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  • Légion #2, Epilogue

    Épilogue

    Tristan

     

     

    Cinq ans plus tard.

    30 Avril 2018, Fête de Cameron.

    Camp Raffalli, Calvi, Corse.

     

     

    Je termine de saluer mes hommes en les félicitant pour le défilé. La cérémonie vient de se clôturer au Camp Raffalli où nous venons de fêter un an de plus à la Bataille de Camerone. Les festivités vont pouvoir commencer.

    Je cherche du regard si je vois mes proches. Mes parents doivent être venus avec Ezra et les siens. Notre compagnie est rentrée quelques jours avant Camerone d’une OPEX dont je suis bien heureux d’avoir terminé. C’était compliqué et difficile. Le genre de mission dangereuse qui rappelle de mauvais souvenirs.

    Même si on est des fous d’adrénaline, que d’une certaine façon, on aime aller à la guerre et servir la France, quand on prend de l’âge, avec l’expérience, on est simplement content de retrouver les siens après de longues séparations.

    Je n’ai pas besoin d’attendre bien longtemps, j’en connais une qui dès qu’elle a dû recevoir le feu vert, s’est mise à arpenter la place d’armes à ma recherche.

     

    — Papa !

     

    Je me tourne en entendant une voix d’enfant qui m’est plus que familière. Je découvre une tornade brune qui courre dans ma direction, un immense sourire déformant son visage d’ange, ses yeux bleus sont brillants de joie.

     

    — Livia, ma puce !

     

    J’éclate de rire en voyant la tenue de ma fille. Ma mère lui a effectivement fait son costume de parade qu’elle nous réclame depuis des mois.

    Livia continue de courir en riant, j’en profite pour l’observer.

    Elle a une ceinture bleue autour de la taille, des épaulettes semblables aux miennes, le tissu de sa robe est beige, et vert. Un adorable chapeau qui ressemble à mon képi trône fièrement sur sa petite tête. On dirait une version miniature d’un Repman en jupe.

    Je la prends dans mes bras quand elle arrive à ma hauteur pour la soulever. Elle ne pèse trois fois rien. Dès qu’elle est à hauteur de mon visage, ses petites mains encerclent mon cou et elle commence à me faire plein de bisous en riant.

     

    — Tu m’as manqué ! je lance à ma fille.

     

    — Toi aussi, papa !

     

    Je reviens de quatre mois d’OPEX en Syrie. On a envoyé fin 2017, des troupes militaires faire face au conflit grandissant des menaces terroristes de plus en plus présentes.

    Je ne dis pas que ça a été simple, c’est faux. La Syrie et l’Irak sont pires que l’Afghanistan. On voit des choses affreuses, on assiste à des affrontements d’une rare violence avec des hommes qui ne reculent devant rien. Les gens se rendent compte de l’importance des forces armées, même si tous ne sont pas d’accord avec nos agissements, la guerre contre le terrorisme est très médiatisée. Mais comme dans n’importe quel conflit, on ne parle que de ce qui est supportable pour la population, certaines horreurs sont tues, certains massacres et discriminations des populations sont mises sous silence également.

    Je continue de parler avec le Capitaine Louis Wagner, qui est devenu au fil des années, un véritable ami. Les choses n’avancent pas tellement concernant le traitement des SSPT. On a envoyé trois gars voir Wagner au cours de ses dernières années, les autres attendent de quitter la Légion ou d’atteindre le point de non-retour pour craquer. Parce qu’un roc finit toujours par s’effondrer en voyant ce que nous voyons, en vivant ce que nous vivons. Certains mettent des années à déclencher des signes que leur limite est atteinte. D’autres non.

    Mais ce contrôle total n’aide pas à extérioriser ce qu’on nous demande de taire et d’oublier.

    Je reconnais que l’aide du doc m’a permis de garder la tête sur les épaules suite à mon premier retour d’Afrique après Djibouti. Mais surtout, c’est de savoir que je n’avais pas le droit de flancher à nouveau parce que j’avais une famille qui m’attendait, qui comptait sur moi, m’a véritablement aidé. Certaines choses ont changé par rapport à mes premières années en tant que légionnaire. Surtout en ce qui concerne les missions et ce qui s’y passe.

    Ezra sait beaucoup de choses, certaines dont elle ne devrait pas savoir, mais ma femme est une tombe, une prison qui enferme les maux et prend soin de celui qui les porte.

    Livia commence à toucher mon képi, je fais de même avec le sien. On se taquine, elle rit et je savoure ce moment en tête à tête.

