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  • Inside Lines, Chapitre 25

    Chapitre 25

    Asher

     

     

     

    Kade ne dit rien, il se contente de fermer les yeux et de me cacher ce que je sais déjà. Il se dope. Pourquoi ? Pourquoi il fait ça ? Il n’en a pas besoin. Je jure et me frotte le visage en sentant la colère enfler de le voir ainsi affaibli par un produit qui est censé lui donner de la force. Je ne comprends pas pourquoi, je ne vois pas de raisons à ce qu’il agit ainsi.

    Kade ouvre les yeux et croise mon regard, ses pupilles sont si dilatées qu’on en perçoit plus le cercle marrons qui les entourent et qui le rend si expressif. Mon cœur se brise de le voir comme ça, de le voir faire des choses qu’il n’a pas à faire, de se mettre en danger pour des raisons que je ne comprends pas.

     

    C’est à cause de ton père ? De ce qu’il s’est passé ? Depuis quand Kade ? Bon Dieu !

     

    J’ai tellement de questions et lui n’est pas apte à me répondre. Je ne sais même pas s’il a envie de me répondre.

    La porte s’ouvre après un rapide coup donné dessus.

     

    Coach, le match va reprendre.

     

    J’arrive, je grogne à John.

     

    Je ne bouge pas pourtant je me contente de fixer mon joueur, de voir la détresse dans son regard et de me sentir brisé par ce que je n’ai pas compris plus tôt.

     

    Coach ? insiste mon adjoint.

     

    Deux minutes Bon Dieu ! je crie en me tournant vers John.

     

    Il referme la porte et je me retrouve seul avec Kade. Je ne peux pas rester, l’équipe a besoin de moi sur le terrain et ça me tue. Je n’ai pas envie de le laisser comme ça seul et perdu. Je n’ai pas le choix.

     

    Laisse le doc t’examiner Kade.

     

    Ça va aller…

     

    Non, ça ne va pas Kade, pas du tout. Laisse-le t’examiner avant que tu fasses une crise cardiaque ou que sais-je !

     

    Calme-toi.

     

    Ne me demande pas de me calmer, pas quand…

     

    Je me lève agacé de cette conversation et de le voir dans cet état. C’est dangereux ce qu’il a fait, c’est tellement con surtout. Je n’arrive pas à y croire. Pourtant il est bien là, allongé, à moitié perdue, le corps douloureux par ce produit qui lui parcoure les veines.

     

    Tu devrais y aller, dit-il tout bas en fermant les yeux.

     

    Je n’en ai pas envie.

     

    Le match.

     

    Je me fous de ce putain de match !

     

    Pourtant je dois y aller, c’est ma responsabilité, mon équipe je ne peux pas les laisser.

     

    Vas-y, reprends Kade, je ne vais nulle part de toute façon.

     

    Je m’approche de lui et prends son visage entre mes mains. Ses yeux s’ouvrent pour m’observer.

     

    Laisse le doc te soigner et après le match on discutera toi et moi.

     

    Il acquiesce, je ne sais pas si c’est pour se débarrasser de moi ou par conviction mais je m’en contente, parce que je n’ai pas d’autre choix que de l’abandonner. Je le relâche puis me dirige vers la porte avant de changer d’avis et sort de l’infirmerie.

    Je fais singe au doc qu’il peut y aller et qu’il me tienne au courant, même sur la pelouse.

    Je finis par courir dans les couloirs du stade pour rejoindre mon équipe prête à entrer sur le terrain. Je vois à leur tête qu’ils attendent que je leur donne des nouvelles de leur coéquipier. Je leur dis que tout va bien, que ce n’est que de la fatigue et qu’il sera sur pied rapidement. Je mens, mais je ne peux pas faire éclater la vérité. Ce mach sera suffisamment compliqué sans Kade, ils n’ont besoin d’aucun problème de plus pour cette deuxième mi-temps.

    Je finis par regagner le banc, John a organisé le changement de Kade auprès des arbitres et le match peut reprendre.

