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30/08/2016

Free Fallin, chapitre 23 - Vanya


 

Je finis de poser la dernière ardoise, cette partie du toit sera au moins neuf, quand au reste je m’en occuperai petit à petit. Je descends sur l’échelle, Max est déjà en train de s’arroser avec le tuyau du jardin. Il fait chaud, très chaud et si je n’espérais pas de pluie pour aujourd’hui je n’espérais pas non plus une chaleur de cette envergure.

 

-Je prévoyais de cramer sur une plage des caraïbes pour mes vacances, par sur un toit de l’Alabama.

 

J’arrache des mains de Max le tuyau pour m’arroser à mon tour et calmer ma peau en feu.

 

-Vous partez quand ? je demande

 

Je pose ma casquette et passe la tête sous l’eau froide en gémissant de bonheur. J’ai bien cru cramer sur ce toit et je ne remercierai jamais assez Max de m’avoir aidé, seul j’y serais encore.

 

-Vendredi.

 

J’éteins l’eau, on se dirige vers la table à l’ombre de la cabane, je me laisse tomber sur un fauteuil pendant que Max sort des bières de la glacière. Il m’en tend une puis lui aussi s’assoit.

 

-Tu devrais essayer un jour, il lance en décapsulant sa bière avec un briquet.

 

-Quoi ?

 

-Les vacances Vanya.

 

Je bois une gorgée fraiche qui me fait autant de bien que le jet d’eau.

 

-Tu sais combien ça coute un toit ?

 

-Cher.

 

-Voilà où passe mes vacances.

 

-Cette braque est un gouffre, elle ferait mieux de la revendre.

 

Je fixe la maison de ma mère, elle est imposante et bien trop couteuse en entretien vu son état mais c‘est sa maison. C’est tout ce qui lui reste, jamais elle ne la vendra et jamais je ne l’inciterai à le faire. Elle s’est raccrochée à cette maison après mon père, c’est son dernier lien avec sa famille et je peux comprendre qu’elle y soit attachée.

 

-Tu vois l’arbre au fond du jardin ?

 

Je tends la main pour montrer à Max le grand pin des marais.

 

-Mes arrières grands parents, mes grands parents et mon oncle sont enterrés ici. Elle mourra dans cette maison comme le reste de sa famille.

 

-Et toi aussi ?

 

-Probablement, dis-je en riant.

 

A vrai dire je ne vois pas si loin, je ne me vois pas perdre ma mère et vivre ici sans elle.

Max sirote sa bière en silence, je fais pareil en tentant d’ignorer la peau de mon dos qui brule. Je ne sais pas ce qui est pire au final la pluie, ou le soleil. Ce que je sais c’est que même si j’adore Max et qu’il m’est plus utile que Jessa, j’ai largement préféré réparer le toit avec elle. Je sort mon portable et vérifie mes messages, en espérant vainement un signe de sa part mais quand Jessa a décidé quelque chose elle s’y tient et je n’ai pas de nouvelles d’elle depuis ce weekend. Elle est forte, bien plus que moi qui résiste à l’envie de l’appeler tant bien que mal. Elle me manque. Je range mon portable et relève la tête sur Max qui m’observe.

 

-Alors, Jessa ?

 

Je souris contre le goulot de ma bière en voyant son regard inquisiteur un brin amusé.

 

-Tu te l’es faite ! Je croyais que c’était le genre de fille qui mérite une vie entière ?

 

-Et on ne couche pas avec ce genre de fille ?

 

-Si, mais quand c’est le cas on n’a pas l’air au 36 eme dessous.

 

Je fronce les sourcils en finissant ma bière, je ne suis pas mal, juste triste. J’ai l’impression de passer à coté de quelques choses qui ne reviendra pas.

 

-Qu’est ce qu’il y a Vanya ?

 

Je me tourne vers Max l’envie de tout balancer me prend aux tripes, de vider ma vie entière comme on descend une bière pour me sentir bien. Mais ça n’implique pas que moi, plus maintenant.

 

-Elle a un mec.

 

-Quoi ?

 

Max me fixe la bouche ouverte, ce qui me fait rire, je ne sais pas à quoi il s’attendait mais il est vraiment surpris.

 

-T’es tombé amoureux d’une femme déjà casée ?

 

-C’est ça.

 

Je suis tombé amoureux comme un con de la seule fille que je ne peux pas avoir. Mais on ne choisit pas ces choses là, on ne les voit pas venir et on peut seulement subir. Je sais aujourd’hui que faire l’amour peut faire mal, que ça peut nous briser autant que ça apporte du plaisir. Je n’aurais jamais cru que c’était possible, mais être amoureux change beaucoup de choses. Ca change tout en fait, ça change la vision du monde, de ce qui m’entoure et de ce que je pense de moi. Etrangement je ne me sens plus comme un intrus dans ma propre vie, quand je suis avec elle je suis moi dans ce qu’il y a de plus étrange et secret et ça me rassure de savoir que quelqu’un d’autre porte mon secret et qu’il est capable de l’accepter.

 

-Jamais je n’aurais pensé à toi dans le rôle de l’amant.

 

-C’est pas ça.

 

-T’appel comment un mec qui couche avec une femme déjà prise ?

 

Je soupire, vu ainsi, ça fait gros dégueulasse alors que c’est tout sauf ça. Pour moi ce n’est pas de cette façon que je vois notre relation. Elle peut paraître adultère mais dans mon esprit Jessa n’a trompé personne.

 

-C’est plus compliqué, Max.

 

-C’est toujours plus compliqué que ça en a l’air Vanya, mais les drames et les histoires tordus ce n’est pas toi.

 

Il n’a pas tort, ma vie est simple, mes relations sont simples et me prendre la tête ne fait pas partie de mes objectifs, mais rien de tout ça ne préserve de l’amour quand il débarque. Je fixe mon ami en me demandant si lui connaît ce genre de choses.

 

-T’as déjà trompé Piper ?

 

Max se met à rire, puis il se lève pour aller chercher d’autres bières. Il m’en tend une en revenant à table et je commence à me demander si il va me répondre.

 

-Les déplacements quand t’es marié c’est vraiment la merde. Au début de notre mariage, je suis partie à Los Angeles je devais rester une semaine, finalement ça c’est prolongé en un mois. Un mois loin de ta femme c’est long crois moi. Il y avait une collègue du bureau de L.A, jeune, jolie et qui me faisait clairement du rentre dedans.

 

-Max, je le coupe, je ne veux pas connaître les détails.

 

-Laisse moi finir, dit-il en levant la main, on était seul à l’étage à tenter de finir ce putain de projet qui n’en finissait pas et les choses ont commencé à dégénérer. On s’est embrassé, j’étais excité, énervé et clairement en manque de sexe. Mais j’ai arrêté avant d’aller trop loin. Je suis rentré à l’hôtel, dégoutté, encore plus énervé et en manque, déçue de moi et de mon comportement parce que j’aime Piper, je l’aime comme un dingue et lui faire ça n’a jamais était mon intention.

