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Inside Lines, Chapitre 14


 

Chapitre 14

Kade

 

 

 

Je souris comme un idiot en découvrant le projet d’Avril. Cette nana est géniale. Elle vient d’avoir une idée qui va permettre à l’association d’être mise sous le feu des projecteurs. La charte de cette soirée promet de beaux gestes pour les causes inscrites. Mon amie ne veut pas seulement faire changer les mentalités dans le football, elle veut aider les jeunes qui aiment ce sport et qui se font rejeter en dehors de chez eux en plus du terrain.

Je relis une dernière fois

 

— J’ai contacté les groupes de supporters de plusieurs équipes de Premier League, ils m’ont tous répondu présents, m’explique Avril.

 

— C’est une excellente nouvelle, je réponds avec sincérité.

 

Quand je suis arrivé à l’association cet après-midi, j’ai senti qu’il régnait une tension particulière dans les lieux. Avril était nerveuse et j’ai fini par lui demander pourquoi. Quand elle m’a appris qu’elle aimerait organiser une soirée caritative au profit de l’association en invitant le gratin footballistique des environs, elle semblait inquiète de ma réaction.

Au contraire, plus de gens se mobilisent, moins les enfoirés se sentiront comme étant le centre du monde.

 

— Tu viendras ? me questionne-t-elle.

 

— Tu me poses sérieusement la question ?

 

La belle blonde acquiesce en remballant ses invitations. Elle n’en garde qu’une, la mienne, qu’elle me tend. 

 

— Évidemment que je viendrais.

 

Les inscriptions sont de cent livres. Et les joueurs participants sont dans l’obligation de remettre à l’association un de leur maillot qui sera mis aux enchères. Avril fera signer le t-shirt officiel des GGG à toutes les stars et le mettra en vente avec un ballon de Premier League dédicacé. Ce sera le gros lot de la soirée.

Mon amie a une chance que ça marche parce qu’elle a un nom et un carnet d’adresses. Elle n’hésite jamais pour s’en servir à d’autres occasions, je suis ravie qu’elle le fasse là. Elle met en plus sur le fait accompli certaines grosses pointures en annonçant ça publiquement.

La soirée se déroulera fin janvier. De quoi bien débuter l’année.

 

— Tiens, voilà une liste d’invité provisoire pour l’instant, peux-tu me dire ce que tu en penses ?

 

Je saisis la feuille, et un rire jaune m’échappe. Certains joueurs font bons samaritains mais sont aussi homophobes que les plus extrémistes supporters.

Je chope un crayon et commence à barrer des noms. Mon amie scrute ma note de texte pendant que je termine de faire le tri.

 

— « Les gros connards de Premier League », lit-elle à voix haute.

 

— Ouais, ne les invite pas. Ils joueront peut-être le jeu pour que ça leur apporte une bonne pub, mais ils ne sont pas sincères.

 

Avril ne discute même pas, elle sait que je ne fais rien par vengeance ou pas malhonnêteté.

 

— Entendu.

 

Un autre sourire satisfait se dessine sur mon visage. Nous sommes au calme dans son bureau, il pleut des cordes et les gamins n’ont pas pu venir jouer. J’ai décommandé un rendez-vous avec mon agent, moins je le vois, mieux je me porte. Nous ne sommes pas amis contrairement à d’autres joueurs. J’ai réussi à dégoter le numéro de la sœur de Wade Perkins, mais c’est de plus en plus compliqué pour se faire représenter par elle. Je vais devoir travailler dur pour mériter un agent comme ça.

 

— Et tu as des suggestions pour d’autres invitations ?

 

Je n’ai pas le temps de lui répondre que mon portable sonne. C’est un numéro inconnu. Je n’hésite pas, j’attends un appel et à chaque sonnerie, j’espère secrètement qu’Asher m’appellera. Ça fait deux jours qu’il me l’a promis.

 

— Allô ? Je lance en commençant à griffonner des noms.

 

— Kade ?

 

Mon cœur s’emballe lorsque je capte cette voix rauque et virile, celle qui donne des ordres sur un stade et promet d’en faire autant dans un lit. J’ai eu un aperçu éloigné de ce qu’Asher pouvait dire en gémissant. Mon cerveau aimerait l’entendre de nouveau, mais différemment. Que son corps soit contre le mien, sa tête enfouie dans mon cou, à porter de mon attention. Qu’est-ce que son souffle contre ma peau donnerait ?