     

    — Plus tard, je serai légionnaire ! m’avoue Livia.

     

    — Avec ce charmant uniforme, tu as toutes tes chances, ma puce !

     

    Je commence à marcher dans la foule pour essayer de trouver sa mère. Nous n’avons pas pu nous voir avant aujourd’hui. Ezra était à Nice chez mes parents, mon frère Yoann était en pleine mission Sentinelle, ma petite sœur entre deux sorties entre filles et la fac de droit voulait voir sa nièce. On s’est croisé. Mais quoi de mieux que des retrouvailles aujourd’hui, alors que c’est un jour de fête.

    Je cherche Ezra parmi les visages inconnus, il y a beaucoup de monde cette année, je suis surpris.

     

    — Maman elle dit que tu es très beau aujourd’hui, m’explique Livia en tripotant mes insignes.

     

    — Maman trouve toujours que je suis beau, je réponds sans l’ombre d’une modestie.

     

    Livia me dévisage en prenant un air absolument pas convaincu.

    Ma fille m’a fait un bien fou. Je ne pensais pas qu’avoir un enfant me rende à ce point fier et heureux. Elle a tout basculé en arrivant. Comme sa mère, Livia m’a rendu dingue à la minute où je l’ai pris dans mes bras.

    Quand je la vois, elle me montre que le monde est encore beau et innocent. Elle me donne la motivation pour me battre encore et encore pour la savoir en sécurité.

    Livia est une raison de plus de s’accrocher quand je me retrouve dans un sacré merdier. Comme Ezra, elle représente ma paix, ma maison, et ce sentiment bouleversant d’appartenir à une famille aimante.

    Bien sûr, depuis sa naissance le soir de Noël, il y a toujours cette peur de briser le cœur de ma petite fille. Souvent je marche sur du charbon brûlant. Mais Livia est une enfant courageuse qui comprend beaucoup de choses. Nous ne lui cachons rien avec Ezra. Elle sait que son père fait un métier dangereux, elle apprend à vivre avec mon absence en savourant les moments où nous sommes tous réunis. C’est compliqué pour tout le monde, mais pas impossible. Livia m’amuse quand elle me dit : « je n’ai pas peur, parce que tu reviens toujours. ».

    Elle me rend fier, c’est mon carburant lorsque les choses deviennent compliquées. Je sais que ce n’est pas facile pour elle, comme ça ne l’est toujours pas pour Ezra. Savoir que je m’en vais, dans un autre conflit semblable à celui en Afghanistan pour combattre des hommes sans pitié.

    Ses copines ont un papa présent tous les jours, parfois, nous ne nous voyons pas pendant plusieurs mois, c’est très long pour elle, comme pour moi. Mais fonder une famille est dans l’ordre des choses, fonder une famille dans notre situation, c’est montrer aux autres que nous sommes comme eux, c’est se donner une raison de plus de se battre pour rentrer indemne. C’est un tout, une force qui peut se transformer en faiblesse, mais qui apporte tellement.

    Je me fige en sentant un corps se coller dans mon dos, suivis de deux mains froides se poser sur mes yeux, Livia rigole. Une voix féminine et très sexy résonne :

     

    — Alors, Adjudant Vial, on ne vient pas saluer sa femme ?

     

    — J’étais justement en train de la chercher, chef.

     

    — C’est vrai ! confirme Livia.

     

    Ezra s’écarte, je me tourne, pose Livia qui râle un peu. Je retrouve ma superbe corse. Ezra est magnifique, toujours aussi attirante, expressive et courageuse. Elle possède toujours son fort caractère et continue de me soutenir autant qu’elle me passionne.

    Je viens d’être nommé Adjudant, j’ai pris la tête de la section 2 depuis cinq mois. C’est étrange, mais ça me plait, je ne me verrais pas faire autre chose. Ma femme était presque plus heureuse que moi lorsque j’ai appris la nouvelle.

    Je lui souris, elle fait de même, je l’attire contre moi en passant une main autour de sa taille. Je retrouve son odeur gagne mes sens, je me penche pour l’embrasser. Nos bouches se retrouvent, un frisson nous gagne. La tension des retrouvailles mêlant désir est toujours aussi explosive.

    C’est nous.

    Je sais très bien qu’Ezra a déjà marchandé avec ses deux pères pour qu’ils nous gardent la petite toute la soirée, histoire qu’on se retrouve seuls quelques heures à profiter de l’autre et à user de notre devoir conjugal.

