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  • Inside Lines, Chapitre 15


     

    Chapitre 15

    Asher

     

     

     

    Une semaine plus tard,

     

     

    Je pose mes couverts un peu brutalement et lance un regard sombre à mon frère.

     

    Je ne te demande pas de comprendre, juste de m’aider.

     

    Aaron attrape sa bière en jurant, je sens la main d’Adriana sur la mienne, elle me tend un petit sourire qui me demande de me calmer. Ce qui fonctionne très bien, jamais je n’accepterai qu’elle ait peur de moi.

     

    Elle pourrait s’en servir contre toi, reprend mon frère.

     

    De quoi veux-tu qu’elle se serve ? Je veux simplement discuter avec elle.

     

    Il n’a pas l’air convaincu et j’ignore de quoi il cherche à me protéger, je dois voir cette femme. Je dois savoir pourquoi elle a subitement décidé de me pourrir la vie, alors qu’on ne se connait pas. Cette histoire doit prendre fin et rapidement. J’en ai marre de devoir me justifier envers tout le monde pour quelque’ chose que je n’ai pas faite. Même mon père m’a appelé, pour savoir s’il était grand-père. Bon Dieu ! Il vit en Floride !

     

    Je ne sais pas Ash, c’est dangereux.

     

    Je ricane en jouant avec mon couteau, je ne vois pas ce qui pourrait aggraver la situation. Les jours passent et je suis devenu l’enfoiré qui a mis une femme enceinte et qui l’a abandonnée. Je n’ai pas encore fait de conférence de presse à ce sujet, je veux des réponses d’abord et tant pis si ça fait de moi un coupable. King me harcèle à ce sujet en me demandant chaque jour ce que je compte répondre à ces accusations. Dans l’immédiat, rien. Je veux traiter le problème dans l’ordre. J’ai contacté mon avocat qui s’est mis en relation avec celui de cette femme et la procédure va suivre son cours. J’ignore ce qu’elle compte obtenir en faisant ça, elle sait parfaitement qu’on va procéder à un test ADN et que le résultat sera négatif, alors pourquoi ?

     

    Qu’est-ce qui est dangereux ? Je n’ai rien à me reprocher et j’ai besoin de comprendre.

     

    Ce que tu vas lui dire pourrait se retourner contre toi, explique calmement Adriana, elle pourrait s’en servir pour t’enfoncer, déformer tes propos pour les exploiter.

     

    Je secoue la tête doucement en regardant ma fratrie qui cherche à me protéger. Je trouve ça surréaliste.

     

    Je ne vais pas m’énerver, je reprends, arrêtez de croire que je frappe tout ce qui m’agace. Vous croyez que pendant deux ans je n’ai pas croisé un nombre incalculable de personnes qui m’ont donné envie de les frapper ? Est-ce que je l’ai fait ? Non !

     

    Ils se jettent un coup d’œil en soupirant. J’ai envie de rire de voir Aaron si sérieux, si inquiet alors que je tiens seulement à éclaircir la situation calmement. Je pense à cet enfant, assez grand pour comprendre ce qu’il se passe et si sa mère lui a mis dans la tête, comme elle l’a fait avec le monde entier, que je suis son père, il doit se demander pourquoi je ne suis pas avec lui. Je tiens à lui expliquer à lui aussi ce qu’il en est réellement.

     

    Mon portable sonne sur la table du restaurant, un sourire s’empare de moi en voyant le nom s‘afficher. Je le récupère et m’excuse auprès de ma famille pour aller répondre. Je sors du restau, puis décroche.

     

    Salut.

     

    Salut.

     

    Je me surprends à sourire comme un débile en entendant sa voix. Ça fait une semaine maintenant que les choses ont changé entre Kade et moi, que notre relation a explosé et que je passe mes nuits chez lui.

     

    Je me demandais, il reprend, est-ce que tu comptes passer ce soir ?

     

    Je jette un coup d‘œil à ma montre, il est plus de 21h déjà.

     

    Il y a match demain, tu devrais dormir pour être en forme sur le terrain.

     

    Je l’entends rire, et je l’imagine sur son canapé, dans son salon qui ressemble à la cave d’un accro au cinéma. J’aime son appart, j’aime être chez lui, qu’il n’y ait que nous deux, j’oublie le reste avec lui, je ne pense à rien et je me sens apaisé.

     

    Et tu penses que je serais moins performant si tu passes la nuit avec moi ?

     

    La mention d’une nuit me fait frissonner d’envie. Notre relation a des bases et des règles, des choses qui devraient nous empêcher de faire n’importe quoi, pourtant je suis déjà en train de faire n’importe quoi avec lui. C’est mon joueur, je n’ai pas le droit de coucher avec lui, pourtant je ne peux pas m’en empêcher.

     

    Oui, une nuit de repos complet c’est ce qu’il te faut après la semaine que tu viens de vivre, ça ne fera pas de mal.

     

    Quel genre de semaine coach ?

     

    J’aime son ton amusé, j’aime que ce soit naturel, que les choses soient ainsi avec lui, comme si elles coulaient de source, comme si ça ne pouvait pas être autrement. J’ignore pourquoi il m’obsède à ce point, j’ignore pourquoi même maintenant qu’on baise ensemble, j’éprouve encore cette attraction irrémédiable pour lui mais c’est constant. Même à l’entrainement où l’on reste pro, je ne peux m’empêcher de penser à ces nuits avec lui lorsque je le vois joué.

    J’ai lâché le contrôle, j’ai laissé parler mes envies au risque de tout perdre mais j’ai confiance en lui, en ce qui se passe entre nous qui n’est que du bon, que du sexe et des films, des questions qu’on ne pose pas et qui trottent dans la tête de chacun. J’ignore encore tout de lui, mais je savoure ce que j’ai.

     

    Le genre de semaine aux nuits plus fatigantes que reposantes.

     

    Le silence s’installe quelques secondes, je frissonne sous le froid de Londres en cette soirée de novembre.

     

    A qui la faute ? reprend Kade.

     

    On se le demande, ton coach risque de se rendre compte de cette baisse de régime sur le terrain.

     

    Je rêve ou tu fais de l’humour ? il lance en riant.

     

    Je souris en faisant les cent pas devant le restaurant. Je suis détendue avec lui, je suis ce qui se rapproche le plus de ce que j’ai pu être à une époque, ou je ne me posais pas autant de questions, ou je ne maintenais pas cette barrière dans mon esprit qui permet de canaliser.

     

    J’essaye.

     

    Pour en revenir à mes performances Asher, sache qu’évacuer le stress par le sexe est un bon moyen d’être mieux concentré sur le terrain.

     

    Évidement.

     

    Tu viens ?

     

    À une condition.

     

    Je l’entends soupirer, ce qui m’amuse de nouveau.

     

    Laquelle ?

     

    C’est moi qui choisis le film.

     

    Je l’entends baragouiner, sans vraiment comprendre ce qu’il dit mais je suppose qu’il se demande si ça vaut le coup de se taper un film merdique pour une nuit avec moi.

     

    Très bien, il finit par capituler.

     

    OK, je termine de diner avec mon frère et ma sœur et on se rejoint au vidéo club.

     

    Au vidéo club ? Ça existe encore ce genre de truc ?

     

    Oui, regarde su Google, tu vas trouver le dernier survivant à Londres. Dans une heure Kade.

     

    À tout à l’heure coach.

     

    Je raccroche près l’avoir salué, je souris comme un imbécile en fixant mon téléphone. La simple idée de Kade et moi dans un vidéo club m’excite.

    Je regagne le restaurant et rejoins rapidement ma famille. Adriana en est au dessert et je commande un café une fois assis.

     

    Pressé ? demande mon frère.

     

    Procure-toi son numéro Aaron, je réponds pour en revenir au sujet principal.

     

    Ash, je…

     

    S’il te plait, rends-moi ce service.

     

    On se dévisage, je sais qu’il est en contact avec la journaliste à la base de cet article et qu’il peut me donner cette info.

     

    Est-ce que tu as réussi à joindre Gabrielle ?

     

    Je soupire, en jetant un regard à ma sœur qui me sourit comme pour me donner confiance.

     

    Non, pas encore.

     

    Elle ne répond pas et j’espère que ça n’a rien à voir avec cet article. Elle sait que la presse raconte ce qu’elle veut, que la vérité n’est pas une priorité mais son silence commence à m’inquiéter.

