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  • Free Fallin #Tome 2 - Chapitre 20 - Jessa


     

     

    Je fais signe à la mère de Vanya qui nous regarde partir. Cette femme me plait toujours autant, avec son grand chapeau et cette force qu’elle dégage.

    Vanya est silencieux sur la route qui mène jusqu’à chez lui. Il n’a rien dit après que je l’ai laissé seul avec sa mère. On a bu un autre thé glacé en parlant de tout et de rien, mais Vanya, même s’il tente de paraitre serein, il ne l’est pas. Il a de quoi ne pas l’être, le choix qu’il s‘apprête à faire aura, quoi qu’il décide, des conséquences. A lui de savoir avec lesquelles il peut vivre. Je le soutiendrai, quoi qu’il décide, quoi qu’il fasse je sais qu’il l’aura fait après réflexion et que même si ce choix ne lui plait pas, c’est celui qui semble le plus juste.

    On arrive rapidement sur son parking, ma voiture est là à m’attendre. Je dois retourner à Montgomery reprendre ce que j’ai entrepris.

    Vanya se gare, on descend dans le silence, je fais le tour de la voiture pour le rejoindre. Le silence demeure alors qu’on s‘observe sous le soleil. Je n’ai pas envie de partir, j’ai envie de rester avec lui, d’aller dans son appartement et de rejoindre son lit. J’ai envie qu’on s’oubli encore, que le monde n’existe plus, que les problèmes ne sont pas là, qu’il n’y ait que lui et moi. Juste une journée. Je m’approche et me hisse sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Sa main se pose sur ma hanche pour me maintenir et ses lèvres suivent doucement les miennes. On s’est rarement embrassés si tendrement avec Vanya, parce que jusqu’à hier, il n’y avait que de la tension qui explose entre nous, sans lendemain, sans promesse d’avenir. Chaque baiser était le dernier. Aujourd’hui c’est autre chose, aujourd’hui on sait qu’il y aura des milliers de baisers encore et qu’on pourra les faire d’autant de façon.

    — Prend un gobelet de carburant avec moi.

    Je souris en acquiesçant. Je me décale et m’installe par terre contre le taxi, à l’ombre de celui-ci sur le sol chaud. Vanya part dans l’habitacle chercher le café puis, il s’assois à mes côtés.

    Je prends le gobelet qu’il me tend, l’arôme qui s’en dégage me rappel tellement de choses. Des fins d’après-midi sur un autre parking à tenter de comprendre Jay, à rire avec Vanya et à apprécier le silence.

    — Ça me fait le même effet, reprend Vanya, je pourrais m’asseoir sur n’importe quel parking avec toi, j’aurais toujours cette impression qu’on est seul au monde.

    Ma tête se laisse aller contre la carrosserie pour le regarder. Je ne dis rien, j’apprécie juste que ça lui fasse du bien, que ça l’éloigne quelques instants de ce qui le préoccupe et ressentir la même sensation.

    — Tu ne t’es jamais demandé ce que seraient nos vies si on ne s’était jamais croisé dans cette salle d’attente ? Qu’est-ce qu’on serait à présent ?

    Non, je ne me pose pas ce genre de questions, les réponses me font trop peur. Vanya a été là au pire moment, sans lui je ne sais pas ce que je serais devenue, sans son soutien je ne sais pas quelle tournure aurait pris ma vie.

    — Je crois que tu m’aurais appelé La Faucheuse 2.0.

    Nous rions, l’atmosphère se détend et je finis par prendre une gorgée de carburant toujours trop fort.

    — Je suppose que tu t’es déjà posé cette question ? je reprends.

    Vanya acquiesce puis il vide son gobelet.

    — Je pense que la liberté n’aurait pas le même sens.

    Il se tourne doucement vers moi, le bleu profond de ses yeux accroche le mien. Je comprends l’importance de ses paroles, je la comprends parce qu’il parle de ce qu’il a de plus cher. Sa main se pose sur ma joue, je ne suis pas sûr d’aimer sa façon de me regarde, comme si demain je ne serais plus là, comme s’il devait savourer ce moment.

    — Vanya, dis-je en prenant sa main.

    Il ne me laisse pas aller plus loin, il s’empare de mon visage et m’embrasse. Ses lèvres ne tergiversent pas, elles prennent et exige, je trouve ce baiser étrange, mais je suis trop accaparée par les sensations qu’il provoque pour réfléchir. Le gout de café qui traine sur sa langue me fait gémir, mon corps se rapproche du sien, Vanya me serre contre lui et je perds pied. Je sens le désir monté, l’envie de lui se rependre dans mes veines comme une trainée de poudre jusqu’à ce qu’il me relâche. Je reste contre lui, ma bouche contre la sienne à savourer la chaleur de son souffle et son regard brulant sur moi.

    — Qu’est-ce que tu ressens Jessa ?

    — J’ai envie de toi, je lance sans réfléchir.

    Il me sourit, son front vient se poser sur le mien, sa paume caresse ma nuque et attise les autres parties de mon corps qui voudraient aussi trouver ses mains.

    — Moi aussi, dit-il, et ça suffit à me rendre libre.

    Il embrasse mon front et se relève rapidement. Il me tend sa main pour m’aider à faire pareil. J’ignore comment il arrive à maitriser ses sens de cette façon, pour ma part j’ai les jambes en coton et le bas de mon ventre est douloureux.

