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Inside Lines, Chapitre 20


 

Chapitre 20

Kade

 

 

 

Un mois plus tard.

 

Je zieute la foule qui attend patiemment l’heure du début des dédicaces. Juliet, l’attachée de presse a fait les choses en grand. Elle a sélectionné quinze joueurs et nous a réservé un après-midi entier pour rencontrer nos fans. La queue est immense, elle sort même jusqu’à dehors et j’espère pour nos supporters que le temps va être clément avec eux.

Je referme la porte pour faire mine d’écouter les instructions de Juliet. L’équipe est presque au complet, même mon coach est là, avec quelques journalistes triés sur le volet, dont son frère, Aaron. Il discute avec lui dans un coin, ça à l’air mouvementé. C’est assez marrant de les voir se disputer presque dans le silence. Ash me parle très peu de sa famille, et parfois, j’aimerai savoir pourquoi il garde autant de distance.

Asher me regarde différemment depuis qu’il sait pour mon enfance douloureuse noyée sous la solitude. On n’en a pas reparlé précisément, mais je sens que mon entraineur a des questions. Tout comme j’en ai. J’ignorais qu’il avait perdu sa mère si jeune, il semble incarner la figure autoritaire de sa fratrie et ça ne m’étonne pas vraiment.

Je n’ai pas pu éviter les deux derniers brunchs du dimanche en famille qui n’ont rien d’un rendez-vous en tête à tête. Mon père en a profité pour m’exhiber devant ses amis, sans mentionner le talent de son entraineur. À quatre mois de la fin du championnat, Ash nous a menés aux portes de la dixième place. De quoi nous éloigner de la relégation.

La pression augmente, et nous le savons tous. Surtout les joueurs qui sont sous le feu des projecteurs, je suis retourné voir le doc avec Andrews pour changer les médocs, apparemment, les nouveaux tests anti-dopants les détectent et avec la possible sélection pour la coupe du Monde 2018, les yeux des entraineurs et de la fédération sont de partout. Il faut être très prudent, tout en continuant d’être performant. Je ne cache pas que les nouveaux médocs me font faire des yoyo émotionnels que je contrôle en épuisant mon corps de tous les efforts. Je n’ai pas eu à déplorer de nouveaux incidents sur le terrain lors d’un match, souvent je craque après. Asher semble avoir adapté un radar dans son regard, il sait quand je suis près de craquer. Il me sort des matchs quand mes nerfs n’en peuvent plus d’entendre des insultes et de résister à la provocation, me traine à part durant l’entrainement quand mes coéquipiers me chambrent un peu trop, et me laisse me défouler avec lui quand ce trop-plein d’énergie ne s’évacue pas.

Mon amant pense m’aider, il croit que c’est une manière de contrôler ma colère, il se trompe, ce sont les dopants que je prends qui me foutent dans cet état parce que lorsque je ne les prends pas, ça va, je me contrôle.

Grâce à lui, grâce à ce qu’il m’apporte, comme un soulagement.

 

— Est-ce que tu viendrais avec nous pour la soirée chez PENNY pour le 14 février ?

 

Je sors de mes pensées lorsque Drew, Tate et Chris me parlent. Je me tourne vers eux, ils sont tous les trois assis sur le canapé, un café en moi. Apparemment Juliet a fini de parler. Je n’ai rien entendu de ses instructions, j’espère que les gars auront été plus attentifs.

 

— J’ai sans doute d’autres plans, je déclare en résistant à l’envie de zieuter Asher qui discute avec son frère.

 

Un rire échappe Chris.

 

— Du genre ? souligne-t-il.

 

— Baiser, baiser, baiser et encore baiser, je soupire.

 

— Chanceux.

 

J’éclate de rire à mon tour face à la petite remarque de mon meilleur pote.

 

— J’ignore si je dois dire ça. Et nous savons tous qu’Andrew Fox emballera avant minuit à cette putain de soirée, pas vrai les gars ?

 

Mes coéquipiers acquiescent, amusés de ma réflexion. Les Gunners se sont faits à ma présence, on est même devenus amis avec certains. On sort après les entrainements, on se fait des soirées footballeur avec l’équipe, c’est agréable, même s’il persiste certaines tensions, je crois qu’Ash a réussi l’essentiel : nous faire former une véritable team. Il doit le regretter quand nos séjours pour les rencontres à l’extérieur se transforment en gag, où on ressemble tous à des gamins. Les attachés de presse ont de quoi faire de super making-of pour la fin de saison.