    J’essaie de la convaincre depuis deux ans d’avoir un autre enfant, mais la photographe au caractère bien trempée ne se laisse pas convaincre facilement, ça m’offre mainte et mainte possibilité de la travailler au corps. Je crois qu’au fond, elle aimerait profiter encore de Livia seule avant d’accepter qu’un autre mini Repman vienne squatter neuf mois.

    Sa main caresse ma joue, je sens déjà que sa proximité ne me laisse pas indifférent. Le temps passe, mais les sentiments qui nous lient ne s’estompent pas. J’ai l’impression que plus c’est fort. Je suis mordu d’elle.

     

    — Hé ! proteste notre fille de sa petite voix d’enfant, en secouant mon pantalon.

     

    Ezra rompt notre baiser en souriant contre ma bouche avant de jeter un coup d’œil un brin sermonneur à Livia. Quand on a deux femmes à la maison, il faut savoir leur partager le même temps. Si durant mon absence, elles sont collées l’une à l’autre comme deux sangsues, quand je reviens, elles adorent se livrer bataille.

     

    — Prête-moi ton père deux minutes.

     

    J’embrasse ma femme encore et encore en savourant le plaisir de la retrouvant. Elle m’a terriblement manqué. Même si nous cultivons l’art des lettres, des mails et des appels Skype tard le soir, c’est différent. Ça ne remplace pas sa présence, mais ça entretient la flamme.

    Je la regarde avec admiration, je mémorise de nouveau chacun de ses traits, ses yeux bleus qui brillent, sa peau blanche qui sera bientôt bronzée, ses cheveux noirs qui s’ondulent.

    Je suis fou d’elle, je ne lui dis pas souvent parce que malgré les années, certains mots sont toujours complexes pour moi, mais elle le sait, et je lui prouve. Je suis tellement fier d’elle, de ce qu’on a accompli ensemble durant ces cinq dernières années.

    Ezra continue les reportages à travers le monde sur des périodes plus courtes pour ne pas laisser Livia seule trop longtemps.

    On essaie de s’organiser entre nos deux métiers pour passer du temps tous ensemble le plus possible.

    La photographe vadrouille dans divers endroits plus beaux les uns que les autres. Je sais qu’un jour, la Corse voudra retenter l’expérience de rapporteur sur le terrain. Je me prépare doucement à cette idée. Pour l’instant, je fais mon possible pour l’éloigner et avec l’actualité, elle est plutôt raisonnable.

    Avec Livia, lorsque je ne suis pas là, elles continuent de créer ma grosse boite à souvenirs. M’emportant avec elles dans leur quotidien. Désormais, il y a six boites à polaroids.

    Les choses n’ont pas tellement changé en cinq ans. Savio travaille toujours pour le STARSO où il a pris des fonctions plus importantes. Le Corse s’est remis à chanter. James parcourt l’Europe pour jouer du piano, alternant entre composition et concert. Les deux hommes sont très présents dans notre vie et je ne saurais jamais comment les remercier suffisamment.

    Mes parents que j’aperçois nous faire signe restent tranquillement sur la Côte d’Azur. Mon frère est devenu Sergent de l’armée de terre française. On se croise quand on peut.

    Dario et Lésia font toujours partie de notre vie, l’autre belle corse a rencontré quelqu’un de proche à mon existence de militaire. Je n’en reviens toujours pas. Et Dario continue ses vadrouilles.

    On peut dire que nous sommes heureux même si tout n’est pas simple, même s’il y a des jours compliqués, des conflits, des problèmes à surmonter. On a atteint le pire, on sait gérer le reste.

    Je récupère ma fille dans mes bras, il n’en faut pas beaucoup à cette enfant pour être satisfaite. J’attrape la main de ma femme et nous rejoignons notre famille.

    On salue tout le monde, on échange quelques banalités avant de laisser notre fille aux bras de ses grands-parents pour s’éclipser quelques minutes.

    Avant que Livia nous repère, j’amène la photographe dans un coin tranquille pas trop éloigné, mais suffisamment pour profiter d’un instant encore en tête à tête. Je regarde qu’aucun gradé ne soit dans les parages, et me lance.

    Ezra me sourit lorsque son dos heurte le mur. Ses bras se nouent autour de mon cou, on se colle l’un à l’autre, c’est plus fort que moi, j’ai envie d’elle.

     

    — On ne saute pas cette année ? me demande-t-elle, taquine.

     

    Je souris à mon tour.

     

    — Comme une envie de s’envoyer en l’air, Madame Vial ?

     

    — Toujours, Repman, toujours.

     

    Sa main caresse ma joue.

     

    — Je t’aime.

     

    J’inspire en savourant l’effet que ces deux mots ont sur moi.