 

Il décapsule sa bière alors que j’attends la suite de son histoire, pour savoir si je vais pouvoir regarder Piper dans les yeux sans me sentir coupable de ce que son mari cache.

 

-Tu sais ce que j’ai fait après avoir pris une douche et m’être branlé à m’en faire saigner ? J’ai appelé ma femme et je lui aie tout raconté. Jamais je n’aurais pu rentrer et lui cacher ce que j’avais fait. Je n’étais pas encore devant elle que je me sentais minable.

 

Max boit une gorgée de sa bière en souriant.

 

-Je crois que sur le coup elle était trop choquée pour me dire quoi que ce soit. J’ai passé la pire de nuit de ma vie d’homme marié ce soir là. J’ai pas fermé l’œil et le lendemain matin quand on a frappé à ma porte je m’attendais à voir la collègue avec qui j’ai failli couché la veille, mais c’était ma femme. Le sexe avec Piper c’est génial, mais ce jour là, c’était démentiel. Peut être le manque, peut être le fait qu’elle ait eu peur mais putain que c’était bon ! J’ai pris ma journée et on n’a pas bougé de la chambre. Le lendemain elle est repartie et on n’a jamais plus reparlé de cette histoire. Maintenant c’est devenue un jeu entre nous, quand je pars en déplacement que ce soit une semaine ou un mois, elle vient, on fait l’amour et elle repart.

 

-T’as une femme géniale.

 

-Et je remercie dieu chaque jour pour ça.

 

Il lève sa bière et on trinque. J’ai toujours pensé à eux comme un couple heureux et ce que je viens d‘entendre le confirme. Ils s’épaulent l’un l’autre et se font confiance. Avant Jessa je n’ai jamais espéré ce genre de relation, celle où l’on peut se sentir totalement libre. Chaque jour je côtoie des dizaines de personnes, certaines deviennent des amis, d’autres de simples connaissances et pour certaines ça n’ira pas plus loin qu’un aller à l’aéroport. J’aime toutes ces relations, étranges, rapides, éphémères et qui ont leur lot de surprises, mais l’amour, le vraie celui qui prend aux tripes et me rend à la fois fort et faible jamais je n’aurais cru le croiser. Et pourtant il est là, sans y être, il est dans mon cœur et il me rend libre autant qu’il me fait peur parce que je ne veux plus ressentir ce que j’ai sentie quand mon père c’est fait arrêter. L’abandon. Malgré moi, malgré le fait que je le savais, malgré tout, c’est ce que je ressens. Je me sens comme ce gamin qui ne comprend pas ce qui lui tombe dessus et qui tente de garder la tête hors de l’eau, qui essaye de faire le tri sur ce qu’il sait et sur ce qu’il croyait savoir. Et c’est douloureux. Ca fait mal d’aimer et de devoir rester sur la touche, d’être moi aussi enfermé, pas derrière des barreaux mais derrière une décision qui ne m’appartient pas. Je suis patient, mon père m’a appris la patience, à force de le côtoyer et d’espérer obtenir autre chose qu’une conversation stérile. Mais avec Jessa, peut être que ma patience sera notre fin, peut être que lui laisser cette distance qu’elle veut, m’en privera à jamais.

Je ne sais pas, je suis perdu et cette après midi quand je la croiserai, je sais que je ne pourrais pas rester à l’écart et faire comme si cette femme n’avait pas pris toute la place dans ma vie en la laissant simplement vivre sans moi à ses cotés.

 

 

***

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J’enfile ma casquette en descendant du taxi. Les pas de Jessa sont rapides et même si je ne distingue pas très bien son visage à cette distance je sais que quelque chose ne va pas. Elle ne va jamais bien quand elle sort d’ici, comme si à chaque fois elle laissait un bout d’elle même derrière ces barreaux. Et c’est le cas, on laisse toujours une part de nous au près de la personne qu’on vient voir. Je ferme la portière et m’appuie contre le capot en l’attendant. Mon cœur est aussi rapide que ses pas, il se demande ce qu’elle va faire. M’ignorer ou venir me parler ?

 

J’inspire en la regardant passer la dernière grille, son corps a l’air tendue et prêt à exploser. Je me remémore notre nuit, sa façon de faire l’amour, de s’abandonner à moi, de laisser son corps ressentir autre chose que de la solitude et d’en profiter à cent pour cent parce que ce serait l’unique fois où elle se laisserait aller de cette façon. Je ferme les yeux un instant en pensant à son regard dans la cuisine, ses yeux qui pleurent, cet air perdue qui restera dans ma mémoire comme l’image d’elle que je voudrais effacer. La voir si malheureuse alors qu’on venait de faire la plus belle chose qu’il puisse se passer entre un homme et une femme qui s’aime.

J’ouvre les yeux en pensant à ma rencontre un peu étrange avec Dean. Je me demande s’il lui a dit qu’il m’a croisé chez elle. J’ai pris mon temps ce matin là, j’ai fait le tour de chez Jessa, j’ai vue les photos d’elle avec Jay, de son sourire confiant à ses cotés et de l’amour qu’elle lui porte. J’étais jaloux. Même si elle m’a dit qu’elle m’aime autant que lui, je n’ai pas la chance d’avoir Jessa comme lui l’a eu toutes ses années.

Dean est entrée alors que je prenais un café dans la cuisine silencieuse et que je fixais ce sol en repensant à son corps sur le mien et a combien j’ai aimé ça. Il m’a regardé avant de sourire en me disant qu’il supposait que je n’étais pas un cambrioleur. Il a pris un café à son tour, il s’est installé à table avec moi et on a parlé. De Jessa, de ce qu’il est pour elle et de ma place dans sa vie. Dean est sympa, surement l’ami qui fait du bien, celui qui ne se prend pas la tête et fait en sorte que les moments avec lui soient bons.

 

Jessa arrive sur le parking, je me redresse du capot en voyant ses yeux, cette fureur dans son regard et dans tout son corps tendue. Quelque chose ne va pas. Ce n’est pas habituel, normalement dans le pire des cas elle est dévastée et dans le meilleur simplement triste. Mais aujourd’hui elle est en colère. Elle me regarde et se détourne rapidement. Je la laisse faire, même si j’ai envie d’aller vers elle, de comprendre pourquoi elle est dans cet état, je lui aie dit que j’attendrais qu’elle vienne d’elle même. Elle ouvre sa portière, le soleil fait briller ses longs cheveux blonds lâchés dans son dos, elle jette son sac dans sa voiture, je m’attends à la voir monter mais elle ne le fait pas. Elle claque la portière et se dirige vers moi. Je la regarde avancer, je ne l’ai jamais vue comme ça, la rage qu’elle dégage me fait un drôle d’effet, elle me terrifie et m’excite en même temps.

 

-Pourquoi on fait ça ? elle demande une fois plantée devant moi à un mètre.

