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Inside Lines, Chapitre 12


 

Chapitre 12

Kade

 

 

 

Je vais enfin retrouver la pelouse. Les retrouvailles vont être étranges et je me demande comment je vais réagir en présence de ce stade qui abrité l’étreinte la plus interdite.

Il faut que je me surpasse durant ce match. Je suis dans l’obligation de prouver aux dirigeants que j’ai ma place. J’ai entendu des bruits de couloirs disant qu’on voulait me détitulariser cette saison et me coller sur le banc. Il parait que je suis une bombe à retardement. Ils n’ont pas tort. Le club se paie des pénalités à cause de mes agissements.

Je dois trouver un équilibre.

Je suis nerveux, l’énergie déborde dans mon corps. J’ai légèrement abusé de médocs qu’on m’a donnés. Je veux gagner ce match. On joue contre les meilleurs, je veux être le meilleur.

Je veux prouver que ma suspension ne m’a pas affecté. Que mon retour me rende fort et prouve que cette équipe a besoin de moi.                                          

Je reste un peu en retrait des autres alors qu’on attend le coup de sifflet pour entrer sur le stade. Certains ne sont pas encore en tenue. J’ai de l’avance, je voulais profiter de l’effervescence du stade. Les supporters dégagent toujours une ambiance positive et motivante. C’est la meilleure drogue qui soit. Je suis habitué à la solitude. Et si mes coéquipiers étaient plutôt contents de me voir, croiser Asher m’a contrarié. J’ai tenté de jouer l’indifférence, le mec arrogant fier de l’avoir mis mal, mais son rejet, je n’arrive pas à l’avaler.

Je ne veux pas le voir et encore moins subir ses regards en coin dans le vestiaire.

Je sors de mes pensées lorsqu’on voix masculine m’interrompt.

 

— Il parait que les Red Devils sont nazes, ils gagnent seulement parce que leurs adversaires les trouvent sympathiques et ne veulent pas les vexer en gagnants.

 

Je m’apprête à dire que les Gunners ne sont pas aussi cool que ça, quand je me rends compte de l’identité de la personne à mes côtés.

Je ne cache pas ma surprise, à vrai dire, je ne m’attendais tellement pas à ça que je dois afficher l’air le plus stupide qui soit.

C’est Wade Perkins.

À ma réaction, le joueur se met à rire.

 

— On zappe les présentations, je crois ? Dans la team footeux gays, on se connait tous, souligne le Champion de Manchester avec humour.

 

Je ne peux m’empêcher de lorgner la star d’Angleterre. Ses cheveux blonds coiffés en crête, ses yeux gris et sa barbe de quelques jours sur le visage. C’est un bel homme. Un brillant joueur qui manquera au Championnat quand il prendra sa retraite dans quelques saisons.

Dire que je ne suis pas fan de Wade Perkins, ce serait mentir.

Il me tend une main que j’accepte. Sa poigne est ferme. Autour de nous, les photographes tentent d’être discrets, mais c’est raté. On parle de Wade Perkins qui salue Kade King. Deux joueurs dans le même camp.

Bonjour leur connerie.

 

— Ravi de jouer contre les Red Devils, je lance, sincères.

 

Je mets sous silence que je suis méga fan, j’ai passé toute mon adolescence à admirer ce mec. Je voulais être comme lui. Aujourd’hui, je tente, même si nos parcours semblent être à l’opposé.

 

— De même. On parle beaucoup de toi depuis deux ans, Furious.

 

Ce n’est pas du tout une provocation, et dans ses yeux gris, je remarque la solidarité, il n’y a rien de pire que d’être victime de sa popularité et de devoir faire avec l’image qu’on a de nous. Wade Perkins le sait mieux que personne. Si j’ai failli ne jamais connaitre de carrière professionnelle en faisant mon coming-out, lui a failli tout perdre en faisant le sien.

 

— C’est compliqué d’avoir un surnom à double sens.

 

— Ouais, je murmure.

 

— Tu n’auras pas de problème avec nous.

 

Un sentiment étrange nait entre nous. Comme si Wade Perkins se sentait obligé de me « rassurer ». J’ai compris qu’il savait très bien qui j’étais et qu’il avait conscience de ma réputation. La belle, comme la terrible.

 

— Je sais. Merci… vous n’en aurez pas non plus.

 

On regarde, il acquiesce, comme s’il n’en doutait pas.

