu. C’est étrange, mais agréable.

— Tu es d’accord ? me questionne Marc.

— Quoi ?

Je n’ai rien écouté de ce qu’il disait. Mais si je suis soulagée de savoir que c’est lui, que c’est quelqu’un que je connais qui n’est pas un étranger, notre relation n’a rien de celle qui existe entre père et une fille.

— Tu aurais dû me le dire, je le coupe avant qu’il reprenne, tu n’aurais pas dû l’écouter et me le dire.

— Je sais et je m’en veux Kalinka, je m’en veux énormément pour tout ce temps perdu.

Je me lève, les sentiments deviennent un peu trop fort pour moi qui ne suis habituée à rien ressentir. De l’amour, de la haine, des regrets, de la colère, tout devient réel dans mon esprit et je ne veux pas me laisser déborder par tout ça.

— Tu as tout à fait le droit de nous en vouloir à ta mère et moi, on a…

Il ne finit pas et je vois son corps relâcher la pression, ses épaules secouées par les larmes qu’il retient le visage baissé. Je ne sais pas quoi faire et je reste plantée là à regarder mon père s’en vouloir.

— Je ne pourrais jamais m’excuser assez pour ce qu’on a fait et rien ne rattrapera ce temps perdu tout comme le manque qu’on a eu l’un de l’autre. Mais on peut construire quelque chose maintenant, il n’est pas trop tard Kalinka et j’en ai envie si tu veux bien.

Je détourne le regard, les émotions aux bords des lèvres, la colère qui a envie de sortir tout comme le débordement d’amour.

— Je t’ai attendue pendant des années, je reprends, chaque week-end qu’Holly passait avec son père, j’attendais que tu viennes pour moi aussi passer du temps avec toi, pour me sentir aimer par quelqu’un.

Mon regard se pose sur le sien, je sais que je remue le couteau dans la plaie que j’expose clairement ce que l’on sait tous dans cette maison, mais qui jusqu’à aujourd’hui demeurait un sujet tabou. J’étais malheureuse, triste et seule. Absente dans le meilleur des cas et prise à partie dans le pire pas ma mère. Alors qu’il était en bas de la route et même parfois chez moi, qu’il assistait à cette détresse et il n’a rien fait. Il jouait avec moi de temps en temps, il m’offrait des cadeaux à noël et à mon anniversaire, mais ces choses il les faisait avec Holly aussi. Il n’y avait rien qui me différenciait de ma sœur dans ses actions, rien qui m’aurait révélé qui il était réellement. Même si une fois adulte, à chaque rencontre, c’était le seul qui me demandait commet j’allais, comment se passait mon travail et ma vie. Voilà à quoi était réduit son rôle de père, des questions bateau qu’on pose à chaque personne qu’on n’a pas vue depuis un moment.

— Oui, je soupire, on ne pourra jamais rattraper tout ça, toutes ces années où j’ai eu besoin de toi, mais on peut essayer de construire quelque chose aujourd’hui.

Marc me sourit et s’avance pour me prendre dans ses bars. On va de câlins en câlins aujourd’hui et s’il n’a jamais hésité à me prendre dans ses bras auparavant, à présent je savoure différemment ce débordement d’émotions.

Je me dégage de son étreinte après quelques minutes durant lesquelles je me suis répétée constamment que c’est mon père. L’idée fait son chemin, aussi étrange et surréaliste qu’elle est, elle s’implante dans mon esprit et me montre petit à petit ce qu’on pourrait être tous les deux et je suis plus que tentée par cette perspective.

— Tu devrais aller voir ta mère, dit-il.

Oui, je devrais. Lui dire ce que je pense de son comportement, lui hurler dessus et lui reprocher d’avoir tout gâché.

— Et toi, ta femme.

Marc rit en reculant.

— Oui, il est temps d’arrêter de se cacher.

J’acquiesce et nous sortons du salon à la recherche du reste de la famille. J’entre dans la cuisine d’où proviens un bruit de vaisselle. Marc part en direction de l’extérieur. Je retrouve ma sœur occupée à ranger, ce qu’elle fait toujours quad elle est énervée. Elle me jette un regard qui tue avant de se retourner en direction de l’évier pour continuer son grand nettoyage.

— Tu savais ? je demande en m’adossant contre le plan de travail.

Elle ne répond pas, occupée à frotter le contour de l’évier pour qu’il brille. Je n’ai pas besoin de sa réponse, je la connais déjà.

— Comment t’as pu ne rien me dire ?

— Ce n’était pas à moi de le faire.

— Tu es ma grande sœur !

— Et alors ! cri-t-elle en se retournant, ça me donnait le droit d’aller à l’encontre de ce que maman voulait ?!

— Oui !

Elle ricane et retourne à son nettoyage. Je m’approche, agacée de la voir elle aussi faire comme si c’était normal de me cacher l’existence de mon père. Je sais qu’on n’est pas les sœurs les plus proches qui existent, mais on est censé s’aider dans une fratrie, on est censé faire les conneries ensemble, se couvrir mutuellement et révéler les secrets.

J’attrape son bras et la retourne pour qu’elle arrête son manège. Son regard brille à l’éclats de ses larmes et les reproches que j’allais lui hurler à la figure meurent dans ma gorge.

— Je suis désolée Kalinka, dit-elle en fondant en larmes.

Je relâche son bras, choquée de la voir pleurer et s’excuser. Ce sont deux choses qu’Holly n’a jamais fait devant moi ou pour moi. Jamais.

— Je ne pouvais pas, elle reprend en reniflant, je l’aurais perdue.

— Quoi ?

Ma sœur sèche ses larmes rapidement avec un torchon, elle renifle encore et encore en regardant par la fenêtre qui donne sur le jardin où ses enfants jouent avec leurs pères. Je ne comprends rien de ce qu’elle raconte.

— Maman, je l’aurais perdue si je t’avais dit la vérité.

Elle parle plus calmement mais elle fuit mon regard et je sens parfaitement qu’elle a honte, encore une première venant d’elle.

— Comment ça tu l’aurais perdue ?

— Elle aurait cessé de m’aimer, elle m’aurait traitée comme toi et je ne pouvais pas Kalinka, je ne peux toujours pas d’ailleurs.

