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Inside Lines, Chapitre 21


 

Chapitre 21

Asher

 

 

 

Je sors sur le perron en entendant la voiture de Kade arriver. Je reste en haut des marches à le regarder se garer sous la neige qui tombe depuis quelques minutes. Il descend rapidement et me rejoint tout aussi vite. Il passe une main dans ses cheveux pour faire tomber les quelques flocons qui s’y sont installés puis on reste là à se regarder, éclairé par la lumière de la maison qui filtre à travers la baie vitrée.

Je suis nerveux à l’idée qu’il franchisse la porte, qu’il entre chez moi et dans ma vie un peu plus qu’il ne l’est déjà. Je sais que cette soirée va être étrange, que certaines choses vont être dites et que notre relation va prendre un nouveau tournant.

 

Qu’est-ce qu’il y a ? il finit par demander, tu m’as préparé un diner aux chandelles ?

 

Je tire sur son blouson et écrase mes lèvres sur les siennes pour lui faire enlever ce sourire suffisant qu’il arbore. Elles sont froides, mais se réchauffent au contact des miennes, tout comme nos corps qui se rapprochent.

 

Qu’est-ce que tu caches pour être aussi nerveux ? il demande plus sérieusement contre ma bouche.

 

Je m’écarte sans répondre et lui fais signe de me suivre. Je reste contre la porte, il entre puis je referme derrière lui. On passe le vestibule puis nous gagnons le salon. Il enlève son blouson en regardant autour de lui.

 

Tu veux une bière ?

 

Ouais.

 

Je pars dans la cuisine nous chercher deux bières, mais je reviens très vite, et reste en retrait pour observer ses réactions. Il fait le tour du grand canapé et se dirige vers la cheminée allumée où trônent au-dessus des dizaines de photos. Je repense au soir ou j’ai découvert son appart, à ma surprise de voir quelque chose de simple à cette époque où je ne connaissais pas encore bien mon joué. Maintenant je sais que Kade n’a pas besoin de grand espace et de tapis facturé à 6 chiffres, il a besoin d‘un foyer.

Je le rejoins et lui tend sa bière.

 

Ton frère est cool, dit-il en reposant la photo de ma fratrie prise à Noël dernier.

 

Comment ça s’est passé ?

 

Il a fait l’interview que Aaron réclamait. J’ignore ce qui a convaincu Kade d’y répondre hier, mais mon frère a réussi à le charmer, surement un truc de famille.

 

Bien, il est cash et j’aime autant ça. Je ne sais pas si son article aura un quelconque effet, mais au moins il en parle, rares sont les journalistes qui veulent traiter le sujet dans ce sens.

 

J’enfile une gorgée de bière en acquiesçant. Aaron n’a pas la langue dans sa poche, je sais aussi que c’est un sujet qu’il prend au sérieux. Cependant je l’ai quand même appelé pour qu’il me montre son travail avant de le publier. Il est aussi sérieux qu’il aime les scoops.

Kade boit sa bière observant la pièce, la main dans la poche de son jean.

 

C’est…chaleureux.

 

Ça l’est, c’est une vraie maison ou des gens ont vécu et on le sent.

 

Oui Gabrielle avait du gout, même si on ne venait pas souvent c’était quand même la maison familiale.

 

Je me disais bien que ce n’était pas de toi cette déco. Pourquoi t’as tout laissé comme c’était ?

 

Je détourne le regard sur le grand canapé Clair, sur les murs remplis de photos et de cadre, sur les gros coussins ou mon frère aime se vautrer.

 

Ici ce ne sont que des bons souvenirs.

 

Mon regard revient sur Kade qui me dévisage.

 

Je voulais les garder.

 

Je veux les garder, penser aux bons moments et pas au pire, garder une part de bonheur.

Kade prend une autre photo sur le dessus de la cheminée, près du feu on est loin d’avoir froid.

 

Elle est belle, dit-il tout bas.

 

Il touche le visage de Gabrielle sur une des photos prises à la plage où elle sourit, où elle est heureuse. J’inspire en sentant les questions aux bords de ses lèvres les révélations loin des miennes, qui pourtant vont devoir sortir. Il a le droit de savoir, il le doit.

 

Tu m’as dit que tu tenais encore à elle et quand on entre chez toi on s’attend à la trouver c’est…

 

Il secoue la tête en reposant la photo, mon cœur bat trop fort et la chaleur me fait transpirer. Je m’éloigne et gagne le canapé pour m’y asseoir.

Kade me rejoint et s’installe à mes côtés, le silence demeure encore quelques secondes puis la question sort.

 

Qu’est-ce qui s’est passé entre vous ? Pourquoi c’est fini Asher ?

 

Je fais tourner ma bière entre mes paumes moites, le stress me gagne, je ne sais même pas par où commencer. Pourtant chaque histoire a un début, la mienne s’apparente à la chute d’une étoile, rapide, violente jusqu’à l’écrasement final qui m’a terrassé et emporté Gabrielle avec moi.