 

— Coach, je finis par répondre au bout d’un instant de silence.

 

Je tire sur mon jean en sentant ma queue réagir aux pensées hot de mon esprit. Je deviens fou depuis qu’on a couché ensemble. Je veux tellement plus. Jamais je n’ai désiré un plan sexe autant que mon entraineur. Son regard sur moi est persistant, cette attirance nous tourne autour, ne demandant qu’à exploser. Et cette tension, bordel, cette tension, je la déteste autant que je l’aime.

 

— Es-tu disponible ce soir ? me demande Asher sans hésiter.

 

Comme d’habitude, il est concis. Sa demande me remplit d’un sentiment d’impatience. Il a tenu parole.

 

— C’est un rencard ? je plaisante sur un ton légèrement arrogant.

 

Si tu crois que je vais courir dès que tu me sonnes.

Asher soupire en comprenant que ça ne sera pas si simple. Même si j’ai réclamé cette conversation, même si je crève d’envie de cesser ce manège, je veux qu’il rampe, vraiment. Ça compensera la putain d’humiliation qu’il m’a fait vivre en m’ignorant et en se barrant comme un sauvage.

 

— Je t’ai promis des explications, je pensais que le faire en tête à tête serait moins impersonnel qu’au téléphone. J’y tiens.

 

Je ne doute pas un instant de sa sincérité, j’entends à sa voix qu’il en a gros sur le cœur. Son ton n’est plus sûr de lui.

Je soupire, je calme mes ardeurs en me rappelant la merde qu’il doit affronter avec cette histoire de gamins illégitime.

 

— Laisse-moi réfléchir…

 

C’est tout réfléchi, me coupe-t-il, je le sais.

 

— Tu lis dans les pensées ? je lâche d’une voix plus légère.

 

J’imagine Asher dans son bureau, ou chez lui, assis quelque part, une main dans ses cheveux bruns.

 

— Je sais que tu meurs d’envie de me voir ramper.

 

Je laisse échapper un petit rire. Il n’a pas tort.

 

— C’est d’accord, je conclus.

 

— OK.

 

Silence.

Nous hésitons tous les deux. Avril fait mine de ne pas m’écouter en s’occupant, mais c’est une fille curieuse, et les filles curieuses tendent l’oreille pour tout savoir.

Pourquoi ce soudain malaise ? Est-ce qu’Asher réfléchit au meilleur endroit pour me voir ? Chez lui, ne semble pas être une option, sinon, il me l’aurait déjà proposé.

D’accord, on ne souillera pas son antre.

 

— Tu n’as qu’à venir chez moi, je finis par proposer. Comme ça, si tes propos ne me plaisent pas, j’aurai le plaisir de te mettre dehors.

 

— Entendu.

 

Asher me demande mon adresse, je lui donne rapidement. Mon coach devient nerveux, il raccroche rapidement en me saluant. Je reste comme un con suspendu à mon téléphone en entendant le silence à mon oreille. C’était… étrange.

Redoute-t-il cette rencontre ? Je commence à le croire. Si j’assume pleinement ce que je ressens, Asher ne semble pas être du même avis que moi. Il a un souci avec notre attirance. J’ai pigé qu’il désirait des mecs, mais je me demande si sa bisexualité ne lui pose pas des problèmes.

Ouais cette conversation sera bénéfique.

 

— T’as un rendez-vous ? me demande Avril dès que je pose mon portable sur son bureau.

 

Je lui jette un coup d’œil désespéré. Je ne peux en parler à personne. Je pourrais en parler à Avril, mais tant que je ne sais pas ce qu’il va se passer avec Asher Grant, il ne se passe rien.

J’acquiesce pour répondre à sa question, mais je ne m’étale pas. Je termine ma liste. J’ajoute ceux que je connais bien.

 

— Et voilà, je conclus vingt minutes plus tard.

 

— Merci Kade.

 

— Surtout, dans ton communiqué de presse, dis un truc du genre « les joueurs les plus tolérants de Premier League se joignent aux associations LGBTQ et de lutte contre le racisme pour une soirée caritative ».

 

— Ne jamais employer le terme gay, je sais, plaisante-t-elle.

 

Je récupère ma veste en cuir et me lève. Je vais devoir y aller. J’ignore à quelle heure va passer Asher, s’il compte rester plus que le temps de ses explications. Je dois rentrer chez moi.