Elle se tourne vers moi, son beau visage maculé de traces de mascara.

— Tu crois que je fais tout ça pour quoi ? Tu crois que je me comporte comme la fille parfaite pour quoi ? Pour qu’elle m’aime, pour qu’elle ne me traite pas comme toi, pour qu’elle ne me rejette pas. Toute ma vie, chaque décision que j’ai prise c’est en fonction d‘elle, de son avis, de son éventuel jugement, mon mari, ma maison, mes enfants, tout.

J’en reste bouche bée. Qu’est ce que je pourrais répondre à ça ? A part que c’est stupide, que ce n’est pas à elle de s’adapter à notre mère mais bien l’inverse.

— Mais tu n’as pas à faire ça, je reprends, c’est…bon dieu Holly, elle t’aimera même si demain tu divorces !

Ma sœur ricane en me tendant un regard dépité.

— Et c’est toi qui dit ça alors que t’as passé toute ta vie à être rejetée parce que tu n’étais pas comme elle voulait.

Je me tais, parce qu’elle a raison. Je croyais ma sœur heureuse, fière d’être ce qu’elle est, elle, sa vie parfaite et son statut de fille préférée, mais je me rends compte qu’elle n’est finalement pas mieux lotie que moi. Elle se sacrifie pour l’amour de notre mère et moi je ne l’ai pas parce que je ne suis pas capable de ces sacrifices.

— Je suis désolée, je lance timidement, je n’avais jamais remarqué que tu faisais tout ça pour elle. Je croyais que t’étais heureuse comme ça, de faire ce qu’il faut pour rester la fille parfaite.

— Oh oui, j’ai toujours rêvé de m’enterrer en campagne, de me marier avant mes trente ans et de m’occuper de mes trois ingrats d’enfants.

On se jette un regard avant d’éclater de rire. Finalement sa petite vie parfaite ne l’est pas tant que ça et je vois ma sœur différemment, sous un œil nouveau. Je ne vois plus la gamine égoïste qui ne pense qu’à elle, je vois la petite fille qui se bat comme elle peut pour garder l’amour de sa mère. Comment on peut en arriver là ? Comment on peut vouloir se mettre de côté pour réaliser le rêve de famille parfaite que ma mère n’a jamais eu ?

— Je t’envie ce courage Kalinka, vivre ta vie et tant pis si elle n’est pas d’accord, j’en suis incapable.

— Ouais, crois-moi ça n’a rien de génial de se sentir comme le vilain petit canard qui ne fait jamais rien de bien.

— Mais tu es libre.

— Mais elle ne m’aime pas.

Holly me sourit, désolée. Au final on a toutes les deux dû sacrifier quelque chose à cause de notre mère. Elle sa liberté et moi son amour. On n’est pas plus à plaindre l’une que l’autre, nos choix ont été dictés par notre relation avec notre mère.

— Et Yvan ? je demande en regardant par la fenêtre.

— Quoi Yvan ?

— Tu l’aimes vraiment ?

— Bien sûr que je l’aime ! C’est mon mari et même si j’aurais fait les choses différemment si j’avais pu, je les aurais faites avec lui.

La porte de la cuisine s’ouvre et notre mère fait son entrée. Je vois ma sœur réajuster sa robe, se recoiffer rapidement et essuyer de nouveau son visage. Je l’arrête dans ses gestes complétement fou, c’est dingue comme elle est conditionnée, s’en est flippant maintenant que je comprends ses motivations.

Ma mère récupère un verre et la bouteille de vin sur le plan de travail pour s’en servir un qu’elle sirote rapidement.

— Laisse nous Holly, elle lance en se resservant.

Je retiens ma sœur qui s’apprêtait à sortir.

— Non, elle reste, ça la concerne aussi.

Ma mère soupire puis enfile son verre.

— Comment t‘as pu me faire ça ? je demande, Comment t’as pu me mentir à ce point, seulement pour te protéger du jugement des autres ?

— C’est ma meilleure amie, je ne voulais pas la faire souffrir.

— Mais ta fille oui ?

— Tu n’étais pas malheureuse Kalinka.

Je m’approche, agacée de l’entendre radoter les mêmes conneries qu’elle doit se répéter sans cesse pour en faire des vérités.

— Regarde-moi, je lance.

Elle lève son regard bleu semblable au mien pour le poser sur moi avec dédains.

— Pourquoi tu m’as gardé alors que t’es à peine capable de me regarder sans avoir honte ?

On se défie du regard, au fond je sais pourquoi elle m’a gardé, parce qu’elle a aimé Marc, ce que je ne comprends pas c’est pourquoi rejeter cette culpabilité sur moi. Je n’y suis pour rien, j’ai rien demandé à part qu’on m’aime.

— Cesse ces enfantillages, veux-tu. Tu es adulte à présent, tout ça n’a plus d’importance.

Je me retiens de hurler devant son manque de considération, devant se dénie constant qu’elle comble avec l’alcool. Je n’ai même pas envie d’essayer de comprendre, je crois que je n’ai même plus envie d’essayer quoi que ce soit. Elle atteint les limites de sa propre connerie et si elle n’est pas capable de le remarquer alors que tout a éclaté aujourd’hui, elle ne le comprendra jamais. Tant pis, j’ai passé ma vie à être exclue, je peux continuer comme ça, au moins aujourd’hui j’en connais les raisons. Je ne vais pas me battre pour une mère qui ne veut pas reconnaitre ses torts au risque de finir comme ma sœur.

 

***

 

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Je frappe à la porte et attend patiemment qu’on vienne m’ouvrir. Je ferme les yeux en priant pour que ce soit petit con et pas Yann à moitié à poil qui déverrouille la serrure. La porte s’ouvre doucement et la tête sortit du lit de Harrison apparait.

— Kalinka ? Mais il est…

Deux heures du matin. Je sais qu’il est tard, mais après cette journée épuisante et une soirée à tourner en rond chez moi en me demandant si je pouvais venir le voir sans paraitre pathétique, je me suis décidée. Certes un peu tard, mais vaut mieux tard que jamais comme on dit et je suis sûre qu’Harrison une fois les yeux ouverts sera d’accord avec moi.