 

Je suis persuadé de les avoir entendues se déchirer.

 

Je me tourne vers Kade, il me regarde perplexe.

 

Mes ligaments, quand ils ont lâché j’étais certain de les avoir entendus. Ce qui est stupide, il y avait une dizaine de mecs qui criaient sur la pelouse, et un stade rempli autour de moi.

 

Je lui souris stupidement, en sentant la peur augmentée et le souvenir de cette douleur au moment de ce corner, lorsque je me suis mal réceptionné. Une blessure stupide, une blessure qui m’a tout pris. Une blessure dont je parle rarement.

 

J’étais persuadé d’avoir entendue un « crac » sec et sonore, quelque chose de tangibles autres que la douleur.

 

Kade se rapproche, sa bière toujours à la main, la seconde sur mon épaule qu’il presse.

 

J’étais sous le choc, durant longtemps. J’ai consulté des dizaines de spécialistes et tous me disaient que je me remettrais, mais que la compétition à haut niveau s’était finie. Je ne voulais pas y croire. Le foot c’était ma vie, c’était tout ce que je savais faire, c’était ma raison de vivre. Fouler un stade, marquer des buts, faire partie d’une équipe, si je ne pouvais plus le faire, qu’est-ce qu’il me restait ? Rien, je n’avais plus rien je devais m’enterrer. Faire le deuil de ma vie de footballeur. L’empereur des stades était mort.

 

Je me lève et pose ma bière sur la table basse avant de déambuler dans le salon. Je n’ai jamais dit à quelqu’un qui ne soit pas un médecin ou un psy ce que je m’apprête à dire à Kade et c’est étrange cette sensation de se livrer, de donner le bâton pour qu’il me batte. Il ne dit rien, il me suit du regard et se contente d’attendre. Ce qui est encore plus étrange puisqu’il n’est pas patient habituellement.

 

Gabrielle était là, douce, patiente, compatissante, optimiste. Elle me disait que la vie continuait, que je n’étais pas mort. Elle m’a soutenue alors que j’étais au plus bas, elle m’aimait, même comme ça, même en étant plus un footballeur, alors que tout le monde avait déserté. C’est dans ces moments que tu vois l’importance que tu as pour les autres. Il y avait ma famille et Gabrielle, le reste je n’existais plus. Et je me sentais seul Kade, terriblement seul parce que même avec tout son amour, elle ne comprenait pas. Elle ne savait pas ce que ça faisait d’être quelqu’un, d’être un sportif toujours en mouvement et du jour au lendemain se retrouver oublié de tous et incapable de prendre une douche seul.

 

Kade me lance un petit sourire triste, lui sait ce que ça fait. Il le sait mieux que personne ce qu’on ressent lorsqu’on est acclamé par des milliers de personnes et qu’ensuite on rentre seul. Il l’a vécue durant toute sa jeune carrière. Jusqu’à moi. Jusqu’à ce que je préfère passer mes nuits avec lui, chez lui et qu’on trouve ensemble se réchauffement qui nous manque, qu’on le sache ou qu’on pense ne plus en vouloir. La solitude ronge les esprits. Elles les enveloppent et tissent sa toile sans qu’on y prête attention. Et, lorsqu’on prend conscience de sa présence, il est déjà trop tard, elle nous a avalés, voracement, en laissant seulement quelques miettes qu’on essaye de reconstruire. C’est ce que Kade est pour moi. Je le comprends de plus en plus, depuis l’autre soir dans ma voiture, quand il m’a parlé sous cette pluie. Les règles ont changé c’est certains, parce qu’on en a tous les deux besoin, se reconstruire ensemble, pouvoir faire confiance et être enfin apaisé.

Je reviens m’asseoir près de lui, comme un besoin de le savoir là, encore, parce qu’après peut-être qu’il partira.

 

Je comprends, il reprend, je n’imagine surement pas, mais je comprends Asher.

 

Je prends sa main posée sur son genou et la serre en baissant les yeux.

 

Non, ça c’est que le début de l’enfer.

 

Je lève les yeux sur son visage en inspirant.

 

J’ai déprimé et puis j’ai été en colère. Contre tout, contre tout le monde, contre moi surtout, contre le destin et contre Gabrielle. Sa compassion était pour moi de la pitié, sa gentillesse de la faiblesse, son amour de la connerie, je ne voyais plus rien de ce qui avait fait notre couple. J’étais un enfoiré qui lui criait dessus pour rien, je la provoquais pour des broutilles seulement pour passer mes nerfs sur elle. Et un jour, ma colère a été plus forte, j’ai perdu totalement le contrôle et je l’ai frappé.