     

    Aaron, son numéro, j’en ai besoin.

     

    Mon frère regarde ma sœur, à croire que ce soir elle est la voix de la raison. Il finit par hocher la tête portant je ne le sens pas convaincu mais il comprendra rapidement que je veux seulement mettre les choses au clair pour tout le monde.

     

     

    ***

     

     

    Je distingue Kade arriver, les mains dans les poches de son jean, une casquette sombre sur la tête et le visage rentrée dans le col de son blouson. Il s’avance jusqu’ à moi, son regard sombre croise le mien avant qu’il ne se pose sur la devanture du vidéo club. Je le dévore du regard en me retenant de le toucher, en sentant le désir m’envahir.

     

    Sans déconner, un vidéo club…

     

    Je souris, ouais un vidéo club, surement un truc de vieux pour lui.

    Je lui tourne le dos pour entrer, Kade me suit et peut-être qu’il découvre pour la première fois ce genre de lieu. On déambule dans les allées désertes, on a de la chance qu’il en existe encore, du moins pour ma part je me trouve chanceux.

     

    Alors ce diner ? demande Kade.

     

    On s’arrête en face des films d’action qu’on regarde sans convictions.

     

    Bien, comme toujours.

     

    Je connais ton frère et ses articles qui n’hésitent pas à descendre quand il faut, mais je ne savais pas que tu avais une sœur.

     

    Mon frère peut être un con parfois.

     

    Kade me sourit un boitier de DVD dans la main.

     

    Ma sœur est différente, elle est…

     

    Je sors du rayon et gagne celui qui m’intéresse réellement.

     

    Elle est ?

     

    Douce.

     

    Je me tourne vers lui, il m’observe étrangement, ses yeux font ce truc indescriptible et propre à Kade, un mélange de désir et de questions, un mélange qui ne me laisse pas insensible.

     

    Ton frère est un con, ta sœur est douce et toi tu es quoi ?

     

    Le grand frère.

     

    Il se met à sourire puis regarde les DVD sur les étagères devant nous. Je me rends compte que lui n’a pas de frères ou de sœurs, sa famille se limite à un père qui pense que tout s’achète et une mère dont je ne sais rien.

    J’allais le questionner à propos de sa famille quand sa voix me tire de mes pensées.

     

    Bon, si tu me disais pourquoi tu m’as trainé là, alors que j’ai une vidéothèque remplie et que j’ai même accès à la VOD.

     

    Je souris en regardant autour de moi. J’ai passé beaucoup de temps dans ce genre de lieux quand j’étais ado et j’ai adoré ça.

     

    Aujourd’hui on s’assoit sur son canap, on appuie sur trois boutons et on regarde ce qu’on veut. C’est pratique mais c’est trop facile et ça manque de quelque chose.

     

    De quoi ? il demande intéressé.

     

    De frissons.

     

    De frissons ? Je suis déjà venue dans ce genre de truc avec ma baby-sitter plusieurs fois et j’ai jamais connu le grand frisson ici.

     

    La mention de sa baby-sitter me fait sourire, notre différence d’âge devient tout d’un coup énorme dans ma tête. Douze ans, une génération et ça se ressentent dans nos cultures différentes.

     

    Parce que tu étais trop jeune pour apprécier ce genre d’endroit.

     

    Kade s’appuie contre l’étagère en attendant que je continue.

     

    Quand j’étais ado, on venait tous les week-ends avec mes potes. Ça comptait autant que le film qu’on allait regarder. Ça faisait partie intégrante de la soirée. Allez au vidéo club, passer des heures dans les rayons, discuter de tels ou tels films, les comparer, aller aux rayons comédie romantique pour essayer de draguer les filles et surtout, essayer d’entrer discrètement, là-bas.

     

    Je me tourne et lui montre le rideau au fond ou il est inscrit au-dessus au néon rouge « interdit au moins de 18 ans. »

     

    Si tu réussissais à franchir ce rideau, c’était comme entrer au paradis.

     

    Kade se met à rire et me fait signe de le suivre. Aujourd’hui je n’ai plus besoin de m’y faufiler, de demander à un de mes amis d’occuper le caissier pour que je puisse entrer et regarder en cachette des jaquettes de film porno gay.

    On passe le rideau en poil de je ne sais quoi sans soucis. La petite pièce est déserte de clients, il n’y a que nous et des centaines de DVD pornos.

    Kade se dirige vers l’étagère gay et en saisit un au hasard.

     

    Alors, qu’est-ce qui te faisait bander à 15 ans ? Les cow-boys ?

     

    Il me montre le film dans ses mains au titre évocateur « Rodéo Party ».

     

    Non, pas vraiment.

     

    Je lui prends des mains pour regarder l’arrière, je ne m’embête pas à lire le résumé du film, les images sont assez explicites, puis je le repose et croise le regard intense de Kade.

     

    Qu’est-ce qu’il y a ?

     

    Je suis en train de t’imaginer avec un chapeau et un lasso sur un cheval.

     

    Je me mets à rire et la seconde d’après Kade est contre moi. Son visage toujours caché par sa casquette proche du mien, j’arrive à sentir le désir dans son pantalon.

     

    Ça me fait bander coach.

     

    Quoi ?

     

    Toi et moi au milieu de DVD de cul.

     

    Il m’embrasse, j’accroche sa nuque pour le rapprocher, pour que son corps s’appuie totalement sur le mien. Mes mains qui ont trop attendu pour le toucher en profitent pour passer sur son torse alors que nos langues s’emmêlent dans un baiser brulant.

    Je me retrouve contre l’étagère, le corps de Kade collé au mien, nos gestes sont désordonnés, mués par le manque et la passion. J’ai autant envie de lui que lui de moi. Je ne comprends toujours pas ce désir intense pour lui, cette envie de l’avoir qui me possède, amis ça ne diminue pas, ça en fait que s’intensifier à mesure qu’on se rapproche, à mesure que je le connais. Plus je le baise, plus j’ai envie de le baiser.

    Kade finit par relâcher ma bouche.

     

    On prend lequel ? il demande à bout de souffle.

     

    Je le dévisage en imaginant regarder un porno avec lui, je crois qu’on ne verra même pas le bout d’une queue avant que je craque.

     

    Rodéo party, pour rester dans la thématique.

     

    Je me dégage de ses bras et remets mon jean en place pour soulager la lourde érection que je traine.

     

    Quelle thématique ?

     

    Je prends le DVD et sort de l’espace réservé aux adultes pour gagner les rayons ouverts à tous.

     

    Western, Kade. Ce soir, c’est western.

     

    Je l’entends rire derrière moi et se moquer de mes gouts de vieux, ce qui m’amuse aussi. Ce n’est pas important, parce qu’on ne verra rien de ce film. Je vais en prendre un que j’ai déjà vu cinquante fois, Kade l’enclenchera dans son super lecteur et la minute d’après il sera sous moi à gémir et à me demander de m’enfoncer en lui. Le genre de soirée que j’ai envie de passer avec lui.

  • Inside Lines, Chapitre 14


     

    Chapitre 14

    Kade

     

     

     

    Je souris comme un idiot en découvrant le projet d’Avril. Cette nana est géniale. Elle vient d’avoir une idée qui va permettre à l’association d’être mise sous le feu des projecteurs. La charte de cette soirée promet de beaux gestes pour les causes inscrites. Mon amie ne veut pas seulement faire changer les mentalités dans le football, elle veut aider les jeunes qui aiment ce sport et qui se font rejeter en dehors de chez eux en plus du terrain.

    Je relis une dernière fois

     

    — J’ai contacté les groupes de supporters de plusieurs équipes de Premier League, ils m’ont tous répondu présents, m’explique Avril.

     

    — C’est une excellente nouvelle, je réponds avec sincérité.

     

    Quand je suis arrivé à l’association cet après-midi, j’ai senti qu’il régnait une tension particulière dans les lieux. Avril était nerveuse et j’ai fini par lui demander pourquoi. Quand elle m’a appris qu’elle aimerait organiser une soirée caritative au profit de l’association en invitant le gratin footballistique des environs, elle semblait inquiète de ma réaction.

    Au contraire, plus de gens se mobilisent, moins les enfoirés se sentiront comme étant le centre du monde.

     

    — Tu viendras ? me questionne-t-elle.

     

    — Tu me poses sérieusement la question ?

