Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Instinct #Tome1 - Chapitre 15 - Elya


     

    Je dois partir. Vite. Je tremble en arpentant la chambre de Nik tout en réfléchissant à un moyen de m’enfuir. Il n’y en a pas, Nik ne laisse rien au hasard et face à lui je ne fais pas le poids.

    Le bébé s’agite dans mon ventre, j’essaye de me calmer, de ne pas lui transmettre ma nervosité, mais je suis morte de trouille.

    C’était Deva sur la photo. Deva, mon amie.

    Je ferme les yeux, les flashbacks reviennent comme quand j’ai vu son visage souriant sur le papier. J’ignore comment Nik en est venue à penser que je pouvais être elle, mais il vient de se mettre en danger par ma faute. Je dois partir d’ici avant qu’on me retrouve et que quelqu’un finisse le travail commencé.

    Tout est revenue, j’ai vu ma vie défiler par des centaines d’images accompagnées de sensations alors que je fixais cette photo. Mes souvenirs, qui je suis, ma vie ne m’est plus inconnue. Certaines choses sont encore floues, mais je sais qui je suis, je sais ce qu’il m’est arrivé et j’en tremble encore de peur. Et puis la douleur et la perte. Je presse mon ventre, je ne tiens pas en place, je suis sur les nerfs de ce débordement d’émotions. Tout me traverse en même temps et c’est trop pour moi.

    Je dois partir. C’est la priorité. Si Nik se met en relation avec ses contacts pour me faire quitter le pays, je suis morte. Brent ne tardera pas à apprendre que je suis encore en vie et il finira le travail.

    Mes pensées s’embrouillent, mon cerveau inerte jusqu’à aujourd’hui carbure à milles pourcent, tout se mélange et je n’arrive pas à faire le tri, à me calmer et à essayer de trouver un moyen de me sortir d’ici. Je dois me calmer, je dois évaluer la situation avec sang-froid.

    Je me dirige vers le lit et me laisse tomber dessus, je fixe le mur de tableau en respirant calmement. Tous ces tableaux dont je connais l’histoire. Je souris en sachant pourquoi à présent.

    Le bébé donne un coup et me fait sortir de mes pensées, je passe ma main sur mon ventre, les larmes montent en pensant à son père, je me laisse submerger quelques instants par ce sentiment de perte qui m’inonde. Comment tout a pu dégénérer à ce point ? Pourquoi je l’ai laissé faire ? J’aurais dû voir qu’il se passait quelque chose de grave, j’aurais dû le sentir.

    Je n’ai rien fait pour le sauver, de lui-même et de ses conneries qui lui ont couté la vie.

     

     

    ***

     

     

    Deux jours plus tard,

     

    La porte s’ouvre, Nik apparait, il se poste devant le lit, les bras croisées sur sa poitrine puissante, il m’observe sans rien dire. Il ne dit rien depuis l’autre soir et je ne cherche pas à entrer en contact avec lui. C’est déjà compliqué de me confronter à son regard, à sa douleur qu’il aimerait cacher, mais que je vois parfaitement. Il est en colère contre moi, contre mon silence, seulement ce silence, il permet de le protéger. Il permet de ne pas le mêler plus qu’il ne l’est déjà à mes problèmes.

    Le sort a voulu que je tombe sur lui ce soir-là, un homme qui fait partie de ce monde, de celui des trafiquants d’arts, de ceux qui ont tué Ian. Je ne veux pas que Nik subisse le même sort, je ne veux pas perdre quelqu’un d’autre, je veux juste partir et tenter par moi-même d’affronter ce problème.

    On se dévisage, je me dis que la chance à jouer contre lui, qu’avoir agi avec son cœur l’a mis en danger alors qu’il ne le mérite pas. Mon cœur se serre ne le regardant, en comprenant sa colère, il a tenté de me faire confiance, il a laissé son mur tomber et je suis en train de le trahir. Mais je n’ai pas le choix et peut être qu’un jour il le comprendra.

    — Est-ce que tu comptes me parler, maintenant ?