Est-ce qu’il comprend ? Je n’en doute pas. J’ignore s’il a subi autant de provocations que moi, mais peut-être qu’il est un des mieux placés pour savoir ce que ça fait.

 

— Ce n’est pas facile d’être différent d’eux, déclare Wade avec un sérieux touchant. Il est plus simple de se planquer, mais franchement, j’ignore si quelqu’un te l’a déjà dit, mais c’est bien ce que tu fais. C’était osé, mais il faut des footballeurs capables de se mettre en danger pour aider à ce que les choses changent.

 

— Bienvenue au club, je rétorque.

 

Wade hausse les épaules.

 

— Tu as eu plus de courage que moi. La seule chose que je regrette, c’est d’avoir mis quinze ans à révéler qui j’étais, m’avoue Wade, je ne peux qu’admirer le courage que tu as eu. Tu t’es mis des bâtons dans les roues pour ta carrière, mais quand tu réussiras, tu seras fier d’avoir assumé ta vie sans rentrer dans le moule de la honte.

 

Je tente de ne pas montrer que ces paroles me touchent, pourtant, c’est le cas. Jamais personne ne m’a dit ça. Jamais. Même pas mon vieux, et encore moins ma mère qui se tape de tout ça.

Je tente de calmer les émotions qui me gagnent, je me dois d’être blindé.

 

— Merci, je lance d’une voix rauque.

 

Le Red Devil me sourit.

 

— Je suis sympathique pour que tu me laisses gagner, plaisante-t-il en chuchotant.

 

Je me penche vers lui et renchérit sur le même ton.

 

— Je suis Furious, c’est mal barré.

 

L’atmosphère devient plus tendue et je lui en suis reconnaissant. Sa main s’abat sur mon épaule. Je n’aurais pas cru que Wade Perkins soit quelqu’un d’aussi amical et sympathique. Il donne cette impression quand on le voit, mais entre l’image et la réalité, parfois, c’est tout un monde.

C’est ce que je me tue à expliquer.

 

— Tu m’as rappelé quelqu’un le jour de ta présentation officielle à Chelsea. C’était génial de faire ça. Il faut le saluer. Et ce quelqu’un, je l’admire tellement.

 

Il n’a pas besoin de me dire l’identité de cette personne, je le devine sans problème : c’est Nikki Jones. Le premier à avoir sauté le pas en brisant la glace. Je me rappelle très bien de ce jour. Je n’étais pas encore signé en pro quand l’attaquant des Red Devils a fait son coming-out en pleine conférence de Presse. Je n’en croyais pas mes oreilles.

Et même Wade sait ce que c’est. De savoir qu’un instant va changer toute notre vie. J’ai cru que j’allais m’évanouir tellement j’étais nerveux ce jour-là. Normalement, nous ne devrions pas faire de déclaration. Dire qui on est, ceux qu’on aime et le pourquoi. On devrait s’en foutre. Mais actuellement, ce n’est pas le cas.

Au-dessus de nous, les stadiers chauffent les supporters, on entend des chants et des applaudissements. Le stade dégage un sentiment extrêmement plaisant.

On profite quelques instants avec Wade, avant qu’il ne rompe ce silence.

 

— On va enfin avoir un vrai match.

 

Je suis d’accord, quand le stade est dans l’effervescence, ça se ressent sur le terrain.

Je ne cache pas mon soulagement à l’idée de reprendre la compétition contre eux. Manchester United a plusieurs fois été récompenser pour sa tolérance. Avoir deux joueurs gays qui ne se cachent pas, amène à faire changer les mentalités. Surtout quand on voit ce duo sur le terrain.

 

— On est ravi de participer à ce match avec Nikki pour plusieurs raisons, ça promet un beau moment sportif.

 

— Et de bons titres de journaux, je plaisante.

 

J’imagine déjà les gros titres de demain.

Ma remarque fait rire le champion. J’apprécie qu’il ne mentionne pas une fois mes problèmes de violence sur le terrain. On parle de joueur à joueur, de courageux à courageux. D’homme libre à homme libre.

Derrière nous, il y a de l’agitation, les joueurs commencent à sortir, les journalistes s’activent, on voit des membres du staff courir. C’est toujours le même bordel avant un coup d’envoi.

 

— On parle de moi ?