    Je me relève avec son aide.

    — Tu devrais y aller si tu ne veux pas arriver trop tard.

    J’acquiesce, on en a discuté ce matin autour d’un petit déj consistant pris au coin de sa rue. J’ai l’impression que « qu’est-ce que tu vas faire maintenant » est la question du moment, pour lui comme pour moi. Je vais continuer ce que j’ai commencé, je ne peux pas abandonner et je n’en ai pas envie. Je sais juste que ce sera la seule affaire dont je m’occuperai, peu importe l’issue. Je m’investirai tout autant parce qu’il est question de la vie d’un homme et ça mérite un engagement total. Vanya le sait et le comprend, il ferait pareil à ma place.

    Je ne lui demande pas ce qu’il va faire, travailler surement et réfléchir encore et encore.

    — Viens demain ou ce soir, ou quand tu veux.

    Il m’embrasse chastement, me fait un clin d’œil et remonte dans le taxi. Je retourne à ma voiture en écoutant la sienne quitter le parking. Je grimpe derrière le volant démarre et sourit stupidement en pensant que Vanya a raison, l’aimer me rend libre.

     

     

    ***

     

     

    J’arrive à l’association, c’est déjà la fin de l’après-midi et beaucoup de monde est présent et donne de son temps après le travail. Je salue les quelques personnes que je croise avant d’entrer dans la salle de réunion. La faucheuse est là, au téléphone, elle crie et je repère Eddie au fond en train de discuter avec un bénévole.

    Je m’approche, mes excuses pour mon manque de professionnalisme de ces dernières vingt-quatre heures au bord des lèvres, mais il ne me laisse pas le temps d’en placer une.

    — Tiens te revoilà ! Tu t’es souvenue qu’entre ta manucure et ton plan baise tu t’étais engagé à sauver une vie.

    Ma main part toute seule, elle vient frapper son visage énervé avec violence et si mon acte me surprend, ses paroles ne passent pas. Le bénévole s’éclipse, la faucheuse raccroche et tout le monde attend de voir ce qu’il va se passer. De quel droit il me parle ainsi ? De quel droit il me juge alors qu’il ne sait rien du tout ?

    Eddie me fusille du regard, je dois faire la même chose tellement je sens mes nerfs prendre le dessus.

    — Pour qui tu te prends ? je demande hargneuse, qu’est-ce que tu sais de moi Eddie ? Hein qu’est-ce que tu sais sur ce que j’ai fait ces dernières heures ? Tu ne sais rien, alors ne t’avise pas de me traiter de petite conne qui prend son rôle à le légère ! Je sais parfaitement qu’une vie est en jeu, mais ce n’est pas la seule contrairement à ce que tu penses !

    Je le plante là, la joue rouge et retourne au dossier que je dois décortiquer. Du travail m’attend et je compte bien m’y consacrer pleinement contrairement à ce qu’il pense. Je m’installe derrière la table à l’écart des autres pour être tranquille et souffle un bon coup. Mes mains trembles et mes nerfs menacent de me faire pleurer. Je sais que je n’ai pas assurer depuis hier, je n’ai pas répondu à ses appels, je n’ai pas été là et je comptais bien rattraper ce temps en bossant plus durement, mais il n’avait pas le droit de le dire ainsi, il n’avait pas le droit de me juger.

    — Comment va Vanya ?

    Je lève la tête et croise le regard réellement inquiet de la faucheuse. Ils ont beau ne pas s‘aimer, diverger au niveau de leur opinion, ils ont la même empathie.

    — Ça va aller, je réponds en me détendant un peu.

    — On va monter un collectif avec les autres assoc contre ses exécutions, l’état est en train de priver ses hommes de leur droits fondamentaux. Certains ont vu leur demande de révision refusé en même pas vingt-quatre heures, alors que ça fait des années qu’ils en ont fait la demande. L’ADN pourrait les innocenter si on leur en laissait la possibilité.

    J’observe la faucheuse, son dévouement à sa cause, parfois je ne le comprends pas ou je la trouve trop excessif et à d’autres, je me dits que si personne ne se bat, rien ne change. Si personne n’avait combattus l’esclavage les choses n’auraient pas changé, même si parfois on a l’impression qu’elles n’ont pas évolués, c’est pourtant le cas. La faucheuse et son investissement sont nécessaires à ce pays, elle est cette force que personne ne voit, mais que tout le monde applaudis quand les lois sont votées, en ne sachant pas de quoi elles sont parties. C’est de personnes comme elle que tout part, c’est de gens passionnées et investi au-delà de ce qu’on peut comprendre, de ces gens qui vivent pour que leur but soit atteint. Ces personnes altruistes jusqu’au bout des ongles, qui s’oublie et vives pour défendre nos droits. On leur doit beaucoup, on leur doit tous ces droits qui nous semblent normaux aujourd’hui, mais qui ont demandé un combat à une certaine époque.

    Ma main se pose au-dessus de la sienne sur la table. La faucheuse fronce les sourcils derrière ses gros carreaux et me jette un regard d‘incompréhension.

    — Je ne vous l’ai jamais dit, mais merci. Pour Jay, mais aussi pour tout ce que vous faites.

    Elle sourit en baissant le regard, ses joues rosisses et je suppose qu’elle n’a pas souvent droit au merci et au compliment, mais plutôt aux réprimandes. Je me demande quel est son parcours, comment elle en est venue à faire ce qu’elle fait et pourquoi.

