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  • Free Fallin' #Tome2 - Epilogue


     

     

    9 mois plus tôt,

    Prison de Holman, Hatmore, Alabama

     

     

    C’est l’heure. Celle que j’ai tant redouté, celle que j’aurais voulue repousser de toute mes forces. Mais elle est là, sur la pendule du couloir qui émet un bruit tonitruant à chaque seconde qui passe. Je vois ma vie s’essouffler à chaque battement de cette aiguille. C’est terrible. Je viens de te laisser, notre dernier moment ensemble m’a rappeler pourquoi vivre était bon. Pourquoi c’est toi que j’aime, pourquoi ma peau a peur sans la tienne, pourquoi je souffre d’être ici. Je ne veux pas te laisser, je ne veux pas que tu sois là et que tu me vois mourir, que tu gardes cette dernière image de moi. La mort, ce n’est pas ce qui nous a fait.

    Je suis dans le purgatoire, ma jambe ne cesse de s’agiter, mes mains sont moites et je suis plus conscient que jamais des battements de mon cœur. Le doc est passé, il m’a ausculté pour s’assurer que je me porte bien, que je suis apte à mourir dignement selon le rituel imposé. Le pasteur est venu ensuite, on a prié ensemble et il m’a confessé. Je lui aie dit que je ne voulais pas mourir. Mais même dieu ne peut plus rien pour moi, il se contentera d’accueillir mon âme égarée. J’ai peur. Ce saut vers le néant me terrifie, même le médicament censé me détendre n’enlève pas cette terreur. Je n’ai rien avalé du monstre de hamburger que j’ai voulu en dernier repas. J’ai demandé si on pouvait le refiler aux autres détenues, je crois qu’ils m’ont dit oui pour ne pas me contrarier. Certains gardiens me font ressentir la mort avant même qu’elle arrive. Ils sont plus cléments, plus tolérant, et presque plus sympa. Les autres restent tels que je les aie toujours connues, des enfoirés qui jouissent du pouvoir qu’ils ont sur nous.

    Ils m’ont donné mon carnet pour que je puisse écrire. Je leur ai demandé dix fois de bien le mettre dans mes affaires, pour que tu l’ais. Je devrais surement avoir de grandes pensées philosophiques sur la mort, la vie et les erreurs mais ce n’est pas le cas. Ces pensées je les aie eu durant mon incarcération, durant ces six années dans le couloir et je n’ai jamais trouvé de réponses. Maintenant que je vais mourir un éclair de génie ne va pas apparaitre. Je n’ai que des questions pratique qui trainent, des trucs qui semblent si stupides, je me répète inlassablement ce n’est pas la dernière chose à laquelle tu veux penser.

    Alors, je pense à toi. Je pense à tout à l’heure, à ton corps, à ce que j’ai ressentie en retrouvant cette chaleur, celle d’un autre humain qui me serre dans ses bras. C’est bouleversant Jessa, ça n’a pas de mots. Ça m’enveloppe encore, j’ai ton odeur sur ma peau, j’ai les images de ton corps, ces détails que je n’ai jamais oubliés jusqu’à la plus infime partie de toi. On se connait toi et moi, on se connait par cœur et tu m’as permis de ne plus être là ce soir, de ne plus être enfermé et de goutter de nouveau à quelques heures de liberté.

    Tu n’as pas voulu de mon adieu, tu n’as pas voulu qu’on se dise au revoir, comme si la semaine prochaine on allait se retrouver autour de cette petite table au parloir. On ne le fera pas et il y a certaines choses que je voudrais te dire. Maintenant, tant que je peux, pour partir sans regret. Pourtant des regrets j’en ai, énormément, mais ce poids sur mon cœur il peut sortir ce soir, il peut s’en aller et prendre ses ailes parce que demain je ne serais plus là pour le porter.

    Je t’aime.

    Je te l’ai dit des centaines de fois, je l’ai entendue sortir de tes lèvres autant de fois et si je l’ai toujours pensé, ce soir il a une note spécial ce je t’aime. Je suis tombé amoureux de toi comme on se réveil, doucement encore pas très sure de ce qu’on fait jusqu’à ce que tout s’éclaire. Un soir tu es entré dans ma vie et le lendemain je ne voyais plus que toi. Toi, tes yeux verts envoutant, tes lèvres rouges qui donne envie de mordre, tes jambes interminables, ton sourire à fendre l’âme, ta force, ce foutue courage que tu mets dans chaque action, ton entêtement et ta fidélité. Je n’ai jamais douté de toi, jamais. De moi des centaines de fois, mais de toi jamais. C’est la force de ceux qui n’ont rien, il donne tout. Tout leur être avec sincérité. On ne s‘est jamais aimé à moitié, même après, même quand j’ai tout foutu en l’air, on était entier.

    On ne doit pas dire merci en amour, parce que quand on aime on fait les choses avec le cœur pas pour ce qui en découle, on le fait pour voir l’autre heureux et c’est le seul remerciement dont on a besoin. Néanmoins, ce que tu as fait pour moi durant ces années de prison, ce n’est pas par amour, ou pas seulement. Il y a autre chose et je tiens à te dire merci. Merci de m’avoir aidé, épaulé, d’avoir cru alors que je baissais les bras, de t’être battu pour me sauver et de ne pas m’avoir abandonné même quand c’était trop dur.

    Je vais te demander une dernière chose. Une que j’aurais dû te demander plutôt si j’avais été plus courageux, surement que je l’aurais fait si ma vie se serait passé derrière des barreaux. Je n’aurais pas toléré de t’enchainer à moi à vie. Tu as partagé ma peine durant bien trop d’année, tu as oublié de vive pour moi, il est temps que les choses changent.

