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  • Blood Of Silence, Tome 6 : Rhymes, Chapitre 36

     

    Robyn

    CHAPITRE 36

    ***

     

     

    Deux semaines plus tard…

     

     

    Je n’arrive pas à cacher le plaisir que je ressens en voyant le FBI et l’ATF remballer leurs affaires pour rentrer dans leurs locaux. Ils s’en vont après plusieurs mois d’envahissement après une enquête qui n’a servi à rien. Elle nous a coûté cher, nous a privés d’excellents éléments au sein de notre poste de police, on a perdu du temps, nous sommes passés pour des incompétents, incapables de mettre la main sur des voyous. On s’est ridiculisés, à juste titre. Si c’était à refaire, je ferais les choses presque différemment en espérant éviter la mort de Tarryn, mais je n’aurais pas pris la direction que le FBI a prise. Ils nous ont conduits à notre défaite, mais ils ne l’avoueront jamais.

    Ne plus voir l’Agent Ross me ferait presque avoir un orgasme tant je trouve cette perspective réjouissante.

    Ils sont restés trois semaines encore, après s’être rendu compte que tout était foutu. C’était sans l’acharnement du jeune agent. Il ne voulait pas perdre. Je le comprends, de son dossier, ça fait tache, mais on ne récolte que ce que l’on sème lorsqu’on joue avec les lois de la rue. Il ne faut pas s’attendre à de gentilles attentions de leur part.

    J’ai fait en sorte de totalement protéger mes arrières. Personne ne découvrira que les tests étaient en vérité positifs, et si un jour, on le découvre, ce sera un mauvais concours de circonstances. Je doute que le FBI décide de revenir dans les environs avant un moment étant donné ce que cette petite sauterie leur à côté.

    Est-ce que je m’en veux encore d’avoir trahir mon uniforme ?

    Quand je suis avec Rhymes, non. Quand je suis seule, ça m’arrive de culpabiliser. De penser que peut-être, je serais capable de franchir la limite de nouveau. J’en doute, mais ça ne me rassure pas tellement. Je vais devoir me prouver à moi-même que je suis toujours la même, amoureuse, mais pas stupide.

    On peut le faire, je veux y croire.

    J’observe les derniers agents venus prêter main forte pour déménager les dossiers. Ross ne prend même pas la peine de venir nous saluer, Ed et moi. On se met à rire lorsque le dernière FED quitte notre établissement pour de bon. Un silence apaisant gagne les lieux, nous nous dévisageons tous, locaux de la police. Un sentiment de sérénité persiste, nous prouvant que nous en avons fini de les supporter, nous allons pouvoir nous remettre au boulot sur nos différentes affaires. À commencer par neutraliser les petits gangs.

    Une fois tout ce bordel disparu, je m’apprête à demander à Ed s’il serait partant pour une petite virée chez les Wanderers, quand Bobby, vient m’interpeler, l’air indécis et inquiet. Je fronce les sourcils en croisant les bras. Ed m’indique qu’il reviendra plus tard et disparait telle une tornade.

     

    — Shérif ? finit-il par demande.

     

    — Oui Bobby ? je réponds en cachant mon inquiétude.

     

    Je prie secrètement que mon geek ne m’annonce pas de mauvaises nouvelles.

     

    — Est-ce qu’on peut se parler une minute.

     

    J’acquiesce. Ça pue l’embrouille. Bobby n’est pas du genre à afficher cette tête, il est plutôt cool, ne se posent pas trop de questions sauf lorsqu’il découvre une information capitale qui peut nous mettre dans la merde ou faire avancer les choses.

    Je commence à croire que nous n’allons pas tarder à regretter les agents du FBI.

     

    — Viens, entrons dans mon bureau pour être au calme.

     

    Je lui fais signe de passer le premier, il s’exécute. Je remarque un dossier imprimé dans sa main. Je jure en espérant que ça n’est pas de rapport avec la raison du départ des FEDS. Il ne manquerait plus qu’ils reviennent.

    Je fais signe à Bobby de s’asseoir, il décline l’invitation. De mon côté, je préfère être assise pour encaisser le choc d’une mauvaise nouvelle.

    Connaissant le geek en face de moi, je sais qu’il ne tournera pas autour du pot.

     

    — Je t’écoute, je finis par lancer d’une voix calme.

     

    Mon palpitant se met à battre plus fort.

     

    — Il y a plusieurs semaines, vous m’aviez demandé discrètement de continuer à creuser en profondeur le passé des Blood Of Silence.

     

    — C’est exact.

     

    Qu’est-ce que tu as découvert, bon sang !

    Mal à l’aise Bobby se met à tanguer d’une jambe à l’autre en passant une main dans ses cheveux courts. Il me jette un regard furtif, essayant de trouver les mots justes pour m’annoncer les résultats de sa recherche.

    C’est si terrible que ça ?

     

    — Je suis remonté il y a environ cinq ans. J’ai fait une découverte vis-à-vis d’une situation que je ne pensais pas importante il y a des mois. Je suis désolé, j’aurais dû être plus… précis à ce sujet. Mais je n’aurais pas cru qu’une histoire comme celle-ci puisse m’amener à découvrir ça.

     

    Je fronce de nouveau les sourcils, je ne suis pas certaine de bien comprendre.

     

    — Ça ? je répète.

     

    Il acquiesce en s’approchant de mon bureau pour me donner son dossier.

     

    — Regardez.

     

    Je l’attrape, l’ouvre sans attendre et commence à feuilleter son contenu. Mon visage doit prendre une expression de sidération. Je regarde les photos qu’il a pu dénicher à plusieurs reprises. Les certificats, les informations qu’il a récoltées.

    Mon cœur se fige, je laisse échapper un profond soupir. Ce n’est pas une bombe, c’est un ouragan si ça s’avère être vrai. Si ça les concerne vraiment.

    Quel bordel ça va être !

    Je tâche de ne pas trop montrer ma surprise, mais je le suis. Je me demande ce que je vais faire de cette nouvelle. En parler à Rhymes, c’est sûr, je ne peux pas cacher ça. Pas à mon homme. Pas quand c’est SON club et ses frères qui sont concernés.

    Cette information ne relève pas d’un secret ou même d’une juridiction qui pourrait les envoyer en prison, c’est simplement… une bombe.

     

    — Si j’avais su que cette femme avait été plus qu’une simple conquête sur le tableau de chasse de deux bikers, j’aurais creusé plus. Nous aurions pu nous en servir contre eux.

     

    Un moyen de semer la discorde. Effectivement, si j’avais eu cette information il y a des mois, j’en aurais usé. Brisant la confiance entre frères. La panique aurait été notre principal atout dans notre lutte. Mais ça ne s’est pas passé ainsi. On ne peut pas refaire le passé.

    Bobby semble attendre un sermon ou quoi que ce soit d’autre, mais je n’en fais rien. L’erreur est humaine.

     

    — Je m’en occupe Bobby, merci à toi, je conclus.

     

    Le geek semble surpris.

     

    — C’est tout ?

     

    J’acquiesce.

     

    — Tu as fait ton boulot. Merci. En revanche, peux-tu rester discret à ce sujet ? je lui demande.

     

    Ma demande ne le dérange pas. Il ne pose pas de questions non plus. C’est un soulagement, autant que son expression sur son visage qui se détend subitement.

     

    — Je suis une tombe, boss, me confirme le geek flic.

     

    Il m’offre un clin d’œil avant de s’éclipser, me laissant seule avec mes nouvelles informations. Je passe une main sur mon visage, encaissant la révélation. Je regarde de nouveau les photos montrant Creed Harps en compagnie d’une belle blonde, ainsi que Hurricane Cortesi en compagnie également de cette belle blonde. Ce sont des photos issues de caméras de surveillance de la ville. Puis, mon attention se porte sur une qui date d’il y a quelques semaines, dans l’état voisine au nôtre, au nord. C’est cette même femme avec cinq ans de plus, toujours aussi superbe, mais avec quelque chose de différent. On pourrait croire aux premiers abords que ce n’est rien, mais avec les papiers joints de Bobby, j’ai la confirmation que c’est vrai.