     

    La belle blonde acquiesce en remballant ses invitations. Elle n’en garde qu’une, la mienne, qu’elle me tend. 

     

    — Évidemment que je viendrais.

     

    Les inscriptions sont de cent livres. Et les joueurs participants sont dans l’obligation de remettre à l’association un de leur maillot qui sera mis aux enchères. Avril fera signer le t-shirt officiel des GGG à toutes les stars et le mettra en vente avec un ballon de Premier League dédicacé. Ce sera le gros lot de la soirée.

    Mon amie a une chance que ça marche parce qu’elle a un nom et un carnet d’adresses. Elle n’hésite jamais pour s’en servir à d’autres occasions, je suis ravie qu’elle le fasse là. Elle met en plus sur le fait accompli certaines grosses pointures en annonçant ça publiquement.

    La soirée se déroulera fin janvier. De quoi bien débuter l’année.

     

    — Tiens, voilà une liste d’invité provisoire pour l’instant, peux-tu me dire ce que tu en penses ?

     

    Je saisis la feuille, et un rire jaune m’échappe. Certains joueurs font bons samaritains mais sont aussi homophobes que les plus extrémistes supporters.

    Je chope un crayon et commence à barrer des noms. Mon amie scrute ma note de texte pendant que je termine de faire le tri.

     

    — « Les gros connards de Premier League », lit-elle à voix haute.

     

    — Ouais, ne les invite pas. Ils joueront peut-être le jeu pour que ça leur apporte une bonne pub, mais ils ne sont pas sincères.

     

    Avril ne discute même pas, elle sait que je ne fais rien par vengeance ou pas malhonnêteté.

     

    — Entendu.

     

    Un autre sourire satisfait se dessine sur mon visage. Nous sommes au calme dans son bureau, il pleut des cordes et les gamins n’ont pas pu venir jouer. J’ai décommandé un rendez-vous avec mon agent, moins je le vois, mieux je me porte. Nous ne sommes pas amis contrairement à d’autres joueurs. J’ai réussi à dégoter le numéro de la sœur de Wade Perkins, mais c’est de plus en plus compliqué pour se faire représenter par elle. Je vais devoir travailler dur pour mériter un agent comme ça.

     

    — Et tu as des suggestions pour d’autres invitations ?

     

    Je n’ai pas le temps de lui répondre que mon portable sonne. C’est un numéro inconnu. Je n’hésite pas, j’attends un appel et à chaque sonnerie, j’espère secrètement qu’Asher m’appellera. Ça fait deux jours qu’il me l’a promis.

     

    — Allô ? Je lance en commençant à griffonner des noms.

     

    — Kade ?

     

    Mon cœur s’emballe lorsque je capte cette voix rauque et virile, celle qui donne des ordres sur un stade et promet d’en faire autant dans un lit. J’ai eu un aperçu éloigné de ce qu’Asher pouvait dire en gémissant. Mon cerveau aimerait l’entendre de nouveau, mais différemment. Que son corps soit contre le mien, sa tête enfouie dans mon cou, à porter de mon attention. Qu’est-ce que son souffle contre ma peau donnerait ?

     

    — Coach, je finis par répondre au bout d’un instant de silence.

     

    Je tire sur mon jean en sentant ma queue réagir aux pensées hot de mon esprit. Je deviens fou depuis qu’on a couché ensemble. Je veux tellement plus. Jamais je n’ai désiré un plan sexe autant que mon entraineur. Son regard sur moi est persistant, cette attirance nous tourne autour, ne demandant qu’à exploser. Et cette tension, bordel, cette tension, je la déteste autant que je l’aime.

     

    — Es-tu disponible ce soir ? me demande Asher sans hésiter.

     

    Comme d’habitude, il est concis. Sa demande me remplit d’un sentiment d’impatience. Il a tenu parole.

     

    — C’est un rencard ? je plaisante sur un ton légèrement arrogant.

     

    Si tu crois que je vais courir dès que tu me sonnes.

    Asher soupire en comprenant que ça ne sera pas si simple. Même si j’ai réclamé cette conversation, même si je crève d’envie de cesser ce manège, je veux qu’il rampe, vraiment. Ça compensera la putain d’humiliation qu’il m’a fait vivre en m’ignorant et en se barrant comme un sauvage.

     

    — Je t’ai promis des explications, je pensais que le faire en tête à tête serait moins impersonnel qu’au téléphone. J’y tiens.

     

    Je ne doute pas un instant de sa sincérité, j’entends à sa voix qu’il en a gros sur le cœur. Son ton n’est plus sûr de lui.

    Je soupire, je calme mes ardeurs en me rappelant la merde qu’il doit affronter avec cette histoire de gamins illégitime.

     

    — Laisse-moi réfléchir…

     

    C’est tout réfléchi, me coupe-t-il, je le sais.

     

    — Tu lis dans les pensées ? je lâche d’une voix plus légère.

     

    J’imagine Asher dans son bureau, ou chez lui, assis quelque part, une main dans ses cheveux bruns.

     

    — Je sais que tu meurs d’envie de me voir ramper.

     

    Je laisse échapper un petit rire. Il n’a pas tort.

     

    — C’est d’accord, je conclus.

     

    — OK.

     

    Silence.

    Nous hésitons tous les deux. Avril fait mine de ne pas m’écouter en s’occupant, mais c’est une fille curieuse, et les filles curieuses tendent l’oreille pour tout savoir.

    Pourquoi ce soudain malaise ? Est-ce qu’Asher réfléchit au meilleur endroit pour me voir ? Chez lui, ne semble pas être une option, sinon, il me l’aurait déjà proposé.

    D’accord, on ne souillera pas son antre.

     

    — Tu n’as qu’à venir chez moi, je finis par proposer. Comme ça, si tes propos ne me plaisent pas, j’aurai le plaisir de te mettre dehors.

     

    — Entendu.

     

    Asher me demande mon adresse, je lui donne rapidement. Mon coach devient nerveux, il raccroche rapidement en me saluant. Je reste comme un con suspendu à mon téléphone en entendant le silence à mon oreille. C’était… étrange.

    Redoute-t-il cette rencontre ? Je commence à le croire. Si j’assume pleinement ce que je ressens, Asher ne semble pas être du même avis que moi. Il a un souci avec notre attirance. J’ai pigé qu’il désirait des mecs, mais je me demande si sa bisexualité ne lui pose pas des problèmes.

    Ouais cette conversation sera bénéfique.

     

    — T’as un rendez-vous ? me demande Avril dès que je pose mon portable sur son bureau.

     

    Je lui jette un coup d’œil désespéré. Je ne peux en parler à personne. Je pourrais en parler à Avril, mais tant que je ne sais pas ce qu’il va se passer avec Asher Grant, il ne se passe rien.

    J’acquiesce pour répondre à sa question, mais je ne m’étale pas. Je termine ma liste. J’ajoute ceux que je connais bien.

     

    — Et voilà, je conclus vingt minutes plus tard.

     

    — Merci Kade.

     

    — Surtout, dans ton communiqué de presse, dis un truc du genre « les joueurs les plus tolérants de Premier League se joignent aux associations LGBTQ et de lutte contre le racisme pour une soirée caritative ».

     

    — Ne jamais employer le terme gay, je sais, plaisante-t-elle.

     

    Je récupère ma veste en cuir et me lève. Je vais devoir y aller. J’ignore à quelle heure va passer Asher, s’il compte rester plus que le temps de ses explications. Je dois rentrer chez moi.

    Je salue mon amie qui peut enfin commencer à envoyer ses invitations maintenant qu’elle a une liste plus ciblée. Je l’embrasse, elle me promet de me sortir le week-end prochain pour me faire oublier mes derniers jours de merde. Entre Asher et mon père, ce n’est pas la joie.

    Je chasse ses idées noires ramenant à la solitude. Quand je sors des locaux de GGG, un sourire nait sur mon visage.

    Ce soir, je vais enfin savoir ce que mon coach veut. Et ça, ça ne peut qu’être le divertissement le plus excitant de ma semaine.

     

     

    ***

     

     

    Asher est précis. À vingt heures, il sonne à ma porte. Je ne prends pas la peine de mettre mon film sur pause, je baisse légèrement le son, ça nous fera un brin d’ambiance si jamais nous restons dans un silence pesant.