 

-Quoi ?

 

-Pourquoi on tue des gens Vanya ? Pourquoi !?

 

Elle crie et son visage fermé laisse passer quelques larmes. Je tente un pas dans sa direction mais elle tend la main pour me maintenir à distance.

 

-Pourquoi on pense que c’est la solution !? Ça n’a pas de sens !

 

Je la dévisage, elle essaye de rester maitre d’elle même mais elle est tellement en colère que son corps tremble. Je fourre mes mains dans mes poches pour m’interdire de la toucher et la laisser déverser sa rage.

 

-On ne peut pas faire ça ! Je ne les laisserai pas faire ! Ils n’ont pas le droit ! On n’a pas le droit bon dieu de tuer comme ça, de…

 

Sa phrase se termine dans un sanglot et tant pis si elle ne veut pas que je la touche, je ne peux pas simplement rester là et la regarder pleurer. Je fais le pas qui nous sépare et attire son corps contre le mien. Elle crie, un cri de désespoir. Elle frappe mon torse et je la serre malgré tout. Elle hurle encore et encore, son mal être me brise le cœur et je comprends ce qu’il s‘est passé derrière ses murs. Jessa finit par arrêter de me frapper, je resserre ma prise sur elle et la serre autant que je peux pour lui montrer que je suis là. Elle pleure en criant, comme si elle cherchait de l’air dans chaque cri qu’elle pousse. Son corps fini par lâcher et je la soulève dans mes bras.

 

-Je suis là Jessa, je murmure à son oreille.

 

Jessa enroule ses jambes autour de moi et je nous fais glisser au sol contre la voiture en face de la prison pour qu’elle ne la voie pas.

 

-Ils vont le tuer Vanya…ils vont le tuer…

 

Elle redresse son visage, ses beaux yeux verts que j’ai vue animé de la plus belle des façons ont l’air mort à présent.

 

-Pourquoi ils font ça Vanya, pourquoi ils veulent le tuer…ça n’a pas de sens, je ne veux pas qu’ils me le prennent…je ne veux pas…

 

Je déglutis, le vent vient souffler dans ses cheveux et me cache quelques secondes son visage alors que je n’ai pas de réponses à ses questions. Les seuls que je pourrais dire seraient cruels et certainement pas ce qu’elle a envie d’entendre. Parfois, il n’y a pas de réponses, parfois le silence est la seul des réponses acceptables. Mais Jessa attend autre chose de moi, elle attend des solutions que je n’ai pas, mais comme toujours Bob Dylan est là. Je prends son visage entre mes mains, elle me regarde avec espoir comme si je pouvais lui donner les clés qui libéreraient Jay, mais je n’ai rien de tout ça. Je n’ai pas de réponses et encore moins de solution, j’ai seulement mon envie de la voir sourire.

 

-La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent.[1]

 

Jessa me sourit tristement puis son visage vient se poser contre mon torse. Elle pleure en silence et si elle est triste je sais que cette détresse va lui servir. Elle se relèvera et elle entamera se combat perdue d‘avance. Elle tentera par tous les moyens de mettre fin à cette peine qui va la priver de Jay. Mais c’est inutile, ils le tueront quand même.

 

[1] « Blowin' In The Wind » Chanson de Bob Dylan - Freewheelin' - 1963

 

 

Maryrhage

 

29/08/2016

19)


 

 

Nos lèvres se retrouvent enfin et la chaleur explose en moi. Toute ma raison et mon self-control se mettent sur pause. Je ne pense qu’à Vic et à ce désir hardant qui s’est ranimé entre nous et à l’envie que j’ai de m’enfouir en elle pour calmer ce feu.

J’embrasse Vic comme si ma vie en dépendait, comme si son souffle était l’air dont j’avais besoin. Et elle fait de même.

Vic répond à chacun de mes baisers, avec cet empressement et cette passion qui m’a toujours dévoré de l’intérieur. Quand il n’y a que nous, nos deux corps l’un contre l’autre qui arrive au point de rupture.

Ma queue se raidit, ma respiration devient plus irrégulière et les battements de mon cœur résonnent dans ma tête.

Ma langue dessine le contour de sa bouche, ses lèvres sont douces et pulpeuses, on a envie de les dévorer.

Je savoure chacune de ses sensations, mes mains glissent le long de son dos, sur ses fesses que j’agrippe, j’attrape ses cuisses, et la hisse dans mes bras. Ses jambes se nouent autour de ma taille, Vic vient se frotter contre mon érection, son souffle chatouille ma peau, nous ne réfléchissons plus.

J’ai besoin de l’avoir près de moi, contre moi.

Sans perdre notre temps, je nous conduis tant bien que mal vers ma chambre. À aucun moment, nos bouches se séparent. Et j’aime ça, retrouver ce lien fort qui nous unit.

Mon dos heurte la porte, je l’ouvre d’un geste brusque du pied en gardant Vic contre moi. J’aime la sensation de l’avoir collé, ses bras noués à mon cou, et son entrejambe qui s’emboite parfaitement contre la mienne.

Je n’ai jamais voulu quelqu’un aussi fort qu’elle.

La pièce est dans la pénombre, mais nous y voyons suffisamment. Vic a toujours préféré faire l’amour dans la pénombre, par timidité sans doute, mais un simple éclat de lumière peut rendre le moment brulant et intime.

Je veux que Vic se sente bien et à l’aise. J’ai vu dans ses yeux, cette lueur qui a hanté mes nuits, cette envie et ce désir qu’elle éprouvait pour moi.

Je romps notre étreinte un instant, le temps d’enlever toutes ces couches de vêtements qui ne nous servent à rien. Vic redescend sur terre, ses deux pieds touchent le sol, elle tremble autant que mes mains qui saisissent son visage pour l’embrasser de nouveau. Je n’en ai pas assez de cette bouche que j’ai tant de fois regardée avant de l’obtenir.

 

— C’est si fort… chuchote Vic contre mes lèvres.

 

Je ferme les yeux un instant en acquiesçant. Le désir qui nous prend aux tripes, et cette impression que notre cœur va exploser. C’est aussi douloureux que jouissif comme sensation, mais pour rien au monde je n’arrêterai si Vic ne me le demande pas.

 

— Ça fait tellement longtemps que je veux te retrouver ainsi, je murmure à mon tour dans un souffle.

 

Pouvoir redécouvrir son corps, le toucher, l’aimer comme j’avais pu le faire. L’entendre soupirer de plaisir et frémir sous mes caresses, me fondre en elle avec cette aisance, comme si elle avait été créée pour qu’on soit deux pièces qui s’assemblent à la perfection.

Je suis persuadé qu’il existe sur cette terre, une personne faite pour nous. Un idéal qui nous ressemble, un double de sexe opposé. Une âme sœur.

Vic est mon âme sœur, je l’ai toujours su. J’ai vécu et ressenti des choses avec elle, que je n’ai plus jamais retrouvées avec une autre personne.