    Son ton montre son mécontentement, je me lève du lit et en fait le tour pour être en face de lui. Son visage se baisse pour maintenir ce lien par nos regards. Ça fait mal d’être là, devant lui et de devoir lui cacher des choses, de devoir le mettre de côté alors qu’il a fait son possible pour me venir en aide, qu’il m’a protégé. Lane a raison, Nik est quelqu’un de bien. Il est humain sous cette carapace que son physique et ses peurs infligent, il y a ce cœur qui ne demande qu’à battre de nouveau et à se laisser aller. Il l’a fait avec moi, il s’est ouvert et je suis en train de le trahir.

    J’ai envie de me jeter dans ses bras, de les sentir se refermer sur moi et me sentir en sécurité. Même quand je ne savais rien de moi, dès que son corps était contre le mien, j’avais ce sentiment que rien ne pouvait m’arriver, j’aimerais que ce soit encore le cas, j’aimerais qu’il me réchauffe de sa présence et qu’on puisse avancer ensemble. Mais c’est impossible, je n’ai pas le droit de risquer sa vie, d’être égoïste et de le mettre en danger pour des problèmes dont il n’est pas la cause.

    — Très bien, reprend Nik, c’était ta dernière chance.

    Il se retourne part en direction de l’armoire, en sort un sac et commence à le remplir par le peu de vêtements que je possède grâce à lui.

    — Qu’est-ce que tu fais ? je demande en m’approchant.

    Il termine le sac, le ferme puis se retourne. Je l’observe le cœur battant.

    — Tu pars, aujourd’hui.

    — Où ?

    — Mexique.

    — Non !

    Il gagne la salle de bain sans même prendre en compte ma décision. Je le suis, bien décidé à le faire changer d’avis.

    — Nik, je ne peux pas aller au Mexique.

    Il attrape tout ce qui traine de produits et le fourre dans la poche avant du sac.

    — Pourquoi ?

    Sa colère est bien présente, dans ce simple petit mot il me fait passer tout sa hargne sur mon manque de confiance. Ce n’est pas le problème, j’ai confiance en lui, seulement ceux qui veulent ma peau, voudront la sienne aussi.

    Je ne réponds rien et détourne le regard.

    Je le sens s’approcher, la seconde d’après son corps puissant est contre le mien. Je lève le visage dans sa direction, je croise ce regard intense, ce vert si clair qui me fait frissonner. Sa main se pose sur ma joue, il la caresse doucement et j’aperçois de nouveau son cœur.

    — Pourquoi tu ne me fais pas confiance ? Je peux te protéger Elya, je peux t’aider, je l’ai fait jusque-là.

    Je sais qu’il en est capable, je sais que je pourrais lui confier ce qui m’a conduit à lui et qu’il m’aiderait, mais il se mettrait en danger. Il risquerait sa vie pour la mienne, et celle de ses amis tout comme sa liberté.

    Je pose ma main sur la sienne en appuyant ma joue dessus, je ferme les yeux en appréciant cette caresse. J’entends Nik soupirer, je sens son corps se rapprocher encore, je perçois sa chaleur et sa force. Et je comprends. Je comprends ce qu’il a voulue obtenir quand on a fait l’amour et qu’il a cru que c’était la dernière fois. Mes yeux s’ouvrent, je croise son regard brulant en embrassant sa paume puis je me hisse sur la pointe des pieds pour prendre ses lèvres. Il ne bouge pas, il me laisse faire, mais je sens qu’il lutte contre cette envie, ce besoin inexplicable entre nous, celui qui l’a conduit à m’emmener ici, celui qui m’a fait tomber dans ses bras.

    — Nik, je murmure contre ses lèvres.

    Sa respiration s’accélère, ses yeux se ferment, sa tête s’agite dans un non silencieux, et la tension dans son corps s’intensifie, tout comme le désir dans le mien. J’ai envie de lui, une dernière fois, tant que nous sommes tous les deux en sécurité dans sa maison.

    Sa main se pose sur ma joue, il me regarde avec tellement de passion et de douleur que j’en ai le souffle coupé. Puis ses lèvres cessent de réfléchir, sa bouche vient ravager la mienne et réveil le feu en moi. Ce feu qu’il a allumé depuis notre rencontre et je sais à présent qu’aucun homme ne m’a touché ainsi. Je souris en passant ma langue sur ses lèvres, je ne suis pas adepte du SM, je n’ai même jamais rencontré d’hommes qui me donne envie d’être une proie comme Nik me le fait ressentir. Ma sexualité est banale, elle était banale, avant lui.

