Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Inside Lines (M/M)

  • Inside Lines, Chapitre 29

    Chapitre 29

    Asher

     

     

     

    Kade reste dos à moi, assis au bord du lit, le corps tendu, la tête baissée. J’ai du mal à rester à ma place, à ne pas bouger pour simplement le toucher. Ces quelques moments ensemble ne vont pas suffire à éteindre le manque. C’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas assez.

    Je glisse contre lui, il ne bouge pas, mon visage se pose sur son épaule et je ferme les yeux.

    Un an c’est long. Un an à se voir de temps en temps quand nos places respectives nous le permettront. Un an de coup de téléphone, de vidéo sans pouvoir se toucher. Un an.

     

    — Il y aura peut-être d’autres équipes, je commence.

     

    Kade se lève d’un coup.

     

    — Tu devrais y aller, dit-il sans même se retourner, les heures de visites sont presque terminées.

     

    — Qu’est-ce que tu fais ?

     

    Il enfile son jean sans répondre. Je descends du lit et m’avance jusqu’à être en face de lui. Je prends son visage entre mes mains et affronte la douleur que j’y vois. Qu’est-ce que j’ai dit pour qu’il doute de moi ?

     

    — Tu crois que je ne veux pas attendre ?

     

    — Je crois que je ne veux pas savoir, Asher.

     

    Cette fragilité dans son regard, son besoin d’être rassuré, d’avoir confiance, si j’avais des doutes sur mon amour pour cet homme à cet instant il s’envolerait.

     

    — Si, tu veux savoir.

     

    Kade se dégage de mes mains, mais je ne lui laisse pas le temps de s’éloigner, mes bras le ramènent contre moi.

     

    — On est tombés plusieurs fois ces derniers temps, mais on s’est toujours relevés. Une chute de plus ne me fait pas peur, guerrier. T’as tout sacrifié pour ça, je ne vais pas te laisser tomber maintenant.

     

    — C’est pour ça que tu le fais ? Parce que tu m’es redevable ?

     

    Je fronce les sourcils en le dévisageant.

     

    — Non, évidemment que non. Je le fais parce que je t’aime et qu’un an ce n’est rien.

     

    Kade m’échappe et retourne s’asseoir sur le lit, je reste debout à l’observer se faire du mal pour rien. Il est en train de prendre les devants, de se barricader contre une éventuelle fuite de ma part. Il se prépare à l’abandon. À la solitude. À la déception et tout ça sans même écouter ce que je dis. Parce que pour lui il ne peut pas en être autrement. Parce que pour lui qui est habitué à être seul, à ne croire en personne je vais forcément reculer devant cet obstacle.

    Je le rejoins pour m’asseoir à ses côtés. Son corps est tendu, comme s’il se retenait de craquer. De laisser sa colère s’exprimer, de me montrer ce qu’il ressent.

     

    — J’ai fait beaucoup d’erreurs dans ma vie, j’ai aussi fait beaucoup de mal aux personnes que j’aimais. J’ai mis du temps à comprendre certaines choses et avec toi j’ai compris l’essentiel.

     

    Le visage de Kade se tourne doucement vers le mien. Son regard sombre qui a hanté mes nuits durant ces deux derniers mois est humide.

     

    — Je flippe de ce qu’il y a entre nous. J’ai peur de faire ce faux pas qui nous empêchera de nous relever. J’ai peur de cette année ou tu seras loin de moi et de tout ce qui pourrait arriver. J’ai peur de ne pas être à la hauteur et de te décevoir. J’ai peur de pleins de choses Kade, mais avec toi je sais que la vraie force ce n’est pas rester debout et encaisser les coups. C’est tomber encore et encore et trouver le courage de se relever à chaque fois. Je ne lâcherai rien, parce que tu me redresseras à chaque faux pas et je ferais pareil pour toi. Un an c’est long et parfois ce sera difficile, parfois ça paraitra trop dur et parfois on restera des mois sans se voir, mais on sera encore là Kade, on sera toujours là.

     

    Un sourire se dessine sur son visage, un qui me laisse espérer qu’il a compris que je ne renoncerai pas pour un peu de distance. Je l’enlace plus étroitement et pose mes lèvres voracement sur les siennes. Ces retrouvailles sont étranges. Je m’étais attendue à ce qu’il me fasse visiter son centre, qu’il m’explique ce qu’il s’est passé pour lui durant ces deux mois et que je me consume de désir en l’écoutant. On a sauté toutes les étapes pour seulement laisser exploser ces deux mois sans l’autre.

    Kade nous fait basculer sur le lit et grimpe sur moi. Je m’écarte de ses lèvres en reprenant mon souffle.

     

    — Combien de temps ça prendra ? je demande en traçant avec mes doigts les muscles de son torse.

     

    — De quoi tu parles ?

     

    — Pour que tu me fasses confiance, guerrier, pour que tu ne voies plus en moi quelqu’un qui va t’abandonner et te faire mal ?

     

    Il me dévisage avec ce regard brulant et en même temps rempli de doute. Je prends son visage entre mes mains avant qu’il ne se dérobe. Il a tout un cheminement à faire, toute une habitude à enlever et je compte bien lui prouver chaque jour que je suis avec lui, dans sa vie, que je le prends comme il est, avec ses défauts et toutes ses qualités. Que je l’aime trop pour faire marche arrière.

     

    — On va y arriver Kade. On va surmonter tout ça et tu verras que je suis toujours là.

     

    Il s’effondre sur mon torse, j’encaisse le poids de son corps, celui qui m’a manqué ces nuits seul dans mon lit à me demander ce qu’il faisait de son côté.

    Je jette un œil à ma montre.

     

    — Il nous reste quelques minutes, dis-moi comment se passe la désintox ?

     

    Kade soupire puis il se met à parler. Il est comme avant, il est toujours le même seulement il est propre maintenant. Ça n’enlève rien à son électricité, à sa fougue ou sa puissance sur le terrain. Il n’est pas resté à rien faire durant deux mois. Il me parle de la thérapie, me demandent des nouvelles de l’équipe et la journée s’achève ainsi. Sur des lignes franchies de l’intérieur, des lignes qui jusque-là nous préserver et qu’on s’apprête à éclater en laissant ce que nous sommes prendre un nouveau départ.

     

     

    ***

     

     

    Dix jours plus tard…

     

    C’est le dernier match de la saison. Un match qui ne changera pas notre classement, mais qui mérite d’être gagné. Pour finir sur une note positive et faire que cette saison étrange se termine bien. On joue à domicile, le stade est plein et acclame les joueurs qui entrent sur le terrain. La pluie est encore de la partie, mais jusqu’ici elle nous a été favorable. Je reste debout sous les gouttes qui arrivent à s’infiltrer sous ma capuche. Je regarde mes joueurs s’aligner sous les chants des supporters heureux qu’on termine à la cinquième place. L’équipe aura tenu le choc malgré les différents aléas, le collectif est fort et chacun à trouver sa place. Je suis fier d’eux. Fiers du travail qu’ils ont fourni sans relâche, même si c’était dur parfois ils n’ont rien lâché. De vrais Gunners qui ont conquis leur public.

    Kade est là ce soir, pour ce dernier match il a revêtu le maillot. Il est sorti il y a une semaine, il a réintégré l’entrainement et même si certains ont l’air d’avoir des doutes sur sa pseudo blessure à la cheville, ils l’ont accepté parce qu’il fait partie des leurs. Ils ne savent pas encore que pour la saison prochaine on devra se passer de notre meilleur buteur. Pour une fois nous étions d’accord avec les dirigeants et notamment le père de Kade pour taire cette information et laisser l’équipe continuer sur sa lancée.

    Kade joue bien le jeu, même si je sais que mentir à ses coéquipiers ne lui plait pas.

    Les joueurs se mettent en place et l’arbitre siffle le début de cette rencontre contre Liverpool.

    Je reste près de la ligne de touche, je ne veux pas rater une miette de ce match. Je veux voir Kade jouer pour la dernière fois avec ce maillot. Je veux qu’il profite, qu’il prenne du plaisir et qu’il savoure ce dernier match.

    John me rejoint au bout de quelques minutes pour me donner des infos techniques. Mon adjoint me traite avec professionnalisme, on n’a jamais été proche, mais il y avait cette confiance entre nous qui n’est plus là. Je fais avec tant qu’il fait son boulot et qu’il ne trouve rien à redire sur le mien. L’absence de Kade durant deux mois a apaisé les tensions et son retour ne les a pas rallumés. Il sait que c’est son dernier match.

    Son père ne la ramène pas non plus. Il a eu ce qu’il voulait et se gratifie de la remontée de l’équipe. Tout ce qui l’intéresse. Il n’a pas pris de nouvelle de Kade. Il voulait seulement savoir s’il était apte à jouer ce soir lorsque je l’ai mis sur la feuille de match.

    La première mi-temps s’est déroulé convenablement, le jeu était bon, quelques occasions, mais aucun but. J’ai remonté les troupes dans les vestiaires et j’espère qu’ils seront meilleurs lors de la seconde. Le match a repris depuis dix minutes, il pleut toujours et tout le monde est trempé et les joueurs s’épuisent plus vite sous ce temps.