D’une main tremblante je caresse ses cheveux bruns qui dégagent une odeur enivrante. Mon érection se durcit un peu plus, je sens la tension devenir de plus en plus intense.

Je déboutonne les premiers boutons de ma chemise, avant de la retirer. J’en fais une boule et l’envoi à l’autre bout de la pièce. Une fois torse nu, je glisse de nouveau un bras autour de la taille de Vic pour la rapprocher de moi. Ma main libre trouve la fermeture éclair de sa robe (ROUGE ?), je commence à la descendre quand le soin de sa voix m’arrête.

 

— Reagan… souffle Vic en posant

 

Je me fige, et baisse les yeux vers elle, et je vois ce qu’elle vient elle-même de découvrir.

Ses doigts tracent le contour de son prénom gravé à l’encre noire sur mon pectoral gauche, juste au-dessus de mon cœur.

Vic lève ses yeux bleus vers les miens, j’y lis la surprise, mais également son trouble, elle doit se demander, pourquoi. Il y a une raison à ça.

 

— Tu n’as jamais quitté mon cœur, Vic, tu as toujours eu ta place ici, et tu l’auras toujours. On ne peut pas oublier ceux qu’on aime, et je ne t’ai jamais oublié.

 

Pas un seul instant, pas une seule fois. J’ai aimé faire l’amour avec d’autres femmes, mais aucune ne m’a fait aimer l’amour comme Vic. Elle a quelque chose d’unique que je n’ai jamais retrouvé avec les autres. Cette part d’elle qu’elle m’offrait à chaque fois qu’il n’y avait que nous.

 

— Tu as mon prénom ici, murmure-t-elle en caressant ma peau.

 

Son contact est électrique et attise un peu plus le feu en moi. Je prends sur moi pour ne pas retirer sa robe, baisser mon pantalon et m’enfoncer en elle pour nous faire soupirer d’un contact depuis trop longtemps inexistant.

 

— Oui, je l’ai fait juste après ton départ. J’en avais tellement besoin Vic, j’avais tellement besoin de toi, j’explique douloureusement.

 

Et c’est vrai. Quand elle est partie, j’ai cru que j’allais crever de sa perte. J’avais le sentiment qu’elle était définitive, que plus jamais, je ne reverrais son visage magnifique, plus jamais je n’entendrais son rire, le son de sa respiration qui s’enroue lorsqu’elle est au bord du gouffre. Plus jamais je ne sentirais l’odeur de sa peau, son parfum naturel. Elle serait un énième élément du passé.

J’avais peur de l’oublier, d’oublier ce qu’il se passait en moi lorsque je la regarder. J’aimais tellement ces papillons dans le ventre et cette impression que rien au monde ne pourrait me rendre plus heureux que la présence de Vic. À l’époque, je n’arrivais pas à mettre des mots sur l’amour. Quels étaient les signes qui nous indiquaient qu’on aimait quelqu’un ? Je n’avais pas de comparaison de l’amour avant Vic, ce n’est qu’après elle que j’ai compris qu’aimer quelqu’un ne pouvait pas être réellement définie. On aime, tout simplement, on le sent, et on le sait au fond de soi même. Quand on aime, une part de nous-mêmes se mélange avec l’autre personne, voilà pourquoi on a l’impression qu’il nous manque quelque chose lorsque tout s’arrête.

Tatouer son prénom sur mon corps a figé la douleur dans mon cœur. À chaque fois que je le voyais, les battements devenaient plus irréguliers, faisant naitre de nouveau ces fameux papillons au creux de mon être et nos nombreux souvenirs ensemble, les bons, et les moins bons. Et lorsque j’avais mal, je n’avais qu’à fermer les yeux et toucher ce prénom, et la sensation d’être ensemble me revenait. Vic était là avec moi, et je savais que ça irait.

Je n’ai jamais regretté de l’avoir fait. Cette énième marque est en réalité la meilleure qu’on ne m’a jamais fait, celle qui me prouvait les jours sombres qu’il y a avait toujours de l’espoir.

Vic se penche et dépose sa bouche sur les lettres. Un frisson gagne ma peau alors que ses mains glissent le long de mon torse.

Sans doute que nous ne devrions pas faire ça. Mais je n’arrive pas à me convaincre de ne pas le faire.

Vic se hisse sur la pointe des pieds pour embrasser chastement mes lèvres avant de s’écarter d’un pas. Elle bute contre le rebord de mon lit, un sourire se dessine sur mon visage devant sa maladresse. Lentement, et avec une assurance un peu maladroite, Vic enlève ses chaussures. Le rouge lui monte aux joues lorsqu’elle glisse ses mains dans le dos pour terminer de retirer sa robe. Cette dernière glisse naturellement le long de ses jambes, mon regard suit le mouvement du tissu et mon cœur palpite en la découvrant. Vic est magnifique.

Elle finit en sous-vêtement noir, simple, ces derniers sont en contraste avec sa peau blanche. Instinctivement, elle couvre son ventre et ses seins, mais ça ne sert à rien. Sous mes yeux, j’ai exactement le souvenir de ses formes. La taille de ses seins, la douceur de ses tétons et leur couleur. Le creux de ses hanches et le gout de son intimité. Je me souviens de chaque détail.

Sans la quitter du regard, je défais la boucle de ma ceinture, descend la fermeture éclair de mon pantalon, avant de le retirer avec mes chaussures et chaussettes. Je me retrouve également en sous-vêtement avec une putain d’érection qui laisse peu de place au doute. Les yeux bleus de Vic atterrissent dessus, ils alimentent notre feu.

Au moment où je m’apprête à faire un pas vers elle, Vic retire son énorme bracelet de perles qu’elle pose sur le sol, sous le lit, comme pour ne pas le perdre. Lorsqu’elle se redresse, elle me tend son poignet, sa peau blanche est tachée de traits noirs qui captent instantanément mon attention.

 

— Moi aussi, j’en avais besoin, déclare-t-elle.

 

Je le saisis en douceur, et du pouce, je trace les lettres, nos deux lettres, un V et un R qui se nouent. Vic ne m’a jamais oublié et comme moi, elle a ressenti ce besoin de graver sa peau, de faire quelque chose de définitif.

C’est à cet instant précis, je percute que malgré la distance qui nous a séparait, malgré les années et la souffrance, notre nous existe toujours et il est plus fort.