    Je m’accroche à ses épaules, le sac tombe au sol, Nike m soulève contre lui, mes jambes nues s‘enroulent autour de sa taille et sa force m’enveloppe. Ses mains parcourent mon dos, mes fesses qu’il presse contre lui, contre son érection que je meurs d’envie de sentir en moi.

    Il nous pousse jusqu’au mur, mon dos s’y appuie, sa bouche relâche la mienne et dévore mon cou. Je gémis en sentant ses lèvres aspirer ma peau, ses dents me mordre et la passion qui se déchaine en lui. Je tire sur son t-shirt, qu’il enlève rapidement suivie du mien et à mon tour je m’attaque à sa peau. J’ai envie de le marquer, de laisser des traces sur son corps, pour qu’il ne m’oublie pas. Nos corps brulant se retrouvent, la chaleur de sa peau, la rudesse de ses caresses m’excitent de plus en plus. Je me frotte à lui, à la recherche de ce contact que mon entrejambe meurt d’envie de retrouver. Nik déchire ma culotte, celle qu’il m’a offerte et ses doigts viennent me caresser.

    Ma tête part en arrière, heurter le mur, sa bouche en profite pour lécher ma gorge, pendant que ses doigts trouvent mon clitoris.

    Il me relâche, mes pieds touchent le sol de nouveau, je manque de perdre l’équilibre mais Nik m retient. Il s’agenouille devant moi, relève ma cuisse sur son épaule et ses doigts reviennent là où je les veux. Je gémis en avançant mon bassin, j’en veux plus. Nik donne un coup de langue entre mes lèvres qui me fait trembler. Il recommence encore et encore jusqu’à ce que mon corps se transforme en une boule de désir, concentré sur sa bouche. Je baisse les yeux, je croise les siens, lorsque ses doigts s’aventurent plus loin et que je les sens me pénétrer avec force.

    Un crie m’échappe, la langue de Nik revient sur mon clitoris et je me laisse aller aux sensations qui m’envahissent. La caresse chaude de ses lèvres, l’empalement de ses doigts en moi et le torrent de plaisir qui nait dans mon ventre. C’est bon, c’est tellement bon ce qu’il me fait. Il ne s’arrête pas, il continue sa lente torture, cette douce agonie qui va me conduire à l’orgasme. Ma main accroche sa tête et je le presse plus fort contre mon intimité brulante. Nik alterne, tantôt ses doigts son sur mon clitoris et sa langue me pénètre, tantôt l’inverse. Je l’entends grogner quand je gémis plus fort, quand sa bouche m’aspire, quand ses dents me mordillent et lorsque ses doigts se courbent en moi pour trouver ce point qui me fait définitivement perdre pied. Nik continue de me pousser au plaisir ultime que je sens bouillonner dans mon ventre. Puis il se redresse, ses doigts toujours en moi, son corps puissant surplombe de nouveau le mien. Il n’attend pas, sa bouche s’abat sur la mienne et me ravage comme il a ravagé mon sexe. Mon gout sur sa langue me rend folle. Je m’accroche à ses épaules larges, Nik mord ma lèvre et me relâche, son souffle brulant contre ma bouche.

    — Dit mon nom, il gronde, quand tu vas jouir je veux t’entendre dire mon nom.

    — Nik, je gémis.

    Ses doigts vont et viennent en moi, son pouce caresse mon clitoris et je sens que je vais partir.

    — Non, dit-il, mon vrai nom.

    Je le dévisage, ce regard brulant me fait frissonner, ses doigts s’enfoncent plus fort.

    — Nikita, il reprend, dis le Elya, dis mon nom.

    Son ton autoritaire, sa voix brisée par l’envie et ses doigts qui n’arrêtent pas ont raison de moi, je crie son nom, son vrai nom en laissant la vague de plaisir envahir mes sens. Je suis traversée par ce courant puissant, Nik reprend mes lèvres et mes paroles meurent dans sa bouche, il prolonge mon plaisir en me soutenant de son bras libre. Je suis parcouru de spasmes qui emprisonnent ses doigts en moi, son odeur, son corps, sa peau me font perdre la tête.

