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Inside Lines, Chapitre 26

Chapitre 26

Kade

 

 

 

Quelques jours plus tard.

 

 

Qu’est-ce qu’il se passe quand on chute ? On finit par tomber, mais dans quelles circonstances ? Qui emmène-t-on dans sa descente en enfer ? Je n’aurai pas cru que nous serions si nombreux.

La vérité a en partie éclaté. Mon club me déteste, mes coéquipiers ignorent la véritable raison de mon absence. La version officielle est que j’ai une vilaine blessure à la cheville suite à mon malaise issu d’une grosse fatigue. On me met en stand-by dans une clinique privée en dehors de Londres. Nous voilà en pleine campagne, sous la pluie un vendredi matin.

Si je n’étais pas le fils de mon père, on m’aurait jeté en pâture aux journalistes définitivement, mon contrat aurait sauté, on m’aurait payé une cure et un transfert en Sibérie pour un club dont personne ne connait le nom, mais puisque je suis gay, les États-Unis auraient été une meilleure destination.

Asher m’a protégé comme jamais. C’est lui qui m’a coupé de tout le monde. Avril est venu me surveiller pendant que mon coach réglait l’affaire nous concernant. Je dois ces décisions à Ash, c’est lui qui a annoncé la terrible nouvelle au comité, ainsi qu’aux dirigeants et au staff.

Furious n’est pas seulement un violent, mais un dopé. De quoi redorer mon blason encore. Ce sera un miracle si l’info ne fuite pas.

Mon entraineur m’a mis à l’écart, à juste titre sans doute. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais tiré un trait sur cette affaire, mais Ash ne voyait pas les choses de la même façon. Il m’oblige à aller en cure de désintox, il veut que je me sèvre de cette manie de me doper pour réussir. Il est obsédé par ça et totalement flippé de ce que le médecin a dit. Asher a néanmoins raison, j’aurai pu crever sur ce stade. Quelques minutes supplémentaires et mon cœur m’auraient lâché à cause de la surdose de médicament plus l’effort physique intensif. J’ai grave déconné. J’ai été inconscient de faire ça.

Jefferson King ne m’adresse plus un mot depuis qu’il a appris. Je me demande même si mon deal avec lui est toujours d’actualité puisque je suis hors course pour deux mois. Ce n’est pas avec les deux pauvres matchs de fin de saison que j’arriverai à positionner l’équipe.

Asher m’a raconté la réunion. C’est officiel : plus personne ne peut me blairer à Arsenal. Mon coach m’a néanmoins défendu, je me demande jusqu’où, et s’il s’est trahi. Est-ce que le comité est au courant de notre relation ? Est-ce que John n’en aurait pas profité ?

Mon père lui en a mis plein la gueule quand ils se sont retrouvés en tête à tête. D’après lui, Asher est le responsable de mon dopage. S’il savait…

Je pensais que mes parents seraient présents aujourd’hui pour mon… entrée, mais non. Personne n’est là, seulement Asher, Avril et Drew. Comme d’habitude, je suis seul. Ma mère doit être je ne sais où. Et aucun des deux ne m’a appelé pour me demander comment j’allais. J’ai vécu cinq jours très… sympathiques. Totalement défoncé, fatigué comme après une grippe. Je n’ai jamais ressenti ça, ni même la sensation d’être minable.

Mon coach ne m’a pas lâché, il était tout le temps-là, dès qu’il rentrait de ses occupations d’entraineur. Nous n’en avons pas reparlé, j’ai vu à quel point mon comportement l’avait blessé. On croit tout savoir d’une personne, on se pense douer pour comprendre et lire les gens, avant de se rendre compte qu’on a été des plus aveugles envers l’être qu’on aime.

Asher s’en veut, quand moi je regrette d’avoir été seulement imprudent. Les enjeux sont trop importants pour nous. Je devais gagner le plus de matchs. Il le fallait.

Envers et contre tout.