    — Malheureusement, elle reprend, dans mon job on est plus confronté à la défaite et à la mort qu’a la joie et aux remerciements. Merci Jessa.

    — Qu’est-ce qui vous pousse à faire ça ? Vous battre contre la peine de mort.

    La faucheuse s’installe à mes coté sur une chaise.

    — Je crois en la vie, dit-elle.

    — Mais pourquoi la peine de mort, pourquoi pas la faim dans le monde ou d’autres causes qui elles aussi se battent pour la vie ?

    Elle lève les yeux sur les gens autour de nous affairer à trouver une solution pour sauver Cal.

    — On a tous une histoire avec la peine de mort, chaque personne que tu vois dans cette pièce y a été confronté de près ou de loin. Certains comme toi, sont là pour faire leur deuil, d’un mari, d’un père, d’un frère, d’une mère et d’autres ont simplement vue ou lue quelques choses qui les as retournées. Un électrochoc qui leur a fait comprendre que la mort n’est jamais la solution. On ne fait jamais ça sans raisons, on ne s’investie pas corps et âmes dans cette cause par simple envies. On le fait par conviction, par ce qu’elle nous touche, peu importe la façon et le degré, elle ne nous est pas inconnues. On est tous sensible aux enfants qui meurt de faim, on donne quelques euros et on gagne une bonne conscience. Ici, on a aussi besoin de fond, mais notre combat nécessite des ressources humaines. Il exige qu’on s‘investisse au-delà du portefeuille parce qu’il n’y a pas trente-six fins possibles à nos batailles, il n’y en a que deux. La vie ou la mort. Et la seule chose qui peut aller en faveur de la vie c’est les hommes.

    J’observe son visage, son sérieux, son engagement qui se lie sur ses traits et pas seulement dans ses paroles et je l’admire de nouveau pour ce dévouement. Je repense à la question de Vanya et je me dis que ma réponse n’est pas fausse. C’aurait pu être moi, j’aurais pu m’enfermer dans ce combat et cesser de vivre ma propre vie. J’aurais pu devenir elle si Vanya n’était pas là. Je n’aurais eu rien d‘autre qui en valait la peine, qui aurait demandé mon investissement et je serais ce genre de personne, ceux qui consacre leurs vies aux autres, aux batailles dont personne ne veut et qui trouve satisfaction dans les petites victoires. Une vie d’altruisme, de renoncement de soi parce que ce combat, je sais ce qu’il coute. Est-ce que c’aurait été juste ? Je ne sais pas, tout comme je ne sais pas si mes récentes révélations sont les bonnes, l’avenir me le dira, mais je sais que je n’envisage plus ma vie ainsi, que ce n’est pas ce qui me correspond et tant pis si ça fait de moi une égoïste. J’ai de nouveau envie de vivre, envie d’avoir un futur et envie de le partager avec Vanya.

    — Vous n’avez pas répondue à ma question, je réponds.

    La faucheuse me tend un sourire en coin qui la rajeunit.

    — Si, je l’ai fait.

    Elle se lève et disparait avec son téléphone surement pour programmé d’autres manif. Je me refais le film de ses paroles, de ce qu’elle a dit sur les personnes présentes ici et je ne doute pas qu’elle ait perdue elle aussi une personne par cette peine, celle qui arrache les cœurs de ceux qui survivent.

     

    Maryrhage

  • Blood Of Silence, Tome 6 : Rhymes, Epilogue

     

    Rhymes

    EPILOGUE

    ***

     

     

    Nous y voilà. On aura attendu cette rencontre autant qu’on la redoute. Les fédéraux ont enfin quitté le coin et les Ritals n’ont pas tardé à rappliquer. Ils ont la vengeance dans le sang, une envie d’en finir que je comprends. Je n’ai envie que d’une chose, que cette merde prenne fin, j’espère seulement que ce ne sera pas à nos dépens. Les Evils sont plutôt confiants, comme si quoi que sorte de cette rencontre, ils en sortent vainqueur. Or, on est tous sur la sellette, chacun veut tuer l’autre clan pour racheter la vie de ceux qui sont tombés. L’objectif, maintenant que nous sommes en bons termes avec les Evils, c’est de trouver un compromis avec les Santorra pour mettre fin à tout ça diplomatiquement. On est prêt à marchander pour ça, à se plier à quelques exigences, parce que la paix n’a pas de prix et qu’on a trop à perdre à entrer en guerre contre une branche de la mafia. Mais, si on n’a pas le choix, s’ils sont trop exigeants on ne se laissera pas faire.

    Les Ritals entrent dans la vieille baraque en ruine qui va servir de décor à cette réunion. Les Evils sont déjà là, au complet, c’est rare de voir leur club en entier, c’est signe que l’affaire à son importance et qu’on peut s’attendre à tout. De notre côté, tout le monde est là aussi, assurer nos arrières est primordial.

    Les Santorra, leur chef en tête font leur entrée dans leurs beaux costumes italiens et s’arrêtent à une distance de sécurité des deux clubs de bikers.

     

    — Messieurs, lance le chef des Ritals en nous lançant un regard menaçant.

     

    Nos présidents et celui des Evils s’avancent et le salut à leur tour. L’ambiance est plus que tendue, on sent que chacun évalue l’autre et qu’il est prêt à tirer au moindre dérapage. J’inspire et me concentre sur les mouvements des ritals en écoutant la conversation qui se tient entre les leaders.