    Puis la vague s’adoucit. Je reste accroché à Nik, ses doigts s’éloignent et son corps vient me presser contre lui. Je tente de défaire la ceinture de son jean en sentant son érection prête à me combler de nouveau, mais il m’arrête.

    — Parle-moi, dis-moi qui tu es.

    Je baisse les yeux, mes mains quittent son corps, je le sens se raidir puis s’éloigner. Le froid m’envahit après la chaleur brulante qu’il a fait naitre en moi, il m’abandonne.

    — Nikita…

    Ses yeux encrés dans les miens, je me répète que c’est son vrai nom. Je souris, ça lui va bien, c’est assez létal comme lui. Pourquoi faut-il parler maintenant ? Pourquoi il cherche encore ce que je ne lui donnerait pas ?

    — C’est ta dernière chance, il reprend d’un ton dur, parle-moi.

    Je me baisse et récupère mon t-shirt que je remets sur ma peau frissonnante de sueur. Je ne peux pas lui dire, je ne peux rien lui dire, il ne restera pas sans rien faire.

    — Ton nom ?

    Je m’avance vers lui, il est encore torse nu, mes doigts glissent sur sa poitrine solide, sur sa peau en sueur, je sens les battements de son cœur rapide. Je ne réponds pas, je ne peux pas.

    Nik perd patience, il récupère à son tour son t-hsirt et se rhabille, je note la bosse de son jean qui n’a pas disparu. Il récupère le sac et sort de la salle de bain d’un pas rapide. Je me demande comment on peut passer de ce genre de passion à de la colère à chaque fois, à des regrets et des reproches.

    — Habille-toi, on part au Mexique.

    Je reste devant le miroir à m’observer, à me reconnaitre. Je sais qui je suis, je sais que mes choix sont incompréhensibles pour lui, mais ce sont les seuls que je puisse faire. J’ai déjà trop perdue, je préfère qu’il m’en veuille, qu’il soit en colère contre moi que mort.

     

    Maryrhage

  • Inside Lines, Chapitre 8


     

    Chapitre 8

    Kade

     

     

     

    Il est tard, les gens lambdas sont partis depuis longtemps et les lieux se sont en quelque sorte privatisés. J’observe les affiches aux murs, les brochures étalées, et j’aurais presque envie de rire tellement c’est ironique ce que je vois.

     

    — T’es sûr que tu veux faire ça ? me demande Drew, nerveux.

     

    — Oui, je réponds à mon meilleur ami.

     

    Andrew passe une main dans ses cheveux blonds en soupirant. Avec mes emmerdes, je n’ai presque pas eu le temps de le voir. On a passé l’après-midi ensemble après son entrainement dont moi j’étais privé évidemment.

    Je chasse la frustration qui me gagne. J’en suis à ma troisième cession avec Asher et j’ai les nerfs à rude épreuve. J’hésite entre lui en coller une bonne pour le faire taire ou à le plaquer contre la pelouse pour lui faire fermer son clapet d’une autre façon.

    Un frisson d’envie me gagne le corps à cette idée. Bordel, se serait l’une des meilleures choses à faire pour baptiser un stade.

     

    — Je suis désolé que tu en arrives là.

     

    — Je n’ai pas le choix, Drew. Il ne me lâche pas. Je refuse de plier, il ne me reste que ça.

     

    Le dépasser. Lui prouver que physiquement, je suis le meilleur. Je peux endurer le pire dans un entrainement, sous la pluie, la neige, dans l’effort le plus extrême et répétitif. J’en suis capable, mais en ce moment, je commence à douter. Asher est un adversaire de taille et je dois tenir. Je n’ai pas le choix.

    Le joueur passe une main nerveuse dans ses cheveux en m’avouant :

     

    — Il ne parle pas de toi. Il fait comme si tu n’étais pas dans l’équipe. Lors du débrief, il t’a explosé devant les autres.

     

    Un rire grave me gagne, le contraire m’aurait étonné. Notre Coach est encore fou de rage contre moi. Et je le soupçonne

    parfois quand je le regarde, je me demande s’il a envie de me baiser ou s’il déteste tout ce que je suis.