    Je veux que tu vives Jessa. Une longue vie. Une vie où tu vas retomber amoureuse, où tu vas rire et pleurer, crier et exploser de joie, une vie où tu seras en colère et triste parfois mais vivante. Une vie remplis de sensations, d’émotions, de frisson, de chaleur et d’amour. Je veux que tu sois heureuse. Que tu tires un trait sur ton père, que tu comprennes ta mère même si c’est difficile et que tu pardonnes. Que tu avances, que tu construises cette vie que j’aurais voulue partagé avec toi. Que tu te marie, que tu fondes une famille et que tu deviennes une mère. Que la passion t’emporte encore et encore, que tu lâche prise et que tu te reposes sur celui que tu auras choisie. Fait confiance à nouveau Jessa, certaines personnes en valent la peine. Je veux que tu tombes et que tu te relèves, que tu sois encore forte mais que tu oses pleurer quand plus rien ne vas. Je veux que tu vieillisses doucement, que tu traverses les décennies avec la main d‘un autre dans la tienne. Je veux que tu croies en la force de l’amour de nouveau, que tu découvres de nouvelles choses, que tu voyages loin de l’Aabama, que tu apprécies un feu de cheminé l’hiver et que tu hurles sur la clim qui ne marche pas l’été. Je veux que tu aies un jardin avec plein de petits enfants qui viennent détruire tes parterres de fleurs. Que tu aies des amis et que Dean reconnaisse enfin qu’il est incapable de vivre sans savoir que tu l’attends à la maison. Je veux tout ça Jessa, pour toi, pour que tu vois le meilleur de la vie, ce qu’elle nous offre et qu’on comprend qu’une fois qu’on en est privé. Je t’en ai privé et il est temps que tu prennes ta revanche. Fais le Jessa, vis, complétement, totalement et si jamais c’est trop dur, si parfois c’est insoutenable vient me voir. Parle-moi, je t’écouterai. Je serais toujours là, avec toi.

    Fais ça Jessa, c’est tout ce que je souhaite avant de partir, tout ce qui m’importe. C’est toi, ça l’a toujours été même dans les pires moments.

    Il est temps pour moi de dire adieu, de quitter cette vie pour la suivante, de nous laisser et d’espérer le meilleur. Cet amour Jessa, le nôtre, il ne disparaitra pas, il restera éternel dans ton cœur et le mien. Je ne peux pas effacer ce que je ressens pour toi, je ne peux pas y tirer un trait parce qu’il n’a pas de mot. Il est seulement ces sensations que je ressens encore et encore, qui m’aide à franchir cette étape et qui me rappel comme c’est bon d’être vivant.

    Savoure ces sensations Jessa, jusqu’à la plus infime. Ces petites choses étranges qu’on ne comprend pas toujours, qui parfois font mal mais qui sont tellement belles. Elles sont sacrées. Elles font de toi un être vivant qui a voulue combattre la mort et qui aimera encore.

     

    Jay

     

     

    Maryrhage

  • Free Fallin' #Tome 2 - Chapitre 25 - Vanya


     

     

    Six mois plus tard,

     

    Les feuilles craquent sous mes pas, l’endroit est calme, les oiseaux vont et viennent et il n’y a pas âme qui vivent. Néanmoins, une âme est passé. Les fleurs fraiches me le confirment.

    Je m’approche et remet le bouquet en place que le vend à balayer, contre la pierre tombale.

    J’en fais le tour et m’assoit dos au marbre adossé contre lui.

    Je me laisse aller un instant à la contemplation du silence. Les cimetières c’est glauque, être entouré de mort c’est loin d’être gaie et pourtant ça a quelque chose d’apaisant. C’est comme si ici, rien ne pouvait arriver alors que pourtant on est entouré par la mort.

    Ma tête part en arrière se poser sur le dessus de la pierre tombale, mes yeux se ferment et je ne suis plus seul.

    Ce n’est plus le froid du marbre que je sens dans mon dos mais la puissance d’un corps.

    — Salut Vanya.

    Je souris, je ne l’ai jamais entendue parler mais c’est comme ça que j’imagine sa voix, de ce que je sais de lui, de ce que Jessa m’en a dit, elle doit être grave et pourtant douce.

    — Salut Jay.

    — Ça faisait longtemps.

    Oui, ça fait un bail que je ne suis pas revenue. Quelques mois. Un temps long, pourtant je n’ai rien vue passé. Parfois redouter les évènements les faits retarder, comme si par la force de la pensé on arrivait à les repousser et à d’autres le temps semble accélérer.

    — Beaucoup de choses se sont passé ces derniers mois.

    — Oui, j’ai vue ça.

    — Il est mort.

    Le silence revient, mes conversations imaginaires avec Jay sont assez étranges pour que le silence soit gênant. J’ai commencé à lui parler la deuxième fois que je suis venue le voir. Il y a quelque chose entre Jay et moi, quelque chose que Jessa ne partagera jamais, quelque chose qu’on est les seuls à comprendre et à connaitre. On ne se connait pas, on ne s’est jamais vue quand il était vivant mais c’est tout comme. Parce qu’on a cet être en commun, cette femme qui nous a séduit l’un comme l’autre. Ça ne fait pas de nous des adversaires, bien au contraire nous sommes alliés pour son bonheur.

    Je sais que je délire seul, à parler à une tombe mais on exorcise comme on peut.

    — Comment c’est, de l’autre coté ?