Je romps le dernier pas qui nous sépare et me jette sur Vic, la faisant basculer sur le matelas du lit. Nos corps rebondissent, je la surplombe. Vic ouvre ses jambes pour m’y accueillir, une main se glisse dans son dos, je dégrafe son soutien-gorge. Ses bretelles se relâchent sur ses épaules, je pèse un peu plus sur son corps. Vic me regarde dans les yeux, et je n’y lis pas de peur, ni d’appréhension, c’est comme si nous n’avions jamais arrêté de faire ça. Ses doigts se glissent lentement dans mon caleçon, les miens jouent avec son soutien-gorge que je lui retire en douceur. La fraicheur de la chambre fait frissonner sa peau. J’envoie le bout de tissus rejoindre le reste, et redécouvre sa poitrine. Ses tétons pointent dans ma direction, je me penche et en saisit un dans ma bouche que je lèche et suce. Les doigts de Vic jouent à présent avec mes cheveux, un soupir de plaisir s’échappe de ses lèvres et j’en savoure chaque son. Je prends mon temps, je savoure le gout de sa peau, et ses réactions. Je fais trainer mes mains sur son corps, retrouve chacune de ses formes.

 

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Entre nous, il n’y a que la passion et le désir. Une douceur tendre, mais fiévreuse. Je sais que Vic n’est pas en sucre, et qu’elle mérite qu’on lui fasse l’amour comme on le fait à une femme comme une autre, et c’est ce que je compte bien faire. L’aimer simplement, à notre façon. En sachant très bien quelles sont nos propres limites respectives.

Ma langue passe sur ses tétons sensibles, puis lentement, j’embrasse le creux de ses seins, son ventre, tout en descendant vers son nombril. Je sens le regard de Vic sur moi, mais ce n’est pas de la suspicion, bien au contraire. Et j’aime savoir qu’elle m’observe, qu’elle tente d’imaginer ce que je peux lui faire.

J’embrasse son ventre, glisse ma langue dans son nombril faisant naitre des frissons sur sa peau. Un léger gémissement de plaisir s’échappe de ses lèvres enflées lorsque j’arrive à hauteur de sa culotte noire.

Nos regards se croisent et je vois la tension dans ses yeux.

 

— Est-ce que j’ai le droit ? je demande lentement.

 

Ses joues prennent des couleurs, et je la trouve adorable. Vic se mort légèrement la lèvre avant de répondre dans un souffle :

 

— Oui.

 

Et je m’exécute. Mes doigts passent sous le tissu que je fais glisser le long de ses jambes. Vic les soulève et m’aide à m’en débarrasser.

L’espace d’un instant, je la vois hésiter. Je peux la comprendre, ça fait des années qu’elle ne s’est pas retrouvée aussi proche d’un homme, dans une intimité où rien n’est laissé cacher à l’autre.

 

— J’en meurs d’envie de te retrouver, je lance d’une voix rauque pour la rassurer.

 

Contre sa jambe, j’appuie mes hanches pour lui montrer à quel point elle me rend fou.

J’ai aimé son corps de nombreuses fois, je l’ai aimé de différente façon, mais toujours avec tendresse, parce que Vic, ne mérite que ça.

Je me penche et embrasse son genou, puis sa cuisse et enfin le haut de son intimité, je souffle dessus pour l’inciter à écarter les jambes. Je veux l’embrasser ici aussi, savourer la chaleur de son sexe, son humidité, et voir Vic fondre sous mes caresses. Bordel, je bande comme un dingue rien qu’en y pensant.

 

— Je ne suis pas comme les autres filles, m’avoue-t-elle en se cachant le visage d’une main.

 

Je souris contre sa peau.

 

— Je n’en ai rien à foutre des autres, il n’y a que toi qui comptes. Et à mes yeux, tu es magnifique, alors le reste, je m’en fous. C’est juste toi et moi, et ce qu’il y a entre nous.

 

Je relève mon regard pour croiser le sien, et Vic m’observe déjà.

 

— Fais-moi confiance, c’est simplement moi, et jamais je ne te jugerais. Je te prends comme tu es, comme avant même si nous ne sommes plus les mêmes, certaines choses n’ont pas changé.

 

Je me souviens ce que ça faisait d’être près d’elle, contre elle, en elle. Cette sensation que plus rien d’autre n’existait autour, il n’y avait qu’elle et moi, loin de tout, du monde extérieur et de la réalité. Il n’y avait que la nôtre, et elle ressemblait à l’éternité.

Lentement, Vic écarte ses jambes, je me glisse entre elle, et l’instant d’après tout bascule. Ma bouche entre en contact avec son sexe, et plus rien d’autre ne compte que Vic. J’embrasse son intimité, y laisse courir ma langue dans chaque recoin. Je suce et mordille son clitoris, je le lèche avec patience et envie. Je prends le temps de redécouvrir chaque parcelle de son intimité, je savoure son gout et son excitation. Vic a envie de moi, et elle ne le cache plus. Ses doigts tirent légèrement dans mes cheveux alors que ses jambes se croisent sur mes épaules. Ses hanches se frottent contre ma bouche entreprenante. Je continue mon manège, alternant les suçons avec les coups de langue. Je pénètre son sexe de ma langue avant de revenir titiller sa zone sensible. Un râle de plaisir résonne dans ma chambre, la respiration de Vic se fait laborieuse alors que j’accentue le rythme de ma bouche sur son intimité. Deux de mes doigts se joignent à la partie, ils commencent à aller et venir en elle. Vic est brulante et humide. Je sens son sexe palpiter autour de mes doigts alors que je me concentre sur son clitoris.

Elle est au bord de l’orgasme, je le sens, je l’entends et bordel comme je bande de la voir s’abandonner à moi.

J’ai toujours été tendre et patient au lit. Je ne suis pas le genre d’amant à buriner de la chatte comme Parker. Certains diront que c’est dû à mon passé, et peut-être est-ce le cas, mais, qu’importe, aujourd’hui, je vois le sexe comme un moment de partage. Un moment qui amène au plaisir et à la jouissance, et je trouve qu’on peut être un très bon amant sans pour autant ressembler à un défonceur.

Un dernier mordillement, un dernier coup de lenteur, un dernier va-et-vient dans son sexe plus que prêt à m’accueillir et Vic explosent. Je la sens partir, et l’aide à atteindre le sommet en continuer de l’embrasser, ma langue se déchaine alors qu’elle jouit en étouffant un petit cri. Sa main tire mes cheveux alors que ses hanches se pressent davantage contre moi.

Mon regard ne la quitte pas un seul instant. Et bon sang comme elle est magnifique les yeux closent, la tête renversée en arrière, sa bouche légèrement ouverte, et cette couleur rosée sur ses joues. La jouissance lui va toujours aussi bien.

Je continue de la caresser jusqu’à ce qu’elle n’en peut plus, et qu’elle tente de s’écarter de moi. Je souffle sur son sexe sensible et meurtri par les assauts de ma langue. Je me redresse, rampe sur elle pour venir dévorer cette bouche qui me rend fou. Vic me rend chacun de mes baisers avec davantage de passion. Sa main dérive vers mon caleçon qu’elle baisse pour laisser s’échapper ma douloureuse érection qui ne demande que mon attention.

 

— Tu as ce qu’il faut ? me demande Vic contre ma bouche.