    Quand j’ouvre la porte, je me fige. J’ai rarement vu Asher en civile. Il est toujours en survêtement conforme pour les entrainements et un costume pour les matchs. Mal rasé, en jean et pull, avec une veste en cuir légèrement cintré, il est à tomber.

    Je ne peux m’empêcher de le dévisager de la tête au pied. Asher fait si viril, il dégage quelque chose de vraiment sexy.

    Je déglutis avec difficulté en essayant de masquer mon excitation en le voyant. Ça me fait l’effet d’une bombe.

     

    — Je peux entrer ? demande mon coach.

     

    J’acquiesce comme un imbécile en m’écartant. Merde, même son parfum me fait ressentir quelque chose.

     

    — Des bières ? je souligne en voyant le pack dans ses mains.

     

    — Comme si tu ne sortais pas et ne buvais pas, déclare mon entraineur en entrant.

     

    Il me jette un coup d’œil amusé, je souris, à certains moments, il m’arrive d’oublier qu’il a été à ma place un jour.

    Je ferme ma porte, Asher pose les bières sur ma cuisine qui est directement à sa droite. Mon appart est pratique. La cuisine est ouverte et donne sur le salon. Il y a un petit couloir allant vers les deux chambres et les salles de bains. La déco est chaleureuse, parsemée d’éléments sportifs et d’affiches de films. Je suis un grand cinéphile à mes heures perdues, ça comble la solitude, ça l’a toujours comblé.

    Je sors de la contemplation du lieu, Asher lui est en pleins dedans. Il semble… surpris.

     

    — Surpris ? je demande pour briser le silence.

     

    Et m’occuper l’esprit pour ne pas avoir à le mater.

     

    — Un peu, reconnait Asher en se tournant vers moi.

     

    Immédiatement, une tension étrange nait. L’atmosphère se charge en intensité, l’air devient lourd et pesant. Mon souffle s’emballe, un nœud se forme dans mon estomac. Je renonce à lui demander des informations sur son « affaire ».

     

    — Tu t’attendais à ce que je vive dans le luxe pas vrai ? je souligne en essayant d’avoir un brin d’assurance.

     

    Asher se met à marcher dans la pièce, il observe les affiches de films, ceux qui ont compté et marqué ma vie. Il reste quelques instants devant celle de la Liste de Schindler, fait pareil devant celle de Tu Ne Tueras Point, sourit devant celles de Pirates des Caraïbes, acquiesce à celle de Star Wars et se fige devant celles du Cercle des Poètes Disparues et de Philadelphia.

     

    — Tu es cinéphile ? murmure Asher, surpris comme jamais.

     

    Je lui fais signe de se tourner, il n’hésite pas et tombe enfin, derrière l’écran plat, sur mon immense collection de DVD. Je suis un grand fan.

     

    — C’est ma deuxième passion après le foot.

     

    Il passe une main dans ses cheveux, comme s’il encaissait une vérité sur moi. On ne se connait pas tellement finalement, il est mon coach, je suis son joueur, les rares infos que j’ai sur lui, je les ai choppé sur le net. Ça ne me révèle pas le vrai Asher, juste ce qu’il y a à la surface.

     

    — C’est lequel ton préféré ?

     

    — Et toi ?

     

    Asher acquiesce en pigeant la connerie de sa question. Impossible de répondre. Mon coach continue son inspection des lieux, j’ai l’impression qu’il cherche un moyen d’échapper à la réelle raison de sa venue en trouvant d’autres sujets de conversation. Où se donne-t-il du courage ?

     

    — Maintenant tu sais que je vis dans un appartement sympa, bien situé, et je ne bouffe pas avec des cuillères en argent. Je ne suis pas dans l’excès dans mon quotidien. Je suis… simple, je renchéris en optant pour la même option que lui.

     

    — Bien loin de l’image que renvoie Furious. J’apprends un truc plaisant sur toi.

     

    Asher se dirige vers ma table basse, il aperçoit la pochette du DVD.

     

    — Tu regardes quoi ?

     

    — Rien d’intéressant.

     

    Il s’approche de mon canapé d’angle, attrape le contenu vide et lit à voix haute.

     

    — Les Évadés.

     

    — Je ne regarde pas que les matchs de foot, j’explique et non, je ne mate pas que Fast and Furious.

     

    On se jette un petit coup d’œil, la tension dans la pièce augmente, puis on se laisse aller à un léger rire qui détend l’atmosphère.

     

    — Alors, coach, qu’est-ce que t’as à me dire ? je finis par déclarer en croisant les bras sur ma poitrine.

     

    L’ambiance perd de son charme soudainement. L’expression du visage d’Asher devient plus sérieuse.

     

    — Je peux ?

     

    J’acquiesce, Asher s’installe sur mon canapé. Un soupir l’accompagne et quelques instants plus tard, il m’avoue :

     

    — Je suis désolé, de t’avoir ignoré, d’être parti sans un mot et de te regarder comme si ça n’avait jamais existé. J’ai agi comme un connard.

     

    — Je ne te le fais pas dire, je lâche sur un ton mauvais.

     

    Je romps les quelques pas qui nous séparent et viens m’assoir à ses côtés. Mon coach se raidit à ma proximité, mais il tente de ne pas me prêter trop d’attention. Je crois qu’il a réfléchi à son discours.

     

    — Je ne suis pas… comme ça d’ordinaire.

     

    — Tu fais un câlin à ceux que tu baises avant de les congédier ? je souligne avec ironie.

     

    Asher me jette un regard noir qui me fait bander dans la seconde. Tant de tension en un instant.

     

    — Je n’ai pas l’habitude d’entretenir une quelconque relation avec un mec que je me tape, m’avoue-t-il. Ce ne sont que des visages et des corps d’un soir qui repartent d’eux-mêmes une fois qu’on a terminé. Je n’ai pas à faire la conversation.

     

    Asher soupire de nouveau, il frotte sa barbe en rectifiant :

     

    — Je ne sais pas faire la conversation dans ces moments-là.

     

    Un léger silence s’installe, je l’observe, il semble perdu, hésitant et clairement nerveux avec ses sentiments. Je repense à son comportement et une question me brûle les lèvres.

     

    — Je sais que t’es bi, que t’es attiré par les hommes, mais…

     

    — Mais ?

     

    J’inspire en déclarant cash :

     

    — Est-ce que tu le vis mal ? J’ai l’impression que c’est ta tare de vouloir coucher avec des mecs. Tu as honte ?

     

    Asher encaisse mes propos. Il détourne son regard et part fixer les affiches de films. Je lui laisse le temps de rassembler ses mots, je dérive à mes propres pensées. Je commence à croire qu’Asher Grant est plus torturé que je ne le pensais. Quand je l’observe à cet instant, je vois un homme souffrant… en quelque façon.

     

    — Je ne suis pas comme toi, Kade. Je n’ai pas honte, mais je ne sais pas être transparent sur ma vie personnelle. C’est assez compliqué comme ça. Je suis assez compliqué comme ça. T’es gay, c’est limite plus simple. Tu n’aimes qu’un genre de personne. Moi, j’aime les deux. Et quand j’essaie de l’expliquer, les gens ne comprennent pas. On m’a souvent pris pour un obsédé sexuel parce qu’on estimait que je pouvais sauter sur tout ce qui bougeait. Je suis attiré par certains d’entre eux. Physiquement. Il y a quelques années, je suis tombé amoureux d’une femme et j’ai calmé ses envies. Elles n’avaient plus lieu d’être avec elle. Elle me comblait.

     

    — J’admets que t’as été plutôt discret durant ta carrière, je souligne.

     

    Asher laisse échapper un son contrarié.

     

    — Je suis loin d’être parfait, Kade. Tu penses que c’est le cas, parce que je n’ai jamais fait la une des tabloïds people, mais je ne suis pas le gendre idéal.

     

    Je me fige face à cet aveu qui veut tout et rien dire à la fois.

    Pourquoi Asher, pourquoi tu dis ça ?

    Mais mon coach va plus vite, il ne me laisse pas le temps de demander qu’il poursuive ses explications avec sérieux. Il plane autour de nous une ambiance de confessionnal. C’est troublant. D’un côté je suis ravi d’entendre ses explications, d’un autre, ça me perd aussi de découvrir qu’Asher n’est pas seulement un connard.