    Les yeux ne trompent pas, même les plus froids arrivent toujours à dévoiler ce qu’on cherche tant à cacher.

    Et mon coach cache un paquet de choses.

     

    — Asher Grant prend un certain plaisir à me remettre à ma place, je commente avec sarcasme.

     

    — Pourtant, il m’a l’air d’un mec bien, constate Drew.

     

    Je ne soulève pas. Je refuse de l’admettre, même si c’est la vérité. L’Emperador était un joueur de football grandiose, doublé d’un homme extraordinaire.

    Lors des recherches que j’ai effectuées sur lui, je n’ai trouvé que des actes positifs. Il faisait partie d’associations caritatives auprès de gamins. En Espagne avec ses coéquipiers, ils ont organisé à de nombreuses reprises des soirées de gala avec des ventes aux enchères de maillots de football. Il a participé à un calendrier sexy pour une œuvre de charité. Il était très actif au centre d’entrainement de son équipe. Il était avec une femme magnifique. Il semblait amoureux d’elle comme jamais. Je n’ai pas compris les raisons de leur séparation, sans doute qu’elle l’a peut-être plaqué parce qu’il n’était plus l’Emperador ou peut être que le temps a fini par faner leur amour. Comme celui de mes parents.

    C’est là la seule tâche au tableau. Une femme qui est partie en le laissant, lui et un avenir qui semblait tracer.

    Est-ce qu’elle a brisé le cœur de mon coach et l’a redu aussi glacial ? Est-ce le seul point faible ?

    Je sors de mes pensées quand la porte en face de nous s’ouvre sur un homme d’une cinquantaine d’années. Il porte une blouse blanche, une barbe de quelques jours et un sourire faux.

    On se lève avec Drew alors qu’il vient à notre rencontre.

     

    — Kade !

     

    — Doc Jewel.

     

    On se serre la main avant qu’il nous invite à entrer dans son bureau. Une fois la porte refermée, j’ai la certitude que tout ce qui se dira ici ne sortira pas. Le médecin Peter Jewel est un spécialiste du sport, il suit énormément de stars dans ce milieu pour la bobologie et les problèmes plus sérieux. Mais pas que. Les lieux sont toujours assez froids, les affiches de pub n’ont pas changé et une odeur de propre se dégage.

    Le doc pose ses questions habituelles, on parle rapidement de foot, il plaisante avec nous avant de me demander la raison de ma venue.

     

    — Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

     

    — Vous savez ce que vous pouvez faire pour moi, je le reprends.

     

    Nos regards se croisent, un silence s’installe, celui qui veut tout dire. Le doc aux yeux gris acquiesce en pigeant. Je ne suis pas venu pour un souci musculaire ou plus grave. Je suis venu pour ce qu’il a offrir.

     

    — De quoi as-tu besoin exactement ? m’interroge Jewel.

     

    — Les derniers stimulants que vous avez en stock et un narcotique.

     

    Lorsque je prononce ces deux mots à voix haute, la même réaction se produit au fond de ma poitrine. Mon cœur s’emballe comme si j’avais révélé mon pire secret.

    Il l’est.

    Je flirte avec la légalité, je joue avec le feu. C’est toujours étrange de le reconnaitre, mais pourtant, c’est le cas. Je fais comme tout le monde et tout le monde ferme les yeux.

     

    — Je ne veux pas que ça laisse de trace sur la peau. Pas de piqûres, je reprends.

     

    — Et évidemment, tu veux que ça passe aux contrôles ? plaisante le Doc.

     

    — Évidemment.

     

    Le médecin quitte son bureau pour accéder à la pièce sur le côté. Le docteur Jewel est médecin du sport particulier. Il est pour les dopants, pensant que les sportifs peuvent et doivent surmonter les capacités pour donner le meilleur d’eux même. Il n’y a pas de mal à les aider pour ça.

    J’ignore si c’est très déontologue, mais je m’en fous au final. Le dopage existe sous plusieurs formes, j’emprunte celle de la facilité.

     

    — Tu n’es pas le seul à être venu me voir pour ça. J’ai cru comprendre que la Premier League cette saison, ce n’était pas simple, lâche le doc en fouillant dans ses armoires.