On discute encore de cette soirée, les gars ne me lâchent pas et veulent savoir ce que je vais réellement foutre, je les calme en leur disant que peut-être je passerai.

Mon attention se porte surtout vers mon coach au fond de la pièce. La conversation avec son frère semble… corsée.

Je romps les pas qui nous séparent et m’approche d’eux. À leur hauteur, j’entends des brides de leur échange.

 

— Laisse-moi faire mon boulot, déclare le frère Grant.

 

— Non, laisse-le tranquille.

 

— C’est juste quelques questions, pourquoi tu le défends ? rit-il. Je ne vais pas le bouffer ton gosse.

 

Gosse.

Je refoule la remarque me renvoyant en pleine gueule que je suis le petit jeune. J’arrive à leur hauteur, amusé de voir les deux frères se battre sans attirer l’attention des autres. Asher résiste à Aaron pour l’empêcher d’aller à ma rencontre. Dommage que j’ai fait le chemin.

 

— Un problème coach ? je lance.

 

Les deux hommes se figent, leur regard clair se tourne vers moi. Aaron Grant m’offre un large sourire en s’écarte de son frère qui soupire.

Il s’approche de moi en me tentant une main que je serre en signe de politesse.

 

— Je demandais à mon enfoiré de frère, si c’était possible d’approcher son petit protéger.

 

Je hausse un sourcil en lorgnant mon entraineur, alors comme ça, il tentait de m’éviter un tête-à-tête avec son frangin de journaliste ?

 

— Ça dépend pour quoi, je souligne.

 

Aaron semble diverti de ma remarque. C’est dingue comme il ressemble physiquement à son frère, avec quelques années de moins.

 

— Hé bien, depuis la soirée organisée pour GGG, je voudrais faire une interview de toi accompagné de Wade Perkins et de Nikki Jones pour (NOM MAGASINE), histoire de mettre en avant, des parcours comme les votre, participer à l’effort collection pour faire avancer les choses.

 

— Ton journal fait ça seulement pour vendre, soupire mon coach.

 

Aaron zieute son frère en prenant une expression amusée, tout en ignorant royalement sa remarque. Évidemment que (NOM MAGAZINE) le fait pour obtenir de la notoriété, mais tant qu’on parle du problème, et qu’on le fait bien, tout me va.

 

— J’avais espéré rajouter une quatrième personne encore inconnue sur le marché des révélations, mais ce dernier persiste à rester dans l’ombre.

 

Si ça, ce n’était pas un pic dédié à Asher.

 

— Je suis d’accord, je réponds. C’est même une excellente idée.

 

Asher me jette un regard noir en secouant la tête, visiblement, l’idée que je me retrouve en face de son frangin quelques heures le dérange vraiment.

Pourquoi ?

 

— Je ne veux pas que ce petit con dérange mon joueur en pleine phase préparatoire pour la dernière ligne droite du championnat, se justifie Ash.

 

Avec Aaron, on lui jette un coup d’œil amusé face à sa connerie. Son frère se penche vers lui

 

— Dis, il n’y aurait pas un truc pour que tu le défendes à ce point, genre une histoire croustillante sur lui ou sur toi…

 

Asher jure en levant les mains en signe de défense.

 

— Arrête de voir des scandales sexuels de partout.

 

Il bouscule son frère en rejoignant les autres à l’autre bout de la pièce pour conclure cette conversation. Je me retrouve en tête à tête avec Aaron qui semble se retenir de rire Je connais très bien Aaron Grant, le journaliste aux reportages sportifs sulfureux et qui emmerdent. Ce mec est aussi électrique que son frère.

 

— J’aime l’emmerder, m’explique Aaron, je ne comprends pas pourquoi il ne voulait pas me mettre en contact avec toi. Je commence à penser qu’il a un petit faible pour toi.

 

Il dit ça sur le ton de la plaisanterie, sans doute, il ignore que je sais pour l’attirance d’Ash envers les hommes. On peut tout dire sous couvert d’humour.