    Je l’entends rire tout bas.

    — Tu crois au paradis Vanya ? Tu crois qu’il y a un endroit où toutes les âmes se retrouvent apaisé ?

    J’ai envie de répondre oui, j’ai toujours cru que les victimes de mon père était dans un endroit où elles sont bien, où la douleur et la peur n’existe plus.

    — Je crois qu’on est apaisé seulement si on quitte la vie en sachant que ceux qui restent s’en sortiront sans nous, il reprend.

    — Il est au paradis alors. Toute la terre se porte mieux sans lui.

    — Le paradis pour certaine personne, ça peut-être un véritable enfer.

    Je ris à mon tour, je suppose que c’est vrai. Mon père n’a pas d’âmes, être entouré de bonté et de sérénité doit être un supplice pour lui. C’est surement ce qu’il mérite. Je ne suis plus aussi certain de ce que je pense, je ne suis plus sûr que la mort soit la solution, je sais juste qu’elle l’a sortie définitivement de ma vie.

    Il a été exécuté il y a trois jours. Son procès pour la dernière victime retrouvé à été expédié à la vitesse de l’éclair, tout comme l’appel et les autres demandes ont été rejeté. Il a été le dernier des 9 à subir l’injection létale. L’état n’a épargné personne.

    J’ai tenté de faire comme si tout ça n’existait plus, mais jusqu’à il y a trois jours ce n’était pas le cas. Ça existait, c’était partout et ma décision de l’évincer de ma vie n’a réellement agit que depuis ce jour. Il est mort, c’est définitif et on retiendra de lui ses meurtres. Il fera partie de cette trop longue liste de serial killer que compte notre pays, il gardera son surnom de Dépeceur de Madison mais il ne se sera pas mon père ou le mari de ma mère.

    Je n’ai pas assisté à l’exécution mais je sais qu’il n’a pas eu de dernières paroles. Il n’a rien dit, il n’avait surement plus rien à dire. Ce soir-là, j’ai rejoint Jessa, on a fait comme si tout était normal, on a passé la soirée à regarder des films, faire l’amour, à chassé les dernières pensées parasites et je me suis réveillé le lendemain matin en constatant que ça ne changeait rien. J’ai vécu sans lui, je continuerai.

    — Tu crois que Jessa s’en sort sans toi ? je demande.

    Je le sens inspirer derrière moi, je ne cherche même pas à comprendre comment mon cerveau peut imaginer à la perfection une présence.

    — Avec toi, oui.

    Je ne sais pas si elle s’en sort vraiment, je sais seulement qu’elle essaye, qu’elle avance que je la vois moins souvent le regard lointain et triste mais le manque est toujours là. Je crois qu’il lui manquera toujours une part d’elle, celle qui a connue Jay et qui l’a aimé.

    — Elle t’aime encore.

    — Et je l’aime encore.

    Je repense à ce qu’elle m’a dit il y a longtemps dans la remise du jardin de chez ma mère. Qu’elle ne voulait pas que tout disparaisse avec l’exécution de Jay, que leur amour lui, resterait malgré tout. Il est encore là cet amour et il le sera toujours. On peut se bâtir une vie tous les deux, rêver ensemble et construire une famille, il sera toujours là.

    — Je suis mort Vanya, tu n’as rien à craindre.

    Je sais que je n’ai rien à craindre et que son cœur m’appartient désormais, mais ça n’empêche pas que lorsque je la vois triste, perdue c’est pour lui.

    — Si tu étais encore en vie, c’est toi qu’elle aurait choisie. C’est avec toi qu’elle serait, que tu sois enfermé ou non.

    — Oui, ce serait moi. Mais je suis mort alors la question ne se pose pas. Elle t’aime Vanya.

    — Pas autant que toi.

    — Non, elle t’aime différemment mais pas moins que moi.

    Je souffle en étendant mes jambes, c’est peut-être le cas, ça l’est surement même.

    — On aime différemment, parce que personne n’est pareil, personne n’a besoin des mêmes choses au même moment. Tu es arrivé dans sa vie alors qu’elle était seule et perdue, tu lui as redonné espoir Vanya, tu l’as rendu heureuse alors qu’elle pleure encore, ne crois pas qu’elle t’aime moins que moi, c’est seulement différent. Vous êtes semblables, vous êtes le pilier l’un de l’autre, vous êtes un tout.

    Il a raison. Sans sa force et son courage je serais encore ce gamin qui attend son père. Elle me donne envie de vivre, de vivre à fond quitte à me bruler et surtout de ne pas cesser d’essayer. Sa force c’est comme du carburant, c’est comme si tout devenait possible et j’en ai terriblement besoin.

    — Elle a tout autant besoin de toi. C’est toi qui lui donne une deuxième chance et un avenir.

    — Elle a peur.

    — Bien sûr qu’elle a peur. Mais elle a confiance en toi Vanya, ne trahis pas cette confiance et tout ira bien.

    Cette peur en elle, ces moments de doutes, ces regards qui se demandent ce que demain lui réserve qui se transforme en sourire quand ils croisent les miens, je les sens. Je sais que ce traumatisme prendra du temps à s’estomper, qu’elle mettra des mois encore peut-être des années à me regarder partir sans qu’elle pense que c’est peut-être la dernière fois. On ne règle pas un deuil aussi violent en deux paroles. Il n’y a que le temps qui facilite les choses qui les rend moins douloureuses mais rien ne les effaces totalement. Il faut apprendre à vivre avec la douleur et la peur, c’est le seul moyen. Jessa a une capacité de résilience qui me surprend de jour en jour, elle lutte contre elle-même. Ce n’est pas simple de mettre un terme à ces angoisses, j’ai mis quinze ans à faire disparaitre la mienne, je sais que ça prend du temps. Parfois il suffit d’une personne, d’une parole pour remettre la machine en route et comprendre son mécanisme. Evincer ce qui détruit et ne garder que le meilleur pour avancer sereinement. C’est ce qu’on fait. Les mauvaises choses partent une à une et ne reste que le meilleur.