 

On se retourne, je découvre Nikki Jones en tenue de match, l’ancien attaquant milanais a littéralement explosé depuis cinq ans en Angleterre. Dès que son partenaire apparait, le regard gris du capitaine des Devils s’illumine. L’ambiance devient plus euphorique. Les deux se dévisagent sans cacher ce qu’ils ressentent pour l’autre.

Nikki se glisse aux côtés de Wade, je le vois frôler son dos dans un geste rapide. De l’électricité statique s’empare du couloir. Les deux joueurs dégagent une telle tension.

Un jour, j’aimerai ça.

 

— Ouais, je disais à Kade que ça sera un beau match.

 

Nikki me salue en serrant ma main, il rit légèrement. Lui aussi, c’est un bel homme. On dirait un couple de gravure de mode. Je comprends pourquoi certains sponsors les veux. Les deux joueurs ont décroché récemment une campagne de promotion pour une grande marque sportive et les femmes, elles ont beau être sur le carreaux, on a jamais vu autant de nanas s’intéressaient au football depuis eux.

 

— Oui, on a plus de chance de se faire écraser ce soir, souligne l’attaquant.

 

Wade me jette un coup d’œil qui m’étudie.

 

— Hum… je ne sais pas, hésite-t-il avec humour.

 

— C’est un défi, Perkins ? je souligne.

 

Ma réaction ne manque pas d’amuser le couple.

 

— Seigneur, on dirait toi, jure Nikki, deux arrogants qui se rencontrent, ça promet.

 

— Ne déconcentrez pas mon joueur, lâche une voix derrière nous.

 

Je me raidis.

Cette voix.

Génial, il ne manquait plus que ça.

Wade se tourne, je résiste, mais pas la peine, Asher vient se pointer juste à côté de moi. Dès son arrivée, mon corps réagit. Un frisson me gagne en sentant son parfum viril envahir l’atmosphère ambiante. Je résiste à le regarder dans son costume noir, avec sa chemise blanche qui colle son torse et sa cravate qu’il retira avant la première mi-temps.

Et surtout, je pige un truc qui me rend encore plus nerveux : Asher connait Wade.

 

— Merde, l’Emperador, dire qu’on est plus dans le même camp !

 

Asher se détend dans la seconde, il perd son masque de coincé frigide, un sourire se dresse sur son visage. Il répond à l’étreinte du meneur de jeu. On assiste avec Nikki à des retrouvailles joyeuses et claquantes.

 

— Salut, Champion, répond Asher en s’écartant.

 

Wade sourit autant que mon coach, il se tourne vers son compagnon qui le regarde avec un soupçon de jalousie.

T’inquiète, mec, je comprends.

Il n’hésite pas à nous expliquer.

 

— On a joué ensemble en Équipe nationale, pendant quoi ? Au moins six ans ?

 

— Presque dix, précise Asher. On fonctionnait en duo sur le terrain.

 

— En duo, souligne Nikki.

 

N’importe qui ne comprendrait la remarque. L’attaquant dit ça sur un ton qui laisse planer une petite jalousie.

Wade glisse un bras autour des hanches de son compagnon.

 

— C’était purement amical, précise Asher.

 

Je m’apprête à me retirer pour laisser libre court à ses retrouvailles, quand Wade se tourne vers nous — Asher et moi – et nous lance :

 

— Vous êtes prêts à vous prendre la raclée de votre vie ?

 

Asher croise les bras en prenant son air sévère, celui qui a tendance à m’exciter.

Maitrise-toi, ne laisse pas les émotions et le reste prend le dessus.

 

— Ils sont bons. Tu ne devrais pas te sentir aussi confiant, déclare Asher avec assurance.

 

— Oui, depuis que tu coaches cette équipe, souligne Nikki.

 

Wade se tourne vers moi, et déclare :

 

— Si un jour, t’en a marre de jouer sous ses ordres, on devrait pouvoir te faire une place dans le vestiaire des Red Devils.

 

— Coach Grant a ses avantages, je lâche d’une voix rauque.

 

Et pas que sportivement parlant.

Asher se raidit à ma remarque, surpris que je « vante » ses capacités.

Wade prend un air amusé.

 

— Ash (NOM COACH) nous a toujours dit : on ne doit pas mélanger travail et plaisir. Qu’est-ce que tu fais avec tes joueurs ?

 

— Et toi ? l’interroge mon entraineur.