Je salue Avril et Drew. Mon coéquipier et meilleur ami est tendu, je crois qu’il culpabilise à mort et que mon incident va lui permettre de stopper aussi. Je soupçonne Asher de mener des campagnes de détection de dopage dans les prochaines semaines. Maintenant qu’il a pris conscience du problème, il va vouloir le régler. Andrew ferait mieux de ne pas être sur la liste des perdants. J’espère que ça va aller. Je sais que je ne vais pas manquer à grand monde à Arsenal, mais quand même. Ce sera compliqué de ne pas avoir le bouc émissaire de tous les maux du stade. Les journaux vont s’emmerder.

Avril me dit de prendre soin de moi. Que ce n’est qu’une mauvaise passe et que l’erreur est permise pour tout le monde. Elle ne me juge pas non plus, pourtant je vois en yeux une déception. Ils sont déçus de voir mon nom s’ajouter à la liste des stars maudites et faibles face à la dope.

Asher reste discret. Ni Avril ni Drew n’ont posé de questions en voyant mon entraineur et je commence à croire qu’il a pigé : eh oui, en plus de me droguer pour le sport, je me tapais le coach. Un vrai petit enfoiré, le King.

Je m’arrête avant d’entrer dans les locaux. On se met à l’abri sous le porche. Mon entraineur me dévisage avec interrogation. Je pose mes affaires sur le sol, prêt à parler enfin de la situation. Je n’ai pas cherché à discuter quand Ash est revenu avec le « verdict ». En moins de 24h, le club s’était débrouillé pour me trouver une place dans un centre réputé discret en pleine campagne.

Je n’ai pas mon mot à dire.

 

— Je ne demande pas ton pardon pour ce que je t’oblige à faire, Kade, intervient Ash pour briser le silence, mais je le fais pour ton bien. Pour que tu comprennes que le dopage dans le sport n’a pas sa place. Si je ne t’aimais pas, je te laisserais te détruire. Je ne chercherai pas autant à te protéger.

 

— Je ne suis plus en colère après toi, je réponds avec sincérité.

 

Et mon aveu semble le soulager un peu.

Une tension palpable nous gagne. C’est étrange entre nous depuis cette nuit dans ma chambre à l’hôtel. Depuis qu’il s’est glissé contre moi au lieu de partir et de me dire d’aller me faire foutre.

Asher Grant est tombé amoureux de moi, et on a chuté ensemble dans cette histoire.

 

— Je ne t’ai pas tout dit, j’avoue d’une voix fuyante.

 

Le regard clair de mon entraineur devient plus intense. Il a le même qu’il y a quelques heures, lorsque je chassais la pénombre de la journée qui m’attendait sous la douche, qu’il m’a rejoint pour la conclure en beauté. C’était aussi dément de l’avoir dans l’obscurité de ma salle de bains que dans les chiottes de la boite de nuit. Il régnait une complicité que je n’ai jamais connue, un sentiment d’appartenance et d’utopie. La réalité n’existe pas quand on est ainsi. J’aurai préféré rester sous cette douche durant deux moi, oublier ce que j’ai fait, ce qui nous attend que de venir m’enfermer ici.

 

— Je m’en doutais, répond Asher, la gorge serrée.

 

J’observe mon coach avec attention. J’ai du mal à me dire qu’on ne se verra pas durant deux longs mois. C’est difficile de décrocher de sa meilleure dope, surtout quand on l’a consommé durant des jours et des jours, sur une période aussi longue que la nôtre.

Quand est-ce qu’on a succombé pour de bon, Ash ? Quand est-ce que j’en suis arrivé à devenir totalement dépendant de toi ?

 

— Je voulais te dire que j’étais désolé. D’avoir trahi ta confiance, mais je ne regrette pas ce que j’ai fait.

 

Mon coach serre les poings, il s’attendait sans doute à ce que je lui dise que je regrettai mon geste, il se trompait. Je ne regrette pas de m’être dopé, même si je reconnais que c’est mal, et totalement contraire aux règles, je n’ai vu que mes intérêts.

 

— Notre milieu est pourri, Emperador. Plus qu’à ton heure de gloire. Mais si j’ai fait ça, c’est pour plusieurs raisons. Pour que je te sois indispensable sur le terrain. Même si j’étais une bombe à retardement, même si j’étais violent, j’étais bon, et pour tes objectifs, il te fallait ce joueur. Je devais être le meilleur.