    Je reste debout au bord de la pelouse à regarder chacun des joueurs évoluer, faire de son mieux et tenter de maintenir le score et de gagner ce foutu match. Mes yeux sont sur la pelouse mais je n’y suis pas. Je suis avec Kade, à me demander ce qu’il s‘est passé pour qu’il agisse ainsi, pour qu’il prenne ce risque. Je sais que c’est monnaie courante, qu’il y a des petits plus qui font du bien sur le moment mais qui sur la durée engendre beaucoup de problèmes. Kade n’est pas dupe non plus, personne ne l’est, le dopage c’est mauvais. Peu importe la substance, il n’y a pas à tergiverser. Alors pourquoi ? Je n’arrive pas à comprendre et ça m’enrage, qu’il se détruise.

    Je fais les cent pas le long de la ligne de touche, depuis que son père est au courant il y a plus de distance entre nous. Même si j’ai encore mon poste, même si King père ne m’a pas viré, il me fait bien comprendre que ma place ne tient qu’à un fil. J’ignore ce que Kade a fait pour qu’il lui cède sur ce point, il n’a rien voulu me dire mais je suppose que ça doit en valoir la peine pour que son père accepte. Est-ce que ça avoir avec son excès de ce soir ? Je ne sais pas.

    Je ne sais rien et c’est terrible de se rendre compte qu’on a pas vu la personne qu’on aime chuter. J’ai été aveugle, absorbé par mes problèmes je n’ai pas décelé que Kade plonger la tête la première dans les emmerdes. Je l’ai laissé alors que je lui ai promis que je serais là, qu’il pourrait compter sur moi. Quel lâche je suis.

     

    Coach ?

     

    Je me tourne vers John qui comme à son habitude depuis plusieurs jours me fait bien comprendre qu’il ne tolère plus ma présence à mon poste.

     

    Qu’est-ce qu’il a Furious ?

     

    Il va bien.

     

    Il me fusille du regard et je sens que ce qui va sortir de sa bouche ne va pas me plaire.

     

    Vous pouvez le baiser mais vous n’avez pas à…

     

    La ferme John. Ferme là avant que je t’allonge sur cette pelouse devant toute l’Angleterre. C’est clair ?

     

    John ferme la bouche et retourne s’asseoir sur le banc en me faisant très bien comprendre que je dépasse les limites. Je n’en ai rien à foutre de dépasser les limites, de laisser parler ce que je ressens même si c’est de la colère. Kade ne va pas bien. Kade se dope bordel ! John ne croit que ce qu’il pense avoir vue, que je m’envoie en l’air avec mon joueur, que je lui concède sa place sur le terrain parce qu’il me donne son cul et probablement que son père me garde à mon poste pour ne pas décevoir son capricieux de fils. Il ne sait rien. Kade est sur le terrain parce qu’il est bon, voilà tout. Mais il vient de tout gâcher.

     

     

    ***

     

     

    Je grimpe les escaliers de l’hôtel, je suis lessivé et je n’ai qu’une hâte poser ma tête sur un oreiller. J’ai passé une mi-temps à hurler sur mes joueurs à chaque faux pas, sur les nerfs à attendre des infos du doc qui ne sont jamais venues. Devoir parler aux journalistes, rassurer tout le monde sur l’état de Kade alors que je ne sais rien est épuisant moralement. Même son père a réussi à m’appeler, à aligner deux mots pour que je lui confirme que son fils allait bien. Je l’ai fait. Je lui ai menti, dans l’immédiat c’est la seule chose que je peux faire, mentir à tout le monde et constater l’étendue des dégâts avant de prendre une décision.

    J’arrive devant la porte de la chambre de Kade, je prends quelques secondes pour calmer mes nerfs mis à rudes épreuves ce soir, mais j’ai l’impression de perdre du temps inutilement.

    Je fais quelques pas dans le couloir, je dois me calmer avant d’entrer.

    Des bruits proviennent du fond du couloir, je me tourne pour voir l’un de mes joueurs s’approcher. Je prends un masque serein et calme, le match est fini, Kade est censé aller bien, il n’y a rien qui doit me mettre en rogne.

     

    Coach ? m’interpelle Andrew une fois à ma hauteur.

     

    Je souris en voyant les pantoufles à ses pieds.

     

    Quoi ?

     

    Comment va Kade ? Je peux le voir ?