Je salue mon amie qui peut enfin commencer à envoyer ses invitations maintenant qu’elle a une liste plus ciblée. Je l’embrasse, elle me promet de me sortir le week-end prochain pour me faire oublier mes derniers jours de merde. Entre Asher et mon père, ce n’est pas la joie.

Je chasse ses idées noires ramenant à la solitude. Quand je sors des locaux de GGG, un sourire nait sur mon visage.

Ce soir, je vais enfin savoir ce que mon coach veut. Et ça, ça ne peut qu’être le divertissement le plus excitant de ma semaine.

 

 

***

 

 

Asher est précis. À vingt heures, il sonne à ma porte. Je ne prends pas la peine de mettre mon film sur pause, je baisse légèrement le son, ça nous fera un brin d’ambiance si jamais nous restons dans un silence pesant.

Quand j’ouvre la porte, je me fige. J’ai rarement vu Asher en civile. Il est toujours en survêtement conforme pour les entrainements et un costume pour les matchs. Mal rasé, en jean et pull, avec une veste en cuir légèrement cintré, il est à tomber.

Je ne peux m’empêcher de le dévisager de la tête au pied. Asher fait si viril, il dégage quelque chose de vraiment sexy.

Je déglutis avec difficulté en essayant de masquer mon excitation en le voyant. Ça me fait l’effet d’une bombe.

 

— Je peux entrer ? demande mon coach.

 

J’acquiesce comme un imbécile en m’écartant. Merde, même son parfum me fait ressentir quelque chose.

 

— Des bières ? je souligne en voyant le pack dans ses mains.

 

— Comme si tu ne sortais pas et ne buvais pas, déclare mon entraineur en entrant.

 

Il me jette un coup d’œil amusé, je souris, à certains moments, il m’arrive d’oublier qu’il a été à ma place un jour.

Je ferme ma porte, Asher pose les bières sur ma cuisine qui est directement à sa droite. Mon appart est pratique. La cuisine est ouverte et donne sur le salon. Il y a un petit couloir allant vers les deux chambres et les salles de bains. La déco est chaleureuse, parsemée d’éléments sportifs et d’affiches de films. Je suis un grand cinéphile à mes heures perdues, ça comble la solitude, ça l’a toujours comblé.

Je sors de la contemplation du lieu, Asher lui est en pleins dedans. Il semble… surpris.

 

— Surpris ? je demande pour briser le silence.

 

Et m’occuper l’esprit pour ne pas avoir à le mater.

 

— Un peu, reconnait Asher en se tournant vers moi.

 

Immédiatement, une tension étrange nait. L’atmosphère se charge en intensité, l’air devient lourd et pesant. Mon souffle s’emballe, un nœud se forme dans mon estomac. Je renonce à lui demander des informations sur son « affaire ».

 

— Tu t’attendais à ce que je vive dans le luxe pas vrai ? je souligne en essayant d’avoir un brin d’assurance.

 

Asher se met à marcher dans la pièce, il observe les affiches de films, ceux qui ont compté et marqué ma vie. Il reste quelques instants devant celle de la Liste de Schindler, fait pareil devant celle de Tu Ne Tueras Point, sourit devant celles de Pirates des Caraïbes, acquiesce à celle de Star Wars et se fige devant celles du Cercle des Poètes Disparues et de Philadelphia.

 

— Tu es cinéphile ? murmure Asher, surpris comme jamais.

 

Je lui fais signe de se tourner, il n’hésite pas et tombe enfin, derrière l’écran plat, sur mon immense collection de DVD. Je suis un grand fan.

 

— C’est ma deuxième passion après le foot.

 

Il passe une main dans ses cheveux, comme s’il encaissait une vérité sur moi. On ne se connait pas tellement finalement, il est mon coach, je suis son joueur, les rares infos que j’ai sur lui, je les ai choppé sur le net. Ça ne me révèle pas le vrai Asher, juste ce qu’il y a à la surface.

 

— C’est lequel ton préféré ?

 

— Et toi ?

 

Asher acquiesce en pigeant la connerie de sa question. Impossible de répondre. Mon coach continue son inspection des lieux, j’ai l’impression qu’il cherche un moyen d’échapper à la réelle raison de sa venue en trouvant d’autres sujets de conversation. Où se donne-t-il du courage ?