     

    — Les hommes sont des pulsions pour moi. Je n’ai jamais eu de relations… amoureuses avec eux. Ce n’est qu’une question de sexe. D’envie. Je croise quelqu’un, il se passe une alchimie particulière et je veux cette personne. Je ne me demande quel sexe a-t-elle, je prends. Les relations sont simplement différentes sur le moment. Le truc, c’est que d’habitude, je couche avec un homme, j’assouvie cette pulsion, et le ça s’éteint juste après. Comme un manque qu’il fallait combler.

     

    Son regard croise le mien, mon cœur s’emballe, je sens venir la révélation qui va tout faire basculer. L’expression du visage d’Asher devient plus intense. Ses mains se mettent à trembler quand il m’avoue d’une voix rauque :

     

    — Mais toi, tu m’obsèdes alors que cette envie aurait dû s’éteindre au moment je t’ai eu.

     

    Bordel de merde.

    Je reste figé à le dévisager alors que ces derniers mots hantent ma tête. Asher ne semble pas être un type à se prendre la tête, mais moi, je la lui retourne. Je suis devenu son obsession.

    Mon désir explose, une fierté mal placée fait un high five imaginaire. Asher reconnait une vérité douloureuse pour lui.

    J’ai eu ses excuses, je les accepte sans problème. Je ne suis pas le genre à m’apitoyer sur mon sort. Et ce qui vient après est nettement plus intéressant.

    Jusqu’à la claque qui arrive, là, maintenant et que je n’avais pas vue venir. Je m’attendais à une super confession après ça, pas à une tarte en pleine gueule.

     

    — Mais je suis ton coach et tu es mon joueur. C’est impossible, je ne devrais pas vouloir de ça…

     

    Prends-toi ça dans la gueule.

    Ma satisfaction s’envole à vitesse grand V, elle est remplacée par une colère noire. Asher se défile, il tente de se trouver des excuses, d’essayer de trouver une échappatoire. Je le foudroie du regard. C’est hors de question qu’il se défile. Ces excuses n’ont aucun sens dans cette situation, on dirait qu’il se justifie.

     

    — Tu l’as déjà dit, Ash, je déclare sèchement.

     

    Mon coach pige à l’instant précis qu’il m’a vexé. 

     

    — Et tu m’as répondu que ça n’avait aucune importance pour toi, mais ça en a, se défend-il. Je n’ai pas le droit d’avoir une relation intime avec mon joueur. Je pourrais être viré et j’aime mon poste…

     

    Je frissonne en me redressant pour lui faire face. Je le pointe du doigt en essayant de calmer ce sentiment de déception qui me gagne. Qu’est-ce que je croyais ? Ai-je été aussi stupide de croire qu’Asher voudrait peut-être… merde j’ai cru ça.

    Je me fige, nouveau choc de ma part face à cette pensée. Suis-je à ce point seul pour me faire de tels films ?

    Pourtant, dans son bureau, quand je l’ai calmé, j’ai senti un truc, ça s’est infiltré sous ma peau, comme un courant électrique. C’était bon.

     

    — C’est quand la dernière fois que t’as vécu un peu dangereusement ? je l’accuse durement. Arrête de toujours vouloir rester dans le droit chemin. Tu te feras baiser quand même !

     

    Asher ne se dégonfle pas, il se lève à son tour, l’ambiance devient encore lue tendue, la colère nous gagne. Chacun campe sur ses positions. Lui la fuite, moi l’envie.

    Pourquoi tu fuis tout le temps Ash ?

     

    — Je n’aime pas ça, justement. Vivre dangereusement ! rétorque-t-il.

     

    — Pourquoi, parce que tu perds le contrôle ?! je le provoque.

     

    — Exactement. Parce que je perds le contrôle ! approuve Asher. Tu crois que ça me plait d’être comme ça ? Pas vraiment, ça complique mes relations avec les autres, mais c’est ma façon d’être. Pour lutter contre ce que je n’aime pas chez moi !

     

    Un rire grave me gagne. Je suis celui qui menace son contrôle. La blague ! Il ne peut pas nous comparer. J’use de violence pour me défendre contre des salopards homophobes, il lutte contre quoi, l’Emperador ?

    À moins que… bordel, je n’en sais rien.

     

     

    — On a un point en commun Coach, je déclare avec ironie. Je perds le contrôle et toi, tu ne sais pas le faire. Tu ne veux plus le faire, sur rien. On va faire quoi alors ? S’affronter au quotidien, jusqu’à craquer de nouveau, se mettre sur la gueule avant de s’envoyer en l’air dans la foulée, contre une porte ou sur un terrain de foot pour faire redescendre la pression ? On va continuer comme ça à chaque fois ? Comme un cercle vicieux ? C’est ce que tu veux ? je le provoque.

     

    Je m’approche de lui et à chaque fin de phrase, je le bouscule légèrement. Mon appartement si calme d’ordinaire devient le témoin de sa première querelle. Asher se contrôle, mais Asher bouillonne, je le vois dans ce regard clair, celui qui me rend fou et m’observe à longueur de journée.

    Ose dire que tu ne me veux plus du tout, reviens sur ta déclaration coach ! Ne me dis pas que tu me veux et que tu ne peux pas. On peut toujours dans la vie, il faut seulement se donner les moyens.

    Asher ne répond pas à mes gestes, il reste figé encaissant mes accolades brusques.

     

    — Arrête d’être comme ça ! je poursuis, en colère. Vis ! Laisse-toi aller à ressentir ! Tu ne fais rien de mal à vouloir quelqu’un ! Depuis quand désirer une personne est mal ? Fous-toi des règles comme les dirigeants se foutraient de celles de ton contrat pour te virer. T’as trente-deux ans. Parfois on dirait que t’en a quinze de plus tellement tu essaies d’avoir une vie contrôlée. T’es tout le temps à cran. T’es froid, au bord de l’explosion.

     

    Je le repousse plus franchement, mon coach me jette un regard noir, celui qui me demande d’arrêter, mais non. Il n’y a qu’en le provocant que j’arrive à faire ressortir cette partie de lui, vraie, brute et compliquée, celle qui peut cacher ce qu’Asher refuse de dévoiler. C’est quand il succombe qu’on penserait voir sa véritable personne.

     

    — Explose Asher ! Explose et viens après me faire la leçon de morale comme quoi je suis une bombe à retardement. T’es venu t’excuser et trouver un moyen de m’éloigner pour que je ne te tente plus.

     

    C’est moi qui cède. Je veux cet homme, j’ignore pourquoi, c’est comme le coup de foudre, ça ne s’explique pas, même si entre nous ce n’est pas ça. Ça illustre notre réalité. Ça montre que ce qu’on ressent est si profond qu’on ne peut pas lutter. Je refuse de lutter. Je me bats au quotidien pour moi, pour m’imposer. Je ne veux pas que le sexe et l’attirance soient salis par une histoire comme celle-ci. Elle mérite de vivre. On peut braver les interdits, ils sont là pour ça. Au diable le politiquement correcte. Personne ne le respecte. Et dans cet affrontement, Asher me confirme une chose ; c’est un mec juste qui respecte ces principes.

     

    — Explose ! je lâche d’une voix forte.

     

    Asher cède à son tour quand je le pousse une dernière fois. Il me saisit par les bras et m’attire à lui d’un geste violent, nos torses se percutent, la tension explose. Mon cœur vrille. Asher se dévoile et ce que je lis dans son regard est proche du déchirement. Il lutte.

     

    — Pourquoi tu as cette violence en toi ?!

     

    — Pourquoi tu contrôles toujours tout ? je rétorque.

     

    Je ne veux pas répondre, et lui non plus. On s’affronte comme à notre habitude et je résiste à l’envie de plaquer ma bouche insolente contre la sienne. Ce soir, on doit mettre les choses au clair.

     

    — On devrait faire un deal, je propose avant même de m’en rendre compte, tu lâches prise.

     

    — Et toi tu cesses d’être violent sur le terrain, me coupes Ash.

     

    Bordel, un frisson me gagne. Asher se raidit en sentant l’ambiance changer de cap alors qu’on se dévisage, l’un contre l’autre avec cette attirance palpable entre nous. Il n’a pas hésité.

     

    — Qu’est-ce que ça m’apporte ? Tu sais très bien que c’est plus fort que moi. Je n’ai pas atteint ton niveau et je doute de vouloir le faire un jour ! j’avoue la voix tremblante.