    Seigneur, c’est une bombe qu’il vient de déterrer. Et si jamais, cette bombe est véritablement liée aux Blood Of Silence, je me demande qu’elle va être leur réaction.

    Mauvaise, je n’en doute pas.

    Je saisis mon téléphone, le déverrouille et envoie un SMS à Rhymes.

     

    MOI, 14h56 : Toujours OK pour ce soir, chez moi ?

     

    Il faut qu’on parle de tes deux queutards de présidents, j’ai une bombe à leur annoncer. Sa réponse ne se fait pas prier.

     

    RHYMES, 14h57 : Toujours, bébé.

     

    MOI, 14h58 : connard.

     

    Je repose mon téléphone, à présent certaine

    Je n’ai rien dit à Rhymes pour ne pas davantage éveiller ses soupçons, puisque ce matin, chez lui, nous avons convenu d’aller chez moi. Le VP va se demander ce qu’il me prend, et je doute qu’il a conscience de la bombe que je m’apprête à fourrer dans la vie des Blood Of Silence.

    Ce n’est pas avec ce genre de nouvelle que je vais me faire une place dans sa vie auprès de ses frères. C’est une certitude.

     

    ***

     

    Lorsque je pousse le seuil de la porte de chez moi, je suis accueillie par une odeur divine provenant de la cuisine. Rhymes est bien là, en avance. Je suis toujours surprise de le retrouver chez moi. Pourtant, je commence à sévèrement m’y habituer de partager mon espace avec lui. À vrai dire, si j’étais du genre solitaire, la vie de célibataire à deux avec lui me plait, parce qu’il n’y a qu’avec lui, que le terme en couple ne me fait plus fuir. J’ai envie d’être avec lui. Malgré la longue liste qui devrait nous empêcher de l’être. Je pense qu’on s’y fera, je pense qu’on a plus envie de se prendre la tête, et puis je pense en étant certaine que nous sommes fatigués de lutter contre nos sentiments. On a décidé de se lancer dans notre aventure. Si on commence petit à petit à prendre nos marques, le reste est d’une simplicité déconcertante à partir du moment où nous respectons trois règles :

    Il n’est plus le VP en affaires des Blood Of Silence lorsqu’il passe cette porte.

    Je ne suis plus la Shérif du comté qui veut le mettre derrière les barreaux.

    Nous ne parlons jamais d’affaires qui pourraient nous amener à nous croiser.

    Vu qu’on s’y tient, ce n’est que du plaisir le restant du temps. On continue de se découvrir, on partage énormément de points en commun et de valeurs. J’adore ce côté taquin que nous avons, cette façon de chauffer l’autre, de le pousser à bout pour le faire succomber. Le sexe est au summum, c’était toujours d’une intensité qui me déconcerte. Je n’ai jamais connu une pareille alchimie avec un homme avec le Blood. On a beau ne pas être du même côté de la loi, le reste fait que nous sommes faits pour être ensemble. Je m’en rends compte un peu plus chaque jour quand on se réveille l’un un côté de l’autre. Il a beau mettre un cuir et moi un uniforme, ça ne compte plus quand il n’y a que nous. C’est compliqué de le faire comprendre à sa famille, je m’en rends bien compte, mais je pense avoir fait mon petit effet lors de notre première rencontre. Seul le temps nous le dira. Mais j’ai l’assurance que Rhymes ne lâchera pas le morceau. Si je suis dingue de lui, il est tout aussi fou de moi. Au moins, nous sommes deux dans cette galère ?

    Un jour, nous voudrons encore plus que ce que nous avons déjà, je le sais, Rhymes aussi. C’est dans l’ordre des choses. On se rencontre, on se cherche, on succombe, on tombe amoureux, on décide de s’aimer, on commence à construire une vie à deux, et d’autres souhaits se mêlent à la partie. Ce jour-là, nous verrons si c’est faisable ou pas. Nous sommes intelligents, capables de beaucoup de choses. À deux cerveaux, les problèmes semblent moins complexes.

    En attendant, je compte bien profiter de ce connard de biker pour moi toute seule. L’avantage d’être l’exclu de service, c’est qu’il me consacre beaucoup de temps en tête à tête.

     

    — Hé, bébé ! lance Rhymes en riant.

     

    Je lève les yeux au ciel. Ce surnom m’agace autant qu’il me fait craquer, mais je ne lui avouerai pas. Je dépose mes affaires près de l’entrée, retire mon arme et mon insigne que je range dans le tiroir. Je détache mes cheveux, ouvre quelques boutons de mon uniforme, retire mes chaussures et attrape mon dossier. Je m’approche du VP qui hache des légumes. Il m’amuse à prendre ses marques dans ma maison comme s’il était chez lui. Bientôt, Rhymes apportera une brosse à dents et des fringues à ce rythme.

    Je dépose le dossier sur la table de la cuisine, puis l’enlace en passant mes bras autour de sa taille pour me blottir contre lui. Son odeur m’envahit, son corps massif contre le mien me rappelle d’intéressants ébats.

    Cet enfoiré m’a manqué aujourd’hui. Est-ce que c’est censé faire ça, quand on… tombe réellement amoureux d’une personne ?

     

    — Robyn… commence le Blood en me sentant mes doigts joués avec sa ceinture.

     

    Je ris à mon tour en embrassant son dos. Je reste sage à savourer simplement ce contact.

     

    — Ca va ? je l’interroge.

     

    — Toujours, c’était la journée oncle et nièce, et toi ?

     

    Je souris, Rhymes est dingue de Harley. On dirait un papa poule. Il est protecteur et aimant. Les gamins ne lui font pas peur. L’espace d’un instant, je me demande quel genre de père il serait avec ses propres enfants.

    Je me raidis en pensant à sa question. Je n’ai pas le temps de faire face que l’atmosphère se gorge d’un léger malaise révélant qu’il y a un problème.

    Rhymes s’arrête de découper ses légumes. Il se tourne pour me faire face. Son regard bleu croise le mien, ses mains mouillées saisissent mon visage.

     

    — J’aime pas du tout l’air que tu as, lance-t-il.

     

    — Je crois que tu ne vas pas aimer ça non plus.

     

    Nous nous dévisageons un instant, j’hésite, je cherche la meilleure façon de lui parler de ma découverte sans que ça n’en pâtisse sur nous. Évidemment, ça ne nous concerne pas, mais c’est moi qui vais lancer la bombe et ça va être à Rhymes de prendre la décision de la déclencher ou pas.

    On a le chic de se compliquer la vie.

     

    — Est-ce qu’on pourrait parler ? je demande en montrant le dossier d’un signe de tête.

     

    Le Blood prend un air suspicieux qui ne trahit pas son inquiétude. On vient de sortir de plusieurs semaines désagréables où nous aurions pu nous retrouver dans une autre situation. Lui comme moi, n’avons guère envie de recommencer.

     

    — Est-ce que ça concerne notre règle numéro trois ?

     

    Je secoue la tête.

     

    — Il n’y a rien dans ce dossier de compromettant pour le club. Tu sais très bien que si j’avais des preuves contre vous, je me tairais.

     

    Rhymes me sourit, bien conscient de ça.

     

    — C’est un des moyens de pression que j’aurais aimé avoir il y a quelques mois, j’explique.

     

    Le VP acquiesce, visiblement soulagé, mais pas tant que ça. Je suis certaine qu’il est en train de se faire des films pour savoir ce que mon geek aurait pu sortir que son geek de frère n’aurait pas contré.