 

Nikki Jones éclate de rire, il se penche vers son amant et l’embrasse sur la joue. Le contact est bref, mais il a l’effet escompté. Wade baisse les yeux en souriant, il donne l’impression d’un homme qui n’est toujours pas habitué à ces gestes complices et tendre en public, et qui redécouvre à chaque fois, l’effet intense que ça fait.

 

— Wade aime contourner les règles.

 

— Et alors toi…

 

Il tire le maillot de son coéquipier et par réflexe, on détourne le regard pour leur laisser un instant, même court, juste ensemble.

Nos yeux se croisent, la tension devient plus palpable entre lui et moi. L’espace d’un instant, je pense voir naitre une lueur qui en dit long, mais Asher bloque toutes pensées. Il est vide, n’exprime rien.

Pas de remord, pas d’excuse, pas d’envie, pas désir. Il se referme comme une huitre et contrôle tout. Comme moi je tente de le faire depuis toujours. Sa faiblesse : c’est moi et je sens bien qu’il est décidé à ne pas y succomber de nouveau.

 

— Je te souhaite une bonne défaite, Coach, plaisante Wade.

 

Mon entraineur lui adresse un clin d’œil cachant ses émotions.

 

— Je te rétorque le compliment.

 

Les membres du staff commencent à nous presser pour que nous nous mettions tous en place. Les gamins arrivent en tenue.

On comprend que c’est le moment de reprendre chacun notre tour, sa place.

Wade s’écarte de Nikki et surprend Asher en le prenant dans ses bras. Les deux hommes échangent une étreinte virile et amicale. On se jette un coup d’œil avec Nikki. Je me demande quelles histoires ils ont pu vivre en tant que coéquipiers en équipe nationale. Mais visiblement, les deux joueurs s’apprécient vraiment.

 

— Tu manques dans les stades, j’entends murmurer le champion.

 

Asher se fige, il tente de ne pas montrer que cette remarque le touche, mais l’expression dans ses yeux le trahit.

Le Champion de Manchester a trouvé une faille. Celui du footeux au cœur brisé qui a vu sa carrière exploser.

 

— Allez, bon match, lance Nikki en allant s’installe.

 

Wade fait de même, et avant que nous nous retrouvions en tête à tête, je m’efface. Je pars rejoindre les membres de l’équipe. Je plante Asher comme il m’a planté. Je salue Chris, notre gardien, ainsi que les autres avant d’aller rejoindre ma place dans la fille. Je découvre ma partenaire du jour. Une petite Emily qui est adorable en tenu de football.

Je sens le regard de mon coach sur moi, mais je l’ignore. Je ne lui donnerai pas ce pouvoir, celui qui montre clairement que ce stade me hante, tout comme l’entraineur. Je plonge mes pensées dans ce match, j’ai hâte de frôler la pelouse pour menait une rencontre des plus excitantes. Les Red Devils contre les Gunners. On verra qui de nous deux fera trembler les cages en premier. Et qu’importe le résultat final, ce soir, on va offrir un vrai spectacle et montrer ce qu’il y a de plus beau dans ce sport : le respect de la passion.

 

***

 

On sort du stade deux heures plus tard avec un sourire sur le visage et le cœur gonflé.

Je n’ai jamais vécu un match pareil de toute ma vie. Je crois que cette soirée sera gravée dans ma mémoire par son intensité et la beauté du jeu.

Le match n’a rien donné, deux buts sont rentrés dans les cages, mais aucune équipe n’a remporté la rencontre. Pourtant, c’était mérité des deux côtés. Le jeu était spectaculaire, l’ambiance hallucinante et il y avait une effervescence incroyable.

Les deux équipes ont fini par échanger leur maillot. On a posé ensemble pour les photographes journalistes, j’imagine déjà les titres des journaux de demain parlant d’une rencontre entre amis plutôt qu’un affrontement de lions sur la pelouse. J’ai adoré jouer

Les Gunners ont repris du poil de la bête, mes coéquipiers ne se sont pas vengés de mon récent carton qui les a pénalisés. On a tenté d’appliquer ce qu’on avait appris tous ensemble. On a résisté en équipe aux attaques spectaculaires des Red Devils, et on a même réussi à saisir une belle occasion.

Mon occasion. J’ai défoncé le filet du gardien rouge d’un boulet de canon de la pointe. Je ne m’attendais pas à ce qu’il rentre, mais il est rentré.