 

— Maintenant tu sais que je vis dans un appartement sympa, bien situé, et je ne bouffe pas avec des cuillères en argent. Je ne suis pas dans l’excès dans mon quotidien. Je suis… simple, je renchéris en optant pour la même option que lui.

 

— Bien loin de l’image que renvoie Furious. J’apprends un truc plaisant sur toi.

 

Asher se dirige vers ma table basse, il aperçoit la pochette du DVD.

 

— Tu regardes quoi ?

 

— Rien d’intéressant.

 

Il s’approche de mon canapé d’angle, attrape le contenu vide et lit à voix haute.

 

— Les Évadés.

 

— Je ne regarde pas que les matchs de foot, j’explique et non, je ne mate pas que Fast and Furious.

 

On se jette un petit coup d’œil, la tension dans la pièce augmente, puis on se laisse aller à un léger rire qui détend l’atmosphère.

 

— Alors, coach, qu’est-ce que t’as à me dire ? je finis par déclarer en croisant les bras sur ma poitrine.

 

L’ambiance perd de son charme soudainement. L’expression du visage d’Asher devient plus sérieuse.

 

— Je peux ?

 

J’acquiesce, Asher s’installe sur mon canapé. Un soupir l’accompagne et quelques instants plus tard, il m’avoue :

 

— Je suis désolé, de t’avoir ignoré, d’être parti sans un mot et de te regarder comme si ça n’avait jamais existé. J’ai agi comme un connard.

 

— Je ne te le fais pas dire, je lâche sur un ton mauvais.

 

Je romps les quelques pas qui nous séparent et viens m’assoir à ses côtés. Mon coach se raidit à ma proximité, mais il tente de ne pas me prêter trop d’attention. Je crois qu’il a réfléchi à son discours.

 

— Je ne suis pas… comme ça d’ordinaire.

 

— Tu fais un câlin à ceux que tu baises avant de les congédier ? je souligne avec ironie.

 

Asher me jette un regard noir qui me fait bander dans la seconde. Tant de tension en un instant.

 

— Je n’ai pas l’habitude d’entretenir une quelconque relation avec un mec que je me tape, m’avoue-t-il. Ce ne sont que des visages et des corps d’un soir qui repartent d’eux-mêmes une fois qu’on a terminé. Je n’ai pas à faire la conversation.

 

Asher soupire de nouveau, il frotte sa barbe en rectifiant :

 

— Je ne sais pas faire la conversation dans ces moments-là.

 

Un léger silence s’installe, je l’observe, il semble perdu, hésitant et clairement nerveux avec ses sentiments. Je repense à son comportement et une question me brûle les lèvres.

 

— Je sais que t’es bi, que t’es attiré par les hommes, mais…

 

— Mais ?

 

J’inspire en déclarant cash :

 

— Est-ce que tu le vis mal ? J’ai l’impression que c’est ta tare de vouloir coucher avec des mecs. Tu as honte ?

 

Asher encaisse mes propos. Il détourne son regard et part fixer les affiches de films. Je lui laisse le temps de rassembler ses mots, je dérive à mes propres pensées. Je commence à croire qu’Asher Grant est plus torturé que je ne le pensais. Quand je l’observe à cet instant, je vois un homme souffrant… en quelque façon.

 

— Je ne suis pas comme toi, Kade. Je n’ai pas honte, mais je ne sais pas être transparent sur ma vie personnelle. C’est assez compliqué comme ça. Je suis assez compliqué comme ça. T’es gay, c’est limite plus simple. Tu n’aimes qu’un genre de personne. Moi, j’aime les deux. Et quand j’essaie de l’expliquer, les gens ne comprennent pas. On m’a souvent pris pour un obsédé sexuel parce qu’on estimait que je pouvais sauter sur tout ce qui bougeait. Je suis attiré par certains d’entre eux. Physiquement. Il y a quelques années, je suis tombé amoureux d’une femme et j’ai calmé ses envies. Elles n’avaient plus lieu d’être avec elle. Elle me comblait.

 

— J’admets que t’as été plutôt discret durant ta carrière, je souligne.

 

Asher laisse échapper un son contrarié.

 

— Je suis loin d’être parfait, Kade. Tu penses que c’est le cas, parce que je n’ai jamais fait la une des tabloïds people, mais je ne suis pas le gendre idéal.

 

Je me fige face à cet aveu qui veut tout et rien dire à la fois.