— Tard, je sais, désolée.

Je ne le suis pas vraiment en fait. Même si demain il a cours et qu’il va certainement s’écrouler sur son bureau, j’ai besoin de lui.

Je le bouscule pour entrer, il ferme la porte en baillant exagérément et je remarque qu’il est en caleçon. Mes yeux divaguent sur son torse musclé parfaitement, finement sans exagération. Petit con à ce qu’il faut où il faut. Je remarque son tatouage et aujourd’hui je comprends parfaitement sa signification, il est pour sa sœur.

— T’es venue pour me mater, ou il y a autre chose ?

Je grimace et rougis par la même occasion. Harrison est parfaitement réveillé même si un de ses yeux reste à demi clos. Je soupire et me dirige dans sa chambre. Le lit est défait j’ai envie de m‘y vautrer de me jeter dans cette chaleur qu’il viendra parfaire en me prenant dans ses bras.

Harrison arrive à son tour, il tire la couette de son lit et me fait signe de le suivre. Je m’exécute en me demandant où il compte déménager comme ça. La réponse arrive vite, dans le salon. Il baille, étale la couette sur le canapé, éteins la lumière du plafond pour ne laisser qu’une petite lampe dans le coin de la pièce allumée.

— Tu fais quoi là ? je demande.

— Je me couche.

Ce qu’il fait contre le dossier du canapé. Son œil ouvert me regarde avec impatience.

— Viens.

Le son de sa voix, ce ton que j’aime entendre, que mon corps adore plus que tout me fait frissonner et je ne rechigne pas, j’en ai trop envie pour ça. Je me couche à ses côtés, ses bras se referment autour de moi et son souffle vient se perdre sur ma nuque. Je soupire de bien être, je suis tellement bien comme ça, avec lui, en sécurité. J’ignorais être en manque de ça, de cette sensation d’être à ma place dans ses bras.

— Vas y, je t’écoute.

Je souris, je crois que si je commence à lui parler il va s’endormir comme un enfant à qui on raconte une histoire. Toutefois j’ai tellement de colère que parler vient naturellement. Je raconte à petit con qui écoute peut-être, Marc, ma mère et même ma sœur.

Suite à notre discussion dans la cuisine je suis partie, je n’avais plus rien à dire, plus rien à espérer venant d’elle. Holly a dû rester et écouter ses reproches pour ma part, elle reste ma mère cependant le fossé entre nous est devenue trop grand à présent. Peut-être qu’un jour je lui pardonnerai mais ce n’est pas pour tout de suite. Etrangement je suis plus clémente avec Marc qui est aussi fautif qu’elle, néanmoins lui ne me rejette pas. On a convenu ensemble de se revoir rapidement et c’est encore étrange de se dire que je vais voir mon père.

Je finis de raconter ma journée étrange à Harrison qui ne s’est même pas endormie.

— Tu passes de sacré dimanche toi, dit-il contre ma nuque. Marc, alors ? C’est plutôt bien non ?

— Oui, je suppose mais…

Je me retourne pour lui faire face.

— C’est Marc, je l’aime bien mais ce n’est pas l’idée que j’avais de mon père. Tout du moins, pas un mec qui se laisse marcher dessus par ma mère.

Harrison rit en se frottant le visage. Ensuite sa main revient sur ma hanche et commence à me caresser à travers mon pyjama pilou-pilou. Celui qu’il adore.

— Je ne connais pas vraiment Marc, mais de ce que j’en ai vue je ne dirais pas que ce soit pour cette raison qu’il s’est effacé.

J’hausse les sourcils d’incompréhension,

— Si ce n’est pour ça, pour quoi alors ?

— Par amour, pour toi.

La main d’Harrison remonte sur ma taille puis mon bras avant de se poser sur ma joue. Je frissonne sous la caresse douce de sa paume rugueuse. Son regard sombre plongé dans le mien il reprend :

— Il a sacrifié son bonheur d’être père en pensant que c’était ce qu’il y avait de mieux pour toi. Ce n’est pas de la faiblesse Kalinka au contraire, imagine ce que ça a dû lui couter toutes ces années de voir sa fille et de ne même pas pouvoir faire partie de sa vie autant qu’il en avait envie.

— Il aurait pu…je murmure en posant ma main sur la sienne.

— Ne commence pas avec des « si », t’en feras jamais le tour et ça ne servira à rien. T’as gagné un père aujourd’hui, ce n’est pas génial ça ?

Je souris et pose ma tête sur son torse. Je ne réfléchis pas et Harrison m’accueil sur son corps comme si tout était normal entre nous alors qu’il n’y a rien de sain à dormir avec son ex. Petit con est mon ex. J’ai un ex et un père. C’est définitivement le temps du changement.

 

21/03/2017

Légion, Chapitre 8

 

Octobre 2009

Nice,

Quelques jours plus tard…

 

 

C’est étrange de renouer avec la fraicheur de l’air méditerranéen. Je ne suis pas rentré chez moi depuis deux ans. La ville qui m’a vu grandir n’a pas tellement changé, Nice est restée la même, avec sa promenade un peu déserte le matin vers sept heures. Le soleil se lève à peine, le froid de l’automne nous fait un bien fou. La mer avec ses plages en cailloux, et la vue magnifique sur la côte.

J’arrête ma course lorsque je ne sens plus la présence de mon frère à mes côtés. Je me tourne, je le vois plié en deux pour reprendre son souffle.

Feignant.

Je le rejoins en courant, Yoann respire comme un bœuf en me faisant un doigt d’honneur comme pour prédire une prochaine remarque venant de ma part.

Raté.

 

— Comment tu fais ! grogne-t-il.

 

— Je suis un légionnaire quand toi, t’es qu’un petit soldat de l’armée de terre, je réponds, amusé.

 

Yoann se fige, il me jette un coup d’œil assassin en se redressant. Mon frère est mon portrait craché avec trois ans de plus.

 

— T’es un connard Tristan, je te l’ai déjà dit ?

 

— Sans cesse depuis vingt-cinq ans, je réponds avec une certaine nostalgie de notre adolescence.

 

— En parlant de connard, pour une fois que Maman a ses deux fils chez elle, tu pourrais rester un peu plus, reprend-il.