    Je lui fais signe de venir s’assoir en face de moi sur la table de la cuisine. Face à face, je prends le temps de réfléchir en attrapant le dossier. Ce n’est pas la shérif qui parle au biker, c’est la compagne à son amant. Je n’ai plus besoin de cette information pour les faire chanter ou pour leur mettre la pression.

    Mon regard croise le sien, je lui souris en voyant son air sérieux, Rhymes fronce légèrement les sourcils, une ride se dessine sur son front, le rendant sexy.

    Je garde la tête haute.

     

    — Écoute, je commence, j’avais un gars encore sur votre cas. Il devait creuser plus en profondeur vos passés respectifs. Honnêtement, je pensais qu’il avait arrêté ses recherches, mais aujourd’hui, j’ai compris qu’il continuait.

     

    Une tension nait entre nous. Rhymes reste calme, mais la préoccupation le marque de plus en plus.

     

    — Je crois que ça pourrait intéresser votre club ce que j’ai appris. 

     

    Rhymes se raidit, prêt à encaisser le choc, il attend davantage d’explications, je vais lui en donner une partie, notamment, en levant le voile sur qui ces dernières concernent.

     

    — Il y a cinq ans, j’ai appris que tes deux présidents avaient eu une liaison avec la fille de l’ambassadeur des Pays-Bas, une certaine Tennessee Van der Vaast. Mon geek a un peu creusé et… voilà.

     

    Je lui tends le dossier. Il glisse sur la table en bois lorsque Rhymes le récupère. À la mention de la femme, le VP s’est tendu. Mon cœur bat vite quand je le vois l’ouvrir, se figer, le feuilleter avec une telle rapidité. Son visage est noyé sous la stupeur. Il comprend où je veux en venir. Ce doute qui plane. Les dates, les événements. Il y a bien quelque chose.

     

    — Bordel de merde ! jure-t-il. On vient de sortir d’un bordel, et voilà qu’on en découvre un autre de taille !

     

    Le VP se frotte la barbe en regardant de nouveau les photos, ainsi que les documents, justifiant le tout.

     

    — Qui est au courant ? finit-il par me demander.

     

    Mon cœur bat à tout rompre, je m’interroge sur sa future réaction, qu’est-ce qu’il va faire ?

     

    — Personne si ce n’est moi, mon homme et toi. Qu’est-ce que tu vas faire ?

     

    Rhymes secoue la tête, visiblement sous le choc, je l’imagine très bien dresser toutes les possibilités.

     

    — Je ne sais pas comment, mais il va falloir que j’en parle…

     

    — Cette femme… je commence.

     

    Mais le Blood m’interrompt.

     

    — Elle n’a apporté que des ennuis, me coupe Rhymes. Tennessee a failli déchirer notre club il y a cinq ans en se tapant Hurricane puis Creed.

     

    Je ne fais pas de commentaires, pourtant, du peu que je sais de leur monde, une femme en passe de devenir une régulière ou qui l’est déjà, n’a pas à avoir ce genre de comportement. Je me demande comment les deux présidents, frères de cœur, ont fait face à cette tornade : aimer la même femme. Aujourd’hui, ils ne semblent pas y avoir de malaise, alors qu’est-ce qu’il s’est produit pour que cinq ans plus tard, elle en soit là. Vu la tête de Rhymes, ils n’étaient pas au courant.

     

    — Tu penses que c’est lié au club ? je demande quand même.

     

    Le VP hausse les épaules, vraiment indécis.

     

    — Peut-être, je ne peux rien dire, ce n’était pas mes histoires. Ça ne concerne qu’Hurricane et Creed.

     

    Rhymes soupire en se laissant aller contre le dossier de sa chaise. Je suis désolée de le mettre dans cette position délicate.

    Je décide de lui laisser quelques minutes de solitude pour peser le pour et le contre, il a sans doute un coup de fil à passer. Peut-être que notre soirée tombe à l’eau. Je ne lui en voudrais pas. C’est moi qui ai mis ça sur le tapis.

    Je me lève de ma chaise, je vais aller prendre une douche.

     

    — Robyn ? m’interpelle Rhymes.

     

    Je m’arrête, me retourne pour lui faire face.

     

    — Oui ?

     

    — Merci.

     

    Je souris en lui jetant un clin d’œil.

     

    — Ça fait deux, VP, je plaisante.

     

    Le Blood reprend du poil de la bête en entendant ma remarque. L’atmosphère se détend un peu.

     

    — Tu agis comme une vraie régulière et franchement, ça me fait bander comme jamais.

     

    — C’est ta façon de me dire que tu es dingue de moi ? je plaisante.

     

    — Exactement, tout comme je sous-entends que j’adorerai m’envoyer en l’air sous ta douche pour chasser ma mauvaise humeur.

     

    — Tu ne feras rien ce soir ? je demande, surprise.

     

    Rhymes referme le dossier en secouant la tête. Il vide ses poches sur la table, retirant portable, portefeuille et arme.

    La tension se transforme en quelque chose de sexuel qui explose, nous prévenons de la prochaine marche à suivre. Ses yeux bleus ne quittent pas les miens.

     

    — Non, cette nuit, je reste avec ma régulière, je compte bien jouer avec ses propres menottes, la faire jouir et hurler, avant de la trainer devant la télé pour profiter d’elle, déclare Rhymes avec un sérieux ne trahissant presque pas son désir.

     

    À ses mots, j’ai déjà chaud.

    Je rougis en me mordant légèrement la lèvre. Je lui jette regard lubrique.

     

    — Alors qu’est-ce que tu attends ? Je compte bien rejouer avec mes menottes, je le provoque.

     

    J’ouvre le bal, et Rhymes me rejoint en courant dans les escaliers. Sans doute, nous n’atteindrons même pas la salle de bain pour ce round un. Qu’importe, nous ne sommes plus pressés à présent. Notre « nous » existe bien, et on compte le faire perdurer en s’aimant avec cette satanée intensité.

     

    AMHELIIE

  • Blood Of Silence, Tome 6 : Rhymes, Chapitre 35

     

    Rhymes

    CHAPITRE 35

    ***

     

     

    La réunion se termine, j’en ai écouté l’essentiel, pour le reste je suis à moitié absent. Une part de moi est restée avec Robyn, dans mon lit. J’ai cru l’avoir perdue, quand elle m’a demandé de la rejoindre, je pensais que c’était pour me dire d’aller me faire foutre. Alors que quand je l’ai vue sortir de sa voiture je me suis dit, c’est foutu, je ferais tout pour l’avoir, que mon frère avait raison, que je ramperais devant elle s’il le faut, que ma fierté n’avait pas de place devant Robyn. Encore une fois elle m’a surpris. Je ne sais pas ce que sera demain, mais ce sera avec elle, c’est le plus important. On sera toujours ce que nous sommes chacun l’un sans l’autre, mais quand on est ensemble il n’y a plus que nous. Pas de flic et de Blood, juste Robyn et moi. Klax avait raison, ce n’est pas complet, une part de moi aimerait la voir au club, partageait ma famille avec elle, une autre sait que c’est suffisant. Ce qu’elle me donne quand on est tous les deux est tout ce que j’ai toujours voulu. Elle me défie, elle me rend dingue, elle m’excite, elle me fait rire, elle me fait réfléchir et elle remet mes convictions en question. La vie avec elle est un défi, l’amour est seulement ce qui nous lie. J’aime cette éternelle confrontation de nos mondes, de nos statuts et qu’on se retrouve sur l’essentiel. Elle est comme moi, dévouée, fidèle, mais capable d’abnégation quand on en a besoin. Ce qu’elle a fait pour le club… je n’en reviens toujours pas. Pourtant, j’aurais fait pareil.

    Mes frères se lèvent, la réunion est terminée, mais je les retiens.

     

    — Attendez, je dois vous parler.