     

    Mon coach me tire davantage contre lui, mon souffle s’accélère tout comme le sien. Où va-t-on ? J’en ai envie, mais j’ai l’impression qu’on va partir à la dérive avec autant d’affrontement.

    Ne te pose pas de question coach et vis, tout simplement.

    Je pose mon front contre le sien, ce simple contact l’électrise.

     

    — Tu sens ça ? Cette envie qui règne entre nous. Cette ambiance pesante, ce besoin d’avoir l’autre, on le refoule tellement qu’on en vient à vouloir frapper l’autre pour laisser échapper cette tension. Oublions les règles, oublions les étiquettes. Juste toi et moi. Asher et Kade, je tente.

     

    Asher se raidit, il secoue la tête, je le plaque davantage contre moi en lui prouvant que le désir est là, il bouillonne entre nous, n’attendant qu’à vivre depuis notre rencontre. On s’est détesté, on s’affronte, mais je crois bien qu’on agit de la sorte parce qu’on ne peut pas savoir.

    Un long moment passe, le générique de fin des Évadés se diffuse derrière nous, nous n’avons pas bougé. On reste dans cette étreinte étrange qui ressemble presque à une lutte. 

    Cède.

    Et Asher vient par rendre les armes je crois.

     

    — Si je suis prêt à prendre le risque de perdre ma place pour ça, je veux te comprendre. Je veux t’aider, au cours de ces deux derniers mois, j’ai compris que tu valais plus que ton surnom.

     

    — On dirait que tu deales ton cul pour obtenir ce que tu veux.

     

    Il se fou de ma gueule.

    Je tente de sortir de notre étreinte, mais le brun m’en empêche.

     

    — Je me suis mal exprimé Kade.

     

    — T’es pas doué pour les relations, je lâche.

     

    Nos regards se croisent, Ash acquiesce.

     

    — Non effectivement. Va falloir t’y faire, je ne me ménage pas dans mes mots. Et toi non plus.

     

    — C’est ce qui me plait, j’avoue.

     

    Asher fait un pas vers moi.

     

    — Je cède, Kade. Ça me demande beaucoup, mais tu as raison. Je suis attiré par toi, mais ce n’est pas qu’une question de sexe.

     

    Sa main montre son cerveau.

     

    — Il y a quelque chose ici.

     

    Il montre son cœur.

     

    — Et ici qui me poussent à te vouloir encore. J’essaie de me dire que j’ai fait la plus grosse connerie de ma vie en te baisant dans ce stade, mais je n’y crois pas. Parce que depuis que j’ai quitté mon ex, depuis que je ne suis plus ce putain de joueur, je ne m’étais jamais senti aussi vivant depuis que tu me défies. Et si on se laisse aller à cette attirance, j’ai des conditions.

     

    — Je t’écoute.

     

    Mon cœur s’emballe, et mon corps se met à trembler. Je suis confus, je ne veux pas espérer quelques choses et me prendre une seconde baffe. Je ne lui demande pas la lune, je veux juste qu’il vive et vive notre attirance avec moi. Je ne veux pas d’une bague au doigt.

     

    — Pas de sentiments, commence Asher.

     

    — Que du sexe, je confirme.

     

    Je ne tente même pas de dire que les sentiments ne se contrôlent pas, la preuve, le désir en est un et nous avons été incapables de le réfréner.

    La tension dans la pièce devient palpable. On se dévisage comme deux lions.

     

    — On communique…

     

    — On devient ami alors ? j’ironise.

     

    — En dehors du stade, on a le droit de ne plus être professionnel.

     

    — Tu sais que t’essaies de tout contrôler encore.

     

    Asher se tait un instant.

     

    — Je l’admets, mais on est obligé Kade.

     

    Ouais… on dirait que je suis sa maitresse illégitime.

     

    — OK, donc c’est à mon tour. Pas de relation sérieuse, je ne te dois rien, et tu ne me dois rien.

     

    — On ne parle pas d’avenir, poursuit Asher.

     

    — Que du présent et du passé.

     

    Il tique sur mon dernier mot mais ne me contredis pas. Asher veut savoir pourquoi je suis ainsi et moi, je veux comprendre comme l’Emperador se retrouve ici, seul à Londres. 

     

    — Sur le terrain, je suis ton entraineur et tu seras toujours mon joueur.

     

    — Mais en dehors, nous ne serons plus que deux hommes égaux, je rétorque.

     

    Asher acquiesce.

     

    — Pas d’ordre, pas de leçon de morale… Tu n’es plus mon coach à la minute où tu quittes ce stade.

     

    Mon entraineur frissonne sous cette remarque qui ressemble plus à un ordre qu’à une suggestion.

     

    — Qu’est-ce que ça fait de nous dans ce cas ?

     

    — Deux mecs qui vont relâcher la pression. 

     

    — Qu’est-ce que tu veux ?

     

    Je souris, Asher rend les armes. J’ai réussi à contrer son plan de départ, j’ai gagné la mise, même si, fidèle à sa personnalité, il a imposé certaines règles. Elles me conviennent, je ne veux pas d’une histoire. Je ne suis pas fait pour ça. Surtout dans cette situation, avec un homme aussi instable que moi, avec un caractère trop proche du mien et qui, au fond, n’est pas prête à assumer publiquement qu’il aime les hommes. Une histoire de sexe me suffit.

     

    — Là tout de suite… je commence d’une voix rauque.

     

    Je le pousse sur le canapé, Asher tombe dessus. Je grimpe sur lui, mon torse se presse contre le sien. Ses mains glissent sous mon pull, j’approche mon visage de sa bouche, son souffle se mélange au mien. La tension sexuelle gagne du terrain entre nous. Mon cœur bat vite et mon érection durcit un peu plus.

    Je le veux encore, même après le stade, surtout après le stade.

     

    — Je veux ta bouche contre la mienne, tes mains sur moi et ta queue au fond de mon cul.

     

    Mes doigts glissent le long de son torse, je me frotte contre Asher qui laisse échapper un juron. Ses bras me pressent davantage, et j’aimerai savoir si mon entraineur possède tous et toutes le monde à chaque fois, ou s’il se laisse aller à plus que ça.

    L’idée même de pouvoir renverser les rôles me ferait presque jouir dans mon jean. Baiser Asher Grant serait aussi bon que décrocher une coupe du monde.

     

    — Je crois qu’on devra avoir une autre conversation, coach en ce qui concerne ce que t’es capable de faire dans un pieu, je murmure contre sa bouche.

     

    Embrasse-moi. Fais le premier pas.

     

    — Je pourrais te surprendre, me révèle Asher.

     

    Je frissonne en sentant son sexe se frotter au mien. La lueur dans ses yeux ne cache pas son envie vive et brutale.

    Jusqu’à quel point coach ?

     

    — Voilà une bonne manière de sceller notre deal, conclut-il en déboutonnant mon jean.

     

    Je pose mon front contre le sien alors que mes mains s’activent sur son t-shirt pour lui retirer.

     

    — Je peux essayer, mais je ne peux rien promettre.

     

    Sa main se pose sur ma nuque. Ma colère, je ne peux pas la contrôle. J’essaie, parfois j’y arrive, mais à d’autres, je rechute. La drogue n’aide pas, mais elle me permet d’être le meilleur. Et dans un monde qui ne veut pas de moi, je dois m’imposer, me rendre indispensable.

     

    — Moi non plus m’avoue Asher.

     

    — Tu sais que t’as gagné ? je rétorque, t’as imposé tes règles.

     

    — Toi aussi. Tu me pousses à lâcher prise et c’est ce que tu voulais, conclut mon coach, c’est toi qui as gagné.

     

    Asher me saisit par les hanches et me retourne brusquement sur le canapé. Mon corps encaisse le choc. Ses lèvres retrouvent les miennes et scellent notre conversation. Il n’y a plus rien à dire. Les lignes sont fixées à nous d’essayer. Ça ne peut pas être pire que ça a été. Ça peut être mieux, ça peut être sympa. Même si ce n’est qu’une histoire de sexe. C’est mieux que la frustration. Ça n’amène à rien, ça ne promet rien.

    C’est putain d’excitant en tout cas.

    Et si j’ai une chance de connaitre Asher Grant derrière son apparence d’Emperador, je la saisis. Parce qu’à partir de maintenant, dans des lieux neutres, il n’y a plus de joueur, plus d’entraineur, plus de limites qui nous séparent.