    Je déteste cette sensation, celle qui me dit qu’on doit veiller à tout, qu’on ne peut pas se permettre une minute d’inattention sinon on y laisse la vie.

     

    — On a tissé de nouveaux liens à ce que je vois ? commence l’italien.

     

    — On a toujours bossé avec eux, indirectement, et vous le savez, répond Ab.

     

    Le Rital sourit en secouant la tête.

     

    — Votre nouvelle petite alliance incluait de tuer les blacks ?

     

    — On n’avait pas le choix, lance H, il y avait une balance dans leur rang.

     

    — Évidement. Et comme vous avez le souci du travail bien fait, vous avez repris leurs affaires.

     

    — C’est quoi le problème ? demande Creed en s’avançant nerveux.

     

    — Le problème petit merdeux de Blood, c’est que la trêve a été rompue sans mon consentement, que vous avez fait justice vous-mêmes alors que vous vouliez la paix tant que les fédéraux étaient dans le coin. Le problème, enfoiré, c’est que vous vous êtes foutus de ma gueule !

     

    H retient Creed par le bras, la tension augmente d’un cran, les armes s’enclenchent et chacun est prêt à défendre son clan. Mon cœur accélère, putain de merde, je n’ai pas envie d’assister à une tuerie, je n’ai pas envie de voir mes frères tombés ou d’entrer dans une nouvelle vendetta. On doit régler le problème diplomatiquement sinon on n’en finira jamais.

     

    — On a sauvé votre cul en les butant. Vous seriez en taule à cette heure-ci si on n’avait rien fait.

     

    Tout le monde se tourne vers moi, je parle calmement et avec conviction, ils devraient nous dire merci d’avoir réglé leur merde au lieu de nous fustiger ainsi. Personne ne serait là si on avait laissé les Blacks en vie. Bien sûr qu’on en a tiré parti mais il ne peut pas nous le reprocher, c’est nous qui avons fait le sale boulot, à nous de recevoir la récompense.

     

    — Vous voulez régler cette guerre entre nous, arrêter les tueries et que le business reprenne ? questionne l’italien.

     

    — Vous croyez qu’on est là pourquoi ?

     

    — Je veux un passage vers La Floride pour ma cam.

     

    — Pas question, lance H.

     

    La tension augmente d’un cran, le rital à l’air prêt à exploser. Instinctivement je me rends compte qu’on s’est tous avancé, qu’on encadre nos présidents et que les mafieux ont fait de même. Bon dieu, on dirait des bâtons de dynamites alignés qui ne demandent qu’une étincelle pour exploser. Je regarde mes deux présidents, si d’habitude l’un est plus calme que l’autre, aujourd’hui il n’y a pas de différence, les deux sont prêts à en découdre.

    Je ne leur aie rien dit encore concernant Tennessee, je ne sais pas s’ils sont vraiment concernés, mais tout me laisse penser que oui. Seulement, je me souviens comme si c’était hier de ce qu’il s’est passé quand cette femme est entrée dans leurs vies. Ils se sont retrouvés depuis, ils ont reconstruit leur amitié et amener cette nouvelle, risque de la briser de nouveau. Cependant, ce n’est pas à moi d’en juger, ce n’est pas à moi de décider pour eux alors je leur dirais, mais pas maintenant. Pas tant que la situation ne sera pas plus calme.

     

    — Vraiment ? La paix ne vous intéresse plus on dirait.

     

    Je sens qu’il se fout de nous, comme s’il cherchait un prétexte de plus pour tous nous descendre.

     

    — Soit vous me laissez ce passage, soit je le prends de force.

     

    Des jurons résonnent de notre côté, je jette des rapides coups d’œil à mes frères, ils ont tous leurs têtes des mauvais jours, tous tendus et tous prêts à défendre nos intérêts coute que coute. Les ritals nous cherchent, j’ignore ce qu’ils manigancent mais clairement, ils ne sont pas venus sans une idée de génie dans leurs têtes.

     

    — On ne peut pas, reprend Creed, même si on le voulait, on a assuré notre fournisseur que le territoire était à nous.

     

    L’italien se met à rire.

     

    — On peut trouver un moyen de s’arranger, tente Abaddon.

     

    — Oui, on peut. Le deal est simple, vous me cédez votre passage et on est quitte.

     

    Le silence s’installe, les présidents jaugent le Santorra, un peu trop sûrs de ce qu’ils avancent. On ne va rien lui céder et quelque chose me dit qu’il est parfaitement au courant qu’il n’obtiendra rien.

     

    — Sinon ? demande le président des Evils.

     

    — Sinon, je n’oublie pas qui a descendu mes hommes, il répond en lançant un regard à chacun des Blood.

     

    H et Creed se jettent un regard l’un comme l’autre savent qu’on ne sortira pas de cette entrevue sans que du sang soit versé. Je le vois, le rital n’est pas clair, ses demandes sont trop arrêtées pour quelqu’un qui veut négocier. On ne cèdera rien, parce qu’on ne veut pas et surtout, le cartel, lui ne nous épargnera pas si on deal avec leur territoire les ritals.

     

    — Ce n’est pas possible, je reprends, vous savez parfaitement qu’on ne peut pas, vos exigences n’ont aucune chance d’aboutir à quelque conque terrain d’entente. Bordel vous cherchez quoi au juste !?