 

Je me tourne vers mon frère, il rajoute de l’huile sur le feu. Nous cohabitons tous depuis dix jours chez nos parents et on a réussi à s’engueuler cinq fois déjà. On dirait des nanas. C’est pitoyable.

 

— Arrête.

 

Yoann prend ses grands airs face à ma soudaine nervosité. J’en ai ma claque qu’on me reproche sans cesse les mêmes choses.

 

— Non, je n’arrête pas, je t’informe simplement d’une réalité, petit frère.

 

— D’une réalité ? Tu sais très bien que je ne peux pas faire ce que je veux ! je lance amèrement.

 

La Légion étrangère n’est pas aussi souple que l’armée de terre et il le sait.

 

— Et ça t’arrange, répond mon frère en vidant sa bouteille d’eau.

 

J’arrête de marcher pour lui faire face. Depuis mon entrée à la Légion, notre relation s’est un peu ternie. On est constamment en désaccord et ça m’agace. Yoann est mon grand-frère, celui avec qui je devrais partager ça au lieu de me battre.

 

— On va s’engueuler comme d’habitude ?

 

— Tu joues les cons, Tristan.

 

— Et toi les chieurs, Yoann.

 

Nous nous affrontons du regard un moment. Puis Yoann soupire en passant une main dans ses cheveux bruns.

 

— Tout ce que je dis, c’est que tu devrais venir plus souvent.

 

— Quand ? je rétorque sur la défensive.

 

— Dix jours tous les deux ans, ça suffit pas, tu ne les appelles quasiment jamais.

 

— Je ne peux pas passer des appels quand ça me chante.

 

Nous continuons de marcher sur la prom, finit la course visiblement, mon frère a jugé bon que ce fût le moment d’avoir une grande conversation.

 

— Maman est inquiète.

 

— Elle l’est depuis que j’ai signé mon contrat.

 

Ma mère n’a jamais compris pourquoi ses deux fils avaient décidé d’opter pour cette voie-là. Pourtant, notre père est commissaire de police. On a grandi dans la discipline, et la justice.

Je soupire en comprenant que discuter ne servira à rien. Parler de tout ça est inutile.

 

— Mec et si on rentrait pour faire un truc sympa sans s’engueuler ? je propose après quelques minutes de marche.

 

— Genre une partie de Call Of Duty ?

 

Je souris en levant les yeux au ciel, il vit vraiment dans un monde de roi.

 

— OK, faisons ça.

 

Je le regarde un instant, Yoann fait de même, puis il déclare :

 

— Le dernier arrivé, sera de corvée shoping avec Elena !

 

On rentre en faisant la course jusqu’à Cimiez. Mon frère traine la patte lorsqu’il court avec moi, il est plus doué au tir que pour ça. J’aurais adoré le voir trainer la patte lors des quelques semaines dans la ferme. Yoann a été recalé deux fois pour la Légion. Pour sa dernière tentative, il a préféré reconnaitre qu’il n’était sans doute pas de taille, mais que ça ne faisait pas de lui un mauvais militaire pour autant. Il s’est engagé dans l’Armée de Terre, a gravit les échelons en passant des concours internes pour décrocher la palme de chaque soldat aimant le tir : son entrée dans le cercle intime et élitiste des tireurs snipers.

Lorsqu’on franchit la porte, j’ai gagné, et Yoann se tapera l’après-midi, shoping avec notre petite sœur et ses copines.

 

 

***

 

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Aéroport de Bastia Poretta, Corse.

Une semaine plus tard…

 

 

Les vacances touchent à leurs fins, et je n’en suis pas peu content. Passer du temps avec ma famille est sympa, mais à la longue, c’est lourd. Ma petite sœur ne cesse de me parler de ces copines qui fantasment sur ces deux frères. Mon père avec ces questions sur ce que je ne peux pas répondre, et ma mère qui ne cesse de s’inquiéter.

Ouais, Vadik et ses blagues à la con m’ont presque manqué.

Je récupère mon sac et me dirige vers la zone d’arrivée. Je suis dans mes pensées lorsque mon attention est accaparée par une pancarte qui s’agite au milieu de la foule. Il est écrit en gros REPMAN en rouge.

Ezra est là, au milieu de la foule, elle sourit en me voyant, fière de son coup. Je m’approche d’elle, mon sac finit au sol.

 

— Qu’est-ce que tu fais là ? je demande, surpris.

 

Elle plie la pancarte en papier qu’elle fourre dans sa poche.

 

— Attend, normalement je dis « SURPRISE » avant d’avoir une question pareille, lance Ezra.

 

— Pour une surprise, je suis surpris, je confirme.

 

— Alors c’est parfait, rétorque-t-elle avec naturel.

 

— Comment tu as su que je rentrais ici et non pas à Calvi ?

 

— C’est mon petit doigt qui me l’a dit.

 

Elle m’offre un sourire ravageur. Je lui lance un regard rempli d’interrogations.

 

— Disons qu’il parait que ton pote est assez bavard après quelques verres. Et de fil en anguille, je l’ai su.

 

Vadik, le traitre.

 

— Je suis partagé entre l’envie de frapper Vadik ou de le remercier, je déclare.

 

— Non, ce n’est pas le Russe, il était trop bourré lors de la petite soirée au bar qu’on a passé. Une sorte de remake de votre soirée sans toi. Je parle du Norvégien. C’est lui qui a vendu la mèche.

 

— Hal t’a filé des infos ? je rétorque, de plus en plus surpris.

 

— Oui.

 

— Hal ne file pas des infos sans obtenir quelque chose, qu’est-ce que t’as du faire ?

 

— Alors avec la serveuse ?

 

D’accord… je ne serais pas, le mystère restera entier. Mais j’aime bien le mystère.

 

— C’était sympa, je réponds avec suggestion.

 

Ezra ne semble pas mal le prendre. On ne s’est pas juré fidélité ni quoi que ce soit, on est rien.

 

— Sympa seulement ? J’ai entendu des amis en dire davantage, déclare Ezra.

 

Nous nous dévisageons un instant, l’humour nous habite, c’est étrange de ressentir une telle tension en quelques mots et par une simple présence.