    J’ignore ce que ça va donner, mais quelque chose au fond de moi me dit que nous venons peut-être de remporter une bataille commune.

  • Inside Lines, Chapitre 13


     

    Chapitre 13

    Asher

     

     

     

    Je peaufine la tactique qu’on a essayée ce matin, qui n’était pas au point en pensant qu’octobre se termine bien. Depuis le match contre Manchester, l’équipe a repris plaisir à jouer. Ils sont plus motivés, plus passionnels et la cohésion est bien meilleure. Ce match a fait du bien à tout le monde. Aux joueurs, aux supporters et aux dirigeants qui ne peuvent que reconnaitre que c’était la bonne occasion pour réintégrer Kade. Il n’y a pas eu de victoire, mais un match nul face aux invaincus du classement c’est plus que bien. C’était un vrai match avec du spectacle, des buts, de l’action et un déroulé sans problème. Un plaisir de regarder ces deux grandes équipes se disputer dans les règles de l’art.

    Revoir Perkins m’a fait plaisir, lui et moi avons souvent joué ensemble pour l’Angleterre. Perkins est un de ces hommes qui donnent envie d’aimer le foot, il a la passion dans le sang et sait l’exécuter. Quand j’ai vu son coming-out, si j’ai été surpris, je me suis aussi dit que c’était bien que ça vienne d’un homme comme lui, d’un joueur de son envergure qui est la star de son pays. Tout le monde aime Wade, peu importe son orientation sexuelle. Il ne fera pas changer d’avis les plus virulents, mais il aura permis à des jeunes comme Kade d’assumer pleinement ce qu’ils sont. Le revoir m’a aussi rappelé ces années à porter le maillot de mon pays, à le défendre sur un terrain et que tout ça est bien fini. Je n’ai plus de regret à proprement parler, je les ai enterrés avec ma colère quand je suis allé trop loin. L’amertume qui m’a rongé durant des mois est bien finie. Je ne rechausserai jamais de crampons, je le sais et en suis conscient. Seulement les souvenirs ne disparaissent pas, les sensations sur un terrain ne s’envolent pas. Elles ne partiront surement jamais et demeureront comme les plus beaux moments de ma vie. Face à Wade j’ai revu ce que c’était, je me suis rappelé notre complicité sur le terrain et combien nous étions habités par la même envie de gagner. Je mentirais si je disais que ça ne me manque pas, ça me manque, horriblement, mais c’est ainsi. Le foot en tant que joueur est terminé. Dans mon malheur, je me trouve extrêmement chanceux d’être à mon poste, de pouvoir entrainer une équipe comme Arsenal. Je crois qu’on peut dire que j’ai réussi ma reconversion forcée. Elle aura demandé des efforts et beaucoup de sacrifices, mais je l’ai fait.

    Ce match était donc essentiel pour faire comprendre à tout le monde que dans le respect de l’autre, le foot est une discipline majestueuse qui retrouve son vrai but. Je suis fier d’eux, fier de ce qu’ils ont montré et pour une fois malgré la défaite, je n’ai rien eu à leur reprocher. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes et ont respecté mes directives, Manchester est simplement une équipe très forte.

    Mais hier on a eu notre victoire face à Watford, un joli 2-0 qui fait du bien au moral et conclus ce mois de la meilleure façon. Nous attaquons novembre dans un froid glacial et j’espère que ce mois sera synonyme de victoires et pas de carton rouge et de défaites. J’y crois. J’espère aussi que la situation avec Kade s’améliorera. Il est pro, durant les entrainements même si son regard me fait comprendre qu’il n’apprécie pas mon comportement, il reste à sa place et fait son job. Mais ce qu’il m’a dit après le match contre Manchester demeure dans un coin de ma tête. Je suis en train d’agir comme un gamin alors que l’adulte responsable de trente-deux ans c’est moi. Je n’arrive pas à me résigner, à me dire qu’on doit éclaircir la situation et arrêter là. C’est ce que je dois faire, je le sais, mais si je ne fais rien c’est parce que justement je ne veux pas mettre le mot « fin » à ce qu’il s’est passé. Je n’y arrive pas. Ça m’obsède, c’est paralysant, c’est comme être ensorcelé, quelque chose me retient contre ma propre volonté et je ne lutte pas. Je laisse glisser les évènements en attendant de comprendre, mais qu’est-ce que je cherche à comprendre ? Kade ? Mon attirance inexpliquée pour lui ? Je n’en sais rien, je sais juste que je suis loin d’avoir percé le mystère qu’est Kade King. Malgré sa colère apaisée ces derniers temps, elle est toujours là, tapie sous le surface à attendre son heure pour exploser. Je ne sais pas ce qu’il cache au fond de lui et ça me perturbe autant que ça me fascine.

    Je sors de mes pensées lorsqu’on entre dans mon bureau, j’ai à peine le temps de levé les yeux sur Jefferson King et son air renfrogné qu’il balance un journal sous mes yeux.

     

    — Je peux avoir une explication ?

     

    Je prends le journal et ouvre les yeux en grand lorsque je lis le gros titre en première page.

     

    — C’est quoi ce bordel… je murmure encore sous le choc de ce que je vois.

     

    — À vous de me le dire Grant ?

     

    Je dévore les quelques lignes en premières pages avant d’aller lire l’article à l’intérieur. Plus mes yeux retranscrivent les informations à mon cerveau, plus je me dis que c’est une putain de blague.

     

    — C’est n’importe quoi, je grogne en sentant la colère montée.

     

    — Vraiment ?

     

    Je pose le torchon de seconde zone sur le bureau et affronte le président du club.

     

    — Oui vraiment, je ne connais même pas cette femme !

     

    King me dévisage de son regard aussi pénétrant que celui de son fils sauf que chez lui il n’y a pas une once de désir, juste du mépris.

    Je me lève doucement pour lui faire face.

     

    — Ce sont des mensonges, je n’ai pas d’enfants avec cette femme, je ne la connais pas, je reprends d’un ton dur.

     

    King soupire puis appuie ses mains sur mon bureau en se rapprochant de moi.

     

    — Demander lui combien elle veut, payer et tirer un trait sur cette histoire.

     

    — Pardon ?

     

    — Vous m’avez très bien entendu, je ne veux pas d’un scandale de ce genre au sein de l’équipe.

     

    — Vous me demandez de payer une inconnue pour qu’elle la ferme sur un gamin que je n’ai jamais eu avec elle ?

     

    — Oui, c’est ce qu’elle cherche en vous faisant passer pour le père de son gosse, de l’argent alors payez qu’on en parle plus.

     

    Il est très sérieux et je crois que je viens de comprendre un peu plus Kade alors que j’affronte son père.

     

    — Allez vous faire foutre !

     

    Le président me dévisage en se redressant pour reprendre un air digne. Je me fou de ce qu’il pense ou de comment il imagine que je vais traiter ce problème, une chose est certaine ce ne sera pas de cette façon.

     

    — Faites attention Grant.

     

    — Ou quoi ?

     

    — Ou vous ne finirez pas la saison et je n’aurais aucun mal à obtenir du conseil qu’on vous remplace après un scandale pareil.

     

    Je fais le tour de mon bureau, King se tourne dans ma direction, je me rapproche de lui au maximum. Je sens la colère battre dans mes veines, ma vision se voile d’un trouble que je connais parfaitement, celui qui m’empêchait de voir Gabrielle comme la femme que j’aimais, mais seulement comme un défouloir à mes pulsions.

     

    — Ne me menacez pas King. Je traiterai ce problème à ma façon, c’est-à-dire en rétablissant la vérité.

     

    — Tout le monde se fout de la vérité, on ne retiendra qu’une chose c’est que vous avez un gamin que vous avez abandonné !

     

    Je serre les poings si fort que mes doigts craquent sous la pression. Pour qui il se prend à venir me donner des conseils stupides.

     

    — Je ne suis pas comme vous King, je ne balance pas mes millions pour acheter le silence des gens ou pour obtenir ce que je veux.

     

    Il avance contre moi, son torse touche le mien et je suis à deux doigts de lui balancer mon poing dans la gueule. Je suis à deux doigts d’exploser et de laisser la retenue totalement de côté, prêt à foutre ma vie en l’air.

     

    — Qu’est-ce qui se passe ?

     

    Je ferme les yeux au son de cette voix à l’entrée de mon bureau. Je recule pour mettre de la distance entre King et moi.