     

    Tout le monde n’a pas la chance d’avoir à supporter un enfoiré de coach en plus.

    Drew laisse échapper un rire à cette remarque.

     

    — Ouais, Furious a trouvé un adversaire à sa taille.

     

    Et prends-toi ça dans la gueule, Kade.

    J’envoie une petite tape dans la tête d’Andrew au moment où le médecin revient avec plusieurs boites. Il est le spécialiste du dopage invisible lors des contrôles.

     

    — J’ai ce qu’il te faut. Deux comprimés avant chaque match ou entrainement. L’effet est plutôt rapide.

     

    Jewel s’assoit en face de nous alors qu’il me fournit une fausse ordonnance justifiant ma présence ici.

     

    — Mais je dois te prévenir, renchérit l’homme. Les nouvelles molécules sont puissantes, les effets sont intenses, mais peuvent être indésirables.

     

    Je fais mine d’écouter. Je connais déjà le baratin. Les stimulants peuvent provoquer une agitation nerveuse, une agressivité, des troubles du rythme cardiaque et des douleurs musculaires qui sont soulagées par les narcotiques qui peuvent à leur tour engendrer des nausées et vomissements, une perte d'équilibre et une dépression respiratoire. Bref, il me récite tous les risques, mais je ne retiens que l’important : les bénéfices.

     

    — Reste raisonnable.

     

    Nos regards se croisent, j’acquiesce. Je connais mon corps et je sais ce qu’il peut endurer. Je ferais ce qu’il y a à faire pour dompter mes problèmes.

     

    — Je t’ai donné de quoi tenir trois mois. Passe me voir en fin d’année, je verrais ce que je peux faire pour tes adducteurs, lance-t-il, l’air de rien.

     

    Je récupère les médocs, règle le doc en le remerciant, et les ranges dans mon sac. Drew lui demande une nouvelle prescription. C’est lui qui m’a fait connaitre le Docteur Peter Jewel. Quand je l’ai rencontré, j’ai compris des tas de choses : pour être le meilleur, il faut faire des sacrifices.

    Il faut arrêter d’avoir une conscience et de se battre contre des robots.

    L’univers du sport à haut niveau n’est pas celui qu’on pense.

    Et à ceux qui croient que le monde du football est beau, ce n’est qu’illusion.

    Il n’y a que les artifices des stades. Le masque parfait des joueurs qui cachent des putains de secrets, et une solitude que personne ne comprend. On a beau être dans une équipe, la célébrité nous isole. Si on ne veut pas sombrer dans cette obscurité, on doit tout faire pour briller sous la lumière instable de la gloire, quitte à se perdre durant ce match.

     

     

    ***

     

    Le doc avait raison, j’ai rarement été autant performant malgré la fatigue. Je déborde d’énergie alors que je devrais être au ralenti, déconcentré, et nerveux.

    La science fait des miracles.

    Je mets la misère à mon coach depuis le début de la demi-heure de jeu. On est dans un face à face, il me provoque, m’insulte et je l’ignore, trop pris par l’euphorie. Je le bats une fois, je veux le battre encore. Humilier Asher Grant m’excite comme jamais.

    Je le regarde, mon rythme cardiaque est au bord du gouffre, l’énergie afflue dans mon sang. Je m’apprête à faire l’ultime geste qui va le foutre à taire : retourner sa propre technique d’attaque contre lui.

    Je m’engage l’instant d’après, tentant une feinte sur la droite en frappant la balle pour qu’elle glisse entre les jambes ouvertes de mon adversaire. J’ai vu Asher le faire une centaine de fois. Il induit le joueur en erreur en adoptant un comportement donnant de fausses informations. Elle marche, j’arrive à l’avoir.

    Je cours dans la direction du ballon, Asher sur mes trousses, il n’arrive pas à me rattraper et je marque un but violent qui part déformer les cages.

    Il n’y a pas de cris du public, d’élan de joie dans la foule, il n’y a que le silence. Mais mon esprit divague. Il entend mon surnom résonner dans le stade.

    Un rire me sort de mes pensées.

     

    — T’essaies de me baiser en utilisant ma propre technique ? Tu me croyais stupide pour que je ne voie rien ?