Pourquoi Asher, pourquoi tu dis ça ?

Mais mon coach va plus vite, il ne me laisse pas le temps de demander qu’il poursuive ses explications avec sérieux. Il plane autour de nous une ambiance de confessionnal. C’est troublant. D’un côté je suis ravi d’entendre ses explications, d’un autre, ça me perd aussi de découvrir qu’Asher n’est pas seulement un connard.

 

— Les hommes sont des pulsions pour moi. Je n’ai jamais eu de relations… amoureuses avec eux. Ce n’est qu’une question de sexe. D’envie. Je croise quelqu’un, il se passe une alchimie particulière et je veux cette personne. Je ne me demande quel sexe a-t-elle, je prends. Les relations sont simplement différentes sur le moment. Le truc, c’est que d’habitude, je couche avec un homme, j’assouvie cette pulsion, et le ça s’éteint juste après. Comme un manque qu’il fallait combler.

 

Son regard croise le mien, mon cœur s’emballe, je sens venir la révélation qui va tout faire basculer. L’expression du visage d’Asher devient plus intense. Ses mains se mettent à trembler quand il m’avoue d’une voix rauque :

 

— Mais toi, tu m’obsèdes alors que cette envie aurait dû s’éteindre au moment je t’ai eu.

 

Bordel de merde.

Je reste figé à le dévisager alors que ces derniers mots hantent ma tête. Asher ne semble pas être un type à se prendre la tête, mais moi, je la lui retourne. Je suis devenu son obsession.

Mon désir explose, une fierté mal placée fait un high five imaginaire. Asher reconnait une vérité douloureuse pour lui.

J’ai eu ses excuses, je les accepte sans problème. Je ne suis pas le genre à m’apitoyer sur mon sort. Et ce qui vient après est nettement plus intéressant.

Jusqu’à la claque qui arrive, là, maintenant et que je n’avais pas vue venir. Je m’attendais à une super confession après ça, pas à une tarte en pleine gueule.

 

— Mais je suis ton coach et tu es mon joueur. C’est impossible, je ne devrais pas vouloir de ça…

 

Prends-toi ça dans la gueule.

Ma satisfaction s’envole à vitesse grand V, elle est remplacée par une colère noire. Asher se défile, il tente de se trouver des excuses, d’essayer de trouver une échappatoire. Je le foudroie du regard. C’est hors de question qu’il se défile. Ces excuses n’ont aucun sens dans cette situation, on dirait qu’il se justifie.

 

— Tu l’as déjà dit, Ash, je déclare sèchement.

 

Mon coach pige à l’instant précis qu’il m’a vexé. 

 

— Et tu m’as répondu que ça n’avait aucune importance pour toi, mais ça en a, se défend-il. Je n’ai pas le droit d’avoir une relation intime avec mon joueur. Je pourrais être viré et j’aime mon poste…

 

Je frissonne en me redressant pour lui faire face. Je le pointe du doigt en essayant de calmer ce sentiment de déception qui me gagne. Qu’est-ce que je croyais ? Ai-je été aussi stupide de croire qu’Asher voudrait peut-être… merde j’ai cru ça.

Je me fige, nouveau choc de ma part face à cette pensée. Suis-je à ce point seul pour me faire de tels films ?

Pourtant, dans son bureau, quand je l’ai calmé, j’ai senti un truc, ça s’est infiltré sous ma peau, comme un courant électrique. C’était bon.

 

— C’est quand la dernière fois que t’as vécu un peu dangereusement ? je l’accuse durement. Arrête de toujours vouloir rester dans le droit chemin. Tu te feras baiser quand même !

 

Asher ne se dégonfle pas, il se lève à son tour, l’ambiance devient encore lue tendue, la colère nous gagne. Chacun campe sur ses positions. Lui la fuite, moi l’envie.

Pourquoi tu fuis tout le temps Ash ?

 

— Je n’aime pas ça, justement. Vivre dangereusement ! rétorque-t-il.

 

— Pourquoi, parce que tu perds le contrôle ?! je le provoque.

 

— Exactement. Parce que je perds le contrôle ! approuve Asher. Tu crois que ça me plait d’être comme ça ? Pas vraiment, ça complique mes relations avec les autres, mais c’est ma façon d’être. Pour lutter contre ce que je n’aime pas chez moi !