     

    — Moi aussi.

     

    Je profite de ce moment de calme avant d’aller passer la journée avec ma fille pour faire diverses activités.

    Je regarde Ezra qui fait de même, je la surprends à compter mes dix doigts en me scrutant avec attention pour vérifier que je suis toujours entier. Elle n’a pas changé.

    Je finis par l’embrasser de nouveau, puisque je ne peux rien faire d’autre.

    Un jour Ezra m’a écrit que je n’étais pas seulement un grade ni un matricule, que j’étais un homme en plus d’être un légionnaire.

    Dorénavant, elle m’a apporté la fierté d’être un mari et un père. Elle m’avait dit que je faisais partie du cercle très fermé des héros. Je n’ai pas besoin d’être le héros d’un monde, tant que je suis le leur, tout me va.

    Et comme dit ma mère avec son air sérieux, l’amour triomphe de tout, même de la guerre.

     

     

    FIN

     

     

    AMHELIIE

  • Fucking Love #1 - For Play - Epilogue

    Epilogue

    Dereck

     

     

    Je tourne mes clés dans la serrure quand mon portable se manifeste dans ma poche. Je le sors en ouvrant la porte, je vois que c’est Vinz. Mon frère tente de me joindre après que j’ai trouvé le courage de l’appeler pour lui raconter ce qu’il s’était produit la semaine dernière à Chicago.

    J’attrape mon sac et au moment où je m’apprête à décrocher pour lui dire de me rappeler demain, je me reçois un violent coup de poing.

    Je recule en chancelant, désorienté. Du sang s’échappe de mon nez. La douleur est fulgurante.

    Je n’ai pas le temps de faire quoi que ce soit que l’assaillant me décroche un autre coup de son droit qui me fait perdre l’équilibre. Je heurte le sol, mon portable s’éclate par terre dans un bruit étouffé par celui de mon corps. Ma tête cogne le parquet de l’entrée de mon appartement. Tout le côté droit de mon visage me brûle. L’odeur du sang annihile mes sens. Je suffoque alors qu’il glisse dans ma bouche. Je crache, je tente de respirer mais mon agresseur ne m’en donne pas le temps.

    L’intrus se met à ma hauteur, il m’écrase de son poids. Ma vue redevient plus nette, je vois un homme imposant, cagoulé, vêtu de noir. La silhouette est imposante.

    Je me débats, mon poing part heurté l’inconnue. Une lutte violente commence. Je tente de prendre le dessus, de le faire basculer sur moi pour le frapper en retour, mais mon agresseur cagoulé m’assène un coup d’une telle violence que ma tête part heurté le sol.

    Une de ses mains agrippe mon t-shirt et il frappe. Encore et encore.

    Le choc est là, l’adrénaline me parcourt. Je m’ordonne de réagir, je suis capable de me battre, mais le mec me domine à présent.

    Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Je suis sonné, les coups sont si forts que ma tête tourne. Ma vue se brouille, j’essaie de respirer mais l’air ne semble pas entrer.

     

    — Tu as perdu, lance une voix grave. Et tu vas chèrement le payer.

     

    Et l’homme cogne, il frappe encore. Mon visage s’ouvre, des plaies s’y forment et je saigne. Je me demande ce qu’il m’arrive. Pourquoi on me fait ça, et quelle force faut-il pour mettre KO un gars comme moi.

     

    — Cette fois-ci, ce sera bien réel, tu as voulu jouer, tu as perdu, poursuit cette voix qui me semblerait familière à présent.

     

    Et je comprends. Ce n’est pas le fruit du hasard, c’est quelqu’un que je connais. Ces menaces ne sont pas l’œuvre d’un fou, mais du passé : des membres de SPIT OR SMALOW. Puisque j’ai refusé de me plier à leur menace à Chicago, ils ne perdent plus de temps. Bravant les menaces de mon frère, bravant les interdits et les risques.

    Mon agresseur est missionné pour ça.

    Bordel, il est venu chercher la cassette.

     

    — Garrett, je murmure en crachant du sang, ne fait pas ça.

     

    Je ne reconnais même pas ma voix. J’entends un rire. Malgré ma vue trouble, je vois clairement mon agresseur brandir ce qui me semble être une seringue.

    Mon cœur s’emballe, je me débats, je ne veux pas de ça. J’essaie de me tourner pour ramper et échapper à Garrett, mais ce dernier me saisit par le t-shirt et plante dans mon bras l’aiguille du destin. Il se penche à mon oreille, je sens son souffle et sa cagoule se frotter à ma peau alors qu’il m’assène pour de bon le coup de grâce.