Je suis intrigué que mon coach voulait me « protéger » des questions de son frère de journaliste. C’est surprenant comme comportement.

 

— Il se réserve l’exclusivité de nos réponses, je plaisante à mon tour.

 

— Je crois qu’il t’aime bien, même si tu le bastonnes à l’entraineur, souligne Aaron.

 

Un rire léger me gagne face à cette remarque, je passe une main dans mes cheveux en souriant. S’il savait.

 

— Quand veux-tu faire cette interview ? je demande.

 

Le journaliste fouille dans ses poches et sort une carte presse qu’il me tend.

 

— Quand tu es dispo, appelle-moi et on s’arrange. Merci beaucoup.

 

— Je le ferais.

 

— Tu pourras me raconter à quel point mon frère est génial comme entraineur, plaisante Aaron.

 

— Ou pas, je rétorque, amusé.

 

Je lui adresse un clin d’œil, au même moment, Juliet m’appelle pour que je rejoigne les autres. Je salue Aaron, et pars faire mon boulot, sous le regard de mon entraineur qui bouillonne.

Pourquoi craint-il autant un tête-à-tête avec Aaron ? J’ai plusieurs idées en tête, donc celle qui me touche le plus : l’idée qu’il veuille me protéger d’un quelconque scandale.

 

***

 

Ça fait une bonne heure que nous signons avec les gars. On a vu défiler des enfants, des ados ou des grands fans de toujours des Gunners. Il faut un certain contact avec les gens pour être à l’aise, et ce type de rencontre ne m’a jamais dérangé.

 

— Alors Kyle, qu’est-ce que tu aimerais plus que tout aujourd’hui ? je demande en signant son maillot.

 

Le petit garçon doit avoir douze ans au max. Il est timide et c’est assez mignon de le voir rougir avec ses lunettes, sa maman derrière lui nous sourit en prenant des photos.

Je lui lance un clin d’œil en attendant sa réponse.

Il zieute sa mère, elle lui caresse l’épaule, comme pour lui donner le courage de répondre.

 

— J’aimerai bien faire signer mon maillot à l’Emperador, me répond-il d’une voix timide.

 

Il me montre d’un signe de la main, Asher qui se tient avec Juliet et son frère qui prend des notes de la rencontre. Tout le monde l’a vu, mais jusqu’à présent, personne n’a osé l’aborder ou demander une photo.

Je souris, l’idée qui me traverse l’esprit va être totalement détestée par mon amant, mais ça fait partie de notre deal : vivre dans l’instant, sans se prendre la tête, sans réfléchir.

Il va me haïr de l’afficher à ce point.

 

— Hé bien, je crois que ça va pouvoir se faire, je réponds à Kyle.

 

Je me penche sur la table d’Andrew qui signe des petites culottes, attrape le micro pour parler à la foule. Je me lève, toute l’attention se porte sur moi, je souris comme un gamin en imaginant la gueule que mon coach va faire.

 

— Chers supporters, j’ai l’immense surprise de vous dire qu’un invité va se joindre à nous. L’équipe et moi sommes ravis de vous annoncer qu’un homme de talent, en plus d’être un joueur d’exception, va venir prendre une chaise à mes côtés et signer comme n’importe qui. Parce qu’il n’est plus seulement une légende, mais est désormais un coach, chers fidèles, cet après-midi, Asher Grant, l’Emperador des stades d’Europe signera également vos maillots.

 

Une effervescence nait autour de nous. Les fans expriment leur joie, ils appellent Asher et l’élan se poursuit jusqu’à dehors, ne lui laissant pas le choix.

Je pose le micro me rasseyant, maintenant que j’ai mis ma merde, je suis satisfait.

 

— Depuis quand tu vantes les louages du coach ? souligne Drew en se penchant vers moi.

 

Depuis que je le baise, depuis que j’ai appris à le connaitre et surtout, depuis que nous sommes différents ensemble, j’ai envie de répondre.

Je me contente de sourire en me tournant vers Kyle qui a les yeux humides d’émotions en voyant sa star s’approcher de nous. Je sens le regard lourd de tension d’Asher dans mon dos, une tension palpable nait entre nous, un frisson me gagne lorsque sa main trouve mon épaule qu’il serre. Mon cœur s’emballe quand nos regards se croisent, Ash me promet de se venger. Pas besoin de mot pour le comprendre, je vais sans doute le payer cher, mais je ne pouvais pas le laisser dans l’ombre.