     

    Tout le monde se rassoit. Depuis que la balance a été éliminée, la vie est plus calme, on respire un peu en attendant que les Santorra daignent se ramener. Les fédéraux ne sont pas encore partis, mais ce n’est qu’une question de temps à présent, leur enquête est foutue. Les affaires reprennent que ce soit avec les Evils ou les Mexicains, de ce côté-là on est tranquille. Mais on sait que c’est le calme avant la tempête que quand les Italiens auront décidé qu’il était temps de régler leur compte avec les Evils et nous, on signera pour la dernière bataille de cette guerre.

    Mes frères attendent patiemment que je prenne la parole, leur regard braqué sur moi j’inspire et me lance.

     

    — C’est à propos de Robyn.

     

    J’entends des jurons.

     

    — La ferme, laissez-moi finir.

     

    Le silence revient, je jette un œil à mes présidents, ils ne disent rien, ils se contentent d’attendre que je termine.

     

    — C’est comme ça, faudra vous y faire, elle et moi on sera ensemble. Ça ne change rien à mon implication dans le club et vous le savez. J’ai tout fait pour lui et ça continuera seulement, maintenant il y aura cette femme dans ma vie. Je ne vous demande pas de l’aimer, même si j’aimerais que ce soit le cas, mais simplement de la respecter comme je respecte chacune de vos femmes. Parce que c’est ce qu’elle est, ma femme et que je compte bien faire le reste de ma vie avec elle.

     

    Je jette un coup d’œil à mon jumeau, il me sourit en acquiesçant. Cet enfoiré est content. Les autres ne disent rien et la tension commence à me gagner. Je ne tiens pas à me mettre ces hommes à dos, je les aime tous et je tiens à leur amitié, mais je ne peux plus jouer sur deux tableaux. J’ai besoin que les choses soient claires pour tout le monde et que Robyn soit accepté. Je ne leur demande pas de partager leur diner avec elle, juste de comprendre l’importance qu’elle a pour moi.

     

    — C’est la shérif, reprend Nir.

     

    — C’est le cas et ça ne changera pas, demain elle peut venir nous arrêter si elle de quoi le faire.

     

    — J’ai une question, lance Savage.

     

    Je regarde mon frère, ils se caressent la barbe en plongeant son regard dans le mien.

     

    — Qui attache l’autre pour baiser ?

     

    Je le vois sourire puis j’entends mes frères rires et émettre des commentaires plus dégueu les uns que les autres. Je me tourne vers mes présidents. Creed se lève, il pose sa main sur mon épaule et me fait un clin d’œil. Je soupire, je n’avais même pas conscience de retenir ma respiration. La salle se vide sous les commentaires intéressants que j’ai déjà entendus sur chacun de ses hommes casés.

    Il ne reste plus qu’H et moi.

     

    — Ils vont s’y faire.

     

    H hoche la tête dans ma direction. Bien calé dans son fauteuil, il m’observe sans bouger.

     

    — Et toi ?

     

    — Moi, tant que j’ai mon VP à mes côtés tout va bien. Je sais qui tu es Rhymes, je sais ce que t’as couté cette histoire et je sais aussi que tu es largement capable de gérer ce genre de relation étrange.

     

    — Étrange hein ?

     

    On se jette un regard avant d’éclater de rire.

     

    — C’est la shérif mon frère, la femme qui porte le plus de couilles de tout le comté.

     

    — Ouais… je réponds pensif.

     

    Je me lève pour sortir, H me retient alors que j’ai la main sur la poignée.

     

    — Rhymes ?

     

    — Oui ?

     

    — Elle est la bienvenue à mon anniversaire surprise que je ne suis pas censé savoir.

     

    — Je ne suis pas sûr que…

     

    — C’est mon anniversaire, j’invite qui je veux et si un de ses enfoirés n’est pas content, il aura à faire à moi.

     

    Je souris à mon président en acquiesçant. Il doit trouver les fêtes de famille trop barbante et a décidé qu’un peu de changement serait bienvenu. Ça me va.

     

     

    ***

     

     

    Robyn traine des pieds derrière moi, je l’entends soupirer et je m’arrête pour lui faire face. Je souris, alors qu’elle dégage une mèche de ses cheveux lâchés derrière son oreille. Elle est sexy comme ça, comme n’importe quelle femme, sans uniforme en simple jean qui descend bas sur ses hanches et son haut noir un peu court qui laisse apercevoir un bout de peau. J’inspire et la tien par les épaules, mes frères ne l’ont jamais vue qu’en uniforme et une part de moi et fier de la voir ainsi, une autre jalouse que ce spectacle ne soit pas que pour moi.

    J’ai bataillé dure pour qu’elle accepte de venir, j’ai trouvé des arguments qui n’ont pas fait grand effet, jusqu’à ce que ma langue se glisse entre ses cuisses. Je crois que j’ai trouvé le moyen pour qu’elles accepte toutes et n’importe quoi, lui demander quand elle est proche de l’orgasme. Ce n’est pas très loyal, mais je ne l’utiliserai que quand ce sera vraiment nécessaire.

     

    — Ça va bien se passer, je lance en embrassant son front.

     

    Elle grogne, ce qui me fait rire.

     

    — Je ne sais pas ce qui est le plus agaçant, ta façon de voir les choses comme tu voudrais qu’elles soient ou moi qui me fait avoir comme une débutante.

     

    J’enroule mon bras autour de son épaule et la serre contre moi en avançant jusqu’à l’entrée du club.

     

    — Je sais que t’es impatiente, bébé.

     

    Elle me lance un regard sombre avant de sourire. Elle m’a fait promettre de ne pas l’appeler ainsi devant le club, sous prétexte que si elle est amenée à nous arrêter de nouveau, ils ne la lâcheront pas avec ça. Elle a raison, Liam et Savage n’oublieront jamais ce petit nom stupide et en joueront tant qu’ils peuvent.

    Une voiture entre rapidement dans le parking et je reconnais immédiatement celle de Sean. On s’arrête pour le laisser passer pour se garer. Mon jumeau ne perd pas de temps, on est tous les deux un peu en retard, dans mon cas c’est parce que Robyn a mis un temps fou à se décider si elle tenait sa promesse ou me demandait d’aller me faire foutre, dans celui de mon jumeau j’imagine qu’Harley n’y est pas pour rien.

    Sean descend, suivi de Lemon de l’autre côté. Mon frère me fait un rapide signe de la main avant de récupérer sa fille à l’arrière. Ma nièce ne perd pas de temps une fois les pieds au sol elle court vers nous en criant « Lope » !

     

    — Tu vois, t’as déjà une alliée, et une de taille, personne ne lui résiste.

     

    Robyn se baisse en souriant pour réceptionner Harley dans ses bras. J’aime cette gosse, je l’aime encore plus quand je la vois couvrir Robyn de bisous.

    Sean et Lemon s’approchent je les vois discuter à voix basse pour se taire une fois devant nous. J’embrasse ma belle-sœur et salut, mon frère. Harley finit dans mes bras pour me couvrir de bisous à mon tour.

    Le silence règne entre les quatre adultes, chacun s’observe étrangement. Sean n’est pas quelqu’un d’avenant, il se contente d’observer de son regard de glace quant à Lemon son petit sourire ne me dit rien qui vaille. Robyn en se démonte pas pour autant, et dieu que j’aime cette femme rien que pour ça.

     

    — Allez-y balancer, je commence.

     

    — Rien que pour sa présence, je suis contente d’être venue.

     

    — Ouais, enfin un anniversaire intéressant.

     

    — Je vais être l’attraction du jour, c’est ça ?

     

    Ils acquiescent tous les deux comme des machines, je ne peux m’empêcher de sourire en les regardant. Je pose Harley au sol, elle part prendre la main de Robyn.

     

    — Viens Lope, c’est « l’anisaire » de tonton H !

     

    Harley traine Robyn qui me tend un regard désolé, elle est comme tout le monde elle ne résiste pas à cette gamine.