    Mes yeux ne quittent pas Kade en attaque. Sa cure lui a fait du bien, il n’a pas perdu en puissance ni en envie malgré tout. Le retrouver fait du bien que ce soit sur le terrain ou en dehors. Les nuits redeviennent ce qu’elles étaient, on passe notre temps l’un avec l’autre, à regarder des films et à baiser. L’idée qu’il s’en aille me fait devenir insatiable. J’ai l’impression de devoir profiter encore plus pleinement de sa présence, de devoir savourer chaque moment parce que bientôt ils se feront derrière un écran.

    L’avoir dans mes bras, savoir qu’il est là, me réveiller avec son corps à moitié sur le mien risque fort de me manquer. On s’attache rapidement à ces choses stupides qui font le quotidien. Elles deviennent une sécurité, une assurance que l’autre n’est pas seulement là pour réchauffer un lit, mais bien pour partager une vie. Une relation c’est fait de détails, de petites choses qui nous rappels qu’on n’est pas seul. Je me demande comment je vais faire pour que ces détails demeurent durant notre séparation. Il en a besoin. Il a besoin de savoir que je suis toujours là, même à des milliers de kilomètres. Je sais qu’on va y arriver, ce n’est qu’un interlude, un test à ce que nous sommes. On ignore encore où il sera, mais ce sera suffisamment loin pour qu’on ne se retrouve pas toutes les semaines.

    Arsenal récupère le ballon et mène l’attaque. Un but serait le bienvenu à ce stade du jeu, mais la défense de Liverpool résiste.

    Kade me lance un clin d’œil alors que je crie des ordres au joueur qui se replace. Je reste un moment con sur le bord du terrain, ce n’est pas le geste d’un joueur, il est trop complice pour passer comme un assentiment à ce que je raconte. Je détourne le regard et pars m’asseoir avec le reste de l’équipe et du staff. Kade ne fait jamais ça. Il me regarde et je lis dans son regard autre chose que ce que le monde pense savoir de nous, mais il ne va jamais au-delà de ça. C’est étrange, presque dérangeant de s’exposer ainsi.

    Le match continue, les occasions de plus en plus nombreuses de notre côté. Les supporters sont sur excité par cette tension qui ne demande qu’à exploser. C’est le genre de match où l’on est sur les nerfs à chaque attaque en espérant que ce soit celle-ci la bonne, celle qui emmène enfin le ballon au fond des cages adverses. Mais rien ne vient et je suis de nouveau debout sur le bord du terrain à hurler après ce manque de réussite qui commence à mettre mes nerfs à vif. Ils font du mieux qu’ils peuvent, trempés et fatigués, mais j’ai envie de cette victoire. Envie que ce dernier match avec Kade se conclut de la meilleure des façons.

    Liverpool ne garde pas le ballon longtemps, Arsenal revient devant leur but et le temps semble se suspendre dans l’attente lorsqu’ils font tourner le ballon près de la surface de réparation. J’ôte ma capuche pour mieux voir, pour regarder mes joueurs tenter une approche différente et enfin réaliser ce que tout le stade attend. Kade passe à Chris qui réceptionne parfaitement et réussie à contraire deux adversaires. Pendant ce temps King a réussi à passer la défense et lorsque Jarrett lui repasse le ballon on le voit enfin finir sa course dans les filets de Liverpool.

    Le stade se met à hurler, sur le banc tout le monde se lève et vient me sauter dessus alors que je regarde mon guerrier exulter de ce but avec le public. Enfin. Ses coéquipiers lui sautent dessus et partage sa joie. À dix minutes de la fin si on ne laisse rien passer, on tient notre victoire. Kade longe la ligne de touche de l’autre côté en saluant le public. Je suis fier de lui, fier qu’il ait remonté la pente, que ces deux mois loin d’Arsenal n’ont pas été vains. Il a marqué. Sa joie est belle à voir. Il regagne le terrain, mais il ne s’arrête pas au centre pour se remettre en place. Il le traverse et se dirige vers nous. La pluie semble plus forte, alors que je croise le regard de Kade et son sourire qui fait battre mon cœur plus fort.

    Qu’est-ce qu’il fout ?

    Je me le demande en le voyant arriver sur moi et je n’ai pas le temps de comprendre quoi que ce soit qu’il accroche mon blouson pour me rapprocher de lui, puis sa bouche se pose sur la mienne. Je reste con à encaisser son baiser en sachant ou l‘on est, mais très vite tout disparait pour ne laisser place qu’à Kade et ses lèvres sur moi.

    Il ne s’éternise pas, son visage s’éloigne du mien, alors que j’ai à peine gouté à sa bouche. Il sourit en entendant les réactions dans le stade. Mes yeux tombent sur l’écran géant ou l’on apparait en gros plan.

     

    — Qu’est-ce qui t’a pris ? je demande en le regardant être fier de lui.

     

    — Je ne sais pas, il répond à bout de souffle.

     

    Je lui souris, Kade est de retour. Lui et ses impulsions, lui et son manque de retenue.

     

    — J’ai envie que tout le monde sache que t’es à moi et que je t’aime.

     

    Des milliers de personnes ont les yeux rivés sur nous et pourtant j’ai l’impression qu’on est seul sur le bord de cette pelouse, sous cette pluie battante à affronter ce que nous sommes aux yeux du monde. Cette situation est en train de m’exciter, parce que c’est Kade tel qu’il est avec sa passion, son besoin de se sentir aimer et son impulsivité. Tout ce qui me donne envie de l’allonger sur cette pelouse détrempée et de m’enfoncer en lui. De le prendre et de lui répéter encore et encore que moi aussi je l’aime.

     

    — Retourne sur le terrain, guerrier.

     

    Kade sourit au son de ma voix étranglée par le désir puis il repart à reculons sur la pelouse finir ce match qui vient de prendre une tournure étonnante. J’entends les applaudissements des supporters et leurs cris de joie, mon regard quitte mon joueur pour voir qu’autour de moi. Tout le monde à l’air surpris. Je reste impassible sur le bord du terrain, je me concentre sur le match, il sera temps après d’assumer cet acte et de révéler à la face du monde que l’Emperador aime aussi les hommes et qu’il a trouvé l’amour avec un de ses joueurs.

     

     

     MARYRHAGE

  • Inside Lines, Chapitre 28

    Chapitre 28

    Kade

     

     

     

    Deux mois plus tard.

     

     

    Je ferme le journal après avoir lu les résultats sportifs de la semaine. Je suis heureux de découvrir qu’Arsenal a fait la remontée la plus spectaculaire dans le classement par rapport à la saison dernière. Nous sommes passés de la dix-septième place à la cinquième en quelques mois. Si nous maintenons notre lancée, Asher rempliera le deal. Nous pourrons atteindre l’Europa League et attirer de nouveaux joueurs et sponsors. Je suis tellement content de voir que mon coach a tenu parole. Il se donne à fond, et empêche mon père de le virer, de quoi me faire jubiler. Jefferson King se coltinera encore son gendre, que ça lui plaise ou non.

    C’est étrange de voir qu’on n’est finalement pas essentiel à une équipe. Que chaque joueur est remplaçable, qu’une équipe fonctionne malgré l’absence d’un de ses membres. J’ai résisté à l’envie de regarder les sept matchs, je ne suis pas aussi masochiste que ça. Mais j’imagine très bien l’Emperador défouler sa frustration sur ces joueurs. Ils ont dû en baver, mais le challenge est remporté.

    Je termine le café dégueulasse que je me suis pris, je vérifie l’heure, j’ai bientôt mon rendez-vous journalier avec le Doc. On doit faire le point sur tout ce qu’il s’est produit ici.

    Peut-être qu’une autre bonne nouvelle s’annonce pour moi.

    Je salue deux collègues d’entrainement, on a terminé notre première session de la journée avec le coach, et bordel, mes poumons s’en rappellent encore.

    Ce mec est un monstre.

    En débarquant ici, j’ai remarqué à quel point le monde du sport était bouffé par le dopage, j’ai crois plusieurs sportifs de haut niveau qui étaient dans la même situation que moi. Le combat pour être le plus performant n’épargne personne.

     

    — Comment allez-vous aujourd’hui, Kade ?

     

    Je sors de mes pensées en entendant l’accent british devenu familier. Je me tourne et fais face au Docteur Crain. L’homme d’une cinquantaine d’années semble être un type comme un autre. Il n’y a que sa blouse blanche qui le différencie des patients. Parfois, il me fait penser à Marty en moins fêlé.

     

    — Bien Doc, je réponds, je suis en retard ?

     

    — Non, je suis en avance. Puis-je m’assoir ?

     

    J’acquiesce en lui faisant signe de prendre la chaise face à moi. Il s’exécute en me remerciant.