     

    L’italien se retourne vers ses hommes sans répondre à ma question, il inspire et secoue la tête l’air de réfléchir. Il prend son temps. La tension augmente alors qu’il ne daigne même pas nous regarder. Les clubs sont concentrés, l’atmosphère devient un peu plus pesante. Je ne comprends pas où il veut en venir. Ce manège qui dure va aboutir à quoi ? On se regarde avec mes frères, l’incompréhension règne entre nous, on se demande tous à quelle sauce le rital va nous manger.

    C’est là que tout bascule. Sans que nous arrivions à le prévoir, le chef des Santorra révèle ses intentions.

    L’action se passe tellement vite que personne ne peut réagir, le temps semble se figé alors qu’une poignée de seconde s’écoule entre le moment où le Rital se retourne, une arme à la main qu’il sort de je ne sais où, il braque la tête d’un des Blood et le coup part sans l’ombre d’une hésitation. Le son retentit entre les murs abandonnés. Figé par le choc et l’incompréhension de ce qu’il vient de se passer, je vois impuissant, le corps de mon frère s’écrouler au sol, un trou béant sur le front.

    Mon cœur fait une embardée dans ma poitrine.

    Il est mort.

    Le Rital vient de tuer l’un des nôtres.

    Un hurlement de rage résonne, il nous faut moins d’un instant pour que tout le monde dégaine ses armes, prêt à riposter. Le choc n’efface pas la haine, l’adrénaline nous pousse à ne pas réfléchir. Le sang appelle le sang, perdu dans la douleur, nous allons franchir une ligne dangereuse, et avant que les tirs ne reprennent, les Evils nous arrêtent en nous bloquant le passage, un démon devant chaque Blood, nous empêchant de tirer.

     

    — Ne faites pas ça ! hurle Zagan.

     

    Le conseil fait échos en nous, si nous tirons, nous serons tous morts et les Evils le savent. Ma main tremble alors que mon doigt se pose sur la sécurité. Ma poitrine me fait mal.

     

    — Casse-toi ! hurle un Blood décidé à ne pas rester impassible.

     

    Je vois mon frère retirer le cran de sécurité, Andras, le Road Captain réagit tout aussi vite. Il saisit le bras du Blood, le tord, l’arme tombe au sol. Il lui assène un coup violent dans la mâchoire pour le stopper avant de le saisir dans ses bras pour le piéger.

    Cette tentative nous fait perdre la raison. On tente de passer de se frayer un chemin jusqu’au rital, les lieux se noient dans un besoin violent de faire justice immédiatement. De verser le sang de chacun de ces enfoirés.

    Il est mort.

    On entend des rires provenant des Ritals. La douleur frappe dans chacune de nos poitrines. Je résiste à la prise du Sergent d’Armes des démons qui est venu me barrer la route. Mes frères se déchainent, un second coup de feu résonne, la balle part se loger dans la poutre, nous figeant tous. J’observe les Ritals qui nous bougent pas. Mon cœur palpite, je m’attends à ce que d’autres coups pleuvent, mais rien.

     

    — Pas maintenant, lance Zagan d’une voix calme, pas maintenant sinon vous allez tous y rester !

     

    Dans quel monde vivent ces enfoirés ! Un de nos frères vient de tomber à nos pieds et il nous demande de ne pas répondre.

    Les Evils doivent faire preuve de violence pour nous maintenir hors de portées des Santoras qui prennent leur disposition. Ils reculent pour se mettre en sécurité, un sourire satisfait sur leur visage. Fiers d’avoir vengé les leurs en usant de fourberies pour nous prendre l’un des nôtres.

    Je n’arrive pas à y croire que le corps d’un Blood est étendu sur ce sol, à pisser le sang.

    Ce n’est pas possible, ça ne peut pas nous arriver, pas après tout ce qu’on a fait pour éviter ça.

     

    — Lâche-moi ! Lâche-moi enfoiré, ou je te bute comme ces Ritals ! hurle un des Blood, sa voix trahissant sa colère et la douleur qui en découle.

     

    Mes frères sont sous le choc, ils ne quittent pas des yeux le corps à terre. Je crois qu’on l’est tous mais qu’on réagit différemment. J’ai l’impression de perdre pied, de manquer de souffle, d’être dans un cauchemar. C’est impossible que ce soit notre réalité. Je m’attends à voir mon frère se relever, nous montrer qu’il va bien. J’attends que la douleur et le choc me réveillent d’un mauvais rêve. Je veux me réveiller, réaliser que je suis auprès de Robyn, et qu’au petit matin, je franchirais la porte du club en sachant très bien que tout ça n’aura pas existé.

    Nergal résiste à ma force, il garde mon arme levée en l’air pour éviter que je n’appuie sur la détente. C’est un corps à corps que je sais perdu d’avance, la douleur m’affaiblit, elle nous affaiblit tous. Ça fait tellement mal.

     

    — Maintenant on est quitte, lance le rital derrière les Evils, ne vous approchez plus de ma famille ou c’est tout votre club que je bute.

     

    Ses mots ne font que raviver la tension. Les insultes pleuvent, chacun déverse sa haine comme il peut, dans des menaces alors qu’on est impuissant face à ce qui s’est produit.