     

    — Bon retour en enfer, Dereck.

     

    Je sens le produit se dissiper dans mes veines, l’effet est tellement rapide, je proteste, mais ma voix ne résonne plus. Je sens seulement l’aiguille qu’on me retire du bras, suivis de l’absence du poids de Garrett sur moi. Vient le bruit des objets qu’on retourne et brise. Il fouille. Il la cherche, cette cassette, mon unique preuve de liberté.

    Et je ne peux pas la défendre. J’espère seulement qu’il ne la trouvera pas.

    Comme dans mes souvenirs les plus sombres, la magie de la drogue s’opère. Mon système nerveux se détend, ma respiration ralentit, une sensation agréable commence à noyer les douleurs de mon corps passé à tabac. Les battements de mon cœur se font moins rapides et dans un élan de lucidité, je me demande si mon agresseur ne m’a pas injecté une dose trop conséquente et si mon corps supporte encore la drogue après tant de temps sans en avoir eu.

    Lorsque mes yeux se ferment pour me faire tomber dans l’inconscience, je sais pertinemment qu’à mon réveil, ce sera pire. Mes démons seront de retour, ainsi que le manque et la folie.

    Surtout la folie. Et c’était le but recherché, que je redevienne cet homme que j’ai détesté être et qui a failli me détruire… si je survis à cette nuit.

     

     

    AMHELIIE

     

    À suivre.

  • Instinct #1 - Sauvage - Chapitre 12 - Nikita


     

     

    Dix jours plus tard,

     

    Habituellement en planque, je suis relativement calme. Je fais ça depuis que j’ai six ou sept ans, je sais comment ne pas m’endormir, je sais m’occupé tout en surveillant le lieu de notre prochain coup et je profite de ces moments pour établir des plans.

    C’est chiant, certaines nuits je préférerai être ailleurs, mais c’est une part du boulot qu’on ne peut pas négliger. Mon père, qui m’a initié très tôt à ça me disait toujours que pour avoir le plaisir de tenir entre ses mains un tableau d’une valeur parfois inestimable, il fallait forcément passer par des moments douloureux.

    Je ne sais pas ce qu’il dirait de ce qui se passe en ce moment, mais personnellement je n’ai jamais connu de planque aussi douloureuse.

    Je pense à Elya. Constamment. A ce qui s’est passé entre nous et qui n’aurait jamais dû arriver. A combien c’était bon d’être en elle. Je pense encore et encore à ce dérapage incontrôlé. A elle les jambes écartées sur le plan de travail de ma cuisine. A son corps couvert de jus de framboises, à sa chatte brulante…à combien j’ai envie de recommencer.

    Je m’agite sur mon siège, le 4x4 ressemble à une décharge après plusieurs nuits de planque. Je n’ai rien rangé.

    Je me frotte le visage en constatant que la moindre de mes habitudes est chamboulée, même la plus insignifiante.

    Un coup d’œil à mon rétro m’apprend que le soleil se lève et que le calvaire va prendre fin. Je vais rentrer et demain on agira. Il est temps, j’ai besoin de bouger.

    On a fait un plan d’action avec les gars, tout devrait rouler. Nos planques nous ont permis de savoir que rien ne se passe la nuit ici, que la rue est calme et le planning de la galerie n’annonce aucun évènement avant le mois prochain.

    Je démarre puis m’engage dans la rue. Fuir ces derniers temps est devenue une habitude. Je fuis ma chambre et Elya. On n’a pas parlé de ce qui s’est passé entre nous, pas même juste après. Le four a sonné la fin de cuisson des lasagnes, je me suis rhabillé puis j’ai sorti le plat du four. J’ai porté Elya jusqu’à ma chambre, je l’ai laissé dans la salle de bain sans rien dire. J’ai eu le droit à un « connard » murmuré puis plus rien. Je suis partie et depuis je l’évite comme la peste.

    Je suis un putain de trouillard qui n’est pas capable d’assumer ce qu’il a fait.

    Encore quelque chose qui ne me ressemble pas. Elle était consentante, ce qui s‘est passé elle l’a voulue autant que moi, cependant avec elle, ce n’est pas comme avec les autres. Premièrement elle vit sous mon toit et si je lui ai dit que je ne serais pas tendre, je l’ai été. Je ne l’ai pas traité comme les autres et elle ne m’a pas traité comme les autres le font. Elle a touché mon visage. Ses yeux sont restés dans les miens, elle a joui en me regardant et je ne suis pas près d’oublier ce que j’ai ressenti en la voyant prendre son pied. Je n’oublie rien de ce qui s’est passé, de ce que ça a provoqué en moi. Elle a fait ressortir des sensations inconnues autre que du simple plaisir sexuel.