    Elle a refusé la proposition d’Eddie suite au procès en appel de Cal qu’il a perdue. Tous ses arguments qu’il a lentement mis en place et qui révèle les failles de cette affaire n’ont pas suffi à le faire acquitter. Jessa bosse encore sur son dossier, elle le fera surement durant des années encore mais ce sera le seul.

    — Tu lui as demandé ?

    Je serre machinalement la petite boite en velours noir dans ma main. Elle ne quitte pas mes poches depuis trois semaines et attend le bon moment pour être remise à la femme qui la mérite. Ce n’est pas une véritable bague de fiançailles, ce n’est pas celle de ma mère qu’elle tient de son arrière-grand-mère mais c’est celle qui m’a fait penser à Jessa en la voyant. C’est un anneau fin en or blanc, sertis d’une minuscule colombe. La liberté. C’est Jessa.

    — Je vais le faire.

    — Pas aujourd’hui.

    — Non, pas aujourd’hui.

    Je relève la tête, mes yeux s’ouvrent et croise les quelques rayons de soleil qui percent la voute nuageuse. Je range la boite dans ma poche, dans quelques jours je la sortirai. Quand le moment s’imposera, quand je saurais que l’instant est idéal.

    — Vanya ?

    — Oui ?

    — Merci.

    Je secoue la tête, si quelqu’un doit remercier l’autre c’est surement moi. Sans le vouloir il a mis cette femme sur ma route, il lui a fait croisé mon chemin et j’ai l’impression que ma vie n’a pas existé sans Jessa. Que j’étais endormie, endoloris dans mon histoire familiale et que je n’en sortirai jamais. Elle a tout changé.

    — Bon anniversaire Jay.

     

     

    ***

     

     

    — Tu tombes à pic !

    Jessa descend du tabouret sur lequel elle était perchée et s’approche de moi dans son uniforme bleu qui réveil des dizaines de fantasmes quand je la vois vêtue ainsi.

    — C’est mon deuxième prénom.

    Son nez se fronce, elle se met sur la pointe des pieds et dépose un rapide baiser sur mes lèvres.

    — Je n’aurais pas dit mieux !

    Elle se retourne et repars au comptoir du diner où elle travail. L’endroit est désert en milieu d’après-midi. Je la suis et m’installe à côté d’elle. Je l’observe croiser ses longues jambes à moitiés nues, à peine cachées par une jupe trop courte. Ma main a envie de se glisser entre pour sentir la chaleur de son corps.

    — J’ai un cadeau pour toi.

    Je relève les yeux sur son visage souriant. Un cadeau ? C’est l’anniversaire de Jay aujourd’hui et c’est à moi qu’elle offre un cadeau. Elle semble bien vivre cette journée, elle semble…heureuse.

    — Un cadeau ?

    Elle lève les yeux au ciel et je remarque que ses mains sont dans son dos.

    — Oui, un cadeau. Ça te surprend ?

    — Un peu, c’est en quelle honneur ?

    — Il faut une raison spéciale pour faire plaisir à ceux qu’on aime ?

    — Non.

    Elle me fait un clin d‘œil et je me demande bien ce qu’elle veut m’offrir.

    — Alors, qu’est-ce que c’est ?

    — Oh non, monsieur Tombe A Pic, ça ne va pas être aussi simple, il va falloir deviner.

    Je ris en la voyant s’amuser de cette situation, excitée à l’idée que je devine sa surprise.

    — Très bien, comment ?

    — Tu as le droit à trois questions.

    — Et si je ne trouve pas ?

    Elle réfléchit quelques secondes.

    — J’utiliserais ton cadeau avec quelqu’un d’autres.

    Je fronce les sourcils en voyant sa bouche se pincer et son regard divaguer dans la salle vide.

    — Si c’est quelque que chose de sexuel c’est hors de questions.

    Son rire résonne à mes oreilles il me contamine et s’abat sur moi comme ses caresses avec douceur et plaisir.

    — Ce n’est pas sexuel. Il te reste deux questions.

    — Quoi ? Non, ce n’était pas une question !

    — Bien sûr que si c’était une question.

    On se dévisage avec détermination, je vois parfaitement qu’elle adore voir mes réactions et me faire chercher ce qu’elle mijote. J’essaye de comprendre ce qu’elle me cache mais à part qu’on va l’utiliser tous les deux je sèche.

    — Est-ce que c’est quelque chose que j’aime ?

    — Evidement !

    — Plus que toi ?

    Elle ouvre la bouche pour répondre instinctivement puis la referme sans sortir un mot. Elle m’observe en penchant la tête, sa queue de cheval suis ses mouvements et mes yeux se perdent sur sa gorge puis la naissance de sa poitrine. Il n’y a rien que j’aime plus qu’elle.

    — Probablement. Tu n’as plus de questions.

    — Je suis curieux de voir ce que tu penses que j’aimes plus que toi.

    — Je peux te citer trois choses que tu aimes plus que moi.

    Elle me sourit doucement en me regardant sous ses longs cils, je vois où elle veut en venir.