     

    — T’as osé, me lance Lemon en regardant sa progéniture partir avec la shérif.

     

    Je hausse les épaules en avançant à mon tour. Il n’y a rien à répondre à ça, je sais que ce ne sera pas forcément une partie de plaisir ni pour elle ni pour mes frères, mais c’est ainsi. Je préfère que ce soit lors d’une fête, lorsque chacun de nous sait mettre ses problèmes et ses ressentiments de côté pour célébrer l’homme du jour.

     

    — Tu sais, commence mon jumeau en agrippant mon épaule, elle ne le dira jamais par fierté, mais elle l’aime bien.

     

    Je souris à mon jumeau, sa femme nous rejoint et nous faisons comme si de rien était, comme si on en connaissait pas Lemon et son sale caractère. Nous pénétrons dans le club, Robyn et Harley sont là, ma nièce présente Pussy à sa nouvelle amie.

    On entend le bruit de la fête qui provient du jardin entre le club house et celui de strip. Mon jumeau et sa femme s’y rendent accompagnés de leur fille qui traine le chat comme elle peut.

     

    — Prête ? je demande à Robyn.

     

    Elle attrape mon cuir et presse son corps contre le mien.

     

    — Tu me crois impressionnée par une bande de criminels ?

     

    Ma main se pose sur le bas de ses reins. Elle n’est pas impressionnée c’est certain, et je me demande ce qui la rend nerveuse alors. J’observe son visage, son regard sombre posé sur moi, son sourire qui s’efface doucement et la lumière se fait en moi quand son front heurte ma poitrine.

     

    — C’est moi que tu as peur de décevoir.

     

    Elle grimace et se dégage de mes bras pour me tirer par la main en direction du jardin. Je l’arrête et la ramène dans mes bras. Je suis un peu choqué de ce que je comprends.

     

    Bébé, tu m’aimes vraiment.

     

    Elle m’embrasse pour me faire taire, je souris comme un con contre ses lèvres.

     

    — C’est ta famille, des gens importants pour toi.

     

    Je la laisse s’éloigner et la suis pour aller jusqu’au jardin. Elle connait le club, avec toutes les perquisitions qu’elle a effectuées ici.

    On passe la porte et nous voilà au milieu d’une grosse bande de bikers. Les Sons sont là, ainsi que les Hell’s, la famille de H au grand complet et tous les Blood accompagnés de leur femme. Pourtant, en nous remarquant, le silence dans le jardin se fait. Tout le monde a les yeux sur nous et seule la musique vient troubler l’ambiance tendue qui se dégage des personnes présentes.

    Robyn en se démonte pas, je la regarde s’avancer jusqu’à H, le saluer avant de lui faire la bise et de lui souhaiter un joyeux anniversaire. Mon président la remercie, il me fait un clin d’œil et la pression redescend. Les discussions reprennent et le brouhaha de la fête est de retour.

    Je regarde Robyn qui a maintenant une bière dans la main, en pleine discussion avec mon président qui sourit comme il le fait souvent pour charmer une femme. Je sens une érection inappropriée naitre dans mon pantalon de la voir s’imposer ainsi, tenter de paraitre naturelle et y arriver. Et cette femme est à moi, elle ne fera jamais complètement partie de notre milieu, elle ne sera jamais tolérée que pour ce genre d’évènement ou le business est mis de côté pour simplement profiter de la famille et des amis. Mais elle sera mon univers quand mon cuir tombera, quand son uniforme n’existera plus et qu’il n’y aura plus qu’elle et moi pour vivre cette folie.

     

    MARYRHAGE

  • Blood Of Silence, Tome 6 : Rhymes, Chapitre 34

     

    Robyn

    CHAPITRE 34

    ***

     

     

    J’encaisse le choc de la nouvelle qui vient d’arriver au poste. Les Agents du FBI sont furieux, tous nos efforts viennent de partir en flambeau en un instant. Nous avons voulu allez vite, malheureusement, certains ont été encore plus rapide.

    Je n’arrive pas à y croire.

    Jason Llyod a été retrouvé mort. Il ne pourra pas témoigner. Nous n’avons pas eu le temps de nous rendre à la prison du comté à cause de la procédure d’incarcération. Ce contretemps nous a privé d’un témoignage pouvant faire tomber toutes la racaille des environs et une partie de celles de l’État de Géorgie.

    Nos supérieurs sont furieux, le téléphone n’arrête pas de sonner, j’attends d’ici peu la visite ou le coup de téléphone de la Juge et du procureur. Le FBI ne va pas nous lâcher.

    Ross ne fait que gueuler, ils nous menacent de liquider notre poste de police, il veut que je me fasse virer, qu’on nettoie tout ce bordel. Bordel qu’il a lui-même mis.

    Je ne suis pas vraiment étonné de la fin de cette histoire à vrai dire, mais je ne comprends pas comment ils ont pu savoir où se trouver Llyod et sous quel pseudonyme il était incarcéré.

    Quelqu’un nous a piégés et trahit, je ne vois pas les choses autrement, c’est impossible, j’ai confiance en mes hommes. En étant élues, nous avons fait du grand ménage pour faire disparaitre les corrompus. Avons-nous oublié une personne ?

    Je suis furieuse aussi et déçue, mais par-dessus tout, je ressens en moi une certaine part de soulagement qui me dévore. Je ne devrais pas penser ça.

    Je suis divisée, partagée entre la femme de loi et la femme de cœur. Je ne sais plus quoi faire. Le silence de Rhymes n’aime pas, maintenant j’ai l’impression qu’il s’est produit quelque chose.

    Ils ont un lien avec ça, j’en suis certaine, mais comment il aurait pu savoir ? Je me le demande, tout comme je sais que les gangs et les MC ont leurs gars au sein de toutes les prisons du coin, capable de leur donner des infos.

    Nous avons été trop fous, pas assez rapides. Et ils ont gagné… en partie.

    Quelqu’un toque à ma porte. Je m’apprête à le congédier gentiment, mais quelque chose m’en empêche en reconnaissant l’uniforme de coursier.

    Qu’est-ce qu’il se passe ?

     

    — Shérif Walsh ? me demande un petit jeune d’une vingtaine d’années.

     

    Je me redresse en acquiesçant.

     

    — C’est bien moi.

     

    Le coursier entre dans mon bureau en refermant la porte, il tient sous le bras une enveloppe marron assez épaisse.

     

    — Excusez-moi de vous déranger, je cherchais un certain Agent Ross, mais ce dernier est introuvable, on m’a dit de venir vers vous. J’ai une enveloppe à remettre à un supérieur travaillant sur l’enquête 458AD896.

     

    Je mets une fraction de seconde à comprendre. Il s’agit des résultats des analyses pour la drogue. Les dernières preuves qui peuvent faire plonger les Blood Of Silence et les autres.

    Mon cœur se met à battre très vite alors que le petit coursier attend une réponse de ma part.

    J’inspire en disant :

     

    — Donnez-la moi.

     

    Le jeune s’exécute, je le remercie, et avant que j’aie le temps de lui demander sa feuille de signature. Il s’en va. Disparaissant comme une tornade. Je crois que les hurlements provenant de l’extérieur de mon bureau l’ont fait fuir. Je me surprends à ne pas aller le chercher pour lui dire de revenir. Je reste comme une idiote à dévisager l’enveloppe, une pointe serrant mon thorax. J’ai la sensation qu’il va se passer quelque chose de grave.

    Si c’est positif, nous avons une preuve qui peut condamner les Blood Of Silence, mais c’est mince, sans le témoignage de Jason, nous ne pourrons pas les envoyer en prison tout de suite. Il voudra faire une enquête plus approfondie, user de mes méthodes et les surprendre. Ça pourrait prendre des mois encore sans aucun résultat.

    Si c’est négatif, les Blood Of Silence and Co auront gagné la partie sur la Justice en usant de stratagèmes tout aussi machiavéliques et intelligents que nous.