 

— Alors mon grand, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? demande mon coach.

 

On lui apporte déjà une chaise pour qu’il s’installe à mes côtés. Kyle ne me calcule plus, je souris en faisant signe à un autre gamin de venir. J’observe du coin de l’œil mon amant renouer avec un passé qui lui plaisait. Un sentiment plaisant m’envahit, celui de faire quelque chose pour une personne importante. Même si j’ai usé de ruse, lui aussi mérite son moment de gloire. Asher est toujours aimé, toujours respecter, même si on essaie de ruiner sa carrière. Il est toujours ce grand joueur qu’on admire et qui interpelle les foules. Il mérite de partager cet instant avec nous, d’être encore l’Emperador et pas seulement le Coach Grant.

 

***

 

Quand on arrive devant chez moi, il pleut des cordes à l’extérieur. La pluie s’abat avec violence contre le parebrise de la voiture d’Asher. Mon entraineur coupe le moteur, il n’a pas été très bavard depuis qu’on a quitté la boutique privatisée pour notre séance de dédicaces. Il avait l’air heureux de partager un moment avec nous. Même si comme d’habitude, Ash gardait une certaine réserve, du coin de l’œil, j’ai cru apercevoir à certains moments, l’émotion.

 

— Tu as toujours envie de me frapper pour tout à l’heure ? je déclare sur un ton amusé.

 

Mon entraineur n’a pas cessé de me jeter des regards noirs suite à ma petite intervention durant la séance de dédicace. Je suis fier de m’être comporté comme un connard. J’ai saisi l’instant, sans me poser de questions, pour lui.

 

— Tu es un petit con, lâche-t-il en esquissant un léger sourire.

 

— Il fallait que je le fasse, je rétorque, tu ne pouvais pas rester dans ton coin.

 

Asher est venu en solidarité, comme le fidèle coach qu’il est. La première grande dédicace de son équipe, il ne pouvait pas être chez lui. J’ai été surpris qu’il soit présent, mais ça va avec le personnage. Ash est dévoué en plus d’être passionné.

 

— Je n’avais pas eu un tel contact avec des supporters depuis des trois ans, m’avoue-t-il d’une voix lourde.

 

Son regard se tourne vers la pluie, l’atmosphère dans la voiture devient plus tendue, je résiste à l’envie de le toucher pour le ramener dans la réalité. Je me demande même s’il va me suivre aujourd’hui. Ash ne rentre quasiment plus chez lui. Pourtant, ce soir, j’ai l’impression que la solitude le tente.

Cette journée ne l’a pas laissé indifférent. Ce n’est pas facile pour lui cette situation. Continuer à être aimé comme un joueur quand on en n’est plus un. Ash était tendu comme jamais durant notre conversation avec son frère. Ce mec est un vrai journaliste. Il a flairé un truc, et même si nous sommes deux bons comédiens, j’ai remarqué comme cette situation l’avait secoué.

Sa famille sait qu’il est bi apparemment, mais il y a toujours autant de zones d’ombres. Mon coach reste secret avec ses pensées, les gardant pour lui, même si elles le trahissent sur son visage.

Personne ne bouge ou ne dit quelque chose durant de longues minutes.

 

— Qu’est-ce que tu fais pour la Saint Valentin Coach ? je lance en plaisantant pour rompre ce silence.

 

Je dévisage Asher avec son air sérieux. Ses doigts pianotent son volant.

 

— Rien.

 

Mon cœur s’emballe à l’idée qui me gagne. Parler avec Drew et Tate du 14 février a fait naitre un tas d’idées dans mon esprit. Je n’ai jamais été avec quelqu’un. Je n’ai fait que cumuler les petites histoires sans véritable lendemain, je ne peux pas dire qu’avec Asher se soit différent, mais ça fait plus de trois mois qu’on a adopté notre fonctionnement interdit et excitant, celui qui flirte avec la « légalité ».

Je respire vite, un sentiment d’incertitude me gagne, on est dans le flou lui et moi, difficile de savoir quand est-ce qu’une limite peut être franchie.