    Avec une indifférence la plus totale, les Santorra quittent les lieux en pressant le pas, bien conscient qu’à la seconde où les Evils nous lâcheront, nous ne répondrons plus de rien. La fureur me gagne. Qu’ils partent alors que l’un de nous est mort, qu’ils profitent de notre stupeur pour s’enfuir comme des lâches.

    Lorsqu’on entend les sons des pneus sur le sol poussiéreux, les bikers nous relâchent.

    Je bouscule le Sergent d’Armes des Evils, ce dernier reste calme, alors chacun des Blood encore en vie encaisse le choc du cauchemar qui se dresse devant nos yeux. Je m’attends à ce que le geste conscient des Evils ne soit la victime de notre rage, mais il ne se passe rien de ça. Nous restons prostrés à se dévisager, en essayant de chercher dans l’autre, une confirmation que ce n’est pas réel. J’ai rarement eu une telle envie de meurtre alors que mes nerfs sont en train de lâcher. Je refuse de regarder le sol, de voir le regard de mon frère perdu dans la mort.

    Ça ne peut pas être vrai. Ça ne peut pas…

    La part lucide de mon esprit sait qu’il a raison, mais la douleur domine, la colère, la rage de voir la vie de l’un des nôtres partir ainsi, prend plus de place. Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Je ne vois que le désastre, que le mal et la douleur, que la perte d’un des nôtres, comme ça, d’un coup sans qu’on puisse faire quoi que ce soit, sans qu’on l’ait vue venir et j’ai mal. Mal de voir un de mes frères à terre, à me demander si tout est vrai, si ce que je vois, si ce que je ressens dans ma poitrine qui me fait douter de la réalité c’est produit.

    Ça ne peut pas être vrai.

    Pourtant, lorsqu’un hurlement de douleur résonne dans la veille baraque, un cri à déchirer le cœur, un cri que je n’aurais jamais cru entendre, je prends conscience de ce qui se passe devant mes yeux. C’est notre réalité : un de nos frères est mort.

     

     

    A suivre…

     

    MARYRHAGE

  • Free Fallin #Tome 2 - Chapitre 19 - Vanya


     

     

    Jessa m’observe depuis le canapé, sa tasse fumante dans la main, la bouche entrouverte, elle ne sait pas quoi dire. Je détourne le regard, il n’y a pas grande chose à dire de toute façon. Des choix doivent être faits, des décisions doivent être prises et je sais ce qui m’attends.

    — De quelle façon Vanya ? Comment tu pourrais l’aider ?

    Je croise de nouveau son regard et je reste muet quelques secondes.

    — Je ne sais quoi faire.

    — Pourquoi ?

    — Parce que rien ne me garantit qu’il tiendra sa part du contrat. C’est un enfoiré qui ne vois que son propre intérêt, il s’en fout du reste et de tout le monde.

    — Explique moi.

    Je me frotte le visage en inspirant. Je revois la peur de mon père…la peur. Il n’a jamais eu peur, pas même quand il s‘est fait arrêter ou jugé. Jamais. Pourtant, quand il m’a demandé de l’aide, c’est ce que j’ai vue chez lui et ça m’a plu. Le voir paniquer à l’idée de mourir et qu’enfin il comprenne ce que ressent le commun de mortel m’a plu. Je me dégoute de ressentir ça, d’être comme lui quelque part, qui a jouis de la peur de ses femmes.

    — Il m’a demandé de parler à Carter et à la presse pour faire pression. Révéler au monde ce que l’état s’apprête à faire et les faires réagir sur certains meurtres qui ne seront jamais punis.

    — En contre partie ?

    — Il répond à toutes mes questions.

    — C’est tout ? elle demande choquée.

    Je souris, ça ne semble pas grand-chose vue ainsi, mais tout à une importance dans ce que je viens de dire.

    — Toutes mes questions Jessa, chaque mot est à prendre aux pieds de la lettre avec lui.

    Sa bouche forme un O alors qu’elle réfléchit à ce que ça implique. Oui je pourrais demander pourquoi le ciel est bleu et où sont les éventuelles autres victimes de ses actes. Je pourrais comprendre l’histoire de ma famille et aidé les familles de victimes. Mais il y a forcément un piège là-dedans. C’est mon père, je le connais, je sais qu’il ne manigance rien sans avoir tout étudié à l’avance.

    — Et qu’est-ce que tu vas faire ?

    Je me lève et ramène ma tasse dans la cuisine pour me resservir. Je sens les bras de Jessa s’enrouler autour de ma taille et sa tête se poser contre mon dos. Je soupire en baissant la mienne.

    — Je ne sais pas. Je devrais accepter, pas pour lui, mais pour ce que ça pourrait apporter par la suite. Mais je n’ai pas confiance en lui.

    — Carter, qu’est-ce qu’il en pense ?

    — Carter n’a qu’une obsession, c’est achevé son enquête coute que coute.

    Je me tourne et la prend dans mes bras.

    — Je comptais sur lui pour m’éclairer, mais contre toute attente, il me laisse le choix.

    C’est un choix que je ne veux pas faire, je ne veux pas avoir la vie de quelqu’un entre les mains, que ce soit celle d’un inconnu, ou la sienne. Je n’ai aucune garantit, d’un côté comme de l’autre. Faire jouer les médias et l’opinion publique ne garantira pas une victoire. Et si jamais c’est le cas, rien en me dit qu’il remplira sa part du contrat.

    — Et tu hésites ? questionne Jessa en levant les yeux sur moi.

    — Ça t’étonnes ?