    Ce fut une course des plus passionnantes parsemée d’embuche et de souffrance qui a tout remis en question.

    Je reste de longues minutes, hésitante, à regarder l’enveloppe. Je pense aux dix ans que j’ai passés en tant que femme servant la loi, à tout ce que j’ai fait de droit et de juste pour ne jamais être critiquée et soupçonnée d’être corrompue.

    Je suis un exemple rare dans mon milieu. Je suis un shérif respecté à qui on fait confiance.

    C’était avant d’arriver ici, avant de tomber sur un connard en cuir qui a su me montrer que derrière les actes et l’apparence, pouvait se cacher un autre homme.

    Rhymes vient hanter mes pensées, tous nos souvenirs ensembles, que ce soit notre lutte, à nos coups foireux, en passant par notre attirance et aux moments où nous y avons succombé.

    L’animosité a laissé place depuis longtemps aux sentiments, et irrémédiablement, j’aurais beau me convaincre du contraire, la vérité est là : je suis tombée amoureuse de Rhymes malgré tout ce qui nous sépare. Prouvant que les opposés s’attirer comme jamais.

    Est-ce un jeu ? Aujourd’hui, j’en doute vraiment.

    Je réfléchis aux nombres de personnes qui auraient pu lire ces résultats. Peut-être une dizaine, mais étant donné que ces procédures sont mises sous des codes pour éviter la corruption, il n’y a que ceux qui ont connaissance qui savent à quoi c’est lié.

    Mon cœur bat de plus en plus vite, je me surprends à scruter les environs, personne ne semble prêt à m’interrompre. J’inspire, mes mains tremblent lorsque je saisis mon ouvre-lettre.  

    Je ne réfléchis pas à mes gestes, j’ouvre l’enveloppe, le son du papier déchiré résonne. Je sors les quelques feuilles codées par un laïus scientifique, je recherche une seule ligne.

    Je me fige lorsque mes yeux atterrissent sur les résultats.

    J’hésite un long moment, puis, le cœur déchiré, je sais ce qu’il me reste à faire.

    Entre devoir et passion, il n’y a qu’un pas à franchir pour sortir des limites.

     

     

    ***

     

     

    Lorsque j’arrive à notre lieu de rendez-vous, Rhymes est déjà là, les pieds battant dans le vide, le regard perdu vers l’horizon qui se couche. Je lui ai envoyé un SMS en exigeant le voir. Le Blood n’a pas répondu, alors, je suis plutôt satisfaite de le voir. Il semble préoccupé. On ne s’est plus revu depuis qu’il a fui de mon lit avant le matin.

    Je ne lui en veux pas, je sais ce que ça fait d’être perdu entre ses devoirs et l’envie de l’autre. Il n’y a rien de pire que de vouloir une personne qu’on ne devrait pas, et pire que pire, c’est de l’aimer.

    Son visage se tourne vers moi quand je coupe le moteur de ma voiture de service. Je descends, un poids immense persiste dans ma poitrine. Nos regards se croisent, Rhymes se lève pour venir à ma rencontre. À mis chemin, je perce le silence.

     

    — Il faut qu’on parle, je lance d’une voix sèche.

     

    Le Blood acquiesce, il passe une main nerveuse dans ses cheveux en déclarant :

     

    — Ecoute, Robyn…

     

    Je lève ma main pour le faire taire, il va d’abord m’écouter. Je révèle avec colère triste :

     

    — La balance est morte.

     

    Rhymes ne pipe même pas, il reste maitre de lui-même, pas étonné, ce qui me conforte que les Blood Of Silence ont quelque chose à voir avec tout ça.

     

    — Mais ça tu le sais déjà ? je renchéris d’une voix blessée.

     

    Le VP ne dit rien. Il attend que je révèle tout ce que j’ai à lui dire. Ce n’est pas même pour nos pseudo histoire d’amour qui est mise en stand-by que je suis venue. Même si je dois avouer qu’il me manque tellement. Je me rends compte qu’il a pris une place très importante dans ma vie, une place que je n’aurai pas voulu qu’il prenne. Mais mon lit me parait si vide sans lui, mon salon, si calme quand il n’est pas là, mon frigo râle de mon manque d’imagination.

    C’est un tout qui me manque. Ce n’est pas le voyou, c’est l’homme. C’est Rhymes qui me manque.

     

    — J’ai besoin de savoir une chose.

     

    — Je t’écoute, me répond le biker avec sérieux.

     

    L’atmosphère entre nous est plus que tendue. J’entends les battements de mon cœur résonner dans ma poitrine, je ne réalise toujours pas ce qu’il s’est produit. Comment nous nous en sommes arrivés à ce stade.

    Parfois, le regard d’une personne en dit long sur ce que cette dernière pense, et celui bleu de Rhymes ne me cache rien. Nous ne pouvons rien nous dire sur nos existences « professionnelles », pourtant, il fait une dérogation à cette règle.

     

    — Il fallait que je protège mon club, m’avoue le Blood avant même que je ne demande.

     

    L’organe dans ma poitrine me fait mal. Ce n’est pas normal d’éprouver ça envers une personne, de le vouloir si fort, de se battre entre sa conscience qui nous répète qu’on ne peut pas et son cœur qui nous exige de franchir le pas malgré tout.

     

    — Et moi ? je l’interroge d’une voix douloureuse.

     

    — Je t’ai protégé aussi, je ne pouvais pas te trahir non plus, poursuit Rhymes, défait.

     

    Je vois que le Blood est mal, il culpabilise pourtant, il a gagné.

    Je respire douloureusement, mes yeux me brulent parce que je culpabilise, parce que j’ai l’impression d’avoir tout perdu et tout gâcher.

    Pour lui.

     

    — Comment vous avez su ? je le questionne d’une voix tremblante.

     

    Rhymes se raidit.

     

    — Tu connais le milieu.

     

    — Rhymes…

     

    Le VP fait un pas vers moi en m’interrompant.

     

    — Je suis désolé Robyn. Je suis désolé parce que j’ai l’impression de t’avoir trahi d’une certaine façon, mais je n’avais pas le choix. Il fallait que je fasse quelque chose.

     

    Je me fige en comprenant. L’atmosphère devient de plus en plus palpable, la déception m’envahit, mais en même temps, je n’arrive pas à lui en vouloir. Cette histoire est tellement compliquée. Quand l’amour se mêle aux business, c’est affreusement compliqué.

     

    — L’info, tu l’as obtenu de moi ? je finis par demander.

     

    — Qu’est-ce que ma réponse changerait ?

     

    — Réponds-moi.

     

    Rhymes ferme les yeux avant d’acquiescer. Mon cœur se serre douloureusement.

     

    — Oui, me répond le Blood. J’ai fouillé dans tes dossiers.

     

    J’encaisse cette révélation en me détournant légèrement de lui. Il est franc, je ne peux pas lui en vouloir de ça. Rhymes ne peut pas jouer sur deux tableaux, on s’en est rendu compte au cours de sa foutue mission séduction qui nous a plongés dans une histoire d’amour tumultueuse remplie de non-dits.

    Mes yeux me brûlent.

     

    — C’était prévisible, je déclare.

     

    — Robyn…

     

    La voix de Rhymes ne cache pas sa propre douleur. Il s’en veut.

     

    — J’ai fait entrer le loup dans la bergerie, à quoi je m’attendais ? je poursuis. J’aimerais être en colère comme jamais Rhymes, mais je ne suis que déçue. Je ne peux pas t’en vouloir pour une chose dont je suis responsable. C’est moi ait est merdé. Je n’ai rien fait pour l’éviter. Tu as profité d’un moment où j’ai baissé ma garde pour te défendre. Qui ne l’aurait pas fait ? Même moi, j’aurais essayé, j’ai tout essayé pour vous faire plonger avant de tomber. Je vais avoir besoin d’un temps pour avaler cette nouvelle Rhymes. Peut-être que je trouverais le moyen de te le faire payer.