 

— Qu’est-ce que tu fais sous peu ? finit-elle par me demander.

 

— J’ai deux jours avant de retourner au camp.

 

— Et tu comptais faire quoi ?

 

Ezra me jette un regard qui en dit long en faisant tournoyer ses clés de voiture autour de son doigt.

 

— Je ne sais pas, des idées ? je l’interroge.

 

— Des tas, souffle-t-elle en souriant malicieusement.

 

Pas besoin d’un dessin pour comprendre de quoi sera faite la prochaine demi-heure.

 

 

***

 

 

Surprenante. C’est le premier terme qui me vient à l’esprit lorsque je veux définir Ezra. C’est une femme qui n’a définitivement pas froid aux yeux. Elle m’a fait un rentre-dedans de dingue jusqu’au parking souterrain de l’aéroport. Son regard bleu n’arrêtait pas de croiser le mien, j’y voyais cette lueur qui frétille, celle qui indique clairement le désir. La tension entre nous n’a fait qu’augmenter jusqu’à ce que nous sortions de l’ascenseur. Ezra n’a pas censé de me frôler, d’attiser ce feu naissant. En dehors du camp, lorsque je n’ai pas les responsabilités de mon rang de légionnaire, je n’ai pas pour habitude de m’imposer une maitrise. Tout est excès. L’alcool quand on sort, le sexe quand on rencontre une femme consentante, la violence lorsqu’on n’a pas envie de laisser passer une réflexion.

Avec elle, je n’ai pas envie de me contrôler non plus.

Lorsque nous arrivons devant sa voiture, Ezra s’arrête pour chercher dans son sac les clés qu’elle a rangées pour éviter de les perdre en route.

Je la regarde faire tomber ses maudites clés par terre, je la vois se pencher. Mes yeux viennent automatiquement se poser sur son postérieur moulé dans un jean trop cintré.

Maudites soient ces femmes !

Je déglutis avec difficulté en sentant l’excitation nous gagner, elle me chauffe, et elle le fait avec talent.

 

— Tu conduis ? me propose-t-elle d’un air innocent.

 

On ne va pas partir tout de suite.

Je récupère ses clés, ouvre la voiture, puis le coffre. J’y fourre mon sac dedans, ainsi que le sien, le ferme et saisis le bras d’Ezra avant qu’elle ne m’échappe.

Je la plaque contre la voiture. Mon corps s’écrase contre le sien, je sens son souffle sur mon visage, sa poitrine se frotte à mon torse. Le désir nous emporte irrévocablement, sans aucun moyen de contrôle. C’est brut. Comme si nous étions deux aimants l’un en face de l’autre, victimes du champ de force magnétique.

La photographe me saisit par les pans de mon blouson pour m’attirer davantage contre elle. Je ne dis rien, elle non plus lorsque nos deux regards se croisent. Les battements de mon cœur s’emballent, et le peu de retenu qui nous reste part en éclat la seconde d’après.

Ma bouche s’écrase contre la sienne dans un baiser brutal et ardent. Nos lèvres entrent en duel, je les embrasse, les mordille. Sa langue glisse contre la mienne. Je la maintiens contre la portière du véhicule, ma main se perd dans ses cheveux noirs détachés. Sa jambe se glisse autour de la mienne. Elle me plaque contre elle avec ferveur et passion. Sa bouche ne cesse de dévorer la mienne. Nos deux corps s’emboitent, même à travers les vêtements, je sens la chaleur de sa peau. Mon érection se frotte contre sa cuisse. Le désir brûle chacun de mes vaisseaux sanguins.

J’ai envie d’elle.

Envie de la voir s’abandonner comme dans mes souvenirs. Elle donne tout lorsqu’on en fait autant. J’ai envie de voir de quoi elle est capable. Certaines femmes ont beaucoup d’idées, mais peuvent ont le cran de les appliquer. Je n’ai pas oublié sa proposition plus d’équivoque au téléphone, et dans la folie du moment, je pourrais très bien la prendre ici, en me foutant royalement des conséquences.

Ezra rompt notre baiser en reprenant son air, son regard croise le mien, le feu est là, bien présent dans ces pupilles bleues.

Sa main glisse le long de mon torse, vers mon entrejambe où ma queue manifeste l’état dans lequel je suis. Autant dire : légèrement sur les nerfs.

 

— J’ai envie de toi, souffle-t-elle à mon oreille.

 

J’embrasse son cou, mon cœur bat vite, ma respiration est en vrac. J’abandonne tout.

 

— Ici ?

 

Sa main défait d’un geste sec la fermeture éclair de mon jean. Je sens la chaleur de ses doigts dangereusement proches.

 

— J’ai une banquette arrière très confortable, murmure Ezra d’une voix saccadée.

 

Je n’ai pas besoin d’en entendre plus. Avant qu’elle ne fourre sa main dans ma braguette et nous mette dans une situation très tendue, je prends les devants.

Je l’attire contre moi, ma main glisse sur la carrosserie pour trouver la poignée. Lorsque j’ouvre la portière, et la pousse sur la banquette arrière avant de la rejoindre, un rire lui échappe.

Le bruit sourd de la porte claquée nous plonge dans une tout autre dimension. J’oublie qu’on est dans un parking public, que même la voiture garée face au mur, les vitres ne sont pas teintées, et la luminosité n’est pas si basse. C’est le coup foireux, mais terriblement tentant.

Ezra se jette sur moi en me laissant à peine le temps de m’asseoir. Elle vient s’asseoir sur mes jambes, la proximité de nos deux corps fait augmenter la température de l’habitacle. Nos gestes sont pressants, je l’aide à faire dégager mon blouson, puis le sien. Ezra les envois sur les sièges avant. La photographe se blottit contre moi, ses bras glissent autour de mon cou, son visage retrouve le mien, nos bouches recommencent leur manège. C’est brûlant, excitant, bon. C’est le choc entre deux personnes qui s’attirent. Ma main s’empare de son visage, je caresse sa peau douce, ses joues sont chaudes.

Ses doigts s’agrippent à mon pull, ses hanches remuent contre les miennes. Ezra galère un peu à retirer nos pulls sans rompre notre baiser.