 

J’acquiesce en m’écartant d’elle pour ouvrir le tiroir de ma table de chevet et en sortir un préservatif. Je me redresse sur mes genoux, entre ses jambes. Sous le regard de Vic, je termine d’enlever mon caleçon, ma queue se dresse entre nous, fière et bandée. Je vois cette lueur étrange dans son regard qui m’est familier. La première fois que nous avons fait l’amour, j’ai ri parce qu’elle m’a chuchoté à l’oreille « tu crois que tout va rentrer ». J’ai aimé son innocence à cet instant, parce que cette simple question me prouvait qu’elle avait gardé un peu d’elle, malgré ce qu’elle subissait.

Je saisis mon érection en retenant un râle. Bordel, j’ai déjà eu la gaule comme maintenant, une trique d’enfer presque douloureuse tant l’envie me prenait aux tripes. Mon gland est tellement sensible qu’enfiler le préservatif me fait haleter. Ça fait un bail que je n’ai pas eu la sensation d’être aussi fébrile au pieu. Mais Vic est… Vic, elle fait naitre en moi des choses intenses.

Je déroule la protection toujours sous le regard observateur de Vic, je lui lance un clin d’œil ce qui la fait sourire avant de m’allonger de nouveau sur elle. Nos deux corps s’emboitent parfaitement. Je sens la chaleur de sa peau m’envahit, elle est si douce, si chaleureuse. J’ai toujours eu l’impression d’être aimé et choyé dans les bras de Vic. J’aime cette sensation divine d’être en sécurité, à ma place. J’aime l’avoir dans mes bras, putain. J’embrasse le bout de son nez, puis la commissure de sa lèvre, avant de mordiller son oreille droite.

 

— Tu crois que tout va rentrer ? je murmure à son oreille avec taquinerie.

 

Vic ferme les yeux en se mordant la lèvre pour se retenir de rire. Sa jambe gauche se relève sur mes hanches, modifiant l’angle de nos entrejambes. Ma queue vient se frotter contre son intimité sensible, lentement, je bouge mes reins pour la faire glisser. Mon gland s’appuie contre son clitoris, lui offrant une friction excitante.

Mais ce que j’aime surtout, c’est cette lueur dans son regard qui me hurle « encore ».

 

— Je te veux en moi, Reag, j’en ai tellement besoin que c’en est presque douloureux.

 

Je sais.

J’embrasse sa bouche de nouveau, c’est lent et enivrant, et j’aime ça. J’aime me pousser à bout, sentir la tension arrivée à son comble, et attendre le dernier moment pour basculer. Il n’y a rien de plus bon que ces quelques secondes avant d’obtenir ce qu’on veut tellement.

Je me place à l’entrée de son corps, même à travers la capote, je sens sa chaleur et son humidité. Je sais ce que c’est, de connaitre Vic sans latex, je n’ai jamais oublié cette sensation. Mais pour le moment, je préfère qu’on soit prudent, ce n’est qu’un détail.

J’attrape la main de Vic, nos doigts s’entremêlent, mon regard ne quitte pas le sien lorsque je la pénètre. Lentement, je prends mon temps et savoure le plaisir de la retrouver.

L’expression de Vic change, elle se crispe un peu, je m’arrête et l’embrasse, le temps qu’elle s’adapte à mon intrusion.

 

— Reag…

 

— Je sais.

 

Je sais que ça fait longtemps pour elle. Elle est tellement étroite, tellement serrée. J’ai l’impression d’être emprisonné. Je sens autour de ma queue son intimité se refermer. J’ai rarement senti une telle communion avec quelques.

Quelques minutes passent avant que je ne poursuivre, Vic se détend et s’ouvre à moi. Je m’enfonce en elle en remuant des hanches, de lent va-et-vient qui vient éveiller son sexe. Son souffle se fait plus rapide, son bras se serre davantage autour de mon cou, et nos doigts se lient plus.

Une fois enfoncé jusqu’à la garde, je me fige, tremblant. Je suis tendu à l’extrême, ma peau est en sueur, et je suis au bord de la rupture tant Vic est divine. Elle n’imagine pas ce que ça me fait d’être en elle, c’est tellement intense que j’en perds mes mots.

Nous restons quelques instants figés. Elle ne dit rien et moi non plus. On laisse faire les choses en savourant nos retrouvailles.

 

— Fais-moi l’amour, murmure-t-elle contre mes lèvres dans un souffle.

 

Et c’est ce que je fais. J’appuie mon front contre le sien, je reste immobile un instant pour savourer le moment avant de commencer le balancement de mes hanches. Ma queue sort du cocon chaud de son corps, pour mieux y revenir. Je commence un rythme langoureux, où nos deux sexes se frottent l’un contre l’autre, créeant une friction divine qui nous fait haleter.

 

— Oh bordel Vic, je jure contre sa bouche.

 

Ça fait tellement de bien d’être aimé, de se sentir aimer, et d’aimer quelqu’un de toutes les façons possibles et imaginables, surtout les imaginables.

Nous ne sommes pas pressés, et même si l’envie d’elle me tord l’estomac, je veux savourer l’instant.

Le temps défile avec une lenteur agréable, ma main libre la touche de partout alors que ma queue la pénètre avec plus de vigueur pour alimenter le feu en nous. Ma bouche embrasse son cou, ses lèvres. Je veux lui donner tout ce que je peux d’elle, comme si demain n’existerait pas. Pour moment, il n’y a que nous et ce désir qui me ronge.

Les minutes défilent, notre étreinte devient de plus en plus forte, et langoureuse. Mon érection l’enflamme, je sens Vic perdre de nouveau pied, son intimité palpite de plus en plus, m’enserrant.

Un gémissement s’échappe de sa bouche lorsque je m’enfonce en elle avec plus d’ardeur. Vic me supplie du regard de nous faire basculer pour étreindre ce maudit feu qui nous fait autant de bien que de mal, tant le plaisir est énorme, tant c’est géant de connaitre tout ce mix à nouveau, l’envie, le désir, la chaleur et ces papillons de jouissance en nous.

J’accélère une dernière fois le rythme, et Vic y réagit quelques instants plus tard. Elle se fige contre moi, ma bouche étouffe son cri de plaisir lorsqu’elle bascule. Son orgasme lui fait fermer les yeux, elle s’abandonne à moi comme elle le fait depuis le début, et la voir si belle et offerte confiante, me fait basculer à mon tour. Je jouis profondément enfoui en elle, mon corps se tend, je laisse échappé un grognement de plaisir. J’ignore combien de temps ce moment divin dur, longtemps, comme je l’espérais.

Puis, tout ce calme, et lentement, notre esprit se reconnecte. Je me laisse aller sur Vic, nos deux mains sont toujours enlacées. Ma tête vient se perdre dans son cou, je respire son odeur et savoure sa respiration saccadée. Vic me serre contre elle quelques instants avant que je ne sorte de son corps à contrecœur.