    — Oui, en tenant compte de ton opinion sur la peine de mort, je pensais que la décision serait plus simple à prendre. Même s’il ne te donne rien en contrepartie, il sera toujours enfermé. Ce n’est pas ce que tu veux, qu’il échappe à la liberté que la mort apporte ?

    — Ce n’est pas aussi simple.

    — Si ça peut éventuellement aidé d’autres personnes, ça l’est.

    Je me dégage de ses bras, elle ne se rend pas compte de ce que ça implique, de la responsabilité que j’aurais là-dedans et la culpabilité dans un cas comme dans l’autre. Je le hais un peu plus pour ça, pour avoir mis ces doutes dans mon esprit, pour me pousser à agir alors que je ne sais pas quoi faire.

    — Si j’accepte, je donne de l’espoir a ses gens qui pensent que mon père à tuer un membre de leurs familles et ça, sans aucune certitude. C’est cruel Jessa.

    — Je n’avais pas vue les choses ainsi, dit-elle en prenant ma main, tu penses qu’il ne sera pas réglo ?

    — Je pense qu’il joue sa dernière carte pour rester en vie. Il est terrifié à l’idée de mourir je l’ai vue et il fera tout pour survivre.

    Je retourne dans le salon, Jessa sur mes talons.

    — Vanya ?

    — Oui ? je réponds en me laissant tomber sur le canapé.

    Je suis fatigué de réfléchir, fatigué d’essayer de trouver la bonne chose à faire quand toutes les issues sont mauvaises.

    — Est-ce que tu veux qu’il meure ?

    Je lève les yeux sur Jessa, debout devant moi dans mon t shirt bleu trop grand pour elle. C’est l’une des questions qui me hantent, une qui n’a encore aucune réponse et qui peut-être n’en aura jamais. Une part de moi en a envie, une part de moi n’attends que ça, pas pour lui, mais pour enfin respirer et être libre. Une autre a envie qu’il souffre encore et que mes mercredis soient toujours les mêmes. Qu’il finisse par demander pardon, qu’il arrête de jouer et se révèle enfin. Je ne sais pas si je veux qu’il meure, je ne sais pas comment agir et faire le bon choix. Je ne sais rien.

    J’attire Jessa sur moi, elle s’installe à califourchon sur mes genoux et je repense à hier soir dans le taxi, quand elle était sur moi, comme ça. Je caresse son visage du bout des doigts, elle est là, dans ma vie, pas comme une amie, mais comme j’ai toujours voulu qu’elle le soit. En lâchant prise, en arrêtant de se demander si c’est bien ou mal et en me faisant confiance pour l’aimer.

    — Hey…dit-elle en prenant mon visage entre ses mains, t’as le droit de vouloir qu’il reste en vie ou qu’il meurt, t’as le droit de tout Vanya.

    Mon front se pose contre sa poitrine, ses doigts se glissent dans mes cheveux et je ne sais toujours pas ce que je veux.

    — Je suis là, elle reprend, on trouvera une solution.

    Je ferme les yeux en entendant ses paroles et en pensant combien elles sont importantes pour moi. Avoir quelqu’un qui me connait, qui comprend mon histoire et qui ne juge pas. Quelqu’un qui me soutiendra peu importe la décision que je prendrais, quelqu’un qui m’aime que je sois Vanya White ou Black, quelqu’un qui sait ce qu’on ressent à attendre la mort, à l’espérer et à la redouter. Quelqu’un qui ne m’abandonnera pas.

    Je relève la tête et m’empare de ses lèvres. Je suis perdue et je tombe, je vais me fracasser d’une façon ou d’une autre, je ne sortirai pas indemne de cette histoire, mais j’aurais Jessa. J’aurais son soutien et son amour, j’aurais une nouvelle vie, avec elle.

     

     

    ***

     

     

    On entre chez ma mère, je l’appel, la porte à peine refermé. Il n’y a aucun bruit dans la maison et je suppose qu’elle est dans le jardin. Jessa me suis à travers les pièces pour rejoindre l’arrière par la cuisine.

    On sort dans le jardin par la porte grinçante, ma mère est là, occupée à couper des fleurs alors qu’il doit faire plus de quarante degrés.

    — Maman, je marmonne en m’approchant d’elle, tu ne devrais pas faire ça à cette heure-ci.

    Elle se redresse, relève son grand chapeau pour me regarder. J’ai repoussé ce moment depuis trop longtemps pour le reculer encore. Elle mérite de savoir, tout comme elle mérite que je sois là.

    — Bonjour à toi aussi, Vanya.

    J’entends Jessa rire derrière nous. Ma mère se retourne et lui souris. Je les observe s’embrasser comme deux vieilles copines. J’ai vraiment raté un truc.

    — Venez, il y a du thé glacé qui nous attends à l’intérieur.

    Nous suivons ma mère qui enlève ses gants de jardinage en chemin et les déposes dans son panier accompagné des quelques fleurs qu’elle a pris. Je la regarde s’afférer une fois dans la cuisine, elle n’a pas l’air au courant.

    Avec Jessa nous nous installons à la grande table, sur un banc. Elle prend ma main et la serre en me souriant. Ma mère nous rejoints une fois ses mains propres et nous sert son fameux thé glacé.

    — Je vois que vous vous êtes finalement trouvés, elle commente en s’asseyant en face de nous.