Mon quatrième but de la saison. Je crois qu’il fera partie de mon top 10.

J’ai récupéré le maillot de Wade, le Champion de Manchester m’a dit de ne pas hésiter un jour si je voulais passer. J’ai souri en acceptant l’offre. Même si pour l’instant, je préfère éloigner la proposition du Capitaine. Je suis bien à Arsenal, même s’il y a mon père, même si j’ai un enfoiré de coach qui n’assume rien, j’aime l’équipe et ce qu’on y construit petit à petit.

Je suis arrêté par le journaliste sportif web des Gunners. Il m’interviewe sur mon but. L’échange se passe bien, et pour une fois, on ne fait pas référence à mon orientation sexuelle. Je prends du retard sur les autres dans le vestiaire. Retard que je regrette quand je percute mon coach de plein fouet en voulant gagner ces derniers.

Asher me rattrape par le bras.

 

— Doucement, souffle-t-il.

 

En vérité, je ne me sens pas super bien. J’ignore si c’est le contre coup du match, la déshydratation ou l’excitation qui s’en va, mais je me sens faible depuis quelques minutes. Comme si mon corps allait me lâcher. Je repousse cette idée qui ne doit pas s’améliorer à cause de la présence de mon entraineur. Le côté psychologique sûrement.

Ou ce que tu prends murmure une autre voix.

La ferme !

Je me tourne pour lui faire face, nos regards se croisent et la tension qui nait de cette brève proximité revient. Ça devient habituel, ça et les silences. Je les déteste.

Asher me lâche, il hésite, et moi je n’arrive pas à tourner les talons pour lui foutre un vent. Je suis un connard, mais quand on me blesse, je veux affronter, je n’arrive pas à fermer les yeux.

Pourtant, je n’attaque pas. J’attends une explication, j’attends un pas de sa part. On ne peut pas ne pas discuter de cette soirée, de sa queue plantée dans mon cul et de ce qu’on a ressenti.

On a baisé, ensemble. On a vécu le moment, je ne le regrette pas, mais lui…

 

— Bravo, c’était un beau match, finit par me féliciter Asher en prenant un air beaucoup trop professionnel.

 

Tu te fous de ma gueule ? j’ai envie de lui dire.

 

— Même avec cette issue ?! je lâche avec froideur.

 

Je ne parle pas seulement de la rencontre avec Manchester United, je parle de notre relation qui a explosé dans ce même stade et de ce qu’il s’est produit ensuite.

 

— Tu n’aurais pas quelque chose à me dire ? je renchéris en fronçant les sourcils.

 

Mon coach se raidit. Il serre les poings en signe de contrariété. Parfois j’ai envie de lui dire de se calmer, qu’il faut se contrôler. J’explose, mais Asher lui, attend encore son largage.

 

— Couvre-toi, tu vas attraper la crève, déclare-t-il sur un ton glacial.

 

L’enfoiré.

Un rire sarcastique me gagne, il va payer son ignorance.

 

— Ouais, je connais autre chose qui aurait dû sortir couvert.

 

À côté de nous, certains membres du comité des dirigeants passent. La mention qu’il m’a baisé sans se protéger semble lui faire perdre l’envie de m’ignorer.

 

— Kade…

 

— Écoute-moi bien, coach…

 

Je m’apprête à lui dire qu’il va sentir passer ce qu’il a fait, ce soir-là, dans le stade, quand une voix familière résonne derrière nous.

Il ne manquait plus que ça.

 

— Mon fils !

 

Je jette un coup d’œil à mon coach pour lui intimer que cette conversation va avoir lieu, sinon, je lui promets la pire des tortures et les pires affronts.

 

— Bon courage, lance Asher sans me jeter un regard.

 

Il s’éloigne avant de se faire accoster par mon vieux. Il me lâche encore une fois, et je commence à me demander ce que je trouve à cet homme. Asher Grant est une star du football, il est aussi beau que mystérieux, mais froid comme la pierre et rempli de défauts.

Pourquoi j’ai envie de lui ?

Qu’est-ce qu’il m’a poussé à le désirer à ce point ?

Suis-je devenu fou ?

 

— Papa, je lance en faisant face à mon paternel.

 

Jefferson King est en costume impeccable, il affiche un air satisfait. Ses cheveux grisonnants renforcent sa panoplie d’homme d’affaires. Il me tend une main pour me saluer que je saisis à peine.