    Le Docteur Crain est le gars qui doit avoir le plus de dossiers foireux sur les stars du pays souffrant de problème de drogues. Il traitre un paquet de célébrité. Quand j’ai accepté de venir ici, j’ai été obligé de signer des papiers de confidentialités m’empêchant de divulguer les identités des personnes que je croiserai ici.

     

    — Les résultats du week-end vous ont satisfait ? me questionne le doc en zieutant sur le journal.

     

    Étant donné qu’on m’a gentiment récupéré mon téléphone pour me couper du monde extérieur, il ne me reste que la télévision et les journaux pour garder un pied à l’extérieur.

     

    — Je le suis, je confirme.

     

    Je souris en frottant la nuque. Ce mec doit avoir une boule de Crystal cachée dans la poche pour réussir à deviner ce qu’on pense.

     

    — Le football me manque quand même.

     

    — Pourtant, vous avez de quoi vous satisfaire, ici, plaisante le Doc.

     

    Un rire me gagne, il n’a pas tort à ce sujet. J’admets que je ne m’attendais pas à ça. Je pensais qu’on m’avait envoyé dans un centre de désintoxication où on allait me faire glander la moitié du temps en me proposant une thérapie avec des activités ludiques. Il n’en ait rien. On m’a assigné un coach sportif des plus barbares. Un mec qui me fait suer la moitié de la journée, repousse mes limites et entretient mon organisme pour la compétition. J’ai l’impression d’avoir Asher auprès de moi, mais en beaucoup moins sexy.

    Je n’ai pas mis longtemps à comprendre à quelle sauce on allait me bouffer. Je ne suis pas un drogué, je suis un sportif qui se dope pour pouvoir être performant. Le Docteur Crain a tenté durant deux mois, avec son traitement spécial « la langue qui pend et les muscles qui font mal », de me réhabituer à redevenir ce sportif au comportement normal. Je redécouvre mes propres capacités, sans stimulants ou dopants. J’en ai chié, même si je m’étais habitué à dépasser mes limites, sans « aide », l’exercice s’est avéré très compliqué. J’ai eu l’impression d’être revenu à l’époque du centre d’entrainement. J’ignore d’où sort mon Coach sadique, mais il doit avoir faire un détour par l’armée pour être à ce point rock’n’roll.

    J’ai même cru à certains moments que j’allais finir dans les vapes tellement Coach Monster m’a poussé à bout. Étrangement, je n’ai pas eu envie de lui en coller une comme j’aurai pu le faire avant. J’ai été moi-même surpris. Je crois que le comportement de mon bourreau y a joué. Pas une seule fois je n’ai reçu de remarque homophobe. Et ça m’a tellement fait de bien d’être considéré comme étant n’importe qui, qu’on ne m’attaque pas sur ce que j’étais, mais plutôt sur la merde ou les erreurs que je faisais.

    Je dois avouer que cette thérapie, en plus de la psychologique qui m’a permis de faire le point sur qui j’étais et ce que je vivais en tant que fils, en tant que joueur et en tant qu’homme m’a fait du bien. J’ai compris beaucoup de choses en quelques semaines, certaines qui n’étaient pas toujours agréables, mais d’autres qui m’ont confirmé que j’étais sur la bonne voie concernant ma vie. Je vais devoir apporter des changements dans cette dernière, calmer certaines ardeurs, grandir. J’ai encore le temps de tout faire à vingt ans. À moi de saisir ma chance. À moi de calmer ma colère comme on a essayé de me l’apprendre au cours de ses derniers mois.

    Je ne dois pas me laisser déborder par les émotions. Je ne dois plus vouloir être le meilleur pour espérer de l’attention de mes parents, je dois faire le deuil de ça. Si je veux exceller dans le milieu, je dois le faire pour moi. Si je veux devenir un grand joueur, je ne dois plus laisser ma colère me dicter.

    Ça n’a pas été facile d’encaisser tout ça, mais au fond, je ne regrette pas. J’aurai pu terminer beaucoup plus mal que mon malaise, j’aurai pu griller ma carrière. J’ai merdé, royalement de ce côté-là. Je ne suis même plus en colère contre Asher d’avoir exigé que je vienne ici. Il le fallait. J’espère que mon coach ne sera pas trop déçu de moi en me retrouvant. Je veux être à la hauteur pour nous, même si nous ignorons ce qu’il nous attend demain.

     

    — Aujourd’hui, nous n’aurons pas de séance, mais j’ai une surprise pour vous.

     

    — Une surprise ?

     

    Je fronce les sourcils en me demandant quel merdier m’a rapporté le doc pour sourire comme un imbécile. Il me fait signe de me retourner, mon cœur s’emballe.

    Faites que ça ne soit pas mes parents, faites que ce con de doc ne se soit pas senti l’homme d’un réparateur de cœur et m’ait apporté les deux personnes qui se foutent le plus de moi.

    Faites que ça soit lui, plutôt.

     

    — Bordel…

     

    J’ai comme un putain de choc quand je le vois.

     

    — Salut Kade.

     

    Mon cœur vrille devant Asher, mon coach est là, dans son putain de jean trop sexy et sa chemise noire. Il me sourit en ayant l’air d’être le mec le plus heureux du monde et j’ignore quelle tête j’affiche, mais si nous étions seuls, j’aurai déjà rompu la distance pour écraser ma bouche contre la sienne, pour lui dire merci, lui dire qu’il m’a manqué que je suis dingue de l’Emperador, et que je me demande ce qu’il en est de nous après deux mois de séparation.

     

    ***

     

    Ash pousse la porte de ma chambre en un coup de pied. Je m’écarte pour reprendre mes esprits et m’empêcher de lui sauter dessus dans la seconde. Nous avons à peine parlé dans la salle commune de la clinique, je l’ai trainé ici, histoire de nous isoler. Normalement, les pensionnaires du centre font visiter les lieux, mais c’est un autre endroit que désire explorer.

    Je n’en reviens pas qu’il soit là, normalement, je ne devais voir personne avant ma sortie, mais le Doc a du juger que ça pouvait… être sympa, je n’en sais rien. Mais en tout cas, je suis heureux de voir mon coach ici.

    Deux mois, c’est long, il s’en est passé des choses, pour lui comme pour moi. On devrait parler, vraiment, pourtant, je sens naitre un désir intense dans ma chambre, il irradie d’Asher, il me percute et me fait trembler.

    J’ai envie de toi, résonne dans la pièce calme.

     

    — Kade…

     

    Sa voix.

    Sa main se pose sur ma hanche, un frisson me gagne, je me retourne pour lui faire face. Ce que je vois me coupe le souffle. Ses yeux verts me scrutent avec la même excitation ravageuse de nos débuts.

    Comment résister ?

    Mes doigts saisissent sa chemise, j’attire Asher contre moi d’un geste brusque, nos torses se percutent. Mon souffle s’emballe.

     

    — On discutera plus tard ? je demande en sentant que le désir prend le dessus sur le reste.

     

    — Oui.

     

    Sa bouche s’écrase contre la mienne la seconde d’après. J’encaisse la brutalité du baiser, il est vif et intense. La rapidité de ses lèvres embrassant les miennes ne cache pas la fougue d’Ash. Il crève d’envie de m’avoir. Et moi aussi.

    Nos gestes commencent à être plus irréguliers. Nos vêtements commencent à dégager alors que je l’attire vers mon lit. Ils tombent un à un sur le sol, mettant ma chambre en bordel, ravivant l’envie et explosant l’atmosphère. Nos mains sont partout, à la recherche de chaque bout de peau disponible. J’embrasse son cou, ses épaules, Asher glisse ses doigts dans mes cheveux. Nos souffles deviennent de plus en plus erratiques, j’ai envie de lui et je doute d’avoir la patience de faire les choses bien.

    Je bute contre le lit et m’y assois, Asher reste debout devant moi. Je l’attire entre mes cuisses ouvertes. Ma langue lèche la ligne mince de ses abdos. Ma main se referme sur son érection, elle déforme son jean. Un juron échappe à Asher quand je presse sa queue bandée.

    Nos regards se croisent. Mon amant me dévisage avec envie. Je souris comme un idiot.  

     

    — T’as fermé la porte ? je l’interroge en baissant sa fermeture éclair.

     

    Le son du zip résonne en échos avec les battements de mon cœur. Mon jean devient tout aussi étroit.

     

    — On ne me reprend pas deux fois à faire la même connerie.

     

    C’est vrai que se faire surprendre par mon père a tendance à calmer l’envie de se faire chopper de nouveau par quelqu’un.

    Même si maintenant, ce serait beaucoup plus excitant et moins périlleux. Mais aujourd’hui, je crois que je préférerai que nous ne soyons pas interrompus.

    Je baisse son jean et son caleçon en même temps. Ash le dégage avec rapidité. Mon regard apprécie sa nudité. Mes mains saisissent ses hanches, je l’approche de moi en me léchant les lèvres, son érection pointe dans la direction. Elle est comme dans mon souvenir, tentante et prometteuse.