 

Je tente de ne pas le fuir, mais son regard sévère et tellement représentatif de ses émotions ne m’aide pas. Quand mon coach me regarde ainsi, je n’ai qu’une envie, le provoquer pour éteindre l’émotion l’un dans l’autre.

Mais cet après-midi, j’ai des peurs plus profondes à avouer et à rassurer.

 

— Tu es le meilleur, me confirme Asher. Et tu l’étais avant de prendre des merdes.

 

— Plus maintenant. J’ai chuté, Ash, je réponds nerveusement.

 

— Les guerriers chutent et se relève Kade.

 

Sa main tente de saisir la mienne, mais je me recule. Je fais quelques pas sous le porche en essayant de calmer l’organe dans ma poitrine qui martèle à toute vitesse. Je me demande comment Ash va réagir. Il était tellement furieux suite à notre découverte, encore plus avec mon malaise, et maintenant ?

Est-ce que tu vas me lâcher ? Est-ce que tu vas l’accepter ?

Les guerriers chutent et se relèvent, mais est-ce que je suis réellement de ça ? Ne suis-je pas un imposteur plutôt ?

C’est le merdier. J’étais tellement rempli d’assurance, tellement certain que rien ne pourrait m’arriver. Maintenant je doute de tout. De moi surtout. Qui sera le prochain Kade King ? Un roi du stade ou le roi des idiots ?

 

— Est-ce que se sera comme avant, après tout ça ? Est-ce que ma force et ma hargne, je ne l’avais pas grâce aux médocs ?

 

Asher m’affronte du regard en secouant la tête, il semble convaincu du contraire.

 

— Non, je n’y crois pas deux minutes à cette théorie. Tu seras différent, mais en mieux sans merde dans les veines.

 

Mon entraineur s’approche de moi, sa main se pose sur mon bras qu’il presse légèrement.

 

— Je crois en toi, m’avoue-t-il avec sincérité.

 

Je ferme les yeux en encaissant ses propos. Il pensait me connaitre, et je l’ai déçu, Ash pense que je nous ai sorti la tête de l’eau, il se trompe.

Qui va veiller sur nous maintenant que je ne suis plus là ?

J’hésite encore à lever le silence. J’hésite parce que je crains la réaction de mon coach. J’imagine déjà sa rage.

Il va me détester pour ça.

 

— Je t’ai menti, pour mon père aussi, j’avoue brusquement. Je n’ai pas réglé le problème en usant de notre lien familial. J’ai marchandé avec lui.

 

L’ambiance entre nous devient subitement plus tendue. J’affronte Asher, la surprise se peint sur son visage, il me lâche.

 

— Tu as…

 

— Oui, je n’avais pas le choix, il voulait te virer, je le coupe.

 

— Qu’est-ce que t’as fait Kade ? Bordel, qu’est-ce que tu as fait… murmure-t-il en passant une main dans ses cheveux.

 

Il redoute ma réponse, comme il la redoutait le soir du match, celui qui a tout fait basculer.

La réponse est moins effrayante cependant, mais Asher se prépare à entendre le pire. Parce que je l’ai déjà plongé dans un cauchemar. Il s’attend à tout.

 

— Nous avons encore une chance d’atteindre les qualifications pour l’Europa League. Même si nous ne terminerons pas dans les trois premiers. La cinquième place est envisageable, je commence à expliquer. Dans une situation de crise, mon père est capable de tout marchander. C’est comme ça que sont les affaires, des enfoirés ont pu s’en tirer s’ils lui donnaient quelque chose en retour. Tout est envisageable. Et après qu’il ait découvert notre idylle, j’ai dû énormément redescendre dans son intérêt vu que ma proposition a marché. Je me suis dit que s’il ne pouvait pas faire de moi une star, alors, il va se concentrerait sur son second objectif, son club. Alors, j’ai marchandé sur ça.

 

Asher se prépare à la suite, je l’imagine déjà réfléchir aux dix mille possibilités. Il songe au pire, parce qu’il a malheureusement compris que j’étais capable des pires sacrifices pour ce que j’aime. Mais cette fois-ci, il ne s’agissait pas de football.

Mais de toi.