    — Ce qui est sacré n’est pas forcément adoré.

    — Vraiment ?

    — Oui.

    — Tu pourrais passer une journée sans café ?

    — Je pourrais. Ce ne serait pas simple mais je pourrais.

    — Tu pourrais sacrifier ta liberté ?

    Je détourne le regard, ma main se fourre dans ma poche et caresse le velours. Je pourrais, pour elle je pourrais sans même réfléchir.

    — Tu vois, elle commence mais je la coupe.

    — Je pourrais, pour quelque chose ou quelqu’un qui en vaut la peine.

    Elle rougit et mon corps le remarque parfaitement. Elle rougit rarement, sauf quad je lui montre à quel point elle est importante dans ma vie.

    — Et toi, je demande, tu sacrifierais tes sacrés ?

    — La question ne se pose pas.

    — Vraiment ?

    Elle penche la tête en m’observant de ses grands yeux verts qui expriment son manque d’incrédulité.

    — L’un a disparue et les deux autres ils sont toi.

    Je me lève et caresse son visage, sa peau chaude sous mes doigts sans perdre ce regard qui exprime trop de choses à cet instant.

    — Tu es allée le voir ? je l’interroge.

    — Oui, ce matin.

    Son visage se baisse et je me sens bête de gâcher ce moment de joie par des questions blessantes, mais ignorer la situation ne la rendra pas plus tolérable.

    — Qu’est-ce que tu faisais pour son anniversaire ?

    Je vois un petit sourire se dessiner sur ses lèvres, ses joues s’empourprer un peu plus. J’imagine déjà la teneur de ses cadeaux.

    — Je suis sûr qu’il adorait ça, je lance avec un clin d‘œil.

    Je me rassois, Jessa se redresse, elle chasse le manque et la nostalgie en me dévisageant.

    — Revenons à nos moutons monsieur White !

    J’hoche la tête en pensant que peut-être bientôt elle sera madame White, que peut-être elle dira oui et qu’elle deviendra ma femme.

    — Bob Dylan, je lance.

    — Quoi ?

    — Ton cadeau c’est Bob Dylan, c’est ce qu’il reste.

    Ses mains reviennent devant elle, elles tiennent une enveloppe entouré d’un ruban.

    — Si je cris « surprise » maintenant, c’est ridicule ?

    Je me mets à rire de la voir déçue que son cadeau ait été découvert.

    — Ça dépend.

    — De quoi ?

    — Si tu te déshabille ou pas en criant.

    Elle rit et me tends ce qu’elle a dans la main.

    — Il faudra te contenter de ça. Surprise !

    Je prends l’enveloppe et la retourne dans tous les sens, je la secoue aussi en regardant Jessa lever les yeux au ciel. On sait tous les deux ce que cache cette enveloppe mais j’ai envie de jouer à la surprise parce qu’elle s’est donné du mal.

    — Tu vas finir par l’ouvrir ?

    Je m’exécute et sort deux palaces de concerts pour dans deux semaines. Une soirée avec elle, Bob Dylan, surement que le café sera remplacé par quelques bières mais la liberté sera là c’est certain.

    Mon regard glisse sur Jessa qui me sourit. Je me lève et la remercie en l’embrassant enlacé contre moi son corps se courbe en arrière sous la pression de mes lèvres. Elle n’a pas encore idée du cadeau qu’elle vient de me faire. Elle s’imagine surement une soirée musicale à écoute un vieux monsieur chanter des textes qui n’ont parfois aucun sens et passer un bon moment ensemble. Ce sera le cas, on passera ce genre de soirée mais ce sera aussi ce moment. Cet instant idéal que j’attends pour lui demander de m’épouser. Celui qui réunira toutes notre histoire et lui donnera l’opportunité de devenir immortelle.

     

    Maryrhage

  • Free Fallin' #Tome 2 - Chapitre 24 - Vanya


     

     

    Je me frotte le visage, je sens ma jambe s’agiter. Je voudrais être serein, quelque chose en moi l’est, il est sûr de sa décision et une autre part stress. Ce n’est pas anodin, c’est le genre de choix qui change une vie. Celui qui restera marqué dans mon esprit, qui affichera une nouvelle marque sur ma relation avec mon père et qui la clôturera.

    C’est peut-être ce qui me déstabilise, cette fin. Je savais qu’elle viendrait un jour, tout à une fin, cependant, le savoir, y être préparé ne suffit pas. Quand c’est là, tout change et tout est remis en question. Pourtant je ne changerai pas d’avis. Quoi qu’il dise durant les prochaines minutes je ne reviendrai pas sur ma décision.

    La lourde porte s’ouvre dans ce bruit caractéristique d’une serrure qui se débloque automatiquement. Mon père entre escorté par deux gardiens et s’installe à la petite table qui nous sépare. Il m’observe, je soutiens son regard. Je veux qu’il comprenne que son foutue marché ne fonctionnera pas sur moi, qu’il comprenne qu’en quelque sorte sa vie qu’il a remis entre mes mains est déjà foutue.

    Le gardien se place derrière moi dans le coin et nous voilà seule l’un face à l’autre. Cet autre que je n’aurais jamais compris, jamais réellement connue et qui pourtant est une partie de moi. Cet autre que j‘ai aimé et détesté, qui aujourd’hui m’indiffère presque.

    — T’as fait ce que je t’ai demandé ?

    Je m’adosse à la chaise bien trop petite pour moi. Mes jambes s’étendent sur le côté mais je ne réponds pas.

    — Vanya, tu es conscient que si tu ne fais rien tu signe mon arrêt de mort.