    Je lèche ma main droite sans quitter des yeux la queue qui m’a torturé l’esprit durant deux mois. Je pensais à Asher, au plaisir me gagnant quand il était en moi. Mes doigts n’ont jamais suffi à reproduire la même sensation.

    Asher ne me laisse pas le temps de commencer les hostilités, il me stoppe dans ma foulée, et m’allonge sur le lit. Le poids de son corps nu écrase le mien. J’encaisse nos retrouvailles avec un sourire radieux. Je remarque une lueur intéressante dans le regard de mon coach.

    Il a une idée en tête.

     

    — Je veux tout en même temps, Kade.

     

    Sa bouche part mordiller mon cou, ses hanches commencent à bouger contre moi. Son sexe se frotte au mien encore prisonnier de mon jean. Mon cœur s’emballe. Mon esprit met quelques secondes à comprendre, et quand ça se produit, bordel de merde, je pourrais jouir dans mon pantalon.

    Asher Grant me demandant un putain de 69, comme deux adolescents impatients et pressés de tout tester avant que les parents ne rentrent.

    C’est ce que je faisais, chez mes copains évidemment, chez moi, personne ne risquait de débarquer à l’improviste.

     

    — T’auras ma queue et j’aurais la tienne coach, je réponds.

     

    Le regard d’Asher se voile d’un désir puissant. Son souffle s’accélère. Je me redresse et l’embrasse durement sur les lèvres. Je bouge sur le lit, m’allonge dans l’autre sens. Les mains de mon amant sont déjà sur mon jean. Le son de la fermeture éclair résonne. Ses doigts agrippent mon jean qu’il baisse d’un geste sec.

     

    — Oh putain, je jure.

     

    Mais pas complètement.

    Asher nous fait basculer sur le côté. On se retrouve tous les deux allongés sur mon lit, en tête à tête avec l’érection de l’autre. Ma main se referme autour de la sienne, un juron lui échappe quand je commence à le branler. Mes gestes sont secs et rapides. Je vois perler une goutte blanche et salée sur son gland. Je n’hésite pas, je ne l’attends pas. Je laisse glisser ma langue sur son sexe sensible pour le lécher. Je n’épargne aucune zone sensible, je les explore toutes. La chaleur de l’excitation me broie de l’intérieur et manque d’exploser quand mon amant me prend en lui. Sa bouche m’accueille d’un mouvement, ma verge se retrouve emprisonnée entre ses maudites lèvres qui me sucent parfaitement. Le contact m’envoie des décharges électriques dans le corps, surtout quand sa langue se met à tournoyer autour de mon gland, taquinant cette partie plus que sensible chez moi.

    Mon souffle s’emballe, je tente de garder le rythme, je lui offre ce qu’il me donne. Asher se retrouve pris à son propre piège, chaque caresse, chaque succion, chaque coup de langue qu’il me fait subir, lui sont retourné.

    La tension monte dans la chambre, mon cœur bat à toute allure, mon esprit se perd dans les sensations, je ne suis pas prêt à encaisser le prochain assaut.

    Ash glisse son bras entre mes cuisses pour atteindre mon cul. Ses doigts ne tardent pas à trouver la zone recherchée. Sans prévenir, son pouce taquine mon orifice, jouant avec mes muscles, avant de les enfoncer en moi. Lentement. Trop lentement, au même moment que sa bouche m’aspirant avec force. La double sensation ne manque pas de m’exciter. Un gémissement résonne autour de sa queue enfoncée dans ma gorge. Des spasmes de plaisir se multiplient en moi. Je me venge sur lui, ma langue se déchaine, je creuse les joues pour mieux le sucer. Je m’active, rapidement, mes lèvres vont et viennent. Je le prends loin en moi, et cet enfoiré fait de même tout en me préparant pour lui.

    Nos hanches commencent à bouger d’elles-mêmes, baisant la bouche de l’autre. L’empressement se fait ressentir. Les quelques minutes qui s’écoulent mettent rudement nos nerfs à l’épreuve. J’ai du mal à bouger à cause de mon jean et Asher en joue.

    Il joue trop.

     

    — Ash… je gémis d’une voix rauque lorsqu’il commence à sucer mes bourses.

     

    Sa langue joue avec, il les suce tout en recourbant ses doigts pour effleurer ma prostate. C’en est trop pour mon self-control. J’ai besoin de plus, je le veux lui. Je veux son sexe s’empalant en moi, je veux son corps m’écrasant et gagner la course à l’orgasme contre lui. Partager la chaleur d’une personne qu’on aime dans une étreinte différente. Parce que celle-ci sera différente des précédentes.

    Je m’écarte de lui tant bien que mal. Je m’assois sur le lit, dégage mon jean en échappant aux tentatives de mon amant de me sauter dessus. Une fois nue, je me jette sur lui. Nos bouches se retrouvent, nos goûts se retrouvent, un mélange salé qui me fait davantage bander. Nos corps se mettent à glisser l’un contre l’autre, créant une friction érotique qui me fait frissonner.

    Asher me fait basculer sous lui, mes jambes se nouent autour de sa taille, je me cambre pour l’inciter à venir.

     

    — Ash…

     

    Nos regards se croisent. Je me fige en observant mon coach. Mon rythme cardiaque s’emballe, et une petite voix dans ma tête murmure sans cesse : « j’aime cet homme ». Et je me demande comment j’ai fait pour le détester, pour haïr cet être aussi brisé que moi qui cherchait simplement un bout de lui-même en quelqu’un d’autre. Une âme aussi solitaire que la mienne, avec un cœur en miettes à réparer. On s’est trouvé alors que nous n’aurions pas dû, on s’est aimé contre les règles de notre milieu, on s’est soutenu. On se soutient encore, même après la révélation de nos secrets les plus inavouables.

    On est là. Encore.

    Il est là, avec moi, quand jamais personne n’a pris cette peine.

     

    — Kade, reviens ici avec moi, souffle-t-il.

     

    Asher embrasse le coin de ma bouche, je sors de mes pensées sombres pour me concentrer sur le moment.

    Je remarque qu’il a trouvé ma bouteille de lubrifiant dans la table de chevet. Je l’observe à genoux, entre mes cuisses, sa queue bandée se dressant devant lui.

     

    — Je ne demanderai pas pourquoi t’as ça ici ? me provoque-t-il.

     

    Je souris en refermant mon poing autour de mon érection pour me caresser sous son regard pendant qu’il se prépare. Asher fait de même sur son sexe, sa main lubrifiée bouge rapidement, je regarde son membre disparaitre entre ses doigts. L’atmosphère se fait plus tendue. C’est toujours ainsi quand on sait que tout va basculer. Qu’on va retrouver un amant qu’on attend depuis longtemps.

     

    — Quand je m’ennuie et que je me fais un porno dans ma tête en imaginant que t’es là, que tu me fais la même chose, il me faut de quoi assurer.

     

    — Kade, bordel, arrête.

     

    Sa respiration s’accélère, je sens qu’il m’imagine déjà ici, comme maintenant. Étendu sur mon lit, nu et transpirant d’une session de sexe solitaire en murmurant son prénom. Mes doigts s’enfonçant en moi et mon autre main autour de ma queue à la recherche d’un plaisir inespéré.

     

    — Tu materais un porno avec moi, coach ? je le provoque en retour.

     

    Asher jure, il s’allonge sur moi, me fait glisser sur le matelas, nos visages se retrouvent. Son souffle se mêle au mien.

    Bordel son regard.

     

    — Pas besoin de mater un porno quand on baise avec Kade King, me taquine-t-il.

     

    — Pas besoin de quelqu’un d’autre quand on baise avec Asher Grant, je renchéris.

     

    Au cas où l’idée lui aurait traversé l’esprit.

    On reste un instant l’un contre l’autre, l’excitation et le désir nous entourent. Je glisse ma cuisse contre ses hanches, je bouge lentement, nos sexes se frottent l’un contre l’autre, la tension augmente petit à petit. On fait durer les choses finalement. On savoure la présence de l’autre, sa chaleur, sa proximité. J’ai vingt ans, et j’ai l’impression que jamais plus je ne revivrai ça avec une autre personne de ma vie, tellement ça me semble inné ce que je ressens avec Ash.

     

    — Qu’est-ce que tu me fais Kade ? Pourquoi j’ai tellement envie de ça, tellement envie d’être avec toi ?

     

    Je l’attire contre mon torse, mes jambes se nouent de nouveau autour de ses hanches. Mes bras se glissent autour de ses épaules.

    C’est tellement intense déjà, par l’ambiance entre nous, à cause de nous.

     

    — Sois avec moi alors, coach, je murmure à son oreille.

     

    Prends-moi encore, rappelle-moi ce que ça fait quand on est ensemble.

    Ash jure en acquiesçant, il glisse un bras sous l’un de mes genoux, je bascule mon bassin vers lui, l’impatience bat dans mes veines, le moment tant attendu va enfin arriver.

    Deux mois sans ça, j’ai de quoi devenir fou.

    Je crois que c’est la première fois que nous baiserons ainsi. Dans un lit, face à face, comme deux amants, pas comme un plan cul qu’on s’envoie et avec qui on ne partage pas d’intimité. On est tellement plus que ça, depuis longtemps.