 

— Mon père comptait te virer Ash, je poursuis. Il refusait de te garder à Arsenal. Alors je lui ai promis que nous terminerions la saison le plus haut possible dans le classement pour atteindre le championnat d’Europa League. Arsenal aurait connu sa plus belle remontée historique et cela aurait permis au club de retrouver du prestige et de l’intérêt. Je connais nos statistiques, nous avons toutes nos chances de finir cinquièmes…

 

Et mon coach comprend pour de bon. Sa voix brise le calme autour de nous dans un ton sec et tranchant, la colère l’inonde, elle marque ses traits masculins avec dureté.

 

— Tu as marchandé une compétition avec ton père pour que je ne me fasse pas virer ?! T’as fait ça ?!

 

Je secoue la tête. Ce n’est pas tout à fait ça.

Asher se met à faire les cent pas en serrant les poings, je le sens sur le bord de l’explosion.

 

— C’était la condition. La réalité est autre, Coach. Dans l’hypothèse où j’aurais réussi, je n’aurai jamais connu ce championnat, parce que quoi qu’il advienne, quand cette saison se clôturera, je ne serais plus un Gunners. Je vais quitter le club Ash et je serai un des footballeurs à pourvoir dans le mercato de cet été.

Mon amant se fige, il me dévisage avec incompréhension. Il encaisse mes révélations, et celle-ci le trouble le plus. Elle le surprend tellement que sa colère s’estompe aussi rapidement qu’elle est arrivée.

 

— Kade…

 

— Je ne pouvais pas le laisser détruire ta carrière, je conclus d’une voix tremblante. Mon père veut le prestige des coupes, je veux que tu restes.

 

L’ambiance entre nous devient plus tendue, un sentiment triste nous gagne. Asher fait un pas vers moi, je ne le repousse pas. Il y a tant de détresse en lui, il est paumé et visiblement… encore en colère si je me fie à son regard. Je me doute qu’il ne s’attendait pas à ça.

 

— Pas au péril de sacrifier ta carrière pour moi, murmure-t-il.

 

— J’ai choisi l’amour plutôt que le jeu, je reprends. J’ai préféré t’avoir comme amant plutôt comme coach. J’étais déjà perdant Ash, même si je te disais le contraire, j’avais tort parce que ce n’est pas viable sur le long terme. C’était de la folie de vouloir jouer avec le feu, mais je suis satisfait de m’être brulé quand même. Chaque seconde en valait la peine. Tu en vaux la peine.  

 

On se dévisage quelques instants dans l’incompréhension. Moi Kade King, petit con, Furious des stades, j’ai pris le risque de réduire à néant ma carrière pour un homme. J’aurai pu céder, laisser Asher se faire virer, mais je n’aurai pas pu. Je ne pourrais pas rester dans le club vestige de notre relation sans lui. Se serait de la torture et je finirai sur le banc, frustré, en colère et brisé. Qu’adviendra-t-il d’Asher s’il devait quitter Arsenal ? L’idée m’a effleuré l’esprit et elle m’a été insupportable. Parfois, c’est plus simple d’être celui qui… fait un sacrifice.

Même si à mes yeux, marchander avec mon père n’en a pas été un.

 

— Fais tout pour gagner, je reprends. Parce que si je ne respecte pas mon deal, tu seras viré quand même. Et tu dois rester à Arsenal et je vais m’en aller. Tu es beaucoup plus précieux que je ne le suis pour cette équipe. C’était toi ou moi, et il m’était impossible de ne pas te choisir.

 

Asher se frotte le visage en secouant la tête, il passe par tout un tas d’émotions, dont une qui me trouble plus que les autres ; une forme de respect. Et une autre qui me bouleverse : la colère. Il m’en veut de me sacrifier pour lui.

 

— Merde, pourquoi t’as fait ça ? Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? souffle-t-il, abasourdi.

 

— Parce que tu m’aurais choisi et je ne voulais pas que tu me choisisses.

 

Le football nous a réunis, il nous a fait grandir ensemble. Il a appris à Asher à devenir un grand coach au cours de cette saison, et moi un homme, doublé d’un joueur. La logique voudrait que ça soit lui qui prenne soin de moi. Que ce mec de trente-deux piges veille sur mes arrières, il l’a fait, mais il n’a pas vu venir la possibilité que je fasse de même, voir pire.