     

    — Je mériterais sans doute un retour de bâton, me confie le V.-P.

     

    Je doute que ce soit terrible. Même si je suis triste d’apprendre que l’enquête a foiré indirectement par mon biais. Ma fierté en a pris un coup, mais ce n’est qu’une chose en plus que je vais devoir digérer.

    Ça prendra du temps… mais il parait que ça en vaut la peine. C’est ce que je ne cesse de me dire.

     

    — Mais le pire, Rhymes, c’est que ce n’est pas contre toi que j’en veux. C’est contre moi.

     

    Le Blood me dévisage sans comprendre, il tente de me rejoindre, mais je recule. J’ai besoin d’air.

     

    — Bébé…

     

    Je sens une larme glissée le long de ma joue, je me maudis de craquer face à lui, de paraitre aussi faible alors que je l’ai déjà été il y a quelques heures à peine.

     

    — Aujourd’hui, j’ai fait quelque chose qui était impossible pour moi, il y a quelques mois.

     

    La tension devient plus intense entre nous alors que le soleil est en train de se coucher, rajoutant de l’inquiétude. Rhymes me regarde, attentif. Il sent que quelque chose de grave s’est produit.

    Est-ce que je l’ai trahi moi aussi ?

     

    — Tu veux que je te dise ? je lâche en baissant les bras. Tu as gagné Rhymes dans ta première lutte contre moi.

     

    J’inspire, une autre larme de colère envers moi dessine un chemin humide sur ma joue. Rhymes se décompose.

    Le pire, c’est que je ne regrette pas.

     

    — Pour toi, j’ai détruit des preuves de votre implication dans le trafic de drogue des Blacks. C’était notre dernière carte pour espérer vous faire plonger et j’ai falsifié ces résultats, j’avoue, en tremblant.

     

    Ils étaient positifs. Tous. Les trois tests qu’avait demandé Ross par paranoïa. J’ai risqué gros en faisant ce que j’ai fait. Je me suis débrouillée pour que les résultats deviennent négatifs, mettant un terme à toutes les pistes pour faire plonger le MC et ses collègues.

    Je le regarde en encaissant moi-même le choc, le dire à voix haute rend les choses encore plus sérieuses.

    Rhymes réalise ce que je viens de faire. Son visage masculin est marqué par la stupéfaction. Il n’en revient pas. C’était sans doute une chose qu’il pensait irréalisable, pourtant je l’ai fait. Tous comme il apprend que nous avions une autre carte contrent eux.

    Le jeu s’arrête là.

    Il plane dans l’air un sentiment de « pourquoi ? ». La réponse me parait plus que logique pourtant.

    Pour toi.

     

    — Je n’arrive pas à croire que j’ai fait ça, je souffle.

     

    — Je sais pourquoi tu as fait ça, finit par me dire Rhymes en inspirant.

     

    J’étouffe un sanglot de colère en le foudroyant du regard. Il va faire face aux résultats de ma propre déception.

     

    — Je représente la loi ! Je représente tout ce que tu n’es pas !

     

    Il s’approche de moi en affichant un air de compréhension qui me fait mal. Je suis perdue. Mais je n’arrive pas à regretter. Ross était fou de rage en apprenant que tout était fini pour eux. Il était tellement en colère et moi… j’étais soulagée.

    Seigneur, quelle femme de loi, ça fait de moi ?

     

    — Et tu es tombée amoureuse de moi, Robyn, reprend Rhymes. Tu es tombée amoureuse de quelqu’un qui n’est pas ce que tu es.

     

    Je me fige en essuyant les autres larmes rebelles. Il reste à une distance correcte pourtant, je vois dans son regard qu’il aimerait me prendre contre lui.

     

    — Et je suis tombé amoureux de quelqu’un qui se bat contre ce que je suis au quotidien. Qu’est-ce que ça fait de nous ?

     

    — Des personnes qui vont droit dans le mur malgré tout ça, je murmure.

     

    Le Blood secoue la tête en me reprenant :

     

    — Deux êtres qui vont s’aimer envers et contre tout. Même contre leur propre réalité.

     

    — Je ne peux pas Rhymes, je chuchote, je ne peux pas t’aimer alors que tu es un hors-la-loi, quand je représente cette loi.

     

    — Je t’aimerais pour deux.

     

    Je secoue la tête, non, c’est impossible.

    Parce que je l’aime aussi.

     

    — Non…

     

    Rhymes laisse échapper un rire amusé.

     

    — Non tu as raison, reprend-il, je ne peux pas t’aimer pour deux alors qu’on s’aime déjà trop à nous deux. Robyn, regarde-moi. Tu le sens, cette attraction ? Ce désir qui nous lie irrévocablement ? Tu es tombée amoureuse de l’homme, pas du biker, et je suis tombé amoureux de la femme et non pas de l’uniforme. Donne-nous une chance.

     

    Pour ça. Pour ces battements de cœurs qui martèlent ma poitrine, pour les siens, et pour cette animosité cachant le désir et l’attraction révélant nos sentiments.

     

    — Je ne suis pas une corrompue, je murmure douloureusement.

     

    — Non, tu n’es pas une flic ripou, tu es une femme. Je le sais, nous le savons tous, parce que tu nous as prouvé à maintes reprises qu’on avait intérêt à être méfiant, car tu ne laisserais rien passer. Tu es tout ce qu’il y a plus d’honorable et de juste, Robyn. Mais aujourd’hui, la personne qui a agi, c’était la femme amoureuse et non pas la flic droite. Tu as agi parce que je pense que tu ne voulais pas de tous ça. Parce que toi et moi, c’est plus qu’une histoire de cul. Dans notre lutte, on a succombé tous les deux.

     

    Je craque en entendant ses paroles qui vont droit dans l’organe habitant au creux de ma poitrine. Le VP m’avoue tout ce qui lui passe à l’esprit. Pour la première fois, j’apprends qu’il me veut réellement, qu’il m’aime autant que moi. On est fichus, mais on l’est ensemble.

     

    — Je te suis reconnaissant de nous avoir sauvés de la prison, continue le Blood, autant que j’en suis désolé pour toi en apprenant ce que tu as fait. Mais jamais je n’aurais fait quelque chose pour te mettre en danger parce que je t’aime.

     

    Cette révélation fait l’effet d’une bombe pour moi. Une bombe qui semble étrangement à un souffle d’espoir, qui me fait penser qu’on peut croire encore en un homme, même si ce dernier a merdé. Il l’a reconnu et je comprends sans même qu’il m’a en partie trahie, il le regrette et qu’envers et contre tout, il m’aurait protégé. Moi, la flic. Comme je l’ai protégé.

     

    — Je ne le referais jamais, Rhymes, je déclare entre deux larmes étouffées. C’était la seule et unique fois. Plus jamais je ne te sauverais le cul. Plus jamais tu ne fouilleras dans mes affaires pour te sortir de la merde dans laquelle tu t’es fourré !

     

    — Tu parles d’avenir, fait-il remarquer en souriant.

     

    J’explose, je suis perdue, mais lui semble… heureux.

     

    — Tu veux que je te dises quoi ? je hurle. Que je n’en veux pas plus ? Tu me manques, sombre connard ! Tu me manques tellement que ça me fait mal.

     

    Le Blood s’approche de nouveau, je recule et heurte ma voiture. Nous ne nous quittons pas du regard, la tension ne fait qu’augmenter.

     

    — Je sais.

     

    J’essuie les dernières larmes qui coulent le long de mes joues.

     

    — Tu ne pourras jamais me parler de ce que tu fais.