 

Un rire grave me gagne. Je suis celui qui menace son contrôle. La blague ! Il ne peut pas nous comparer. J’use de violence pour me défendre contre des salopards homophobes, il lutte contre quoi, l’Emperador ?

À moins que… bordel, je n’en sais rien.

 

 

— On a un point en commun Coach, je déclare avec ironie. Je perds le contrôle et toi, tu ne sais pas le faire. Tu ne veux plus le faire, sur rien. On va faire quoi alors ? S’affronter au quotidien, jusqu’à craquer de nouveau, se mettre sur la gueule avant de s’envoyer en l’air dans la foulée, contre une porte ou sur un terrain de foot pour faire redescendre la pression ? On va continuer comme ça à chaque fois ? Comme un cercle vicieux ? C’est ce que tu veux ? je le provoque.

 

Je m’approche de lui et à chaque fin de phrase, je le bouscule légèrement. Mon appartement si calme d’ordinaire devient le témoin de sa première querelle. Asher se contrôle, mais Asher bouillonne, je le vois dans ce regard clair, celui qui me rend fou et m’observe à longueur de journée.

Ose dire que tu ne me veux plus du tout, reviens sur ta déclaration coach ! Ne me dis pas que tu me veux et que tu ne peux pas. On peut toujours dans la vie, il faut seulement se donner les moyens.

Asher ne répond pas à mes gestes, il reste figé encaissant mes accolades brusques.

 

— Arrête d’être comme ça ! je poursuis, en colère. Vis ! Laisse-toi aller à ressentir ! Tu ne fais rien de mal à vouloir quelqu’un ! Depuis quand désirer une personne est mal ? Fous-toi des règles comme les dirigeants se foutraient de celles de ton contrat pour te virer. T’as trente-deux ans. Parfois on dirait que t’en a quinze de plus tellement tu essaies d’avoir une vie contrôlée. T’es tout le temps à cran. T’es froid, au bord de l’explosion.

 

Je le repousse plus franchement, mon coach me jette un regard noir, celui qui me demande d’arrêter, mais non. Il n’y a qu’en le provocant que j’arrive à faire ressortir cette partie de lui, vraie, brute et compliquée, celle qui peut cacher ce qu’Asher refuse de dévoiler. C’est quand il succombe qu’on penserait voir sa véritable personne.

 

— Explose Asher ! Explose et viens après me faire la leçon de morale comme quoi je suis une bombe à retardement. T’es venu t’excuser et trouver un moyen de m’éloigner pour que je ne te tente plus.

 

C’est moi qui cède. Je veux cet homme, j’ignore pourquoi, c’est comme le coup de foudre, ça ne s’explique pas, même si entre nous ce n’est pas ça. Ça illustre notre réalité. Ça montre que ce qu’on ressent est si profond qu’on ne peut pas lutter. Je refuse de lutter. Je me bats au quotidien pour moi, pour m’imposer. Je ne veux pas que le sexe et l’attirance soient salis par une histoire comme celle-ci. Elle mérite de vivre. On peut braver les interdits, ils sont là pour ça. Au diable le politiquement correcte. Personne ne le respecte. Et dans cet affrontement, Asher me confirme une chose ; c’est un mec juste qui respecte ces principes.

 

— Explose ! je lâche d’une voix forte.

 

Asher cède à son tour quand je le pousse une dernière fois. Il me saisit par les bras et m’attire à lui d’un geste violent, nos torses se percutent, la tension explose. Mon cœur vrille. Asher se dévoile et ce que je lis dans son regard est proche du déchirement. Il lutte.

 

— Pourquoi tu as cette violence en toi ?!

 

— Pourquoi tu contrôles toujours tout ? je rétorque.

 

Je ne veux pas répondre, et lui non plus. On s’affronte comme à notre habitude et je résiste à l’envie de plaquer ma bouche insolente contre la sienne. Ce soir, on doit mettre les choses au clair.

 

— On devrait faire un deal, je propose avant même de m’en rendre compte, tu lâches prise.

 

— Et toi tu cesses d’être violent sur le terrain, me coupes Ash.

 

Bordel, un frisson me gagne. Asher se raidit en sentant l’ambiance changer de cap alors qu’on se dévisage, l’un contre l’autre avec cette attirance palpable entre nous. Il n’a pas hésité.

 

— Qu’est-ce que ça m’apporte ? Tu sais très bien que c’est plus fort que moi. Je n’ai pas atteint ton niveau et je doute de vouloir le faire un jour ! j’avoue la voix tremblante.