    Jessa lui sourit et elles se mettent à discuter du jardin. Je reste à observés celle qui m’a mis au monde et je repense à toutes ces années de douleur qu’elle a vécue. Tous les mensonges les trahisons, la peur, la honte et la souffrance. Cette femme aussi fine et petite qu’elle est, est forte, une vraie force qui a su remonter la pente, qui a su se créer une nouvelle vie avec dignité, alors que tout le monde était contre elle. Personne ne connait ma mère comme moi, personne ne l’a entendue pleurer en maudissant la vie, personne ne l’a vue sombrer. Les gens ont vu ce qu’ils voulaient voire, ils ont cru ce qui les arrangeaient en se foutant de la vérité. Elle a donné sa vie à un homme qui ne l’a surement jamais aimé, qui a commis des actes horribles et je sais qu’elle ne cessera jamais de culpabiliser. De se dire « et si j’avais ouvert les yeux ». Elle n’y est pour rien, il est très fort pour jouer double jeu. Elle mérite de savoir, elle mérite que je lui dise, sans détour.

    — Maman ?

    Elles se taisent toutes les deux et m’observe. Je dévisage ma mère, son visage ridé par le temps qui a pris des couleurs depuis cet été. Je sens mon cœur battre plus fort, je sens le stresse dans ma main qui serre un peu plus celle de Jessa. Je ne sais pas quelle réaction elle aura, j’ignore si ce sera du soulagement ou de la peine et peut être que ce ne sera rien du tout. Peut-être qu’il est déjà mort pour elle.

    — Il va mourir, je finis par lâcher, l’exécution est prévue dans quelques mois.

    Le silence s’installe, j’essaye de lire entre les linges de ma mère et quelque part je cherche une solution en elle à cet ultimatum qu’il m’a imposé. Je cherche à savoir quelle décision je dois prendre dans son regard, mais il n’y a rien que de la froideur.

    — Je sais, elle répond, j’ai vu les infos.

    Le calme revient, on entend les oiseaux dehors durant ce temps où l’on s’observe pour savoir ce que l’autre pense de ça.

    Jessa relâche ma main, elle se lève et nous sourit avant de s’éclipser. Je la laisse faire, peut-être que ma mère sera plus à l’aise pour me parler sans elle dans la pièce.

    — Il est déjà mort pour moi, elle reprend une fois que nous sommes seuls.

    Son regard se détourne, ses mains ne savent pas quoi faire l’une de l’autre et même si je crois en ses paroles, je sais aussi que cette information la retourne. Je tends la main à travers la table et prend la sienne, si petite dans la mienne.

    — T’as le droit d’être bouleversé.

    Elle me sourit tristement en secouant la tête.

    — Je le suis, pas parce qu’il va mourir, mais pour toi.

    Je relâche sa main et me redresse.

    — Ne t’inquiète pas pour moi je…

    — Qu’est-ce qu’il a fait ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

    — Quoi ?

    Ma mère penche la tête, comme quand j’étais gamin, qu’elle savait que j’avais fait une connerie et que je me demandais par quel miracle elle était au courant. Les mères savent tout, en un regard elle détecte les malaises qu’ont leurs enfants. On ne peut jamais rien cacher à sa mère.

    — Quoi qu’il t’ait dit, ne l’écoute pas, ne le crois pas. Il a déjà assez fait de mal comme ça, qu’il soit exécuté est ce qui peut arriver de mieux à ce monde.

    Elle se lève et part ranger le thé dans le frigo. Je reste silencieux à regarder les ravages qu’il a commis sur ma mère.

    — Je sais que c’est difficile pour toi, que tu crois encore qu’il peut changer ou t’apporter ce que tu cherches en allant le voir toutes les semaines, mais ça n’arrivera pas Vanya. Il ne changera jamais, c’est un monstre, les monstres ne changent pas.

    Je me lève à mon tour, sa colère contre lui est toujours présente et peut être qu’elle s’en ira quand il sera exécuté, ou peut-être qu’elle restera à vie.

    Je prends ma mère dans mes bras, ses mains tapotent mon dos comme si c’était moi qui avait besoin de sollicitude.

    — Ça va aller maman.

    Elle rit en s’écartant de moi. Ses mains se posent sur mon visage elle m’observe.

    — Ce sera la fin Vanya, la véritable fin, celle qu’il te manque pour avancer. Tu n’es plus seul maintenant, dit-elle en lançant un regard vers la porte, elle a besoin de toi et tu mérites cette vie.

    J’embrasse son front et la relâche. Ma mère est maligne, me parler de Jessa, de l’avenir sans ces intermèdes à la prison, sans me demander chaque jour si je vais obtenir ce qu’il me doit est quelque chose qui me fait envie. Mais ce n’est pas aussi simple, rien n’est simple quand il est question de lui. Il aura pourri nos existences jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute. Même dans la mort il trouve encore le moyen de nous torturer. Il est lui, jusqu’au bout et je me rends compte que je tombe dans ce piège qu’il a installé autour de moi. Cette emprise qu’il a et dont il joue, parce que je suis ce stupide gamin qui veut des réponses et qui pense que le bien peut surgir même quand il ne semble plus y avoir d’espoir. Ma mère l’a compris il y a longtemps, elle a su qu’il n’y avait plus rien à tenter avec lui, alors que même si j’ai grandi, l’enfant en moi n’est pas mort. Il attend encore que son père lui dise pardon.

     

    Maryrhage