     

    — Je m’en rends compte. Et moi aussi…

     

    — Je sais… comment veux-tu que ça marche ? Soyons réalistes deux minutes, Rhymes, un couple c’est…

     

    Il m’interrompt de nouveau, sûr de lui. J’ai l’impression que ces jours d’éloignements l’ont fait beaucoup cogiter. En bien, si je me fie à ce que j’entends et qui me laisse sans voix.

     

    — C’est ce que nous avons été. Pour tout le reste. Et pour les affaires ? Pour ton boulot ? On trouvera bien un moyen de se dire les choses,à nos deux cerveaux. On fera des sous-entendues, des compromis. On y arrivera. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu es cette femme-là. Nous ne sommes pas opposés Robyn. Non, on est pareil. La seule chose qui nous éloigne, ce sont nos métiers, le reste… on se ressemble. C’est pour ça qu’on est si bien ensemble.

     

    Je le regarde, bouchée bée alors que je suis moi-même surprise de sa déclaration. Il se met à nu, sans hésiter, sans en avoir honte.

     

    — L’enquête s’est achevée aujourd’hui s’il n’y a plus de preuves contre nous. Le FBI et l’ATF vont rentrer, les rues vont se calmer, je t’en fais la promesse. Et lorsqu’il se produira ça, très prochainement, ça nous laissera toutes nos chances d’essayer. De tenter une histoire. Je ne dis pas que ça sera simple, parce que ça va être compliqué. On va devoir se cacher pour toi. S’adapter, faire des sacrifices, s’aimer en secret. Mais je te veux avec moi, je te veux dans ma famille.

     

    — Je ne pourrais pas être dans ta famille, Rhymes, et tu le sais, je murmure.

     

    Il me sourit, en haussant les épaules.

     

    — Bien sûr que si, ça prendra du temps, ce sera compliqué, on devra faire nos preuves. Ça ne fera pas de toi une corrompue ni de moi un rangé. Juste toi et moi, Robyn. Deux adultes qui savent faire la différence entre deux milieux qui ne peuvent évidemment pas coexister. Mais le reste ? Je préfère tenter quelque chose avec toi, que de ne rien faire et d’être malheur.

     

    — Parce que ça vaut toujours le coup d’essayer, je chuchote.

     

    Rhymes s’approche de moi encore.

     

    — Je suis désolé.

     

    — Tu rampes.

     

    Il sourit.

     

    — Mon frère m’a dit qu’il le fallait si je te voulais auprès de moi. Et c’est ce que je veux.

     

    Et je crois que j’aime ça.

     

    — Un jour, je serai obligé de te passer les menottes, j’avoue d’une voix douloureuse, de t’envoyer en prison si tu te fais prendre et si j’ai des preuves solides. Je le ferai sans hésiter, ça me détruira, ça brisera mon cœur, je te détesterai, mais je le ferais, en me maudissant de t’aimer quand même.

     

    Rhymes fait un autre pas vers moi sans me quitter des yeux. Il pèse chacun de ses mots. Mon cœur s’emballe devant la réalité qui est la nôtre.

    L’ambiance devient plus intense, j’ai l’impression que la réalité nous heurte de plein fouet, elle lève le voile sur les zones troubles qui nous rendaient aveugles. Nous donnant suffisamment de courage pour révéler à l’autre ce qu’on désire.

     

    — Ce jour-là, reprend-t-il, ça me détruira, ça brisera mon cœur, je te détesterai, mais je comprendrai, et je t’aimerai quand même. En attendant, soyons juste toi et moi.

     

    — Aimons-nous quand même, je déclare à mon tour.

     

    On se regarde un instant, quelque chose se produit, c’est l’acceptation enfin. Je romps le dernier pas qui nous sépare pour rejoindre ses bras. Rhymes m’accueille en me serrant fort contre lui. Le retrouver me fait un bien fou. Je ne me doutais pas qu’il prendrait autant de place en si peu de temps. Qu’à travers son image de biker voyou, l’homme me touche et arrive à me faire tomber amoureuse de lui. Est-ce que nous l’avions prévu ? Certainement pas. Lui comme moi.

    Son front s’appuie contre le mien, mes doigts se glissent dans ses cheveux bruns. J’entends son cœur battre aussi vite que le mien.

     

    — Je sais ce que ça fait maintenant, m’avoue Rhymes, tout ce que mes frères ont précédemment vécu. C’est compliqué et douloureux.

     

    — Mais c’est mieux que d’être seuls et malheureux, je termine.

     

    Il acquiesce en embrassant le haut de mon crâne. On reste quelques minutes l’un contre l’autre à se retrouver. Après des jours éloignés à se poser pleins de questions, à douter, à vouloir faire le deuil d’une histoire qui a commencé depuis longtemps. Peut-être à l’instant où j’ai passé les menottes à ce connard. J’espère qu’on continuera ce qu’on avait commencé, à se battre l’un contre l’autre pour mieux succomber.

     

    — Robyn ? Dis-le en premier, bébé, souffle-t-il.

     

    Je souris en lui envoyant un coup dans l’épaule, le Blood en profite. La tension s’estompe petit à petit, laissant les choses moins amères. Tous n’est pas réglés, il va falloir faire avec ce qu’on a appris, nous laisser un temps d’adaptation.

     

    — Hors de question. Tu le diras toi, bébé ! je reprends en utilisant son terme.

     

    On se met à rire face à nos rentre -dedans. Mes mains glissent le long de son cou, je lève mes yeux vers les siens, ce que je lis dans ces pupilles bleues me bouleverse. Rhymes est sincère, il s’est autant ouvert que moi. Jamais je n’aurais cru que tout se termine ainsi.

     

    — Le club t’en doit une, commence le VP, avec sérieux. Je tâcherai de leur dire…

     

    Je pose ma main sur sa bouche pour le faire taire en secouant la tête.

     

    — Non, tu ne diras rien, ça sera entre toi et moi, je le coupe.

     

    Il fronce les sourcils, surpris.

     

    — Pourtant, ça simplifierait les choses.

     

    Je soupire, pourtant, c’est évident. Je lui souris tristement. Décidée de tenter l’aventure avec lui, c’est remettre beaucoup de choses en question, c’est prendre des risques.

     

    — Je sais, mais c’est leur donner l’idée que je serais capable de le refaire. Je ne veux pas qu’on me voie comme un potentiel marché à conclure. Je veux faire mes preuves autrement pour essayer de me faire, même qu’une minuscule place dans ta vie.

     

    Rhymes acquiesce, comprenant mieux. Je ne suis pas comme toutes les autres femmes. Je vais lui tenir tête, risquer ma peau, me battre contre lui encore, représenter une menace, on va lui en faire voir de toutes les couleurs. On entre dans une bataille où prouver et se faire respecter sera notre lot quotidien. Ça vaut le coup ? Oui.

     

    — Dans ce cas, JE n’oublierai pas.

     

    Sa remarque me touche. Je resserre ma prise contre lui. Mon cœur s’emballe lorsque je demande confirmation :

     

    — Est-ce qu’on essaie vraiment Rhymes, d’être ensemble ?

     

    — Évidemment qu’on va essayer.

     

    Le Blood m’attire contre lui, mes bras se nouent autour de sa nuque et nos visages se rapprochent pour enfin permettre à nos bouches de se retrouver.

    Aujourd’hui j’ai trahi pour la première et dernière fois mon uniforme en commettant une infraction, je vais devoir vivre avec cette culpabilité. J’ai agi comme une femme de cœur au lieu d’être cette femme de loi, me prouvant que personne n’était infaillible, surtout en amour.

    Peut-être que je le regretterai un jour, peut-être pas. Mais dans cette situation, je me rends compte que Rhymes trahit lui aussi son club en me voulant dans sa vie.

    Nous sommes sur un pied d’égalité, prêts à commencer un combat qui semble être perdu d’avance pour être simplement ensemble.

    Mais ça vaut toujours le coup de se battre par amour. Toujours.

     

    AMHELIIE