La laine dégage rapidement avec un peu d’aide. Je me retrouve torse nu. Un magnifique soutien-gorge noir en dentelle se dresse sous mes yeux. Je me penche, ma bouche vient saisir l’un de ses tétons. Je le suce à travers le tissu, j’attrape son cul que je rapproche davantage de mon entrejambe.

Ezra laisse échapper un gémissement d’approbation. Mes mains viennent ensuite défaire l’ouverture de son jean. Elle maintient mon visage planqué contre sa poitrine, je m’attaque à son deuxième sein. La tension sexuelle à l’arrière de la voiture est plus que palpable.

 

— Bon sang… soupire-t-elle.

 

Le son de la fermeture éclair résonne, Ezra lève suffisamment ses fesses pour me permettre de baisser son jean et sa culotte noire de manière à me dégager la zone. Mon bras se glisse autour de sa taille pour lui fournir un accoudoir. Mes doigts trouvent son intimité l’instant d’après. Je caresse son clitoris du pouce, Ezra jure, puis je pénètre son sexe chaud et humide.

La photographe gémit contre moi, elle rompt mon jeu avec sa poitrine pour venir m’embrasser de nouveau. Mes doigts jouent avec elle et Ezra y participe. Elle s’empale sur eux, se frotte contre mon pouce pour lui donner davantage de plaisir.

Et bordel, j’adore ça.

 

— Dis-moi que t’as un préservatif sur toi, je lance au bout d’un moment.

 

— Donne-moi deux secondes.

 

Elle s’écarte de moi le souffle court, ses joues sont rouges, je la vois se contorsionner pour atteindre la boite à gants à l’avant. Mes mains trainent sur ses courbes, mes doigts rugueux font frissonner sa peau.

Ezra revient l’instant d’après équipée. Elle me dévisage avec cette lueur diabolique qui me fait bander comme un fou.

Elle s’occupe de retirer ses bottes à talons, ainsi que son jean et sa culotte qui font barrière à l’ouverture de ses cuisses. Étrangement, elle garde son soutien-gorge.

 

— T’es une habituée des plans culs sur ta banquette ? je demande.

 

La photographe m’offre un clin d’œil, je n’aurais pas la réponse et franchement, à cet instant, j’en ai rien à foutre.

Ezra revient vers moi, ses mains rejoignent directement mon jean. Elle termine de le défaire.

Je lève les hanches et l’aide à le faire descendre avec mon caleçon, ma queue se dresse entre nous, Ezra la saisit d’une poigne ferme et commence à la faire coulisser dans son poing.

Elle me tend le préservatif pour que je le défasse. Je m’exécute rapidement, et lui tends. Sa main continue quelques descentes sur mon érection avant de placer la protection.

Son regard croise le mien, elle m’offre un sourire osé et souffle :

 

— Fais-moi trembler, Repman.

 

Je la rapproche davantage contre moi, Ezra se redresse pour me chevaucher, elle prend appui sur mes épaules, son autre main se glisse entre nous pour placer son sexe au-dessus du mien.

 

— Mon but était plutôt de te faire hurler, je rétorque d’une voix sombre.

 

Son visage s’approche du mien, son souffle chaud me fout des putains de frissons. Un sourire diabolique se dessine sur ses lèvres.

 

— Pas si tu veux finir au poste de police.

 

Pour une chevauchée, je prendrais le risque.

Ezra ne quitte pas mon regard lorsqu’elle se laisse glisser sur moi. Son intimité accueille mon érection dans un mouvement fluide et intense. Je sens son sexe m’emprisonner, sa chaleur me fout des putains de décharges électriques dans tout le corps.

Je l’attire contre mon torse, pendant qu’elle monte et descends sur moi dans un rythme soutenu. La chaleur augmente dans la voiture, nos respirations s’emmêlent, la passion nous dévore. C’est comme une blessure à vif, ça prend possession de vous-même, et vous captive l’esprit.

 

— T’es aventurière comme ça alors ? je souffle à son oreille.

 

— Totalement !

 

Je suis certain qu’elle sourit.

Ses hanches roulent sur les miennes, l’espace est assez confiné et ne permets pas vraiment de bouger à son aise. Alors, c’est elle qui mène la danse. Je ne m’en plains pas.

Je mordille son oreille, l’une de mes mains caresse sa peau chaude. Elle remonte vers son soutien-gorge pour m’emparer de son sein. Mon pouce et mon index pincent et tirent sur son téton, Ezra jure en réponse. Je continue mon manège un moment, sa peau frisonne, j’imagine le feu entre ses cuisses, le besoin de jouir rapidement. Je prends un putain de pied de la voir comme ça, sans limites, sans restriction, sans honte.

Ezra augmente le rythme de ses hanches. Son sexe s’empale sur le mien plus rapidement, elle me glisse en elle dans une cadence furieuse. Ma queue n’a aucun répit, aucun moment de pause, Ezra est une sacrée sportive pour maintenir cette danse.

Lorsqu’elle commence à trembler, elle attrape ma main dans un geste brusque pour l’attirer entre ses cuisses. Mes doigts sentent la chaleur de son pubis, et l’humidité créer par la jointure de nos deux corps.

Sa tête bascule sur mon épaule, elle continue de bouger, elle n’arrête jamais.

Jamais.

 

— Fais-moi jouir, chuchote-t-elle à mon oreille, le souffle court.

 

— Je croyais que tu menais la danse ? je réponds en souriant.

 

Le rythme de ses hanches s’arrête un instant, ma queue reste enfouie en elle, je sens ses muscles internes palpiter autour de moi. Cette femme me rend fou.

 

— Je fatigue, m’avoue-t-elle en souriant.

 

Un son léger m’échappe face à cet aveu.

 

— Je vais régler ça, je confirme.

 

Je soulève Ezra de mes genoux. Sa tête cogne contre le plafond de la voiture, un rire nous gagne. Ouais, on n’est pas dans une chambre avec un espace infini.

Je l’allonge sur la banquette, ses jambes s’écartent pour que je me glisse entre elles. Mes bras soulèvent son dos pour donner un angle de vingt degrés à son bassin. Ses cuisses encerclent mon buste.