 

— Est-ce que ça fait trop… officiel si je te fais une proposition indécente ? je demande d’une voix à peine audible.

 

Asher se raidit face à ma proposition. Il se tourne vers moi, ses yeux clairs me scrutent avec sérieux.

Ça pue le roussie.

 

— Kade… commence-t-il.

 

— Genre, toi, moi, pas de fringues, ce que tu veux à bouffer, et une soirée à baiser. Pas d’étiquette, pas de demande en mariage, pas d’engagement, juste… emmène-moi chez toi. Passons la soirée ensemble et parlons, je conclus en déconnant pour alléger cette ambiance étouffante.

 

Mais mon coach devient nerveux, comme si je lui avais demandé de m’épouser. Je jure intérieurement, il fait un pas en avant en me disant un soir qu’on s’en fout des règles et le lendemain, il revient sur ses propos. Je suis surpris de ressentir de la frustration doublée de l’agacement.

Pourtant, je tente de refouler la soudaine colère qui me gagne, pour faire un effort, contrôler ce rejet qui m’agace.

 

— Dépassons encore quelques limites, Asher. Jouons hors de notre surface de réparation et voyons qui marquera un but. Peut-être que ce match-là sera nul, et peut-être même que nous ne serons plus deux adversaires l’espace de quelques heures.

 

En voyant le silence d’Asher, je me demande si je ne vais pas rappeler Drew pour lui dire de me réserver une place à la table des célibataires pour la soirée où Cupidon nous a oubliés.

Je le fixe, mon coach semble perdu dans des pensées tristes. L’organe dans ma poitrine se serre.

Dis quelque chose, Ash.

Mais rien ne vient.

 

— Je n’aurai pas du dire ça. Apparemment, il n’y a que toi qui puisses franchir les limites quand ça te chante, je rétorque sèchement.

 

— Kade.

 

— Arrête de dire « Kade » sans rien dire après ! je m’emporte.

 

Son silence m’a blessé et me prouve que je me suis un peu trop emballé. Depuis la soirée pour l’association, je pensais qu’on avait eu un tournant. Je commence à croire que j’ai eu tort de le penser. Si je me suis ouvert à lui, Asher lui, reste toujours un mystère malgré ses quelques confessions. Le manque d’indication sur ce que nous sommes en train de devenir ravive d’autres blessures. Je peux jouer à n’importe quel jeu tant que les règles s’y tiennent, mais dès qu’on franchit une limite, je suis perdu.

Asher ferme les yeux en passant une main dans ses cheveux, il semble confus, mais pas un mot ne sort de sa bouche.

Ce n’était qu’une putain de soirée.

La colère bat dans mes veines, je la laisse gagner du terrain.

 

— Oh et puis va te faire foutre, passe le 14 février seul comme un con avec ta main gauche. Merci pour ce charmant rappel que nous ne sommes qu’une histoire de cul.

 

Je lui fais un doigt d’honneur en le traitant de connard glacial, j’attrape mon sac à mes pieds en ouvrant la porte de sa voiture, prêt à me barrer et à le laisser seul comme un con, quand sa main saisit mon bras pour me tenir.

Je me fige. La pluie commence à me mouiller, pourtant je ne résiste pas à sa prise. Je me tourne vers lui, son regard croise le mien.

 

— Je suis désolé, s’excuse-t-il.

 

— De quoi es-tu désolé ? je rétorque sèchement.

 

— De ne pas savoir où nous en sommes. Ça me fait flipper Kade.

 

Je me fige en l’entendant me dire ça. Je reste comme un idiot à le dévisager, le cœur battant sous la surprise de cet aveu auquel je ne m’attendais pas. Je savais Asher mal à l’aise avec l’engagement et les histoires amenant à plus. J’avais conscience que notre relation lui faisait penser à la plus grosse mise de sa vie concernant la table de poker d’une vie, mais pas qu’il en était effrayé.

Voyant mon silence, mon coach poursuit ses explications, sa main reste toujours sur mon bras, comme s’il craignait que je me tire avant d’avoir entendu la suite.

 

— Ce n’est plus qu’une simple histoire de cul, et tu le sais. On… a besoin d’être avec l’autre. Et ça dépasse vraiment les limites.