Je me débarrasse de la capote, m’allonge et attire Vic contre moi. Nos jambes s’emmêlent, et un silence apaisant s’installe. Nous sommes bien ainsi, l’un contre l’autre. Et je réalise que ce tremblement dans ma poitrine, cette force surhumaine qui m’a fait tenir tant de temps en captivité semblent toujours présente.

Il est là, au creux de ma poitrine, sous ton prénom.

Cette nuit, comparées à toutes les autres, nous avons le temps. Il n’y a pas de danger, pas de risque de se faire surprendre. On peut s’aimer sans crainte, librement, comme nous ne l’avons jamais fait auparavant. Et je compte bien savourer chaque instant, parce que j’ai conscience que demain, tout peut s’arrêter.

 

AMHELIIE

26/08/2016

18)


 

 

Je caresse doucement les cheveux de Reagan, comme par habitude. Il dort et je souris en regardant son visage posé sur mes cuisses. Il a l’air détendu alors qu’il y a une heure il est rentré dans cet état que je déteste, abattu, en colère et blessé. Je sais qu’il ne veut pas que je l’approche avant qu’il n’ait pris sa douche alors je me retiens de me jeter sur lui, de lui montrer que je me fous qu’il se sente sale, pour moi il ne l’est pas et ne le sera jamais, quoi que lui fasse Cooper.

Alors j’attends avec le peu de patience qu’il me reste à chaque réveil post drogue, que Reagan sorte, qu’il se sente prêt à ce que je sois là pour lui. Puis il franchit la porte et en un regard je sais ce qu’il attend de moi. Que je lui montre qu’il est toujours lui, tel qu’il était avant de partir et que je l’aime toujours.

Normalement, je m’approche de lui doucement, je touche sa peau, je le serre dans mes bras et lui répète inlassablement que je suis là. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui je me suis jetée dans ses bras en voyant son regard qui me fuyait, en voyant cette blessure à vif dans ses magnifiques yeux. Aujourd’hui je voulais qu’il comprenne que rien, jamais, ne le rendra différent à mes yeux. Reagan a fermé ses bras autour de moi et m’a serré aussi fort qu’il le pouvait et je me suis sentie rassurée. Qu’il soit là, quelque part sous sa souffrance qu’il aimerait me cacher, mais qui ne peut pas s’effacer sur une simple envie.

Reagan m’a entrainé sur le lit, je l’ai laissé faire, on s’est allongé dans les bras l’un de l’autre juste en se serrant et en partageant cette chaleur qui nous unit et nous maintient en vie. Il a finit par s’endormir, sans verser une larme, sans hurler, sans frapper, sans rien, comme on s’endort quand les émotions sont trop fortes et que notre corps demande à notre esprit de s’éteindre quelques instants pour souffler.

Je déteste quand il revient, je déteste le voir ainsi, je déteste qu’il se sente comme ça devant moi, je déteste tellement de choses ici… mais lui, je l’aime. Ça fait plus de deux ans maintenant qu’on cohabite, qu’on se voit évoluer, changer, grandir durement et qu’on se soutient. Le lien qu’on a créé durant ses deux années est beaucoup plus fort que n’importe quel lien qui dure depuis vingt ans dans le monde réel. On est unis par notre malheur, par ce qu’on traverse et qui renforce le besoin de l’autre.

Souvent je me demande si dans le monde réel ce garçon plein de vie se serait arrêté sur moi. S’il aurait pris la peine de vouloir connaître la fille un peu gauche qui rêvait du prince charmant ? Je l’ignore et même si une vie parallèle est dessinée quelque part où lui et moi sommes amoureux, ça ne change rien au présent et a ce qu’on vit maintenant.

On s’aime, ici et maintenant, et même si ce sentiment est autant effrayant que salvateur je ne peux pas l’ignorer. Je ne peux pas le regarder et me dire que je ne ressens rien qu’un petit attachement et de l’empathie pour lui. Mon corps crie qu’il a besoin de sa présence, mon âme hurle son envie de s’accoupler avec la sienne, de devenir ses âmes sœurs, ses deux doigts d’une main impossible à séparer. J’ai déjà cru être amoureuse, mais à côté de ce que je ressens pour le jeune homme qui dort sur mes jambes ce n’était rien.

Reagan m’apporte tellement, sans lui je ne serais plus là, peut être que physiquement je serais présente, mais mon esprit aurait dévié pour se protéger. Mais avec Reagan, c’est lui que mon esprit veut protéger, c’est pour lui qu’il reste conscient et qu’il se bat. Il me donne cette force d’être courageuse parce que lui aussi a besoin de craquer, lui aussi vit ces choses horribles et les supporte et de temps en temps il a besoin d’évacuer ce que son corps subit. Aimer me rend forte, mais aimer me fait aussi peur.

Si Cooper se rend compte de ce qu’on ressent, il en profitera pour nous faire encore souffrir, pour salir ce qui nous unit encore plus violemment et je ne le veux pas. Je veux garder ses moments avec Reagan où il n’y a que lui et moi et que le monde autour n’existe pas, je veux les garder par ce qu’ils sont ma seule source d’espoir. Sans eux, je sombrerais.

Alors on s’aime en se regardant, en se touchant comme avant, mais en prenant conscience que le corps de l’autre nous apporte du désir. En s’embrassant tard dans la nuit quand être trop proche ne nous permet plus de résister. On s’aime à notre manière, la seule possible pour garder cet amour pur. Pour que cette étincelle dans ses yeux quand il me regarde ne soit pas salie par d’autres tortures. Mais Reagan ne me touche pas comme un homme devrait toucher une femme. Il en a envie je le sais, je le sens autant que moi, mais quelque chose le retiens et j’ignore quoi. Peut-être moi, alors qu’il m’a vue subir Cooper, ou peut-être lui qui ne se sent pas digne de moi ou peut-être la peur d’aller trop loin et de ne pas pouvoir revenir en arrière.

Je ne devrais surement pas ressentir ces élans de désir pour lui, mais même là, alors qu’il dort avec sa bouche entrouverte j’imagine ma langue passer cette barrière et retrouver la chaleur de sa bouche. J’imagine ses mains qui me caressent, doucement, tendrement, avec tellement de dévotion comme si mon corps était un diamant rare que j’en frissonne d’envie. Les gestes de Reagan à mon encontre n’ont jamais rien eu de dure ou de violent, ils ont toujours été tendres et doux, et j’ai besoin de ça, d’autres choses que de la violence et de la douleur, j‘ai besoin d‘amour et d’affection.

Reagan commence à s’agiter sur moi, son visage bouge, et je tente de l’apaiser, de chasser ce cauchemar dont je connais la teneur par cœur parce que je fais le même chaque nuit et que ses bras me soutiennent a leurs tours. Il n’y a que quand il dort, quand son esprit n’est pas conscient qu’il me laisse voir sa douleur. Reagan est devenu fort physiquement, son corps est plus solide et on devine l’homme qu’il sera un jour, un homme fort que rien n’atteindra par sa force physique et par ce qu’il aura vécu. Reagan sera ce genre de personnes, ceux qui se blindent de ce qu’ils subissent alors que je serais surement l’éternel apeuré.