     

    Non, pas ce soir, il a besoin de repos.

     

    C’est ce que le médecin a dit. Dans l’immédiat il doit se reposer, laisser son corps évacuer le trop-plein de substance nocive et ménager son cœur.

     

    D’accord coach.

     

    Fox ne bouge pas pour autant, il baise la tête et se frotte la nuque comme s’il hésitait entre partir et me parler.

     

    Il y a autre chose ? je demande pour l’aider à faire son choix.

     

    Heu non-coach, je le verrais demain.

     

    Pourtant il est toujours là, à fixer la porte de la chambre de Kade et je commence à trouver son comportement étrange. Kade et lui son ami, il m’en parle parfois, il me parle de l’humour d’Andrew que j’ai déjà expérimenté à ‘l’entrainement. Peut-être sait-il quelque chose au sujet du dopage. Peut-être qu’il a remarqué ce que Kade faisait, peut-être qu’il a été un meilleur ami que moi.

     

    Fox, si t’as quelque chose à dire, fais-le. Ça restera entre nous.

     

    Il hésite. Je le vois, il est comme sur le terrain lorsqu’il n’arrive pas à cerner le jeu du joueur adverse. J’ai envie de le secouer pour qu’il l’ouvre mais ça ne servirait à rien. Je me fais violence et tente d’être patient.

     

    Non, rien coach.

     

    Il hausse les épaules et fait demi-tour. Je reste à l’observer jusqu’à ce qu’il franchisse la porte de sa chambre en espérant un revirement de situation, mais l’amitié entre ces deux-là doit être plus forte que je ne le pensais pour qu’il lui reste fidèle dans ce moment délicat.

    La porte de Fox se referme, je me tourne vers celle de Kade et après une grande inspiration j’entre sans même frapper.

    La chambre est plongée dans une semi-obscurité, seule une petite lampe sur la table de nuit du fond est allumée. Kade est allongé sous les couvertures, il est pâle et son regard est vitreux lorsqu’il le tourne vers moi.

    Mon cœur se brise de le voir ainsi, lui le guerrier, lui qui n’a jamais reculé devant un combat vient de perdre une bataille.

    Je reste aux pieds du lit à l’observer se redresser tant bien que mal. Tiraillé entre douleur et colère, entre l’envie de lui en mettre une pour avoir été si con et celle de le comprendre, de le réconforter et de l’aider.

     

    Ça va, il lance d’une voix caverneuse.

     

    Effectivement, il a l’air d’être prêt à retourner sur le terrain ! Bordel il tient à peine assis !

     

    Qu’est-ce que t’as foutu Kade ?

     

    Je le vois froncer les sourcils sous mon ton qui contient difficilement ma colère.

     

    Asher…

     

    Sa voix est à peine audible. Je détourne le regard en serrant les poings, mes yeux me piquent. Je ne le reconnais pas ainsi, ce n’est pas lui. Il a toujours été si vivant, si électrique…

    Je m’approche rapidement de lui en comprenant certaines choses, en me refaisant le film de notre relation et de lui sur le terrain.

     

    Depuis combine de temps ? Soit honnête Kade.

     

    Il m’observe ce qui me semble de longues secondes, durant lesquelles je me demande si un jour je l’ai déjà vue sans dope dans le sang.

     

    Depuis mon carton, il finit par répondre.

     

    Je me lève d’un bond en jurant, je shoot dans un coussin qui traine au sol.

     

    Calme-toi.

     

    Que je me calme ! Tu te dopes bordel, depuis des mois !

     

    Ça me regarde.

     

    Je reste estomaqué de sa réplique. Mes nerfs enflent de plus belle.

     

    Non, ça ne regarde pas que toi Kade, pas quand tu fais partie d’une équipe, pas quand je suis ton coach et qu’en plus… bordel de merde j’arrive même pas à comprendre que tu puisses dire ça !

     

    Je fais le tour du lit et me laisse tomber à ses côtés de nouveau, son visage est si fatigué.

     

    Qu’est-ce qui te dérange coach, que je me dope ou que tu n’aies rien remarqué ?