    Je souris en secouant la tête, il va essayer de toucher ma bonté d’âme. Il est ce genre de personne ceux qui se servent de ce que les hommes ont de meilleur en eux pour en faire des faiblesses et les briser.

    — Ton arrêt de mort tu l’as signé seul, le jour où tu as tué.

    Un sourire se dessine doucement sur ses lèvres, un sourire sadique et pourtant conscient de la réalité.

    — Tu vas me laisser crevé ?

    — Non.

    — Alors quoi ? Qu’est-ce que tu comptes faire ?

    Il commence à perdre patience, une part de moi, surement celle qui lui ressemble le plus jubile. Je me penche en avant, mes bras se posent sur la table qui grince sous le poids. Je ne détourne pas le regard alors que j’en meure d’envie, je déteste me retrouver en lui, savoir que ce lien de parenté que je le veuille ou non il existera toujours.

    — Je vais te raconter une histoire…je poursuis.

    — Bon dieu Vanya !

    — Ferme là et écoute moi. Pour une fois dans ta vie tu vas m’écouter.

    Il se recale contre le dossier de sa chaise et expire en me regardant étrangement. Je déglutis en sentant ses yeux sur moi et cette étrange fierté qu’il dégage à l’idée que je sois son fils. Un autre jour je lui aurait donné ce qu’il veut, j’aurais exigé qu’il arrête et j’aurais insisté sur le fait qu’on a rien en commun. Pas aujourd’hui. Je ne rentrerai pas dans son manège. Je vais dire ce que j’ai à dire et ce sera terminé.

    — Je t’écoute, dit-il d’une voix trop douce.

    J’affronte son regard avec dureté, mes pensées sont un chaos à savoir ce que je dois faire pour ne pas lui donner une victoire et ne pas lui ressembler. Je persiste encore et encore et je sais que tant qu’il sera en vie, ça ne disparaitra pas. Je n’aurais jamais cette paix, je ne ferais jamais le deuil de mon père alors que pourtant il est mort depuis quinze ans.

    — C’est l’histoire d’un gamin qui grandit dans une famille normale, un peu réservé et peu sociable mais une famille normale. Un père, une mère, de l’amour et des règles. C’est simple et ça fonctionne jusqu’au jour où son monde s’écroule. Son père est arrêté, il apprend qu’en fait c’est un monstre, qu’on lui reproche des dizaines de meurtres plus horribles les uns que les autres et le gamin n’arrive pas à y croire.

    — T’as toujours vécue dans un rêve.

    — Pourtant c’est la réalité. Son père est un monstre. Comment, pourquoi il ne sait pas mais c’est un fait. Sa vie change, totalement. Il a grandi de vingt ans en l’espace d’une année, il a vu sa mère sombrer et mettre des années à se relever du choc, il a vue des psys qui tentait de lui dire que ce n’était pas sa faute, qu’il n’y était pour rien mais lui ce qu’il voulait c’est savoir qui il était.

    Il se penche en avant et continue de m’observer de ce regard dérangeant ou on ne sait pas ce qu’il pense.

    — La génétique ça n’a pas de secret Vanya, tu es mon fils, que tu le veuilles ou non, tu l’es.

    — C’est ce que je pensais aussi. Que je n’avais pas le choix d’être ton fils, que je pouvais changer de nom et de vie ça n’enlèverait pas d’où je viens.

    — C’est le cas.

    Je souris à mon tour, je le vois tiquer.

    — Ce gamin a passé des années à comprendre, à tenter de savoir, à garder espoir d’une éventuelle rédemption, que son père s’excuse et lui explique, et puis il a rencontré cette fille.

    Il se met à rire et je reste clame, j’attends qu’il termine de se foutre de moi sans rien dire.

    — Tu me fait tout se speech pour me dire que t’es amoureux ? Je n’en ai rien à foutre Vanya !

    — Cette fille, je continue sans tenir compte de sa remarque, elle l’aime, pour lui, pour ce qu’il est, malgré son histoire familiale et ses gênes de tueur en série.

    — Une stupide de plus qui court sur cette terre.

    Je serre les poings et tente de ne pas écouter ce qu’il raconte, de ne pas tenir compte de son avis.

    — Cette fille, elle le fait réfléchir, parce qu’elle est intelligente parce que la vie lui as fait traverser certaines choses qui remette tout en question. Et pourtant, elle est encore debout, elle est forte et chaque jour elle se bat, parce qu’elle sait ce qu’elle veut et qu’elle se rangera toujours du côté de la vie.

    — Tu es pathétique de croire à ce que tu racontes.

    — Et grâce à elle le gamin à encore grandit. Il sait maintenant ce qu’il veut et ce qu’il doit faire pour l’avoir.

    Je repense à Jessa, à son père, à ce qu’elle m’a dit hier et dont elle ignore l’importance que ces paroles ont eu pour moi. La vie si c’est fait de rêves, si on peut s’y accrocher et vouloir les réaliser il faut aussi être conscient de ce qui ne viendra jamais. Son père ne sera jamais sobre, le mien ne sera jamais honnête. Il restera ce monstre. Rien ne changera venant de lui, parce qu’il est ainsi et je dois l’accepter. Je dois faire le deuil de mes espoirs et trouver ma liberté autrement.

    — Viens en au fait, veux-tu.

    Je souris de nouveau, il perd patience, peut-être qu’il a raison d’être pressé, son espérance de vie s’écourte de secondes en secondes.