     

    — Qu’est-ce que tu fais là ?

     

    Le ton du père à l’adresse de son fils n’a rien de tendre.

     

    — Et toi ?

     

    Je me tourne vers Kade qui nous observe en se demandant ce qui se passe.

     

    — Un problème à régler avec le coach.

     

    King délaisse son fils pour me faire face.

     

    — On en reparlera, en attendant réglez ce putain de problème et rapidement.

     

    Je ne dis rien, je le laisse partir en essayant de calmer mes nerfs prêts à exploser. Je n’ai jamais été aussi près de rechuter, de me laisser envahir et de retourner dans le cercle vicieux de la violence. Mon corps tremble, je fais le tour de mon bureau et me laisse tomber sur ma chaise, puis je me penche en avant et respire calmement. Je pense à tort que Kade est parti lorsque j’entends la porte se refermer, mais la seconde d’après il est à genoux devant moi.

     

    — Asher ? dit-il doucement.

     

    Je lève les yeux sur son visage trop proche du mien. Je regarde son expression inquiète, ses cheveux bruns en bataille, sa beauté brute et virile, son regard sombre qui me dévisage avec angoisse. L’envie de me jeter sur lui et de faire taire ma colère en le baisant me démange, mes mains ne résistent même pas à toucher son visage, à sentir le début de barbe qui encadre ses joues. Je le revois absorbé par le plaisir, je vois le brun de ses yeux se voiler de cette lueur de désir et je repense à la sensation puissante qui m’a submergé lorsque j’étais en lui. J’ai aimé le baiser, j’ai même adoré ça.

     

    — Qu’est-ce qu’il y a, Asher ?

     

    J’inspire en retirant mes mains de sa peau, je ferme les yeux et tente de respirer calmement. Je sens les doigts de Kade sur mon visage puis son front s’appuie contre le mien et je calque ma respiration sur la sienne. Il caresse ma nuque et doucement le calme m’envahit. J’ignore combien de temps on reste ainsi, lui à genoux devant moi à tenter de calmer la bête qui n’attendait que de sortir et moi, à respirer son odeur et à savourer son souffle apaisant. La maitrise revient petit à petit, elle éteint le feu de la colère et laisse place à ce que je suis réellement. À cet homme peut-être froid en apparence, mais qui doit maintenir de la distance avec la violence des émotions pour ne pas que la sienne survienne.

    Je finis par ouvrir les yeux et reculer un peu de Kade.

    Il reste devant moi, sa main sur ma nuque me masse toujours et l’inquiétude habite toujours son regard.

     

    — Est-ce qu’il sait ce…

     

    — Non, je le coupe, non ce n’est pas ça.

     

    Je me redresse complètement, la main de Kade quitte ma peau et un frisson désagréable me gagne. Je reprends le journal sur mon bureau et le montre à mon joueur. Il se redresse, je remarque son jean, son pull sombre qui moule son corps à la perfection.

     

    — Bordel de merde !

     

    Je souris en entendant sa réaction digne de lui.

     

    — Est-ce que c’est vrai ?

     

    — Non, je ne connais pas cette femme.

     

    Kade cale son cul contre mon bureau et se met à lire l’article. J’attends qu’il termine en comprenant les dix appels de mon frère hier soir, que j’aie ignoré en pensant qu’il voulait se défiler pour vendredi. Maintenant je sais de quoi il souhaitait me parler. Ce n’est pas son journal qui a pondu cette merde, c’est un torchon à potin, mais Aaron a des amis partout et certains ont dû penser que le prévenir était une bonne chose à faire. Peut-être que ça m’aurait évité le choc, peut-être que j’aurais mieux encaissé les ordres de Jefferson King.

     

    — Et bien, tu es l’heureux père d’un garçon de cinq ans, on dirait. Il ne t’accorde même pas le bénéfice du doute.

     

    — Ça t’étonne ?

     

    — Non, dit-il avec un petit sourire en coin, rien de ce qu’il raconte en m’étonnes, les journalistes de ce genre de tabloïd sont là pour vendre, pas vraiment pour révéler la vérité.

     

    Il en sait un rayon là-dessus, ils ont parlé de lui plus que nécessaire et toujours pour lui faire des reproches, jamais pour montrer le bon en lui. On ne vante jamais Kade King. C’est le joueur qu’on aime descendre parce qu’il a son caractère, parce qu’il a dépassé la moyenne des débordements, mais pourtant, il n’est pas que ça. Il est loin de n’être que ça.

     

    — Je suppose que mon père a proposé de payer pour la faire taire ?

     

    Je ne peux m’empêcher de rire, il connait bien son paternel.

     

    — C’est bien son genre, il reprend, qu’est-ce que tu comptes faire ?

     

    — Raconter la vérité.

     

    Kade me sourit, il repose le journal sur mon bureau, j’observe ses gestes puis croise son regard. Je sais qu’il est là parce qu’il souhaitait qu’on parle, je pense qu’il a atteint le maximum de sa patience à mon encontre et il mérite des explications sur mon comportement vis-à-vis de lui. Toutefois il comprend que ce n’est pas le moment.

     

    — C’est ce qui t’inquiète ? Ton image ? Tu n’es pas connue pour ce genre de faits, je veux dire t’es le joueur le plus irréprochable que je connaisse.

     

    Il a raison, ma carrière n’a jamais été entachée du moindre scandale, j’ai été un joueur propre, un joueur casé a une superbe femme qui n’a jamais cherché ailleurs son plaisir. La réalité est loin d’être aussi belle que mon image cependant.

    Je reprends le journal et lit ce titre « le fils caché d’Emperador » je percute que ce n’est pas moi que ça inquiète puisque je sais que c’est impossible, que je n’aie jamais entendu parler de cette Kelly Harrington qui jure que je suis le père de son fils. Ce qui m’inquiète c’est que ce gamin a cinq ans, qu’à l’époque j’étais avec Gabrielle et qu’en plus de tout ce que je lui ai fait subir, je ne veux pas qu’elle imagine que je l’ai trompé et que j’ai donné à une autre ce que je n’ai jamais voulu lui donner à elle : un enfant.

     

    — Ce n’est pas mon image qui m’inquiète, toi et moi on sait qu’elle ne reflète pas la réalité.

     

    — Qu’est-ce que c’est alors ? Pourquoi tu étais en colère ?

     

    Je croise son regard curieux, je repense à notre séance de questions qui s’est écourtée rapidement. Celle où à part révéler des choses qu’on savait déjà, on n’a rien appris de nouveau sur l’autre.

     

    — Ce qui m’inquiète c’est les personnes que ça pourrait blesser. J’étais en couple à l’époque de la soi-disant conception de cet enfant, je ne veux pas qu’elle pense que je l’ai trompé et que je lui ai caché l’existence d’un gamin.

     

    Kade m’observe sans rien dire, je me demande ce qui passe dans sa tête à ce moment comme à peu près à chaque fois que je le côtoie. Il demeure ce point d’interrogation, ces parts d’ombres que je n’arrive pas à éclairer.

     

    — Merci, je lance, pour tout à l’heure pour…

     

    Je l’entends rire et je me trouve stupide de ne pas arriver à aligner deux mots.

     

    — T’avoir calmé ?

     

    J’acquiesce en souriant, je crois que c’est inutile de chercher à cacher la colère qui m’a habité, il n’est pas dupe à ce sujet. Sa présence m’a fait du bien, son calme, son empathie m’ont apaisé.

     

    — De rien.

     

    Il se redresse et s’apprête à quitter mon bureau.

     

    — Kade ?

     

    Il se retourne, les mains dans les poches de son jean.

     

    — On doit parler, je le sais, j’ai agi comme un con avec toi et t’as le droit à des explications, mais pas ici, pas maintenant.

     

    — Quand ?

     

    — Ce soir, je t’appelle après que j’ai éclairci ça.

     

    Kade semble surpris puis il sourit et s’en va en acquiesçant. Je reprends le journal et sors mon portable pour appeler mon frère afin qu’il m’en dise plus. Je fixe la porte close en me disant que je ne souhaite toujours pas mettre le mot fin à ce qu’il s’est passé avec Kade, mais que « suite » me plairait bien, que « encore » me semble pas mal et que peut-être j’apercevrai enfin qui se cache sous ce regard puissant, en dehors de ses murs.