     

    J’encaisse la douleur dans ma poitrine qu’il puisse me penser si égoïste alors qu’il se détruit la santé pour je ne sais quelles raisons qu’il estime en valoir la peine. Ce qui me dérange comme il dit, c’est qu’il aurait pu y rester. Le doc a dit surdose d’un produit dopant. Une dose qui aurait pu lui couter la vie.

     

    Ce qui me dérange c’est que t’aurais pu crever ce soir. Ce qui me dérange c’est que ça fait des mois que tu me le caches, des mois durant lesquels toi et moi on s’est rapproché, des mois durant lesquels je pensais qu’on était autre chose qu’un coach et son joueur.

     

    Ça n’a rien à voir avec nous.

     

    Pourquoi tu l’as fait ? Pourquoi te doper ?

     

    Il ne répond rien, il se recouche et me tourne le dos.

     

    Demian on rentre à Londres, je convoque le staff en réunion extraordinaire et on te fout en désintox.

     

    Je me lève pour sortir.

     

    Non.

     

    T’as pas le choix Kade, c’est ça ou le renvoi. Même ton père ne pourra rien y faire.

     

    Il se tourne vers moi, son regard sombre me fusille, je sais que j’appuie là où ça fait mal mais il doit réagir, il doit se rendre compte de son état.

     

    Je ne te laisserai pas te détruire guerrier, quoi que tu dises ou fasse, je ne te laisserai pas.

     

    Il se tourne de nouveau, roulé en boule et mon cœur ne supporte pas cette vision. Mes nerfs me demandent de partir, d’aller écraser ma colère d’une façon ou d’une autre ailleurs mais mon cœur lui, il ne peut pas le laisser. Le voir si mal, seul et vulnérable me fait atrocement mal. Je cesse de réfléchir et me laisse porter par ce que je veux faire depuis le début. Je pose mes chaussures et ma veste puis je tire la couette et grimpe sur le lit, derrière lui. Kade ne dit rien, il me laisse m’installer contre lui, mon corps vient envelopper le sien, sa chaleur me fait suffoquer d’envie. Pas de sexe, juste d’être là, de prendre soin de lui, de le chérir comme j’aurais dû le faire il y a des mois de ça, quand il a cru que prendre des produits était la meilleure chose à faire. Je passe mon bras sous son corps et le ramène contre moi avec force. Mon visage contre sa nuque je respire son odeur en sentant les larmes monter. Devant son mal-être sur lequel j’ai été aveugle.

     

    Je ne sais pas pourquoi tu as fait ça, je chuchote contre sa peau, j’ignore les raisons qui t’ont poussé à te détruire pour être plus performant et ça me met en colère. Mais je suis là Kade. Je suis là et j’y reste, je ne te lâcherai pas. Jamais. Pas maintenant que je t’aime. Pas maintenant que t’as besoin de moi. Je suis désolé de n’avoir rien vu. Laisse-moi t’aider guerrier, laisse-moi être là pour toi.

     

    Kade se retourne dans mes bras, son visage me fait face, sa main se pose sur le mien et essuie la larme qui coule sur ma joue. Celle que je n’ai pas sentie se frayer un chemin hors de mon œil. Il pose son front contre le mien en soupirant.

     

    Moi aussi je t’aime.

     

    Son regard fatigué croise le mien et pourtant j’y lis toute la sincérité de ses paroles. Pourquoi elles ne sont pas venues avant, pourquoi on a attendu que l’un de nous soit en détresse pour s’avouer nos sentiments ? Pourquoi on attend toujours la dernière chance pour faire les choses bien ? Je l’ignore et j’ai déjà laissé une belle relation perdre cet instant, je ne recommencerai pas. Pas avec lui. Je ne ferai pas deux fois la même erreur et perdre ce que j’ai de plus beau sur cette terre. Cet amour, incompris, interdit mais qui me prend aux tripes. Je l’ai dans la peau et beaucoup plus profondément encore. Il envahit ma vie, il a compris mes démons, il s’est ouvert à moi et j’ai découvert un homme blessé qui tente de garder la tête hors l’eau. Pourtant je l’ai laissé couler. Mais j’irais le chercher. Même si je dois en perdre mon souffle je ne le laisserai pas seul dans les profondeurs sombres de son esprit.