    Mon coach ne se fait pas prier. Il se place contre mon entrée, je sens son gland forcer. Mon cœur s’emballe, des spasmes de plaisir me gagnent déjà au souvenir de cet acte tellement bandant.

    J’attire le visage d’Ash, nos lèvres se retrouvent, je noie mon esprit dans un baiser lent et complice. Je laisse mon compagnon prendre les rênes.

    Asher prend son temps, il s’enfonce en moi légèrement, testant la résistance de mes muscles, jouant avec mes nerfs. À chaque pénétration, je m’attends à le sentir s’enfouir en moi totalement, mais jamais ça ne vient. Asher entretient le feu en moi. Mon sexe palpite entre nous. J’ai envie de plus, j’ai envie de lui. Maintenant.

     

    — Ash… je demande contre sa bouche.

     

    Qui revient à la charge contre la mienne.

    Mon coach met fin à l’attente. D’un coup de rein, Asher s’enfonce entièrement. Le claquement de nos deux peaux résonne et mon cœur vrille.

    Je me fige, des sensations aussi fortes, que jouissives et douloureuses explosent en moi. Ce mélange me fait trembler de la tête au pied. Le souffle me manque, je romps notre baiser pour respirer, pour encaisser toute l’excitation provoquée par un seul homme.

    Asher m’observe, il bouge lentement, c’est la pire des tortures. La douleur ne m’arrête pas, mais c’est ressentir ainsi, chaque mouvement, chaque caresse, et prendre le temps d’apprécier cette sensation totale de possession fait faire un bug mon cerveau.

    J’enlace Asher qui commence à aller et venir plus vite. Son sexe s’empalant en moi dans un rythme irrégulier. C’est tellement bon, c’est tellement différent le sexe quand on partage autre chose qu’un plaisir occasionnel.

     

    — Ça m’a manqué, j’avoue, tu m’as manqué.

     

    — Toi aussi.

     

    Et je signe la fin de l’étreinte langoureuse pour une encore plus intense.

    J’encaisse chacun de ses coups de reins. Plus les minutes passent, plus la fougue nous emporte. Asher se laisse aller, je le garde contre moi, mon corps entier l’accueillir. Mes mains glissent sur chaque parcelle de sa peau d’accessible, nos bouches se retrouvent, se quittent et se dévorent. C’est instable, brusque et passionné. L’envie prend le dessus. Elle nous secoue et nous pousse à bout.

    Je commence à ne plus contrôler le son de ma voix et de mes gémissements quand Asher se met à effleurer ma prostate.

    Je le supplie presque, j’en veux plus, plus vite. Asher est dans le même état que moi. Ses gestes se font plus erratiques. Chacun de ses coups de reins me cloue sur le matelas. Je m’accroche à lui pour ne pas glisser. J’adore chaque putain de seconde. Chaque sensation, chaque réaction. Son souffle contre mon oreille, l’odeur de sa peau en mouvement.

     

    — Encore !

     

    Je mords son épaule pour refouler l’envie que j’ai de gémir à pleins poumons. Je ferme les yeux en m’accrochant à Asher alors qu’il balance ses hanches avec empressement, heurtant cette zone sensible qui m’envoie des millions de petits picotements délicieux dans tout le corps. Sa cadence qui fait monter le plaisir rapidement, cachant la vague dévastatrice qui va suivre et le putain d’orgasme qui va m’anéantir.

     

    — Kade… souffle-t-il à mon oreille, c’est tellement bon d’être en toi.

     

    Je savoure le son de sa voix, brisée, victime de ses propres sensations. J’en veux plus, tellement plus que quelques heures qui ne seront pas suffisantes pour rattraper le temps perdu. 

    J’ignore ce qui me traverse l’esprit et comment j’arrive à sortir de l’étreinte écrasante et intense d’Asher, mais je le fais basculer sur le dos. Nos places s’échangent, mon coach ne dit rien, il se contente de se repositionner contre moi. Son sexe glisse entre mes fesses, un juron lui échappe. Mon cerveau déraille, le plaisir est si dingue qu’il m’empêche de parler. J’ai une idée en tête, une qui me dévore de l’intérieur, et m’a traversé en un instant.

    J’ai besoin de ça aussi.

    Besoin de terminer nos retrouvailles ainsi.

    Je me penche vers lui, comme pour l’inciter à revenir, Asher se laisser aller, il me donne les rênes de notre étreinte et sans le prévenir, je change nos plans. Je le fais basculer sur le ventre. Ash ne résiste pas, mais la surprise le gagne. Son visage se tourne vers moi, je tâtonne le lit à la recherche de la bouteille transparente. Mes gestes sont instables, je suis tellement à cran que j’ai du mal à agir avec logique. L’excitation me domine, l’envie de basculer aussi.

    Je finis par la trouver dans les draps emmêlés. Je l’ouvre pour m’enduire la main d’une bonne dose de lubrifiant. Un gémissement appréciateur m’échappe quand je noue mon poing autour de ma verge sensible. Je commence à me caresser rapidement, assis entre les cuisses ouvertes de mon amant.

    Je croise le regard d’Asher, il est voilé par le désir, et je crois qu’il vient de comprendre ce que je vais faire.

     

    — Kade qu’est-ce que…

     

    Je lâche ma queue à son profit. Mes doigts humides trouvent son orifice, je les glisse en lui avec aisance, en passant la barrière de ses muscles serrés qui m’accueille avec facilité.

    Je me penche en embrassant son cul, ma langue traine sur sa peau alors que je joue avec lui. Je lubrifie son corps pour moi, pour pouvoir m’y enfoncer et basculer en lui. Au premier contact, Asher gémit. Ses mains se referment autour de mes oreillers. Il s’enfonce entre eux pour étouffer le gémissement qui le domine.

     

    — Bordel…

     

    — Je veux jouir comme ça, je murmure en embrassant son dos.

     

    Mes doigts bougent entre ses muscles serrés, Asher palpite déjà autour de moi. Lui non plus n’était pas loin de jouir.

     

    — Fais-le, mais fais-le vite, me répond Ash en ondulant entre les draps.

     

    Je souris en le voyant faire, mon coach semble être à fleur de peau, et cherche désespérément le soulagement.

    Je retire mes doigts pour m’allonger sur lui. Je remonte sa cuisse pour me donner un meilleur accès. Ma queue trouve le bon angle, je sens la pression familière contre mon gland sensible.

    J’écoute les réactions d’Ash, son souffle s’emballe, ses yeux se ferment. Son visage tourné dans ma direction prend une expression d’abandon et de plaisir alors que je bouge lentement en lui. L’une de ses mains lâche mon oreiller pour venir agripper ma cuisse et m’implorer de faire plus. Je le prends entièrement, mon sexe termine en lui, jusqu’à la garde et ressens déjà les battements familiers.

    Si près.

    Je jure en gardant mon calme. L’envie me dévore avec hargne et ne demande qu’à exploser. S’en est presque douloureux.

     

    — Qu’est-ce que tu veux Ash ? je murmure à son oreille.

     

    Je la mordille en attendant sa réponse, je continue d’aller et venir en lui. Chaque sensation de son cul autour de moi m’envoie des putains de décharges électriques dans tout le corps. J’aime tellement ça être en lui, le sentir s’abandonner, le voir ne plus réfléchir dans mes bras. J’aime avoir cet homme si froid en apparence et maitre de tout.

    Il ne contrôle plus rien dans cette situation, quand mon sexe s’enfonce en lui et que nos corps ne font plus qu’un, Asher est obligé de tout me donner. C’est l’une des drogues les plus addictives, je crois. Et je suis fou de cette expression sur son visage, celle qui veut tout dire, absolument tout.

    Le plaisir monte crescendo entre nous, l’ambiance de la chambre est étouffante. C’est l’une des étreintes les plus intimes que nous nous sommes données.

     

    — Toi, c’est toi que je veux, Kade.

     

    — Comment ? je le provoque.

     

    Je le prends plus fort, nos peaux claquent à mon assaut. Asher jure en serrant ma cuisse. Je manque de jouir à l’instant en le sentant se resserrer autour de moi. J’embrasse son épaule en essayant de garder le contrôle.

    Je ne voulais pas faire durer les choses, et finalement, c’est exactement ce que nous faisons. On se retrouve, en se redécouvrant après deux longs mois de séparations. Cela me semble être une éternité maintenant.

     

    — Entièrement, me répond-t-il le souffle court.

     

    Et il m’aura.

    Mes bras s’insinuent sous son torse pour le blottir contre moi. J’embrasse sa nuque et poursuis mes pénétrations. Mes gestes se font plus imprécis au fur et à mesure que les minutes passent. Nos deux corps bougent en rythme, la chambre s’emplit de murmures et de gémissements. Quand le ton monte, j’accélère la cadence. Ma queue s’enfonçant plus rapidement. Je frôle sa prostate à plusieurs reprises, mettant à mal son self-control.