     

     

    ***

     

     

    J’entre chez moi, la voiture de Lane est toujours là, celle de Keme est absente, ce qui me rassure un peu. Je n’aime pas le savoir à la maison avec elle alors que je suis absent. Je longe le couloir et m’apprête à m’arrêter à la porte de ma chambre pour entendre ce qui s’y passe. Je lui ai installé un écran de télévision il y a une semaine, pendant qu’elle dormait. Depuis j’entends beaucoup d’information en sortir et parfois des rires enregistrés de show que je ne connais pas.

    Aujourd’hui je ne m’arrête pas, j’entre directement en écoutant le rire de Lane et celui d’Elya.

    Ils sont sur le lit, à moitié allongé, un saladier de pop-corn entre eux. Le son d’une fusillade à la télé résonne alors qu’on se regarde quelques secondes.

    — Nik ! lance Lane.

    Je relâche la poignée que je broyais dans ma main s’en m’en rendre compte. Je fais signe à mon ami de sortir d’ici, maintenant.

    Lane se lève, il salut Elya qui me tend ensuite un regard noir. Il me rejoint, je claque la porte derrière moi en essayant de garder mon calme.

    J’avance dans le couloir suivi par Lane, pour nous rendre dans le salon, loin de oreilles indiscrètes de la femme qui a élu domicile dans ma chambre.

    Une fois rendue dans la pièce je me tourne face au grand blond.

    — Qu’est-ce que tu foutais avec elle ? je demande les dents serrées.

    — Détend toi, je…

    — Je te retrouve à six heures du matin dans mon lit, avec elle, et tu penses que je vais me détendre ?

    J’affronte mon ami du regard, je remarque qu’on est sensiblement proche, j’ai dû avancer sous ma colère sans m’en rendre compte. J’ai envie de le frapper pour des centaines de raison et il sait qu’il le mériterait.

    Lane baisse la tête en la secouant, un petit sourire dessiné sur ses lèvres. Ce qui m’enrage encore plus et je l’attrape par le col de son pull. Son visage se relève, l’amusement a disparu.

    — Lâche moi, dit-il doucement sur un ton d’avertissement.

    On s’affronte du regard, je sais qu’il est à deux doigts de me frapper, de perdre la raison du fait de sentir mes mains sur lui. Je suis dans le même état à imaginer les siennes sur elle.

    — Qu’est-ce que tu foutais avec elle, Lane ?

    Je le relâche, toutefois je reste proche de lui, assez pour qu’il sente qu’il n’est pas en sécurité et que tout dépend de sa réponse.

    — Elle a crié.

    — Ce n’est pas nouveau.

    — Et si tu me laissais finir.

    J’inspire et croise mes bras sur ma poitrine pour lui laisser le temps de s’expliquer.

    — Elle a dit qu’il y avait un souci avec le bébé, qu’elle perdait du sang, que voulais tu que je fasse ? Je devais entrer pour l’aider.

    — Qu’est-ce qu’elle a ? je demande inquiet. Pourquoi tu ne m’as pas appelé ?

    Je m’apprête à aller la voir, Lane me retiens par le bras.

    — Elle n’a rien, calme-toi.

    Je me dégage de sa prise et passe mes mains sur mon crane.

    — Bordel Lane, explique-moi ce qui se passe avant que je ne m’énerve pour de bon.

    — Elle a simulé, elle savait parfaitement que quelqu’un allait venir si elle était en danger. Je suis entré, elle a essayé de me frapper, je l’ai maitrisé et j’ai voulue repartir, mais elle s’est mis à pleurer.

    — A pleurer ?

    — Oui à pleurer. Je ne suis pas Keme, Nik, voir une femme enfermée dans cette putain de chambre chialer ça ne me laisse pas insensible.

    — Et quoi ? Tu l’as consolé ?

    — En quelque sorte. On a parlé, elle s’est clamée et puis on a regardé des films.

    — Tu te fous de moi ?

    Il hausse les épaules, la colère reviens.

    — T’as foutue notre sécurité en l’air pour les pleurs d’une femme ?

    — Va te faire foutre Nik, si t’es pas capable de comprendre que l’entendre chialer c’est désarmant.

    — Toi, va te faire foutre, dis-je en pointant un doigt sur sa poitrine, tu m’as fait chier parce qu’elle était un danger pour nous et je te retrouve dans mon lit avec elle !