 

Asher…

 

Laisse-moi finir Kade. Je l’ai frappé. Mon poing a frappé son visage et il ‘ma fallu deux minutes pour me rendre compte de ce que je venais de faire. Elle était allongée sur le sol du couloir, la main sur son œil, des larmes sur son visage et je restais là à le regarder sans comprendre ce qui était arrivé. Elle s’est relevée et elle est partie. Je ne l’ai pas revue durant trois jours. À me demander comment elle allait, comment j’ai pu frapper une femme, celle que j’aime de surcroit. Puis elle est revenue chercher des affaires et je me suis excusé, je l’ai supplié de rester, je lui ai promis que ça n’arriverait plus, que j’étais désolé. Elle m’a cru. Elle n’aurait pas dû me croire. J’ai recommencé, plus fort, plus violemment encore et encore jusqu’à la fois de trop, celle qui l’a conduit à l’hôpital.

 

Je me lève en sentant mes nerfs prêts à craquer alors que les souvenirs me submergent. Son corps étalé sur notre lit, le sang sur elle, autour d’elle, sur mes mains, ses cris qu’elle a dû pousser et qui ne m’ont pas arrêté. Rien ne m’arrêtait quand je perdais le contrôle.

Je vais jusqu’à la cheminée et regarde les photos de nous, heureux.

 

J’ai appelé une ambulance quand je me suis rendu compte qu’elle était inconsciente. J’ai cru qu’elle était morte, que je l’avais tuée. J’ai été arrêté, j’ai passé la nuit en garde à vue, j’étais dans le brouillard, je ne comprenais rien, je voulais juste qu’on me dise comment elle allait. J’ignore comment j’ai échappé à la presse et je m’en foutais, ce n’était pas important. Le lendemain mon frère m’a fait sortir. Gabrielle s’était réveillée, elle avait un traumatisme crânien, un bras cassé et des cotes fêlés.

 

Je me tourne vers Kade qui reste impassible sur mon canapé.

 

Tu sais la force qu’il faut pour briser un os ?

 

Il ne répond pas, je crois qu’il est sous le choc.

 

— Énormément. Je lui ai fait ça, à elle. À cette femme que j’aimais plus que tout, qui avait toujours était là pour moi, j’ai laissé la colère et la violence me transformer en monstre pour s’en prendre à elle. Il a fallu qu’elle soit à l’hôpital pour que je me rende compte de ce que je faisais, de ce que j’étais devenue et du mal que je lui aie fait. Il a fallu aller jusque-là pour que prenne conscience que je devais agir. Je me suis fait interner, mon frère m’a trouvé un centre sécurisé et anonyme. Je voulais être enfermé, ne pas pouvoir sortir et aller lui faire plus de mal qu’elle en a subi. Je voulais une barrière entre nous, réel, pas simplement des kilomètres. Et j’ai rencontré Caleb, un psy qui m’a aidé à comprendre mon problème et à le canaliser. Ça a pris du temps, des mois pour que je voie qui j’étais à présent. C’était dur, mais ce n’était rien face au calvaire de Gabrielle, rien du tout. Je n’étais plus personne et mon estime de moi après ma blessure n’a pas supporté ce choc. Et c’était à elle que je lui faisais payer mes erreurs, elle qui m’aimait encore malgré tout, alors que j’étais devenue une merde.

 

Je reprends mon souffle en sentant les larmes affleurées à mes paupières.

 

Je l’ai revue, des mois plus tard et…

 

Je me frotte les yeux en repensant à ce moment. Puis je sens les mains de Kade sur mon visage. Il est devant moi, et la honte me submerge. Je tente de me dérober, mais il me retient contre lui en me prenant dans ses bras.

 

Elle avait peur Kade, elle était morte de peur.

 

Je m’accroche à lui, je refoule les souvenirs que je ne veux pourtant pas oublier. Je veux qu’ils restent pour me rappeler de quoi je suis capable et combien j’ai fait du mal.

 

Il n’y a pas un jour où je regrette ce que j’ai fait. Mais elle m’a pardonné. Elle a réussi, j’ignore comment, à le faire.

 

J’écarte mon visage du corps de Kade pour regarder ses yeux et c’est à mon tour d’avoir une question qui me brule les lèvres. Une qui définira l’avenir de notre relation maintenant qu’il sait quel monstre dort tapi en moi et que mon contrôle me permet de le maintenir en captivité.

 

Est-ce que toi tu me pardonnes, Kade ?

Commentaires

  • Il se révèle enfin asher dur ce passage mais malgres tout émouvant vivement la suite pour la réponse de kade à cette question....

  • il le revele enfin mais bordel que c'est horrible ce qu'il a a fait a sa femme alors pardonner je ne sais pas mais pouvoir avancer sur l'honneteté en sachant tout c'est possible je l'espere mais je sais pas je pense que les filles nous reserve une grosse surprise et peut etre pas tres belle humm a suivre
    MERCI les filles

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