Je soupire en chassant mes pensées stupides sur l’avenir et je me penche pour embrasser sa tempe tout en continuant à caresser ses cheveux qui glissent sous mes doigts comme de la soie.

Je pense à la sensation de ce tissu parfait que je n’ai pas senti depuis plus de deux ans, à ça et à tellement d’autres textures et odeur qui me manquent. On joue parfois à ce jeu avec Reagan, à décrire les sensations qu’on ressent en touchant du jean, du vrai pas celui dont on est affublé, en sentant le parfum d’une fleur, ou en voyant les nuages faire ses formes qui ressemblent toujours à quelques choses. Le ciel, le soleil, sa chaleur, le vent, la neige, la pluie toutes ses choses qui nous montrent que le temps passe me manquent, terriblement. J’ai peur de les oublier comme d’oublier le parfum de ma mère, le chatouillement de la barbe naissante de mon père, les rides de ma grand-mère, et les rires de mon frère. J’ai tellement peur que tout ça disparaisse et devienne un passé que je ne retrouverais plus.

Reagan s’agite de nouveau et ses yeux s’ouvrent d‘un coup. Il a l’air perdu quelques secondes puis son regard vert se pose sur moi.

 

— Je me suis endormi, dit-il de sa voix profonde du réveil.

 

Je frissonne sous la douceur de ses cheveux sur mes cuisses nues et à cause de cette voix si grave. Il ne bouge pas, il reste allongé sur moi à me regarder et à apprécier mes caresses.

 

— Il y a des choses que tu as oubliées ? je demande.

 

Il réfléchit quelques secondes en fronçant les sourcils l’air sérieux qu’il prend quand il lit. J’aime le regarder lire, voir ses réactions à chaque phrase qu’il déchiffre, je crois que c’est devenu mon activité préférée, le regarder et l’entendre lire.

 

— Les chamallows grillés, il finit par dire, je me souviens de l’odeur de la texture dans ma bouche, mais pas du gout.

 

Je ferme les yeux en pensant aux chamallows, à mon père qui allume le feu dans la cheminée, à Elijah qui essaye de fourrer plusieurs bonbons mous dans sa bouche pour la faire gonfler, à ma mère qui l’empêche de finir le paquet en se dépêchant de les mettre sur des brochettes et a cette odeur délicieuse de sucre qui fond. Je pense à la texture dans ma bouche, élastique et tendre, chaude et moelleuse.

 

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— C’est fort, je lance, le sucre remplit ta bouche et l’arôme de fraise discret arrive pour ensuite laisser place à l’amertume du manque qui te fera en manger jusqu’à l’écœurement.

 

J’ouvre les yeux en me léchant les lèvres comme si je venais d’engloutir un de ses délicieux bonbons. Reagan lève la main en m’observant puis son doigt se pose sur ma lèvre et fait le tour de ma bouche comme pour capturer à son tour le gout. Son doigt s’éloigne me laissant souffle court comme à chaque fois qu’il me touche puis je le vois disparaître entre ses lèvres.

 

— C’est exactement ça, dit-il en souriant, comme un baiser.

 

Reagan se redresse souplement, comme si son corps n’avait pas subi il y a quelques heures les assauts de notre bourreau. Son visage se penche vers le mien, je retiens mon souffle dans l’attente de le sentir puis ses lèvres se posent doucement sur ma joue à la commissure de mes lèvres.

Je ferme les yeux et savoure ce petit moment de plaisir, je les savoure tous parce que demain peut-être qu’ils n’existeront plus, peut-être qu’on nous enlèvera ça aussi.

Reagan finit par s‘éloigner de moi, son corps toujours proche et son regard qui me transperce.

 

— Si on est capable d’oublier, je reprends, tu crois que dehors ils nous ont oubliés aussi ?

 

Reagan baisse les yeux et j’aimerais qu’il me dise que non, même s’il pense le contraire. J’aimerais être certaine qu’on existe encore pour le monde extérieur, que des personnes nous cherchent encore parce qu’ils ne nous oublient pas. Deux ans c’est long, ça laisse le temps de penser qu’on est mort ou bien qu’on s’est enfuie loin. Deux ans, ça laisse le temps d’être oublié. Je ne veux pas qu’on m’oublie, qu’on ne se rappelle plus de moi, qu’on oublie mon nom et qui j’étais. Je ne veux pas être un enfant disparu de plus dans les statistiques, je veux encore être Vic Kristensen qui a une famille qui l’attend quelque part. je veux cet espoir que rien n’est fini et qu’un jour des flics viendront enfoncer cette porte pour nous sortir de là.

 

— On n’oublie jamais les gens qu’on aime, me répond Reagan, jamais Vic. Dehors, ils nous cherchent encore, ils ne baisseront jamais les bras, même si ça doit durer vingt ans. Ils penseront encore à nous, on existera toujours pour nos familles.

 

Il est sincère dans ce qu’il dit, mais une petite voix en moi me dit que peut-être on n’existe plus, peut être que notre vie restera celle qu’on a aujourd’hui et ça pour toujours.

 

— Comment tu peux en être aussi sur ? Peut-être que…

 

— Non, dit-il en prenant ma main, je le sais parce que je serais incapable de t’oublier quoiqu’il arrive.

 

Je baisse les yeux en rougissant sur nos mains jointes sur la force des siennes, sur ma peau blanche en contraste avec la sienne plus foncé. Mon cœur frappe délicieusement ma poitrine, mes sens sont tous en alerte face à sa présence et qui me font sentir cet amour que je porte en moi. J’aime ma famille, je les aime énormément, ils sont mon repère, mais ce qui fait mon monde c’est lui et jamais je n’oublierai ce que je ressens en sa présence. Reagan a raison, on ne peut pas oublier les gens qu’on aime, on ne peut pas oublier les battements de son cœur, l’euphorie dans les veines, le manque qui broie le ventre quand il n’est pas là, la douceur de sa peau, son odeur rassurante et ses baisers dévorants. Jamais je n’oublierai Reagan.

 

— Promets le moi Reag, promets-moi que quoiqu’il arrive tu ne m’oublieras pas.

 

Il relève mon visage de sa main, ses yeux ont cette teinte de solennité qu’il prend quand quelque chose lui tient à cœur et qu’il lui consacrera toute son attention.

 

— Jamais je ne t’oublierai Vic, je te le promets.

 

Je relâche sa main et me pends à son cou, au bord des larmes, à la fois de tristesse et de joie. Peut-être que dehors on ne pense plus à moi comme quelqu’un de vivant qu’on doit encore chercher, mais je sais en sentant ses bras se refermer sur moi que je ne serais jamais seule, que même si je ne suis plus là, qu’on est séparé Reagan sera avec moi dans mon cœur tout comme je serais dans le sien.

 

 MARYRHAGE