     

    — T’es à moi, coach.

     

    Un râle de plaisir s’échappe de ses lèvres. Je me déchaine en lui, je lui donne tout, tout le désir que j’éprouve pour lui, tous les sentiments qui nous lie. Je l’amène au bord du gouffre et en quelques va-et-vient, j’obtiens sa réédition.

     

    — Kade ! Bordel !

     

    Je m’enfonce une dernière fois en lui, mes hanches claquent contre ses fesses, Asher bascule sans retenir son plaisir. Je crois que tout le couloir a compris ce que nous faisions. Mon amant s’abandonne et ne réfléchit plus. Il se laisse aller contre moi, et je ne tarde pas à le rejoindre. Les spasmes de son orgasme autour de ma verge m’emportent. Je jouis en lui avec violence, avec la sensation divine d’être emprisonné par son corps et l’impression d’avoir enfin quelqu’un que je peux appeler « mien ».

     

    ***

     

    Je me laisse aller sur le matelas, le corps trempé de sueur et d’autres substances, un sourire satisfait se dessine sur mon visage alors que je me blottis aux côtés d’Asher.

    Mon coach tente de reprendre une respiration normale après ce second round mouvementé. Deux mois c’est long quand on en a passé presque six à s’envoyer en l’air sans cesse. Ça m’avait manqué, surtout avec lui. C’est toujours intense le sexe avec l’Emperador. Et visiblement, l’abstinence est un accélérateur au désir. Je crois que je pourrais passer cette journée ainsi, avec lui, à ne faire que ça, à se rappeler à nos corps qu’ils s’appartiennent et se veulent.

    Encore et encore.

     

    — Seigneur, murmure-t-il, il est tellement simple d’oublier à quel point c’est bon.

     

    Je me laisse aller à un petit rire. Mon coach m’a levé les mots de la bouche.

    Ash remue entre les draps emmêlés pour me faire face. Sa main se pose sur mon torse dénudé, un frisson me gagne quand ses doits trainent sur ma peau.

     

    — Quand tu fais ça, c’est…

     

    — Tout le plaisir est pour moi, je plaisante. 

     

    Je me penche pour l’embrasser. Un baiser plus doux et dix fois moins sexuel que tout à l’heure. Asher se laisse faire, sa main se pose sur mon ventre, il joue avec mes muscles, ma peau est aussi collante que la sienne, mais bordel, je ne veux pas rompre cette étreinte, je veux profiter encore de cette proximité, de cette bulle qu’on s’est créée loin de tout.

    Bonjour l’utopie Kade, n’oublie pas ce que t’as à lui dire.

    N’oublie pas la réalité.

    Il me reste une semaine à tirer ici, et je n’arrive pas à croire que le Doc ait fait la démarche d’appeler Asher pour ma seule visite du séjour.

     

    — Merci d’être venu, je murmure d’une voix sérieuse.

     

    — J’en avais envie.

     

    — Mon cul te manquait, je plaisante.

     

    — Si seulement il n’y avait que ça.

     

    L’ambiance entre nous devient plus sérieux à la suite de ses mots. On se regarde, une tension familière revient, celle indiquant qu’on a des tas de choses à régler.

    On ne peut pas rester dans cette bulle.

     

    — Qu’est-ce que tu veux d’autres Ash ? je demande.

     

    L’organe dans ma poitrine bat à cent mille dans l’attente d’une réponse. Ça fait deux mois que je l’attends, deux mois que je doute et espère en même temps.

    Deux mois et une annonce qui vont tout remettre en question, murmure une petite voix dans ma tête.

     

    — Toi, c’est toi que je veux Kade, me répond Ash sans me quitter des yeux.

     

    — Mais à quelles conditions ? je renchéris.

     

    Un sourire amusé se dessine sur ses lèvres, rendant son expression plus tendre, moins dure et incroyablement séduisante.

     

    — Celles que tu voulais, guerrier, toute celle que tu voulais.

     

    — Tu…

     

    Asher secoue la tête en s’expliquant.

     

    — Il ne s’agit pas de faire de coming-out ou pas, il ne s’agit pas de faire une conférence de presse pour dire que je suis avec Kade King. On fera ce qu’on voudra, tant pis si les journaux en font leurs prochains sujets de publications. Pourquoi devrions-nous nous expliquer ? On est ensemble, point barre. Attendons juste la fin de la saison pour… cesser d’être discrets, d’accord ?

     

    Bordel de merde…

    J’encaisse ses propos comme si Hiroshima venait de me tomber dessus. Je reste silencieux et je note qu’Asher ne s’attendait pas à cette réaction.

     

    — Tu sembles surpris, renchérit mon coach.

     

    Parce que ça remet tout en question, encore.

    Je quitte son regard vert pour fixer sa peau malmenée par mes soins. Je savoure la présence de cet homme, je scrute chaque partie de ce corps que j’aime tant avoir près de moi. Je refoule ce pincement dans ma poitrine qui prend de plus en plus d’importance.

     

    — J’ai des choses à te dire, j’avoue d’une voix morne.

     

    — C’est-à-dire ?

     

    — Mon père a déjà fait fonctionner son réseau, j’explique, j’ai trois propositions pour la prochaine saison.

     

    Ash reste silencieux. Je ne le regarde toujours pas, mais je sens déjà naitre une tension des plus étouffante. Celle qui prépare le choc, la déception.

    On va connaitre une autre bataille, Coach.

    J’inspire longuement avant de lâcher ma bombe, la nôtre, celle qui va tout chambouler.

     

    — Et aucune ne vient d’une équipe d’Angleterre.

     

    Mon coach se fige, je prends mon courage à deux mains et croise son regard. Asher me dévisage avec la même expression qu’à mon arrivée ici. Celle mêlant désespoir et colère. Mais il ne dit toujours rien.

     

    — Ça change tout, Ash. J’espérais qu’une autre équipe de Premier League me donnerait ma chance, mais non.

     

    Je me suis grillé en Angleterre visiblement.

     

    — Naples, Leipzig et Séville sont sur le coup, je poursuis. Ce sont de bonnes équipes…

     

    L’Italie, l’Allemagne et l’Espagne. Des pays qui ne sont pas à côté du nôtre. J’aurai espéré la France, mais Lisa, ma nouvelle agent et sœur de Wade Perkins, m’a appris que mon père avait demandé une très grosse somme d’argent. En plus, il se fait de la tune sur mon dos en me dégageant de son club. Quelle putain d’ironie.

     

    — Je sais ce que je t’ai demandé avant d’entrer ici Ash, mais en sachant ça… je ne sais pas ce qu’il en est. Tout vient encore de changer. La durée du contrat serait d’un an. En fait, mon père me « prête » à un club, j’appartiens encore à Arsenal, c’est la solution qu’il a trouvée pour ne pas rompre mon contrat. On va justifier que j’ai envie de changer d’air…

     

    Un rire bref m’échappe. C’est débile. Je suis en colère contre Arsenal, contre mon père qui profite de la situation, parce qu’en quelque sorte, je l’ai baisé lui aussi en tombant amoureux de mon coach.

    Je me redresse, brisant l’étreinte instable dans ma chambre. Je m’assois sur le lit en frottant mon visage. L’air me manque soudainement, parce que ça y est, la sentence est là, le résultat de mon choix s’applique maintenant. J’ai joué, et j’ai perdu. Je pensais qu’on pourrait tout avoir, mais ce n’est pas le cas. Je vais partir d’Angleterre et qu’adviendra-t-il de nous ?

    Je tremble comme une putain de collégienne en demandant, la gorge nouée :

     

    — J’ai besoin de savoir si je ne fais pas tout ça pour rien. Et si ça te semble envisageable qu’en partant un an à l’étranger…

     

    — Est-ce que je t’attendrais ? me demande Asher en me voyant tourner autour de la question.

     

    J’acquiesce. L’atmosphère devient plus pesante, j’ai l’impression que je vais sauter dans le vide, et j’ai un putain de vertige.

    J’ai peur en réalité, peur que tout l’édifice s’effondre.

    Ne me brise pas Ash, s’il te plait. Même si ça semble totalement impossible, ne me brise pas.

     

    — Beaucoup de personnes ne croient pas aux relations à distance. Même avec l’avion, le téléphone, internet, les Lives vidéos. L’absence brise tout parfois, le manque, le quotidien qui change…

     

    Et est-ce que tu m’attendrais Coach ?

    Je n’ai pas le courage d’attendre sa réponse. Je me prépare au pire, parce que je suis habitué à ça, à la solitude. Mais depuis que j’ai gouté à la meilleure drogue qui m’ait eu donné de côtoyer, je ne veux pas vivre ce sevrage.

    Je ne veux pas avoir à me sevrer d’Asher.

    Est-ce qu’il m’attendra ? Mais surtout, est-ce que j’ai envie qu’il brise ce silence, celui qui nous garde encore dans notre bulle quelques instants.

     

    AMHELIIE

  • Inside Lines, Chapitre 27

    Chapitre 27

    Asher

     

     

     

    Dix jours plus tard.