    — Elle devient folle à être enfermée comme ça et je le comprends, je ne le supporterais pas non plus. T’as qu’à arrêter de la fuir !

    — La ferme Lane.

    Je le bouscule pour sortir de la pièce, je ne tiens pas compte des dernières remarques qui sortent de sa bouche alors que j’avance dans le couloir. J’enlève mon t shirt, j’ai besoin d’une douche.

    J’ouvre la porte et entre, je fais quelques pas avant de me rendre compte de mon erreur. Je ne suis pas dans une des chambres d’amis mais dans la mienne.

    Elya est là, assise sur le bord du lit. Elle m’observe de ce regard noir pénétrant. Quelque chose me dit que les larmes qui ont eu raison de Lane ne sont que de la comédie, elle l’a eu en jouant sur sa pitié. Je devrais la faire garder par Keme, pour lui faire comprendre qu’on ne crie pas au loup impunément.

    On se dévisage comme deux ennemis prêts à en découdre, les images s’embrouillent dans ma tête, celle de son corps alangui dans mes bras et celle d’elle avec Lane en train de rire dans ce lit.

    Je finis par détourner le regard et, pour ne pas avoir l’air plus stupide que je ne le suis, je gagne la salle de bain. Je l’entends m’appeler, cependant je ne me retourne pas, je claque la porte et reste contre à essayer de reprendre mon calme.

    Je sursaute un peu en l’entendant dire mon nom doucement de l’autre côté.

    — Nik ?

    Je ne réponds toujours pas, je finis de me déshabiller et entre rapidement dans la douche. L’eau n’a pas eu le temps de chauffer, le froid me glace la peau. Je laisse l’eau couler sur ma nuque endoloris par les heures passées dans ma voiture. Mon poing s’abat sur le marbre qui m’entoure, plusieurs fois. Qu’est ce qui ne tourne pas rond chez moi ? Qu’est-ce qu’elle m’a fait ? J’ai l’impression d’être ensorcelé depuis bien avant qu’on ne couche ensemble. Seulement la baiser a intensifié ce sentiment. Elle est partout. Tout le temps. Chacune de mes pensées lui appartient et même le boulot ne m’occupe pas assez pour arrêter de penser à elle.

    Je sors de la douche après m’être lavé rapidement. Je me sèche en pensant que demain tout sera fini, demain peut-être que je saurais enfin qui elle est et nous pourrons agir en conséquence.

    J’enroule la serviette autour de ma taille puis je sors de la salle de bain.

    Elle fond sur moi, l’air enragé. Je ne prête pas attention, sinon je vais moi aussi me mettre en colère et ça n’aidera personne. Je me dirige vers la commode où sont rangés mes vêtements.

    — Tu comptes jouer au gamin longtemps ? Vraiment Nik !

    Je sors un bas de survêtement sans prêter attention à ses propos.

    — Bon dieu Nik ! hurle-t-elle en tirant mon bras, On peut parler !?

    Je me dégage facilement et lui fait face. Son regard sombre me fusille, je vois la brillance de ses yeux, son air triste et en colère.

    — De quoi ? Tu veux parler de quoi ?

    — De ce qui s’est passé il y a dix jours, de cette nuit, de Lane.

    — Lane…bordel !

    Est-il con au point de donner son vrai nom ? Elle tente de croiser les bras sur sa poitrine mais son plâtre l’en empêche, elle se contente de mettre ses mains sur ses hanches tout en continuant de me fusiller du regard.

    — Arrête de faire le gamin Nik, arrête de me fuir, ça ne changera rien.

    Je ferme violement le tiroir et fait un pas dans sa direction, ses yeux glissent sur mon corps à moitié nu et je tente de garder le peu de clame qu’il me reste, de faire taire les envies qui s’emparent de moi et qui ressemble beaucoup à ce qu’il s’est passé il y a dix jours justement. Quand elle m’a allumé, quand elle a joué avec moi, comme une gamine inconsciente.

    — Je t’ai baisé comme j’en ai baisé des dizaines d’autres. Y’a rien à dire d’autre.

    Je fais tomber ma serviette, ses paupières clignotent rapidement, elle est troublée entre ce que j’ai dit et ce que je fais. Parfait qu’elle le soit, que les rôles s’inversent, que je reprenne ma putain de dignité et que j’arrête de me conduire comme le dernier des crétins avec elle.

    J’enfile mon survêtement, puis je la laisse en plan à chercher ses mots, pour sortir d’ici.

    — Non, dit-elle alors que je suis proche de la porte.