 

Mon coach me tire davantage contre lui, mon souffle s’accélère tout comme le sien. Où va-t-on ? J’en ai envie, mais j’ai l’impression qu’on va partir à la dérive avec autant d’affrontement.

Ne te pose pas de question coach et vis, tout simplement.

Je pose mon front contre le sien, ce simple contact l’électrise.

 

— Tu sens ça ? Cette envie qui règne entre nous. Cette ambiance pesante, ce besoin d’avoir l’autre, on le refoule tellement qu’on en vient à vouloir frapper l’autre pour laisser échapper cette tension. Oublions les règles, oublions les étiquettes. Juste toi et moi. Asher et Kade, je tente.

 

Asher se raidit, il secoue la tête, je le plaque davantage contre moi en lui prouvant que le désir est là, il bouillonne entre nous, n’attendant qu’à vivre depuis notre rencontre. On s’est détesté, on s’affronte, mais je crois bien qu’on agit de la sorte parce qu’on ne peut pas savoir.

Un long moment passe, le générique de fin des Évadés se diffuse derrière nous, nous n’avons pas bougé. On reste dans cette étreinte étrange qui ressemble presque à une lutte. 

Cède.

Et Asher vient par rendre les armes je crois.

 

— Si je suis prêt à prendre le risque de perdre ma place pour ça, je veux te comprendre. Je veux t’aider, au cours de ces deux derniers mois, j’ai compris que tu valais plus que ton surnom.

 

— On dirait que tu deales ton cul pour obtenir ce que tu veux.

 

Il se fou de ma gueule.

Je tente de sortir de notre étreinte, mais le brun m’en empêche.

 

— Je me suis mal exprimé Kade.

 

— T’es pas doué pour les relations, je lâche.

 

Nos regards se croisent, Ash acquiesce.

 

— Non effectivement. Va falloir t’y faire, je ne me ménage pas dans mes mots. Et toi non plus.

 

— C’est ce qui me plait, j’avoue.

 

Asher fait un pas vers moi.

 

— Je cède, Kade. Ça me demande beaucoup, mais tu as raison. Je suis attiré par toi, mais ce n’est pas qu’une question de sexe.

 

Sa main montre son cerveau.

 

— Il y a quelque chose ici.

 

Il montre son cœur.

 

— Et ici qui me poussent à te vouloir encore. J’essaie de me dire que j’ai fait la plus grosse connerie de ma vie en te baisant dans ce stade, mais je n’y crois pas. Parce que depuis que j’ai quitté mon ex, depuis que je ne suis plus ce putain de joueur, je ne m’étais jamais senti aussi vivant depuis que tu me défies. Et si on se laisse aller à cette attirance, j’ai des conditions.

 

— Je t’écoute.

 

Mon cœur s’emballe, et mon corps se met à trembler. Je suis confus, je ne veux pas espérer quelques choses et me prendre une seconde baffe. Je ne lui demande pas la lune, je veux juste qu’il vive et vive notre attirance avec moi. Je ne veux pas d’une bague au doigt.

 

— Pas de sentiments, commence Asher.

 

— Que du sexe, je confirme.

 

Je ne tente même pas de dire que les sentiments ne se contrôlent pas, la preuve, le désir en est un et nous avons été incapables de le réfréner.

La tension dans la pièce devient palpable. On se dévisage comme deux lions.

 

— On communique…

 

— On devient ami alors ? j’ironise.

 

— En dehors du stade, on a le droit de ne plus être professionnel.

 

— Tu sais que t’essaies de tout contrôler encore.

 

Asher se tait un instant.

 

— Je l’admets, mais on est obligé Kade.

 

Ouais… on dirait que je suis sa maitresse illégitime.

 

— OK, donc c’est à mon tour. Pas de relation sérieuse, je ne te dois rien, et tu ne me dois rien.

 

— On ne parle pas d’avenir, poursuit Asher.

 

— Que du présent et du passé.

 

Il tique sur mon dernier mot mais ne me contredis pas. Asher veut savoir pourquoi je suis ainsi et moi, je veux comprendre comme l’Emperador se retrouve ici, seul à Londres. 

 

— Sur le terrain, je suis ton entraineur et tu seras toujours mon joueur.

 

— Mais en dehors, nous ne serons plus que deux hommes égaux, je rétorque.