Le sexe d’Ezra se retrouve à la bonne hauteur, je la dévisage un instant, presque nue, et totalement décontracter, son corps porte les stigmates d’une étreinte qui l’a bouscule de l’intérieur. Sa peau est rouge, sa poitrine monte et descends rapidement.

Le feu brûle.

Je ne perds pas plus de temps, je m’enfonce en elle d’un mouvement fluide, et commence à aller et venir en elle. Je lui impose un rythme franc, sans repos. Le but n’étant pas de faire durer les choses, mais d’atteindre rapidement l’apothéose.

Mes coups de reins se font brefs et intenses, je m’abandonne à la tension qui plane autour de nous, à cette envie presque douloureuse de jouir en elle, d’éteindre ce maudit feu qui nous enflamme de l’intérieur.

Ezra s’accroche au siège passager pour ne pas finir contre la portière, elle sourit en se mordant le poing pour ne pas crier alors que le plaisir la gagne.

Je ne flanche pas, je maintiens la cadence. Un son rauque et étouffé s’échappe de sa bouche lorsqu’elle jouit quelques instants plus tard. Je sens son intimité se contracter autour de ma queue qui la pilonne encore. Il ne me faut pas plus de temps pour jouir à mon tour, en elle, contre elle.

Je m’effondre sur sa poitrine, ma tête tourne légèrement.

Bordel, cette femme !

Ezra se laisse aller sur le cuir de la banquette, le souffle court, elle se détend doucement.

Je la serre contre moi en reprenant une respiration normale. L’atmosphère dans la voiture perd petit à petit cette tension sexuelle.

Au bout d’un moment, lorsque la température du mois d’octobre reprend ses droits, Ezra se redresse légèrement pour se libérer de notre étreinte. Je la laisse faire, elle se glisse à mes côtés sur la banquette arrière, je la regarde. Ses joues sont légèrement rougies, ses cheveux noirs sont en pétard, quelqu’un la croiserait maintenant, il saurait qu’elle vient de prendre son pied. Il n’y a pas ce malaise qu’on peut ressentir quelquefois après avoir succombé à une envie soudaine et brutale de baisser son pantalon pour aller baiser la fille qui vous allume.

Ezra remet son jean et ses bottes à talons. Je me contente de remonter la fermeture éclair du mien en lui jetant un regard en coin.

Une fois habillée, elle me surprend de nouveau en grimpant sur moi. Je la laisse faire, mes mains viennent se poser sur son superbe cul, qui quelques instants plus tôt, se frotter contre mes hanches.

Ses doigts glissent dans mes cheveux un poil plus long que d’habitude. Elle me regarde un instant sans rien dire, ses yeux plongés dans les miens comme si elle tentait d’y déceler quelque chose.

Sa main glisse ensuite vers ma joue, mon coup, puis mon épaule, auquel elle s’y accroche. Un petit soupir lui échappe comme si elle était déçue.

 

— Qu’est-ce qu’il t’arrive ? je demande d’une voix calme.

 

Son pouce revient tracer le contour de ma mâchoire carré rasé de près. Un air songeur se dessine sur ses traits.

 

— J’ai l’habitude d’observer les gens, leur expression, de capturer la moindre émotion qui peut se glisser derrière un sourire, un regard, et toi… quand je regarde tes yeux, je remarque qu’ils sont vides. Tu ne laisses rien paraitre, comme si tu ne ressentais rien.

 

— Je ne ressens pas rien, je la coupe sur la défensive.

 

Ne gâche pas tout avec des questions stupides.

 

— Pourtant, tu as les yeux vides de toutes émotions. J’ai rarement vu ça.

 

Je la dévisage en essayant de cacher mon malaise et mon agacement. J’en ai assez qu’on me dise ça. Je ne suis pas vide à l’intérieur, simplement… j’ai appris à contrôler ce que je ressentais. Parfois, j’oublie simplement qu’il faut ressentir pour vivre. Qu’elle se rassure, à cet instant, j’ai vécu et ressenti, en elle et contre elle.

 

— Je disais juste ça comme ça, souffle-t-elle, je trouve ça dommage que de si beaux yeux verts n’en disent pas plus sur toi.

 

Ezra me sourit, mal à l’aise, comme si elle avait l’impression d’avoir dit une connerie. Ma sœur me dit la même chose, qu’au fil des années, de la formation et des missions, j’ai perdu un semblant d’humanité, des détails qui font de vous, l’homme qu’ils connaissaient.

Un silence gênant

Je cherche quoi dire pour ne pas rester sur cette note négative, mais la photographe est plus rapide que moi pour embrayer sur un nouveau sujet.

 

— Tu rentres avec moi ou je te dépose quelque part ? me questionne-t-elle.

 

Je croise de nouveau son regard, il est désolé. Je n’ai pas envie d’y voir ça en la dévisageant. Elle est trop adorable pour ça.

 

— Je ne suis pas rentré deux jours plus tôt pour aller à l’hôtel, crois-moi, je réponds sur un ton suggestif.

 

Même si au départ, c’est ce que j’avais prévu avec les gars.

Les fois où notre jour de repos est validé, on part crapahuter dans les environs. On aurait sans doute fait la même chose si elle n’avait pas débarqué comme ça. Là j’ai d’autres plans en tête avant de reprendre.

Ezra se remet à sourire, son visage rond et chaleureux s’illumine.

 

— C’est la réponse que j’attendais, tu sais dans quoi tu t’embarques au moins ? m’interroge-t-elle.

 

Je récupère mon pull jeté sur la planche arrière et l’enfile en riant. Elle me passe le mien pour que je fasse de même.

 

— Dans une folle histoire remplie de sexe avec une dingue ?

 

Ezra éclate de rire à son tour, elle m’envoie un coup dans l’épaule en signe de protestation.

 

— Y’a des chances, mais le plus taré de nous deux, reste le malade qui est capable de signer un contrat sans savoir ce qu’il contient, renchérit la Corse avec assurance.

 

Je la dévisage, surpris.

 

— Comment t’as su ça ?

 

Ezra remue les épaules en prenant un air innocent. Je commence à bien l’aimer, il a quelque chose d’excitant.

 

— Mystère.