     

    C’est la manière la plus efficace pour me taper mon coach à défaut de me le baiser tout court.

    Je me retourne pour lui faire face, un sourire insolent sur le visage.

     

    — Je vous ai eu, je me contente de déclarer, satisfait d’avoir réussi à le mater.

     

    — Tu tentes de te mettre à ma hauteur, Kade ? me provoque Asher. Mais t’es loin d’être comme moi.

     

    La colère me gagne et je vois l’un des inconvénients des médocs ressurgir ; mon agressivité est décuplée, je ne contrôle ni ma bouche ni mes gestes. Asher part chercher un autre ballon en riant toujours. Cherchant encore le moyen d’avoir la main dans cette bataille.

    Mais aujourd’hui, c’est moi qui vais gagner.

     

    — Ferme ta gueule, Coach ! je lance d’une voix tranchante, t’as perdu et t’es un putain de mauvais perdant !

     

    Mon soudain accès de rage le surprend. Mon entraineur prend un air autoritaire en s’approchant de moi. Il me jette le ballon dans les mains que je rattrape au vol. Il me défie de poursuivre sur cette voie.

     

    — Depuis quand je t’autorise à me tutoyer, King ?!

     

    Je m’approche de lui furieusement, je lui jette la balle avec force, elle le frappe contre son torse, Asher ne tente pas de la récupérer. Il m’observe, son regard devient plus dur.

     

    — T’es bien nerveux, remarque mon coach, c’est moi qui te mets dans un tel état ? Tu devrais te calmer mon pauvre, c’est pas grave de n’être qu’un « bon » joueur.

     

    Je craque, encore plus vite que d’habitude, malgré toutes les insultes que j’ai pu recevoir aujourd’hui dans le but de me faire exploser.

    Je romps le dernier pas qui nous sépare pour lui en coller une et le faire taire pour de bon, sa voix rauque m’exaspère. Ses insultes reviennent me hanter dans l’instant et j’ai envie de lui faire mal autant que ça me fait mal qu’on me rabaisse à ce point.

    Est-ce qu’un jour quelqu’un cessera d’être à ce point aveugle et lira entre les lignes ?

    Asher réagit plus vite que moi, il m’attrape par mon maillot, et saisit mon poing avant qu’il n’atterrisse combler mon tableau sur son visage.

     

    — Tu comptais faire quoi Kade ? M’en coller une encore ?

     

    Je bouillonne, je ne veux même pas avoir cette conversation, ce n’est pas mon putain de psy. Pourtant, alors que nos deux corps sont sur le point de s’entrechoquer, une chaleur familière se dégage, noyant ma colère, surprenant ma rage, envoutant mon être.

    L’envie.

    Je dévisage Asher, son visage sévère et ses yeux clairs. J’observe l’homme, viril et dégageant un charisme de dingue.

    J’observe le caractère dur de cet être qui me défie, me provoque et veut à tout pris me comprendre.

    Il est mon ennemi, mais l’espace d’un instant, alors que le désir monte en moi, je croirais y voir un allié.

    Je suis percuté par l’idée qu’il ne serait pas seulement un enfoiré. Elle est trop violente pour que je ne l’accepte.

    Asher Grant est un enfoiré, point barre.

    Je le lâche, il fait de même.

     

    — On reprend, j’exige.

     

    La suite de l’entrainement se passe dans un silence inquiétant. Asher semble troublé lui aussi, mais il tente de ne pas me le montrer.

    Je lutte contre mes envies, je lutte contre les médocs qui m’amènent à vouloir succomber à quelque chose que je ne veux pas nommer.

    Je ne prends que le meilleur, que la performance.

    Et je crois même qu’Asher pense que son comportement de la soirée m’a calmé. Il se trompe. Ma colère elle m’appartient pour de bonnes raisons, et ces raisons-là, elles sont tellement complexes et ancrées que rien ne pourra les faire partir.

    Une heure plus tard, on se retrouve assis côte à côte sur la pelouse, devant les cages vides. Je crois que mon coach a rendu l’arme il y a quelques minutes, je l’ai vu boiter, son genou blessé lui fait mal quand moi je bouillonne d’énergie.