    Je m’arrête net, la conviction dans sa voix me fait me retourner.

    — C’est pas ce que t’as fait.

    Elle s’avance jusqu’à être collé à moi. Son odeur me parvient, les souvenirs de cette odeur tout comme celle de son sexe me font me raidir.

    — Tu ne m’as pas baisé comme les autres et t’as du mal à l’encaisser.

    Son regard plonge dans le mien, le défi est de retour, ce truc chez elle qui m’a toujours plu, qui m’a toujours excité depuis que je la connais est bien présent et ne me laisse pas insensible. L’atmosphère change, la colère laisse place au désir, l’ambiance se gorge de ce qu’on a déjà vécue et de l’envie que ça se reproduise.

    — Arrête ça, je murmure.

    — Quoi ? dit-elle en posant sa main sur mon bras nu, t’as peur ?

    Elle me cherche et elle me trouve. Ce matin je n’ai pas la capacité de résister, de lutter contre tout ce que je ressens.

    Je l’entraine sur le lit et laisse son corps s’effondrer dessus. Son ventre contre le matelas, ses pieds touche le sol. Je me laisse tomber au-dessus d’elle, dans son dos. Elle ne se débat pas, au contraire elle gémit en frottant ses fesses contre ma queue. Je baisse rapidement son survêtement, puis sort ma queue bandée du mien et je la pénètre la seconde d’après. Elle pousse un long crie en me sentant entrer en elle. Je ne réfléchis pas à ce que je suis en train de faire, je laisse juste exprimer ma colère, ma frustration et ma jalousie. Je l’avais pour moi, il n’y avait que moi avant que Lane passe la nuit avec elle. Même s’il ne lui a que tenue compagnie, la voir rire avec lui, partager mon lit avec lui, m’a fait mal.

    J’accroche sa main étalée sur les draps et intensifie mes coups de reins. Je ne suis pas tendre avec elle et pourtant, quand son visage se retourne à moitié pour me regarder, je sais que c’est différent. Je sais que je ne la prends pas comme je baise les autres. Son regard sur moi, sa chatte qui m’emprisonne, sa main qui serre la mienne, son corps qui frisonne, ses gémissements, tout ce qu’elle ressent me rend fou. Elle perturbe ma vie et dans le sexe, elle ramène tout à elle, il n’y a plus que son corps et ce qu’il éprouve qui compte.

    Ses lèvres prennent les miennes, ses dents me mordent et je grogne contre elle en m’enfonçant plus fort dans son sexe brulant. Elya gémit plus fort, puis je la sens se tendre et m’emprisonner en elle. Mon corps englobe le sien, je sens les tremblements qui la gagne et la jouissance qui la traverse. Je me dégage de ses dents et de ma main libre je prends son visage pour l’embrasser voracement. Je veux sentir son plaisir jusque dans ma bouche, avant qu’à mon tour je me laisse aller et me déverse dans son corps.

    Elya m’embrasse en me sentant jouir, ses jambes se resserrent comme si elle voulait me garder prionnier et je savoure ce plaisir fou que je reçois quand c’est elle.

    Je m’effondre sur son corps et comme la dernière fois, je respire son odeur, je me prélasse d’elle avant que la réalité ne reprenne ses droits. Avant de me rendre compte qu’une fois encore j’ai succombé à l’interdit.

    — Demain je saurais qui tu es, je lance contre son oreille, ensuite tu partiras.

    Je me redresse, je baisse les yeux sur son corps encore à demi allongé sur mon lit, sur ses fesses, trop maigre et sur mon sperme qui coule le long de ses cuisses serrées.

    Je remonte mon survêtement en fermant les yeux.

    — Reconnais le, dit-elle, reconnais le Nik, ce n’est pas pareil.

    Nom de dieu, jamais elle n’arrête ! Jamais elle ne cesse de vouloir m’emmerder, même alors qu’elle est allongée le cul à l’air.

    — Même si c’est le cas, ça ne change rien.

    Je me détourne avant de faire d’autres choses incontrôlés.

    — Au contraire, ça change tout et tu le sais.

    Je quitte la chambre sans répondre. Oui je le sais. Je sais parfaitement que ce que je ressens pour elle change la donne. Mais mon monde n’est pas le sien, mon monde n’a pas de place pour elle et bientôt sa mémoire reviendra, les souvenirs referont surface et elle se rappellera du père de son bébé. Elle se rappellera de l’homme qui a partagé sa vie d’une façon ou d’une autre et je resterai sur le carreau. Alors non, ça ne change rien.

     

    Maryrhage