 

Asher acquiesce.

 

— Pas d’ordre, pas de leçon de morale… Tu n’es plus mon coach à la minute où tu quittes ce stade.

 

Mon entraineur frissonne sous cette remarque qui ressemble plus à un ordre qu’à une suggestion.

 

— Qu’est-ce que ça fait de nous dans ce cas ?

 

— Deux mecs qui vont relâcher la pression. 

 

— Qu’est-ce que tu veux ?

 

Je souris, Asher rend les armes. J’ai réussi à contrer son plan de départ, j’ai gagné la mise, même si, fidèle à sa personnalité, il a imposé certaines règles. Elles me conviennent, je ne veux pas d’une histoire. Je ne suis pas fait pour ça. Surtout dans cette situation, avec un homme aussi instable que moi, avec un caractère trop proche du mien et qui, au fond, n’est pas prête à assumer publiquement qu’il aime les hommes. Une histoire de sexe me suffit.

 

— Là tout de suite… je commence d’une voix rauque.

 

Je le pousse sur le canapé, Asher tombe dessus. Je grimpe sur lui, mon torse se presse contre le sien. Ses mains glissent sous mon pull, j’approche mon visage de sa bouche, son souffle se mélange au mien. La tension sexuelle gagne du terrain entre nous. Mon cœur bat vite et mon érection durcit un peu plus.

Je le veux encore, même après le stade, surtout après le stade.

 

— Je veux ta bouche contre la mienne, tes mains sur moi et ta queue au fond de mon cul.

 

Mes doigts glissent le long de son torse, je me frotte contre Asher qui laisse échapper un juron. Ses bras me pressent davantage, et j’aimerai savoir si mon entraineur possède tous et toutes le monde à chaque fois, ou s’il se laisse aller à plus que ça.

L’idée même de pouvoir renverser les rôles me ferait presque jouir dans mon jean. Baiser Asher Grant serait aussi bon que décrocher une coupe du monde.

 

— Je crois qu’on devra avoir une autre conversation, coach en ce qui concerne ce que t’es capable de faire dans un pieu, je murmure contre sa bouche.

 

Embrasse-moi. Fais le premier pas.

 

— Je pourrais te surprendre, me révèle Asher.

 

Je frissonne en sentant son sexe se frotter au mien. La lueur dans ses yeux ne cache pas son envie vive et brutale.

Jusqu’à quel point coach ?

 

— Voilà une bonne manière de sceller notre deal, conclut-il en déboutonnant mon jean.

 

Je pose mon front contre le sien alors que mes mains s’activent sur son t-shirt pour lui retirer.

 

— Je peux essayer, mais je ne peux rien promettre.

 

Sa main se pose sur ma nuque. Ma colère, je ne peux pas la contrôle. J’essaie, parfois j’y arrive, mais à d’autres, je rechute. La drogue n’aide pas, mais elle me permet d’être le meilleur. Et dans un monde qui ne veut pas de moi, je dois m’imposer, me rendre indispensable.

 

— Moi non plus m’avoue Asher.

 

— Tu sais que t’as gagné ? je rétorque, t’as imposé tes règles.

 

— Toi aussi. Tu me pousses à lâcher prise et c’est ce que tu voulais, conclut mon coach, c’est toi qui as gagné.

 

Asher me saisit par les hanches et me retourne brusquement sur le canapé. Mon corps encaisse le choc. Ses lèvres retrouvent les miennes et scellent notre conversation. Il n’y a plus rien à dire. Les lignes sont fixées à nous d’essayer. Ça ne peut pas être pire que ça a été. Ça peut être mieux, ça peut être sympa. Même si ce n’est qu’une histoire de sexe. C’est mieux que la frustration. Ça n’amène à rien, ça ne promet rien.

C’est putain d’excitant en tout cas.

Et si j’ai une chance de connaitre Asher Grant derrière son apparence d’Emperador, je la saisis. Parce qu’à partir de maintenant, dans des lieux neutres, il n’y a plus de joueur, plus d’entraineur, plus de limites qui nous séparent.

J’ignore ce que ça va donner, mais quelque chose au fond de moi me dit que nous venons peut-être de remporter une bataille commune.

Commentaires

  • Un chapitre riche en rebondissements j adore enfin on va en savoir plus sur chacun

  • ah ah ah mais bien sur que du sexe certainement oui ralalala je le sens bien moi tiens lol

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