     

     

    — Je ne suis pas le père de cet enfant.

     

    Les flashs crépitent et me brule les yeux, les caméramans doivent zoomer au maximum pour filmer les résultats du test ADN que j’exhibe à cette conférence de presse. Cette histoire va prendre fin ce soir, et j’espère que les allégations à mon sujet aussi.

     

    — Qu’est-ce que ça vous fait de savoir que vous n’êtes pas le père de cet enfant ?

     

    Mon regard se porte sur la journaliste qui me pose cette question. Elle travaille pour une chaine locale, je suis habitué à la voir, comme tous ceux qui sont ici ce soir.

     

    — Je suis soulagé que la vérité sorte enfin.

     

    Elle semble déçue de ma réponse, mais je ne vois pas ce que je pourrais dire d’autre. Je sais depuis le début que cet enfant n’est pas de moi, je devais simplement convaincre le reste du monde.

     

    — Savez-vous quelles étaient les motivations de mademoiselle (machin) ?

     

    — Non aucune idée, je n’ai pas eu de contact avec elle depuis le début de cette histoire, elle a refusé toute rencontre je ne sais pas dans quel but elle a fait ça, mais c’est fini.

     

    — Vous niez donc avoir eu une quelconque relation avec elle par le passé ?

     

    Je me tourne vers Aaron, ce petit con affiche un sourire ravi, il aime tellement me maitre mal à l’aise.

     

    — Aucune relation.

     

    — Pas même un soir ?

     

    Je serre les dents, le reste de la salle se met à ricaner.

     

    — Pas même un soir. La première fois que j’ai entendue parler d’elle c’est quand elle a déclaré que j’étais le père de son enfant.

     

    Le silence retombe, à mes côtés le père de Kade semble s’ennuyer, mais il se doit d’être là pour l’image du club. Pour que le coach soit soutenu par ses dirigeants. De l’autre côté, l’attaché de presse décide de mettre fin aux questions. Il me demande si j’ai une dernière déclaration à faire.

     

    — Oui. Je réponds en me penchant près du micro, cette histoire a causé du tort, à mon équipe, à des personnes de mon entourage et à moi-même. Aujourd’hui vous savez la vérité et j’aimerais que cette vérité soit ce qu’on retienne. Qu’on arrête d’accuser sans preuve et…

     

    Je me mets à rires en me frottant le visage. Avant de reprendre.

     

    — Je suis dans ce milieu depuis longtemps, je sais de quoi il est fait et je sais que vous prendrez ce qui vous tombes sous la main pour vendre vos papiers, mais pensez qu’il y a des gens derrières ces accusations. Il y a des personnes qui en souffrent et qui n’ont rien demandé. Balancer des choses comme ça, sans autre forme de preuves ça fait des dégâts. Il y a une chose que je dis toujours à mes joueurs, « faites vos preuves, montrez qui vous êtes sur le terrain et oubliez le reste ». Le foot, ça devrait être ça. Du foot et pas un étalage de la vie privée des joueurs. Cependant je comprends qu’on doit jouer ce jeu, pour le public, alors vous aussi, faites vos preuves, montrez qui vous êtes et oubliez le reste. Oubliez les chiffres et la pression, oubliez qu’on attend de vous du scandale et faites votre job. Restez droit dans vos pompes et tout le monde s’en portera mieux.

     

    Je les remercie et me lève dans un silence de plomb. Remettre la presse à sa place ce n’est pas ce qu’il y a de plus judicieux dans à mon poste. Il vaut mieux les avoirs dans sa poche que comme ennemie, mais je devais remettre les choses en ordre.

    Le silence perdure jusqu’à ce qu’on quitte la pièce et que le père de Kade me dise sa façon de penser.

     

    — Qu’est-ce qui vous a pris ?

     

    Monsieur King ferme la porte du bureau de l’attaché de presse, il se plante devant moi les mains sur les hanches par-dessous sa belle veste de costume et la hargne sur le visage.

     

    — J’ai fait ce que j’avais à faire.

     

    — Votre boulot c’est de rétablir cette équipe !

     

    — C’est ce que je fais.

     

    — Quant au juste ? Entre les accusations et deux baises avec mon fils sur votre bureau ?!

     

    Je tente de garder mon clame, de ne pas entrer dans son jeu, de ne pas lui donner ce qu’il veut. On a déjà eu cette discussion lorsque je suis revenue du centre de désintox dans lequel j’ai laissé son fils. On s’est déjà hurlé dessus, lui parce que je couche avec son fils et moi parce qu’il a accepté ce deal avec Kade. Il n’aurait pas dû. Aucun père digne de ce nom ne l’aurait fait. Aucun n’aurait favorisé son équipe au détriment du bien-être de son gamin.

     

    — Faites attention Grant, ce pacte conclu avec mon fils n’est pas irrévocable.

     

    Je fais un pas dans sa direction, les nerfs prêts à exploser quand je vois cet homme se foutre royalement de son propre enfant. De cet enfant que moi j’aime et qui a déjà trop donné pour moi.

    Mon front se pose violemment contre celui de King. Il doit sentir qu’il est proche d’attendre mon point de rupture puisqu’il la ferme enfin.

     

    — Ne me menacez pas.

     

    — Grant…

     

    Je recule et lui lance mon regard le plus menaçant celui qui fait frémir les joueurs sur la pelouse parce qu’ils savent qu’ils vont passer un sale quart d’heure après.

     

    — Comment vous pouvez ne serait-ce qu’avoir un vague lien de parenté avec lui…il est tellement meilleur que vous.

     

    Je me frotte el visage et essaye de trouver du clame en moi, en pensant à Kade et a ce qu’il a fait qui mérite que je me tienne à carreau.

     

    — Laissez-moi bosser comme je l’entends, laissez-moi mener cette équipe où elle doit être et cessait d’interférer dans tout ce que je fais. Ce qui s’est passé avec cette femme aurait pu arriver à n’importe qui et ce qui se passe avec Kade, ne regarde que nous. Il est adulte et bientôt il ne fera plus partie de cette équipe. Vous avez eu ce que vous voulez, foutez-moi la paix maintenant.

     

    King ne dit rien, il reste planté là à m’observer tenter de reprendre le contrôle puis il finit par faire demi-tour en direction de la porte.

     

    — J’espère que vous le regretterez, je reprends.

     

    — Pardon ?

     

    King se tourne, la main sur la poignée de la porte.

     

    — Quand vous serez vieux et seul, que vos millions ne puissent pas acheter l’amour de votre fils, j’espère que vous le regretterez. Que vous souffrirez comme il a souffert d’être ignoré, que vous aurez autant mal que lui et que vous comprendrez. Seulement il sera trop tard

     

    Il me lance un dernier regard sombre puis il sort. Comme si je n’avais rien dit, comme si son fils n’existait toujours pas. Je me laisse tomber sur le canapé et prends ma tête entre mes mains en respirant profondément.

    Ces derniers jours ont été pénibles. Mes nerfs sont mis à rudes épreuves avec Kade et le dopage, avec Kade et son sacrifice. Les joueurs en payent le prix, lors des entrainements je suis intraitable et ça fonctionne. L’équipe est encore meilleure, comme si eux aussi avaient compris qu’on n’a plus le droit à l’erreur. Je les ai fait tester, tous, chaque jour durant une semaine. Ils sont clean et j’en suis soulagé. J’ai eu des doutes pour Andrews, mais le laboratoire n’a rien trouvé d’illégal. Un point positif dans ce maelstrom de mauvaises nouvelles.

    On frappe à la porte, je n’ai pas le temps de répondre qu’elle s’ouvre et Aaron entre.

    Je me redresse et affiche un sourire convaincant.

     

    — Les choses s’arrangent ! proclame mon frère en se laissant tomber à mes côtés.

     

    Oui, une chose de réglée. Une chose que je ne comprendrais probablement jamais. Elle ne veut toujours pas me parler ou s’expliquer. Je pourrais l’attaquer pour diffamation, mon avocat me le recommande même, mais je ne suis pas revanchard. Elle a perdu, surement que moi aussi au final, puisque tout le pays me prend pour le roi des salauds capable d’abandonner son enfant, mais c’est terminé. Je tiens à ce que ça le reste, que cette histoire devienne du passé.

     

    — Ça a l’air de te faire plaisir, c’est fou !

     

    Je m’appuie contre le dossier en soupirant.

     

    — Qu’est-ce qu’il y a Ash ? Ne dis pas rien, je vois bien qu’il y a un truc qui ne va pas. Je croyais que c’était cette histoire qui te prenait la tête, mais même maintenant que c’est fini, t’es à cran. Alors c’est quoi ?

     

    Je ne réponds pas, mon regard absorbé par la pendula qui égrène les secondes dans un bruit agaçant. Cette histoire de parenté n’est pas mon plus gros souci. Elle ne l’est plus depuis que Kade est entré en désintox. Elle ne l’est plus depuis qu’il se dope.

     

    — Asher ?