On sacrifie beaucoup de choses par passion, mais on se rend compte qu’on donnerait tout par amour.

 

— Je ne peux pas te laisser faire ça, Kade. Je m’y refuse.

 

Le Asher que je connais, froid et intransigeant quand une situation en lui plait pas, revient à la charge, combatif et prêt à tout pour ne pas voir se profiler cet avenir.

La nervosité le gagne, et si j’étais à sa place, je me mettrais déjà à hurler et à frapper pour exorciser la colère qui me posséderait.

Asher croise mon regard, je vois qu’il n’en est pas loin.

 

— C’est trop tard, coach, tu n’as pas voix au chapitre. Le deal est conclu. Je ne te le dis pas maintenant pour que tu tentes de trouver une solution, Ash. Je te le dis pour que tu fasses en sorte de gagner pour te maintenir à ta place. Je ne veux pas qu’on soit perdant tous les deux…

 

Et il explose. Son poing part s’écraser contre la poutre avec violence que je soupçonne sa main de céder au geste. Je m’approche de lui, Asher me repousse. Il jure en serrant son poing contre lui en me maudissant et en se maudissant.

 

— Qu’est-ce que j’en ai à foutre de perdre cette putain de place ! gueule-t-il en me foudroyant du regard. Qu’en sera-t-il de la tienne ?! Je ne suis censé ne rien faire pour toi ?! Pour te sortir d’un merdier où j’ai cinquante pour cent de responsabilité ! Ce n’est pas juste. Je refuse, Kade !

 

Je l’attrape par son cuir pour le rapprocher de moi, nos deux visages se frôlent presque, la tension explose. On s’affronte, comme à nos débuts. Nous ne sommes pas souvent d’accord sur certains points, mais sur celui-là, on se doit de l’être. Pour nous.

Mon cœur bat si vite, ma respiration s’affole, je ne veux pas perdre nos quelques instants dans une dispute parce que je n’ai pas ménagé sa fierté.

 

— Tu n’as pas à accepter ou pas. Tu dois le faire ! je déclare à mon tour sèchement. C’est parce que je t’aime que je l’ai fait, comme tu me fourres dans ce putain d’institut !

 

Mon reproche lui explose à la gueule et Asher l’encaisse en serrant les dents. On fait des choses parfois folles pour ceux qu’on aime, on va parfois à l’encontre de leur envie, mais ce n’est jamais dans le but de les blesser, ou du moins pas intentionnellement. Je ne voulais pas blesser Asher.

 

— Reste, je t’en prie, je poursuis plus calmement sans le lâcher. Tu as tellement à apporter à cette équipe. Le succès des Gunners, ont te le doit, sans toi, rien ne se serait produit cette saison. Tu mérites de rester, de continuer de te battre pour donner le meilleur à ce club…

 

— Parce que tu crois que je vais rester dans un club où le mec que j’aime va dégager parce que son fumier de père a marchandé avec lui ?! me répond Ash d’une voix tranchante.

 

Je la rapproche de moi, nos souffles effleurent le visage de l’autre, mon rythme cardiaque est toujours aussi fou. Si ça ne tenait qu’à moi, si nous étions chez moi, je le plaquerais contre le sol pour le baiser et lui faire comprendre que mon choix, je l’ai fait également pour nous. Aussi dur soit-il.

 

— Oui, parce que le mec que t’aimes, il a fait ça pour toi ! je jure. Tu me dois de rester là-bas, de faire du mieux que tu peux pour atteindre la plus haute place possible du championnat cette année pour emmerder mon père. Pour les emmerder tous, tous ceux qui veulent te foutre à la porte. Soit le meilleur Asher. Tu me le dois… parce que t’es le meilleur et si personne ne prend ta défense, qui le fera ?! Qui le fera Asher si ce n’est pas moi ! Qui veux-tu que ça soit ?!

 

Je le secoue légèrement sans m’en rendre compte, ma voix ressemble un déchirement. Il ne comprend pas. Il ne comprend pas que ça me semblait insupportable de perdre l’unique personne pour laquelle je compte vraiment. Il vaut mieux parfois prendre le risque de se perdre soi-même que de personne l’être qu’on aime parce qu’on n’a pas eu les couilles de le faire passer en premier. L’amour est rempli de sacrifice, j’en ai énormément fait pour devenir un joueur de football professionnel, mais celui-là, marchander mon départ a sans doute été le plus difficile et le plus bienfaiteur.