 

— Bravo, c’était un match grandiose ! Tu vois quand tu veux.

 

Pas de « je suis fier de toi », ni de « comment vas-tu ? ». Il m’a ignoré durant trois semaines et viens vers moi seulement maintenant.

J’ai du mal à ravaler ma solitude passée, et encore moins la rancœur que j’en éprouve.

 

— Quand je veux ? je répète. Tu te fous de ma gueule ? C’était les Red Devils !

 

Il ne rate jamais une occasion de me dire ce qu’il ne va pas.

 

— Cesse de tout prendre de travers, souffle-t-il agacé.

 

 

 

Je lève les yeux au ciel en riant amèrement.

 

— Merci de t’inquiéter de moi maintenant.

 

À mes propos, et à mon regard noir, mon père et président comprend parfaitement où je veux en venir. Eh oui, sa petite tête brune en fait encore une « crise ».

Bon sang…

 

— J’étais occupé et toi aussi.

 

— J’étais suspendu.

 

— Viens demain à la maison, ta mère organise un brunch, lâche-t-il en ignorant complètement ma remarque.

 

Et tu veux montrer ta prochaine star.

L’ambiance entre nous devient plus tendue. Mon rythme cardiaque s’accélère et les blessures toujours ouvertes d’une vie de famille inexistante s’intensifient.

 

— Et maman sera ivre avant midi ? je le provoque.

 

Mon père prend son regard sévère.

 

— Viens, m’ordonne-t-il.

 

— Non, je réponds d’une voix arrogante et décidée.

 

Alors que je m’apprête à lui faire faux bon, Jefferson King me saisit par le bras, en se foutant qu’il reste du monde autour de nous. Il se penche à mon oreille et déclare avec agacement :

 

— Je t’ai payé un club, un coach, une équipe pour que tu puisses cesser de tenir compagnie au banc de touche. Tu me dois ça.

 

— De montrer qu’on est une vraie famille alors que ce n’est pas le cas ? je rétorque en jetant un coup d’œil aux autres.

 

Il me lâche avant de faire naitre des soupçons autour de nous. Je le repousse d’un geste violent, je ne cache pas ma colère, mais mon père s’en fou. Je ne suis plus que sa prochaine star, ça fait bien longtemps que je n’ai plus eu son intérêt en tant que fils.

 

— Demain, dix heures. Repose-toi et merci pour ce match sans carton.

 

Il prend son masque d’homme d’affaires en me saluant d’un sourire et d’un signe de tête. Je le dévisage avec haine jouée son rôle de type parfait auprès des gens qu’il rencontre sur son chemin retour.

John sort des vestiaires pour me demander de les rejoindre. Je ne réfléchis plus, je n’écoute plus ni mon staff ni mon cœur meurtri qui me dit que je n’aurai jamais l’attention et l’amour de mes parents. L’un m’ignore, l’autre m’utilise.

Je le déteste, autant qu’il me déteste d’avoir brisé les rêves qu’il avait à mon égard. Je ne regrette pas d’être sorti du placard, même si j’ai à regretter un père. Parfois pour exister, on peut… et puis il arrive qu’on perde les autres tout en se perdant aussi.

Commentaires

  • oh la la la un "putain" chapitre génial ! Srx j'ai adoré revoir Wade et Nikki!! Ce chapitre était génial sans déconner j'aime ce petit " crossover" on va dire !! Je veux les revoir pitiééééé . Par contre ça chauffe entre Kade et Asher :o... ON la vite ce face à face ultime je veux savoir je veux savoir si ça va peter xD. Viment LUndi o/

  • Oh mon dieu
    J'ai adoré ce chapitre et surtout j'ai super mega adoré de retrouver Wade et Nikki !!!

    Par contre j'ai vraiment hâte de voir le face à face t'en attendu !!

  • j'ai lu les trois a suivre que dire que dire ??? c'etait chaud sur la pelouse lundi mercredi asher qui ne sait plus ou il en est et surtout se reporche ce qu'il s'est passé et aujourd'hui ?? j'ai kiffé grave le retour de nikki et wade wouoooooo c'etait top
    j'ai le coeur un peu lourd pour kade entre des parents qui se foutent royalement de ce qu'il est et ce qu'il veut et un coach froid et distant avec en prime ces saloperies de medocs qu'il prend je sens que ca va faire tres mal tout ca combiné
    MERCI les filles

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