 

— Ça dépasse les limites parce que tu les as franchis le premier en passant ta vie chez moi, et avec moi. Tu as établi des règles, on les a respectés avant que tu ne les envoies se faire foutre. Ce n’est pas de ma faute si en te laissant aller, tu découvres que c’est bon de vivre, je renchéris avec conviction.

 

La tension entre nous devient plus que palpable, il règne dans l’air, un soupçon de méfiance et de crainte.

 

— On ne devait pas s’attacher à l’autre et c’est ce qu’on est en train de faire. Je ne veux pas m’engager avec quelqu’un, Kade, j’ai déjà donné…

 

Il y a des « mais » silencieux qui résonnent cependant, mais je ne les écoute pas. Je ne vois qu’Asher qui constate qu’il est attaché et en bonne voie pour prendre un tournant dans notre situation qui l’effraie.

Je l’affronte durement du regard.

 

— Je ne t’ai rien demandé.

 

— Tu me demandes de passer la soirée de la Saint Valentin avec toi…

 

Je lève les yeux au ciel face à ses propos.

Parce que j’avais juste envie d’être avec toi, idiot.

Je ne prends pas la peine de m’expliquer, il n’a visiblement pas compris.

 

— Passe une bonne soirée coach ! je conclus d’un ton sec en ouvrant la portière et en sortant pour de bon, réfléchis à tout ça, puisque ça te tourmente autant et que tu ne comprends rien.

 

Je ne cherche pas à lui donner une seconde chance de parler. J’ai pigé : Ash s’enfonce avec moi dans une histoire qui dépasse le cul, il vient de le comprendre et soudainement, ça l’effraie. Est-ce parce qu’il a compris que moi aussi, j’étais dans le même état que lui.

La pluie me glace le sang quand quelques gouttes trouvent le chemin de ma nuque. Je marche d’un pas rapide vers l’entrée de mon immeuble.

Au moment de rentrer chez moi, j’hésite. Sous la pluie battante, mes fringues commencent à se tremper.

Ma réaction n’a rien d’adulte, j’assume toujours mes choix. Toujours mes envies, je ne fuis pas.

Je jure, on n’a pas fini cette conversation.

Je rebrousse chemin, Asher n’a pas redémarré, comme s’il s’attendait à me voir revenir. Je contourne la voiture de mon coach, je vérifie qu’il n’y a personne dans la rue et ouvre sa portière d’un geste violent.

Je croise le regard surpris de mon entraineur, ses mains sont crispées sur le volant, la pluie me trempe, et lui aussi terminera mouiller.

Bien fait pour ta gueule.

Je l’affronte durement, ma voix est sans appel quand je lui avoue ce que je pense.

 

— Et puis merde, j’ai envie de franchir ces limites. Elles ne me conviennent plus. Moi aussi, ça me fait flipper, je crains de trop m’attacher au connard que tu es et que tu t’en ailles comme les autres le font sans cesse. Mais je ne réfléchis pas. Je fonce parce que j’aime être avec toi, j’aime trop ça alors que je te détestais il y a quelques mois. Parce que lorsque nous sommes ainsi, il n’y a pas de joueur, pas de coach, juste toi et moi. Asher, tu flippes trop. C’est moi qui devrais être terrorisé à l’idée de vouloir quelqu’un. Pourquoi tu ne veux pas plus ?!

 

Mon compagnon me dévisage longuement.

 

— C’est ce que tu veux, plus ? m’interroge mon coach, la crainte dans la voix.

 

— On a déjà plus que ce qu’on devait obtenir au départ, je lui fais remarquer.

 

La pluie continue de me tremper. 

Je l’entends, ce reproche tourner autour de nous. Celui qui dit : notre marché ne supposait pas qu’on devienne plus que des potes de baise. Le hic ? C’est qu’on ne contrôle pas l’addiction et l’attachement envers quelqu’un. Plus je passe du temps avec l’Emperador, plus j’ai envie d’en savoir plus sur lui, d’apprendre à le connaitre, comme un homme, comme un amant.

Je l’observe sans essayer de montrer ma déception, quand Asher me surprend en refaisant ce pas vers moi.