    — J’ai longtemps cru qu’un jour tu redeviendrais mon père, que tu prendrais conscience de ce que tu as fait à ses femmes, que tu exprimerais des remords, des excuses et je me suis raccroché à ça. A cette putain d‘image de toi que j’avais dans mon enfance et qui ne pouvait pas être fausses à cent pour cent, j’espérais revoir cet homme en toi et je croyais que c’était ce dont j’avais besoin. Mais tu n'es pas mon père.

    — S’il y a bien une chose dont je suis sûr, c’est bien que tu es mon fils. Tu peux vouloir m’effacer, faire comme si je n’existais pas, je coule dans ton sang. Tu es moi.

    Je me laisse aller contre le dossier de ma chaise et l’observe tranquillement perdre son calme.

    — C’est ce que j’ai cru, durant toutes ses années. J’ai cru que je devais te retrouver pour me trouver moi-même. Aujourd’hui, je n’en ai plus rien à foutre de qui tu es, de ce que tu caches et ce qu’il va advenir de toi. Tu n’es pas mon père, tu ne l’as jamais été. Tu t’es contenté de jouer un rôle avec maman et avec moi.

    Il me fusille de son regard de fouine, ses traits se tendent et je le sens prêt à exploser. Au lieu de ça il part dans un de ces grands éclats de rire qui n’a de sens que pour lui. Je soupire mon ennuie de le voir faire toujours la même chose en espérant encore obtenir quelque chose de moi.

    — Et il t’a fallu tout ce temps pour le comprendre ?

    — Oui, il m’en a fallu du temps. Il m’a fallu un homme complément ivre pour retrouver mes convictions et que notre lien de parenté n’entre plus en compte. Tu es un meurtrier. C’est tout ce que tu es à mes yeux à présent.

    J’ai compris en voyant cet homme se laisser dominer par ses démons ce qu’on devient en laissant quelque chose ou quelqu’un d’autre dicter notre vie. La mienne ne prendra pas se tournant, elle ne deviendra pas esclave de ses caprices et de ses attentes irréalisables. J’ai déjà gaspillé trop de temps pour lui, j’ai donné trop de force et d’espoir pour un résultat loin d’être à la hauteur de ce que je voulais à peine entrevoir. Je me suis gâché en voulant croire au miracle mais aujourd’hui, je sais que c’est impossible. Je sais qui je suis et d’où je viens, je sais que son sang coulera toujours dans mes veines tout comme je sais que ça ne fait pas de lui un père. Il ne m’a jamais aimé, il s’est contenté de faire semblant, de couvrir ses arrières avec une famille en s’intégrant à la société. Mes souvenirs, ce que j’ai ressenti pour lui sont toujours là, néanmoins je sais qu’ils s’effaceront. Ils partiront avec lui si je le décide, si je ne les vois pas plus comme des vérités mais comme le plus gros mensonge de mon existence. Ils rependront une autre couleur, ils révèleront toutes les choses que je n’ai pas vue à l’époque et tout disparaitra.

    — Toi et tes belles convictions, tu es un faible Vanya, un homme qui se fait avoir par un joli minois et deux trois parties de jambes en l’air. Tu n’es rien, tu ne l’as jamais été et sans moi dans ta vie t’aurais été si insignifiante. Tu me dois tout et tu dois aux victimes que j’ai semé d’être enterré dignement.

    — Vraiment ?

    — Tu ne les laissera jamais dans la nature. Tu le sais aussi bien que moi.

    Je regarde autour de moi, l’envie de lui porter le coup fatal me démange mais je tiens à ce qu’il se pose des questions. Qu’on échange les rôles quelques secondes, que je devienne celui qui détiens le savoir et lui l’ignorant qui espère.

    — Qu’est-ce que tu as fait ? il finit par demander les dents serrées.

    — Rien. Parce qu’il n’y a rien à faire. Je ne ferais rien pour t’aider. Ce n’est pas mon rôle, ce n’est pas à moi de me battre pour toi alors que tu ne t‘es jamais battu pour moi.

    — Je ne te crois pas.

    — Crois ce que tu veux, je m’en fous.

    — Tu n’es pas comme ça Vanya.

    — Crois moi, je suis comme ça.

    — Tu te rends compte de ce que tu dis ?

    — J’en suis totalement conscient. J’ai mis du temps à faire mon choix à savoir si je devais continuer de croire que derrière tout ça se cacher un cœur, mais j’ai compris que tu n’en avais pas. Que tu n’en avais jamais eu et par conséquent qu’il ne pouvait pas réapparaitre. On ne ramène pas ce qui n’existe pas et j’en ai marre de vivre dans des mensonges.

    Ma vérité n’est pas dans ce parloir. Elle m’attend dehors, elle a de grands yeux verts et un cœur qui ne demande qu’à vivre et espérer de nouveau. Ma vérité elle me rend libre et heureux. Je la serre dans mes bras et rien d’autres n’existe. Elle efface le mal et les doutes, elle me donne un avenir et une identité réelle.

    Je me lève pour quitter cet endroit et ne plus jamais y mettre les pieds.

    — Et pour les victimes, si toutefois ces disparus sont mortes de ta main, Carter les trouveras. Peut-être qu’il y passera sa vie mais il les trouvera si elles existent. Tu vois, tu es devenue inutile pour tout le monde…papa.

    Il se lève d’un bond, le gardien est directement sur lui.

    — Tu n’as pas le droit de faire ça Vanya ! Je te l’interdis !

    Je ne relève pas, tout comme les injures qui sortent de sa bouche alors qu’il se débat dans les bras du gardien. J’attends en lui tournant le dos que la cavalerie arrive et qu’elle me fasse sortir de là. Je trépigne d’impatience de quitter ce lieu qui a trop longtemps était une sorte de refuge alors qu’il cache seulement l’antre du diable.