 

— C’est Vadik pas vrai ?

 

Elle repart dans un rire sincère en hochant la tête.

 

— Ton pote est vraiment bavard.

 

Sa main se glisse autour de ma nuque, elle se penche vers moi pour m’embrasser. Sa bouche s’écrase contre la mienne pour un baiser furtif et rapide, mais bon.

J’y mets fin avant de la faire basculer sur cette maudite banquette pour la prendre de nouveau.

Mon front se pose sur le sien alors que j’essaie de garder un semblant de maitrise. Les yeux clos pour reprendre le contrôle.

Rares sont les femmes capables de me pousser à bout aussi facilement.

Ce n’est pas bon, mec.

On termine de se rhabiller avant que quelqu’un ne décide de jouer les curieux.

 

— Qu’est-ce qu’on fait ? me demande-t-elle d’une voix rauque en enfilant sa deuxième botte.

 

— Maintenant ? je l’interroge à mon tour.

 

On s’en va du parking de la damnation, où une contravention pour exhibition est proche.

 

— En général ? poursuit Ezra en mettant de l’ordre dans ses cheveux.

 

Je me fige un instant en y songeant. Question complexe qui ne peut pas avoir une réponse sans réflexion au préalable.

 

— Je ne sais pas, mais c’est plutôt…

 

— Ne dis pas sympa, je ne suis pas la serveuse, plaisante-t-elle.

 

Je lève les mains en signe de défense pour montrer ma coopération.

Le silence revient, nous restons assis l’un à côté de l’autre, perdus dans nos pensées quelques minutes.

 

— Pourquoi t’es venue me chercher à l’aéroport Ezra ? je finis par déclarer.

 

Ezra n’hésite pas un instant en déclarant avec naturel :

 

— Parce que j’en avais envie.

 

Elle se penche vers moi en souriant. Je sens la légèreté la gagner.

 

— Et parce que… je trouvais ça sympa de te surprendre.

 

Un rire nous gagne, je crois que le terme « sympa » est à bannir pour un moment si on veut garder notre sérieux.

 

— T’avais surtout envie de gérer les choses à ton rythme, je lance en levant un sourcil.

 

— Aussi. Mais je doute que ça te dérange pas vrai ? T’es pas le genre de gars à te torturer l’esprit avec des détails pareils. Tu vases au plus simple ?

 

Il y a de l’ironie dans sa voix. Un pic en vaudra un autre prochainement.

 

— Exact.

 

— Finalement, t’es plutôt chanceux, Repman, tu t’es dégotté la perle rare, plaisante-t-elle.

 

La photographe se penche pour chercher les clés que j’ai jetées sur le sol de la voiture en entrant, elle les trouve rapidement.

Je la retiens par le bras avant qu’elle ne sorte de la voiture.

 

— Ezra ?

 

Elle se tourne vers moi en souriant.

 

— Oui ?

 

— J’ai baisé la serveuse, mais je ne lui enverrais pas de carte à elle.

 

Comprends ce que j’essaie d’insinuer ma belle.

Ezra se fiche en me dévisageant. Elle perd son sourire comme si elle faisait le lien avec les quelques mots balancés comme ça, sans réfléchir. Pourtant c’est vrai, je trouve Ezra attachante, elle possède un je ne sais quoi qui me plait en plus de m’intriguer. Elle aurait été comme les autres, je l’aurais oublié après cette nuit, mais elle m’a piqué au vif avec un je ne sais quoi et nous y voilà.

 

— Dois-je comprendre que j’ai dérobé ton petit cœur ? finit-elle par murmure doucement.

 

— Comprends que je ne comprends pas ce qui se passe, mais ça ne me dérange pas de passer du temps avec toi, je réponds avec sérieux.

 

Son regard ne quitte pas le mien lorsqu’Ezra se met à me sourire de nouveau.

 

— Comprends que j’aime ça aussi aussi étrange que ça l’est, j’ai aimé correspondre avec toi.

 

— T’as lu mes lettres.

 

Un rire lui échappe.

 

— Tu pensais sérieusement que j’allais les jeter comme un bouquet de fleurs pourris qu’un ex acharné nous enverrez ?

 

— Pourquoi pas.

 

Elle est imprévisible, elle m’a raccroché au nez alors que j’ai fait exprès de me rendre au bord où je l’ai rencontré pour espérer la voir. Ma fierté en a pris un coup, moi qui ne fait jamais ça habituellement.

 

— Non, je les ai lus, et ça m’a plu de voir que t’étais plus bavard à l’écrit qu’à l’oral. Au fait…

 

Ezra fouille dans la poche arrière de son jean, elle en sort un polaroid qu’elle me tend.

 

— Celle-là, je devais la joindre à l’une de mes lettres, mais j’ai pensé que le gars qui vérifie ton courrier aller se la garder pour lui.

 

Je récupère l’image en me demandant qu’est-ce qu’elle a bien pu faire… et j’ai la réponse. Mes yeux s’écarquillent, avant que le rire l’emporte.

 

— Bon, c’est pas le tien de rouleau de printemps, mais à quelques détails prêts…

 

Je scrute avec attention l’image d’elle en train de manger un rouleau de printemps, son regard sur la photo est rempli de malice.

L’imagination d’un gars en manque serait très fertile avec un tel cliché.

 

— On t’a déjà dit qu’il te manquait une sacrée case ? je lance avec humour.

 

Ezra m’offre un clin d’œil en ouvrant la porte.

 

— Ça va te faire drôle de me côtoyer dans ce cas, monsieur le caporal qui aime la discipline, le contrôle et l’ordre.

 

— Ça ne va pas de mal surtout.

 

— Tu conduis ? me demande-t-elle, en me tendant les clés.

 

— Oui.

 

Ezra me les lance, je les attrape au vol.

Nous récupérons nos places à l’avant dans le silence.

En conduisant, je réfléchis à ce qui est en train de se passer. Je n’avais pas prévu de tomber sur elle ni m’attacher en quelque sorte. Je ne comprends pas pourquoi je me sens heureux de la voir et de l’entendre parler de tout et n’importe quoi avec une telle facilité. Je me contente d’apprécier, parce que c’est simple et bon.

 

AMHELIIE