 

— Ne vas pas à cette soirée de célibataire.

 

Son regard croise le mien, j’y lis la sincérité.

 

— Ne me dit pas non à une soirée chez toi, on s’en branle de la Saint Valentin, c’était pour… nous occuper ce soir-là.

 

Mon coach acquiesce. Il se détache, sort du véhicule malgré la pluie, il me rapproche de lui en attrapant ma veste.

 

— Ton regard sur moi changera quand je t’en dirai plus sur moi. Et cette perspective ne me rassure pas.

 

Ma main glisse dans sa nuque, je le rapproche de moi, son front se pose contre le mien. Je suis trempé et je commence à grelotter de froid, mais je refuse de bouger, de briser ce moment.

 

— Si tu avais connaissance de tous mes secrets, ton regard aussi changerait, je murmure doucement ni toi ni moi sommes parfait, ne l’oublie pas. Je veux tout savoir de toi.

 

Si tu savais pour la drogue que je prends pour les matchs, maintenant que je t’ai prouvé qu’à l’entrainement, je tenais la route. Si tu savais pour ça, tu ne me verrais plus comme ton guerrier, mais comme un lâche.

On a tous droit d’être effrayés à l’idée de la réaction des autres concernant nos secrets, mais j’ose espérer que nos similitudes pourraient nous aider à nous comprendre.

 

— Où on va Kade ? me demande Ash en inspirant difficilement.

 

— Tu dirais droit dans le mur, quand je te répondrai, là où la vie va nous porter. Peut-être que ça ne durera pas plus qu’une saison, peut-être qu’il y aura plus, mais si nous sommes dans cette situation, ce n’est pas pour rien.

 

On ne peut pas détester quelqu’un sans raison, le désirer si ardemment et avoir besoin de lui en prétextant que c’est du vent.

 

— Viens chez moi le 14.

 

Je souris contre lui. J’ai remporté cette mi-temps.

 

— Tu ne le regretteras pas, je réponds sur un ton suggestif.

 

Je compte bien mettre à exécution ma proposition. Puisqu’on doit vivre dans notre huit clos, autant le rendre des plus intéressants.

Asher semble toujours préoccupé, si je suis quelqu’un de « torturé », il n’est pas mieux.

Qu’est-ce que tu caches d’aussi inquiétant ? j’ai envie de lui demander.

 

— Je l’espère, murmure mon coach, soucieux.

 

— Est-ce que tu montes ? je demande d’une voix rauque.

 

— Non, j’ai rendez-vous avec les avocats pour un diner d’affaire, déclare mon coach, ravi.

 

Je me raidis à cette mention. J’avais oublié que c’était ce soir.

 

— Il y aura mon père ?

 

Asher soupire en acquiesçant, il n’est toujours pas sorti de l’auberge avec cette histoire. La femme n’aide pas, elle fait trainer les choses, acceptent des shows télé et participe à des articles. Deux autres scandales ont éclaté au cours de ses dernières semaines, des femmes levant le silence concernant les infidélités d’autres footballeurs ayant conduit à un enfant.

Peut-être que c’est la vérité, mais je trouve cela incroyablement scandaleux de venir laver son linge sale en public, surtout si ces accusations sont des mensonges. Ça peut détruire la vie de quelqu’un.

 

— Si tu veux passer après, n’hésite pas, je termine sur un ton compatissant.

 

Je l’embrasse une dernière fois. Mon coach saisit mon pull sous ma veste, il me garde contre lui, nos respirations se mélangent et ce sentiment familier nous gagne. Celui qui fait vriller mon cœur et m’inspire des envies plus qu’interdites. J’oublie la pluie, j’oublie que nous sommes en pleine rue.

 

— Il était plus simple de te détester Kade, m’avoue-t-il.

 

Je lui adresse un dernier regard en comprenant parfaitement. Nous avons franchi plus que des limites, nous avons dépassé les lignes pour succomber à quelque chose de plus fort, là où il n’y a ni coach ni entraineur, juste deux hommes.

Commentaires

  • aie aie aie je sens que ca va faire mal
    MERCI pour ce chapitre les filles

  • Cc les filles,
    En gros c'est beau mais qu'est ce que ca va etre le bordel wahooo
    Merci
    Bisous

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