Ma vue se trouble, celle d’Asher aussi.

 

— Est-il normal de te détester autant que je t’aime à cet instant ? murmure-t-il.

 

J’acquiesce. Ma gorge se serre quand je vois qu’il cède. Son bras valide se referme autour de ma taille, Ash m’attire à lui, je me mets à trembler.

Est-ce qu’il comprend l’importance qu’il a à mes yeux ? De la place qu’il a prise au fond de mon être ? Ma fidélité est sans limites. Surtout pour lui, surtout après tout ce qu’il m’a donné.

 

— Tu ne comprends pas mon choix et je le sais, j’explique d’une voix calme. Mais de toute façon, nous aurions été confrontés à la réalité tôt ou tard, Coach. Parce que le jour où je n’aurai plus voulu me cacher serait arrivé, et nous aurions quand même été obligés de voir nos chemins se séparer, j’avoue. Notre nous aurait été plus simple, s’il n’avait jamais existé.

 

Je déglutis avec difficulté en sentant les mots me brûler les lèvres, ceux dont toutes les personnes dans notre situation prononcent un jour ou l’autre. Ils peuvent avoir l’allure d’un ultimatum ou d’un début d’histoire. La nôtre va prochainement connaitre un autre chapitre.

Je me serre contre lui, je maintiens toujours sa veste dans mon poing, comme si je craignais qu’il parte.

 

— Je ne veux pas vivre dans le placard, Ash, j’avoue. Si j’ai fait mon coming-out, c’était pour ça, pour m’éviter de vivre dans le secret. Quand je m’en irai d’Arsenal, il va se produire beaucoup de choses, et beaucoup de perspectives. Tu penses que je me sacrifie pour toi ? Que c’est un échec ? Je ne vois pas ça comme un échec, je ne vois pas ça comme un sacrifice que je quitte le club qui a tout à m’offrir au lieu de l’incertitude et des galères ? Je vois ça comme la prochaine bataille à mener. Et dans ce combat, celui où je devrais faire de nouveau mes preuves, je veux savoir que toi, tu iras bien, que tu seras dans un club qui t’admirera, et en forme pour me soutenir. Je vois l’opportunité de pouvoir dire que je suis avec le petit chanceux qui a su faire fondre l’Emperador. Je pourrais avoir tout ça, encore plus que si je restais à Arsenal. Ce sera le début d’un tout. Ça me permettrait d’être avec toi. Si je ne t’ai pas perdu suite à toutes ces épreuves, je ne voudrais plus me cacher, Asher.

 

Je respire douloureusement, mes yeux me brûlent, parce que je me rends compte que je touche de près mon rêve le plus secret. Celui qui dépasse le football, parce que même si ma passion est ce qui me boost, mes envies sont l’essence de ce que je suis. Je ne pensais pas tomber amoureux un jour, l’amour me semblait aussi furieusement douloureux que celui de mes parents, mais avec Asher, j’ai découvert une autre facette. Une que je ne voudrai pas perdre.

 

— La balle est dans ton camp. C’est à toi de décider ce que tu souhaites pour nous, je murmure, avec les choix que j’ai faits.

 

Pour toi et moi.

Je reste un instant contre lui encore. Ses yeux clairs sont clos, Asher semble souffrir de cette situation où quoi qu’il se passe, il ne gagnera pas la bataille, j’ai déjà joué pour lui. Ça doit être compliqué pour quelqu’un qui contrôle tout, de se voir retirer la possibilité de changer la donne.

Je m’écarte, je crois que nos aux revoirs vont se conclurent de cette façon. Dans le même silence qui a forgé notre attirance définitive et conclut notre amour.

J’embrasse le coin de sa joue, Asher frissonne, il ouvre les yeux et me retiens par le bras de nouveau.