     

     

    ***

     

     

    Je descends de ma voiture et observe Jessa en pleine discussion avec Carter qui lui m’a vue arrivé contrairement à la jolie blonde. Je m’approche assez rapidement, Carter me fait un signe de tête et Jessa remarque enfin ma présence. Elle se retourne puis me souris. Mon cœur semble repartir en la voyant, en sentant sa présence et son amour. Depuis ma sortie de la prison j’ai l’impression d’avancé en étant absent de moi-même, comme si penser à ce que je viens de faire aller m’achever. Je ne comprends pas trop ce qui se passe, j’étais sûr de moi au parloir, je savais que je faisais le bon choix, maintenant je ne sais plus et je n’ai pas envie d’y penser.

    Je serre franchement la main tendue de Carter puis je me tourne vers Jessa qui guette inquiète mes réactions. Je lui lance un clin d’œil et dépose un baiser sur son front.

    Je les entraine jusqu’à chez moi, nous montons en silence. Je sais pourquoi Carter est là, mais Jessa je ne pensais pas la voir avant ce soir. J’ouvre la porte et entre en laissant ouvert pour eux. La présence de Jessa même si elle est réconfortante, elle me fait douter aussi.

    Ils entrent dans le salon, le silence gênant s’instaure entre nous trois. Jusqu’à ce que Carter perde patience.

    — Quoi de neuf mon grand ?

    J’observe l’inspecteur, celui qui a fait partie de ma vie durant les quinze dernières années. Qui est là chaque mercredi et je me demande si c’est la dernière fois que je le vois mâcher aussi fort son chewing-gum.

    — Vanya ?

    Je me tourne vers Jessa, nous sommes debout dans mon salon, ils guettent mes paroles comme le messie et je trouve la situation de plus en plus ridicule.

    — Je lui ait dit.

    Carter acquiesce entre deux mâchouillements. Il croise les bras sur sa large poitrine et me dévisage étrangement.

    — Qu’est-ce qu’il a dit ?

    Je détourne le regard et les images de mon père, les dernières qu’il me restera refont surface. Sa rage, sa peur, les seuls sentiments qu’il n’a jamais exprimés.

    — Rien, je réponds à l’inspecteur, rien d’intéressant.

    Il soupire, s’approche de moi, me regarde assez solennellement puis il me prend dans ses bras. Je reste con à sentir sa force taper mon dos un peu comme un père le ferait lorsqu’il est fier de son fils. Il se dégage et me tiens à bout de bras, son regard dans le mien certaines choses passent entre nous sans avoir à prononcer les mots. C’est un regard qui me dit que j’ai fait le bon choix et qu’il continuera malgré tout.

    — Comment va ta mère ?

    Mon corps se détend de l’entendre poser cette question banale du mercredi après-midi, celle qu’il a toujours demandé et dont la réponse ne change jamais.

    — Elle va bien.

    Il hoche la tête, jette un regard à Jessa puis me fait un clin d’œil.

    — Je vais vous laisser.

    Il s‘éloigne jusqu’à la porte alors qu’on reste à attendre son départ avec Jessa.

    — Carter ?

    Il s’arrête la porte ouverte, la poignée en main sans se retourner.

    — A la semaine prochaine mon grand.

    La porte se referme, il ne s’éternise pas, il ne le fait jamais. Jessa s’approche de moi, je baisse la tête pour l’observer. Elle me dévisage et surement qu’elle cherche la douleur en moi, mais il n’y en a pas.

    — Tu ne bosses pas ?

    — J’ai fini il y a deux heures.

    — Comment s’est passé la reprise ?

    Ses mains se posent sur ses hanches, elle penche la tête et ses longs cheveux glissent de son épaule.

    — Vraiment Vanya ? On va faire comme s’il ne s’était rien passé aujourd’hui ?

    Je l’attire contre moi, son corps, sa chaleur et son regard c’est tout ce dont j’ai besoin.

    — On devrait, je réponds, notre vie ce n’est pas les parloirs et la prison. Ce n’est pas la mort Jessa, ce n’est plus ça.

    Son visage se pose contre mon torse, je caresse ses cheveux.

    — Je sais que ce n’est plus ça mais c’est effrayant.

    Ça l’est. Ce couloir a été notre vie durant des années, il a été une partie de nous et on y a laissé bien plus encore. Il a pris toute la place durant trop longtemps. Jay est mort, mon père aussi pour moi, rien ne nous raccroche plus à cet endroit.

    — On est tous les deux maintenant, même si c’est effrayant on y arrivera, ensemble. Ils ne sont plus là, ni l’un, ni l’autre. Il est temps d’avancer Jessa.

    — Est-ce que tout va bien ? elle finit par demander.

    — Je ne sais pas, je réponds honnêtement, mais je veux que ça aille.

    Elle se dégage de mes bras et son sourire apparait.

    — Alor ça ira.

    Est-ce que c’est aussi simple ? Est-ce que ça le sera ? Je ne sais pas, j’ai l’impression d’avoir laissé une partie inachevée de moi, derrière, loin derrière et si elle ne me manque pas réellement, son absence se fait ressentir. Comme si on avait enlevé cette pression sur mes épaules, ce poids difficile à porter et contraignant. Cette chose que j’ai trimballé toute ma vie et que je n’imaginais pas peser si lourd. Le soulagement…c’est ça…le soulagement.

     

    Maryrhage