     

    Mon visage se tourne en direction de mon frère. Il semble réellement inquiet. Je ne l’ai pas vu ce vendredi, j’ai séché le diner familial et je me demande comment ça se passe entre lui et Adriana.

     

    — Il y a quelqu’un dans ma vie, je lâche finalement.

     

    Aaron hausse les sourcils furtivement.

     

    — Et ?

     

    Je sens le poids du passé dans ce mot, je sens la question qu’il n’ose pas poser directement.

     

    — C’est un homme.

     

    — Oh, OK. En quoi est-ce un problème ?

     

    — Ça ne l’est pas. Du moins son sexe ne l’est pas. Qui il est par contre…

     

    — Putain de merde Ash ! C’est Furious !

     

    Je reste la bouche ouverte, la fin de me phrase sur le bout de la langue que mon petit frère vient de cracher pour moi.

     

    — J’en étais sur !

     

    — Ah oui ?

     

    — Oui ! Je l’ai dit à Adriana que vous n’alliez pas tarder à baiser si ce n’était pas déjà fait.

     

    Je me mets à rire et je me rends compte que mon frère a réussi à m’apaiser en me laissant parler.

     

    — C’est déjà fait. Comment t’as su ?

     

    — Je suis observateur, il reprend avec fierté, et je te connais. T’es toujours dans la retenue et dans le contrôle, mais en sa présence encore plus. C’était louche.

     

    En public probablement que je prends plus de précautions sans m’en rendre compte. En privée c’est tout le contraire. Lorsqu’on est seul, je ne retiens rien. Je suis libre avec Kade.

     

    — C’est sérieux alors ?

     

    Je détourne de nouveau le regard, me sentant à nu devant mon petit frère. Je ne parle jamais de Kade à qui que ce soit. Il a été mon secret durant des mois. Un secret que j’ai adoré garder pour nous. C’était étrange, nouveau, intense. Trop perturbant pour oser réfléchir jusqu’à ce qu’on prenne conscience qu’il y a autre chose. Jusqu’à ce que le secret ne suffise plus à cacher l’amour. Combien de temps on aurait pu tenir ainsi ? Cette découverte, même si j’aurais voulu qu’elle se passe autrement, qu’elle nous revienne, elle était inévitable.

     

    — Ça l’est, je finis par répondre, c’est…

     

    Je me lève et fais quelques pas.

     

    — C’est flippant, parce que c’est vertigineux.

     

    Je frotte mon visage en trouvant étrange de déballer ce genre de choses à mon frère, mais d’un autre côté c’est apaisant de sortir ce que cache mon cœur.

     

    — Depuis Gabrielle, je me compartimente. Ma vie s’était simplement le boulot, tenter de garder le contrôle et surtout ne pas laisser d’émotions trop fortes me traverser. Avec Kade, je ne vis que des émotions fortes. Ya rien de simple avec lui, rien qui ne soit pas fort.

     

    Aaron se lève et me rejoint près du bureau.

     

    — C’est Furious, il n’est pas connu pour se contenir.

     

    — Non effectivement, il ne contint rien. Il est l’inverse de moi, il exprime tout et pourtant il est bien plus que ça.

     

    — Ouais, il t’a retourné la tête frangin.

     

    — Non, il a juste ouvert d‘autres voies. Il m’a montré qu’être moi n’était pas mauvais, que ressentir n’était pas mauvais. Ce n’est pas simplement une tête brulée, c’est un mec qui en a, qui est plus courageux qu’il n’y parait. Il est passionné et généreux, il agit avec son cœur Aaron, avec son cœur…

     

    Il s’est sacrifié parce qu’il croit en nous, parce que c’est plus important que sa carrière. Il nous a mis au-dessus de tout. Il nous a hissés à la première place et jamais je n’aurais fait ça lorsque j’étais joueur. Rien ne m’aurait fait sacrifier ma carrière, pas même l’amour. Je connais la valeur de son acte, je la connais et je le trouve beau et idiot. Je ne peux m’empêcher de trouver ça fou et d’adorer ça. Adorer le fait qu’il m’aime au point de sacrifier ce qu’il a de plus précieux. D’un autre côté, je trouve ça stupide parce qu’on ignore l’avenir, on ignore de quoi demain sera fait et je ne voudrais pas qu’il regrette.

    J’explique à Aaron ce qu’il s’est passé entre nous, ce qu’il a conclu avec son père, mais je passe le dopage, il n’a pas besoin de savoir.

     

    — Eh ben, on dirait qu’il est autant amoureux que toi, conclut mon frère. Il sait pour ce qu’il s’est passé avec Gabrielle ?

     

    — Il sait, je lui ai dit.

     

    Aaron ne dit rien, il se contente de me dévisager et j’ignore ce qu’il pense de tout ça, mais mon frère n’est pas connu pour garder son avis. Il va finir par partager le fond de sa pensée avec moi.

     

    — Je l’aimais bien, parce qu’il est l’un des rares joueurs à faire vendre du papier. Tu savais qu’avec lui, à chaque match il y allait avoir quelque chose à raconter. Quand on a fait l’interview, j’ai vu un autre mec, un mec investit pour sa cause et tu sais que j’adore ça.

     

    Aaron décolle son cul du bureau et se plante devant moi, un sourire se dessine doucement sur ses lèvres.

     

    — Et maintenant je découvre que c’est lui qui a rendu mon frère plus humain.

     

    Je me mets à rire.

     

    — C’est vrai Ash, t’étais un robot, qui se contentait d’agir sans rien ressentir. Il t’a changé, t’étais plus détendue, comme si t’y croyais encore.

     

    — A quoi ?

     

    — À la chance, Ash. La chance de vivre encore ton rêve même si c’est sur un banc de touche, la chance de tomber encore amoureux sans que ça finisse en drame et à la chance de trouver quelqu’un qui te comprenne.

     

    Je baisse les yeux sans pouvoir m’empêcher de sourire. Si Kade était là, il serait fier comme un paon d’entendre tous ces compliments. Aaron revient près de moi, son bras passe autour de mes épaules.

     

    — S’il a fait ça, c’est qu’il t’aime assez pour croire qu’il a bien agi. Que pour préserver votre histoire l’un de vous devez laisser sa place. Il a choisi pour toi en laissant la sienne et j’imagine que t’enrages à ce propos. Cependant, qui à part Furious est assez fou pour laisser sa chance à l’amour au détriment de sa carrière ? C’est pour ça que tu l’aimes Ash, parce qu’il est impulsif et qu’il agit avec son cœur.

     

    C’est vrai, c’est ce que j’aime chez lui, mais certaines choses demandent réflexions, une telle décision en fait partie.

     

    — Alors c’est quoi le vrai problème, Ash ?

     

    Je tourne la tête et croise le regard de mon frère, son inquiétude et cette perspicacité qui montrent à quel point on est transparent pour sa famille.

     

    — Et si je ne suis pas à la hauteur ? Si demain j’échoue et qu’il a fait tout ça pour rien ? Et si je lui fais mal ?

     

    C’est ce qui me fait flipper. Ne pas être à la hauteur des espérances que Kade a placées en nous. En quittant l’équipe, il m’a montré ce qu’il attend de nous et je le veux aussi, mais en serais-je capable ?

     

    s Ça, tu le sauras en le vivant Ash, il n’y a pas d’autres possibilités. Soit tu fais tout pour y croire, soit t’abandonnes maintenant.

     

    Je ne veux pas l’abandonner. Imaginer vivre sans Kade dans ma vie n’est pas possible. Je l’aime. Je n’ai pas envie d’arrêter, pas maintenant qu’on a tout traverser, pas maintenant qu’il va sortir la tête de l’eau et qu’il va enfin comprendre qu’il peut compter sur moi. L’abandonner ce serait lâche et une déception pour lui. Il croit en nous, il croit qu’on peut survivre à tout ça et vivre quelque chose de beau. Lui que tout le monde a abandonné m’a donné sa confiance et il m’a prouvé que je pouvais avoir la sienne.

    À côté de ça, mes craintes semblent dérisoires, réelles, mais dérisoires. Cet acharnement qu’on a mis pour résister, cette force dans notre amour bancal, où l’on avance à petits pas en tachant de se découvrir sans trop en révéler, pour au final ouvrir sa poitrine à l’autre, c’est ce qui compte. La tête doit parfois rester en dehors de nos actes. Laisser parler le cœur n’est pas mauvais, c’est simplement flippant. C’est prendre des risques, celui de se blesser, de blesser l’autre, de mettre des attentes trop importantes et se rendre compte qu’elles ne sont pas partagées. C’est vivre sans parachute. Sans protection. Mais vivre pleinement. L’amour, ça doit être ainsi. Ça doit mettre les peurs de côtés et permettre de croire que c’est possible. Ensemble. On devrait tout surmonter à deux. On devrait trouver la force d’avancer et faire en sorte que ça fonctionne, même dans ce monde, même en sachant qu’on aura des déceptions, qu’on se fera mal, qu’on n’agira pas toujours comme il faut, on aura l’essentiel. Notre amour.