 

— Je ne sais pas ce qu’il va advenir de nous. Je ne sais pas comment encaisser tout ça, et à vrai dire, j’admire ta vision des choses. Tu sacrifies l’opportunité de briller dans le club de ton père pour risquer ta carrière dans un autre qui risque de te pourrir, pour moi, pour un avenir que t’aimerais avoir en dehors du foot. Je suis furieux contre toi, Kade. Tellement furieux que t’est fait ça.

 

Sa main douloureuse glisse sur ma nuque, Asher m’attire contre lui, nos bouches ne sont qu’à un geste de l’autre. Je ferme les yeux un instant en inspirant très fort. Mon cœur bat tellement vite.

C’est aussi difficile d’aimer quelqu’un de tirer le pénalty de la libération pour un match. Sauf qu’on ne joue pas une coupe, mais le cœur de deux personnes. C’est plus périlleux.

 

— Et moi je ne regrette pas, je renchéris. Je crois en toi Ash, et tu mérites d’imposer l’Emperador encore dans les stades.

 

— Ça me rend furieux que tu sois si… fidèle. Et moi aussi je vais me battre, pour toi.

 

— Tu le fais déjà.

 

Il secoue la tête.

 

— Pas comme tu le crois.

 

Je resserre ma prise autour de lui. Même dans les moments où je me sens le plus faible et minable, Asher arrive à me redonner de l’espoir, et cette force, celle qui nous anime et nous fait vriller tellement de fois.

On se déchire, mais c’est comme ça qu’on s’aime, dans l’incertitude, dans les combats et dans les désaccords, parce qu’on finit toujours par trouver une ligne de conduite qui nous convienne à tous les deux.

J’embrasse la lisière de son cou, un frisson le gagne. Beaucoup de questions restent en suspens, j’ignore ce qu’Asher va faire suite à mes révélations, mais j’espère que mon coach finira par écouter son joueur.

 

— Je suis désolé que notre dernier match ensemble ait ressemblé à ça, je déclare, le cœur serré.

 

Asher s’écarte pour croiser mon regard.

 

— J’ai espoir que tu reviendras pour le final. J’ai l’espoir que ça ne se termine pas ainsi, tu ne mérites pas de te sacrifier pour moi.

 

Un léger sourire se dessine sur mon visage. Qu’est-ce que je disais ?

 

— Je ne suis pas d’accord, et sache qu’on donne la fin qu’on veut à nos histoires. La nôtre va être compliquée, mais ce n’est pas parce que je vais quitter Londres en juin que nous devons tout arrêter. Ça ne tient qu’à toi Ash. À toi de décider ce que tu veux et on affrontera les conséquences après. Ensemble.

 

Je romps le dernier espace qui nous sépare pour écraser mes lèvres sur les siennes. Le contact n’a rien d’érotique, il est simple mais cruel de sens. Il en dit long, parsemé de désespoir et d’envie. J’embrasse Asher et j’ai la confirmation que j’ai fait le bon choix.

Je profite de ce dernier baiser avant soixante jours pour connaitre le nouveau. Deux mois qui ne serviront pas à soigner mon vice, mais qui nous permettront aussi de faire le point sur ce que nous sommes, et voulons.

 

Commentaires

  • Whaou quel chapitre mon dieu les révélations de kade cet amour qu il a pour asher époustouflant. Vite la suite je suis impatiente de savoir ce que va faire asher.

  • oh oh oh comme j'ai hate de lire la reaction de ASH la dessus je suis presque sur qu'il ne va pas laisser passer ca pas possible
    MERCI les filles

  • Coucou ça fait un moment que je n'ai pas laissé de com j'attendais pendue à ta plume la suite des événements... Bein voilà ne ne suis pas déçue. Il y a un sorte de stratégie dans ce texte comme sur le terrain. On place ses pions et on vois si la stratégie paie... C'est époustouflant de sentiment... C'est se que j'aime dans tes M/M... la balle est dans le camp de ash...

  • Coucou ça fait un moment que je n'ai pas laissé de com j'attendais pendue à ta plume la suite des événements... Bein voilà ne ne suis pas déçue. Il y a un sorte de stratégie dans ce texte comme sur le terrain. On place ses pions et on vois si la stratégie paie... C'est époustouflant de sentiment... C'est se que j'aime dans tes M/M... la balle est dans le camp de ash...

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