    Je l’ai eu.

    J’ai gagné.

    Je détends mes muscles avant de saisir une bouteille d’œil ramassé à notre pause. Je la vide d’un trait, la sensation de fraicheur me fait un bien fou. J’attends de voir ce qu’Asher a en tête ou bien si l’entrainement est terminé pour bouger.

     

    — C’était bien de jouer ainsi durant cette heure. C’était très pro, commence mon coach.

     

    Je rêve ou il me félicite ? Après mon éclat de colère, il me fait un compliment ?

    Un sentiment étrange me gagne, et je comprends qu’Asher est persuadé que son discours a eu un petit impact aujourd’hui.

    Tu te goures, mec, c’est moi seul qui me maitrise. Et si je ne t’ai pas bastonné, c’est parce que je voulais te plaquer contre moi pour te baiser.

    Il n’y a que le sexe qui comble autant la lutte.

     

    — Peut-être que si tu fais un effort côté violence… je pourrais t’apprendre comment je faisais mon jeu de jambes avec plus de facilité que l’immonde copie que tu en as fait, termine l’entraineur d’une voix sérieux.

     

    Une récompense ? Apprendre la célèbre technique de la raza del emperador…

    Mon visage se tourne vers Asher assit à côté de moi, son front est couvert de sueur, il respire très vite pour retrouver son souffle. Ses traits sont tendus, comme s’il cherchait à faire un pas vers moi tout en gardant une distance.

    J’aimerai apprendre le saut de l’ange, celui qui n’a rien à voir avec le foot ni avec une chute dans le vide. 

     

    — Je ne vous demande rien, je jure.

     

    Je ne veux rien qui puisse lui faire croire que je faiblis.

     

    — Tes yeux disent le contraire, rétorque Asher.

     

    L’ambiance entre nous s’accentue, il plane un mélange entre tension et animosité cachant des émotions plus compliquées.

     

    — Et les tiens ? Ils disaient quoi quand tu m’as plaqué contre ce casier après le match ? je lance en croisant son regard.

     

    Je le provoque, je reprends le « tu », j’oublie le « vous », j’oublie nos rôles, et je ne pense qu’à ce qu’il s’est produit cette soirée-là.

    Une expression gagne mon coach, il n’arrive pas à la contrôler. Je vois son souffle s’accélérer, et ses yeux se trahissent encore.

    Asher jure en se redressant, il quitte le stade d’un pas rapide, comme si restez près de moi aller le pousser à se dévoiler. Il me laisse seul sur la pelouse. Et je crois bien que la réponse à ma question était : j’ai envie de toi.

     

     

    ***

     

     

    Je réponds au message d’Avril me demandant de passer cette semaine à l’association. Drew veut m’y accompagner aussi. Mon amie a une idée en tête et je me demande ce qu’elle veut faire. Je suis du genre curieux. Et pour eux, je suis prêt à prendre du temps.

    J’éteins la lumière de ma chambre et me retourne dans mon lit vide. Je soupire devant se calme et la froideur des draps.

    Ça fait un moment que je ne suis rentré avec personne. Je suis tellement pris dans la compétition et la lutte avec mon coach pour m’imposer que j’en oublie que j’ai vingt ans. Je pourrais sortir, rencontrer quelqu’un, passer une nuit éphémère, soulager certaines tensions, et combler ce vide.

    Je refoule l’inquiétude qui me gagne dans cette obscurité.

    Je vis seul depuis que j’ai décroché mon premier contrat. Parfois mon appartement m’angoisse dans ce silence. C’est là où le centre de formation et la maison de mes parents me manquent. Il y avait du monde. Même si j’étais l’éternel incompris, l’enfant nerveux et brusque, je n’étais pas seul.

    Je suis sorti du placard, mais on a réussi à me mettre dans un autre.

    Je tourne longtemps dans mon lit sans pouvoir trouver le sommeil. Je finis par craquer, je récupère mon portable et en l’ouvrant, je vois l’onglet de téléchargement.

    Mon esprit se remémore immédiatement de quoi il s’agit.

    Je récupère mes écouteurs dans la table de chevet, et m’installe contre mes oreillers. J’enclenche la vidéo, je l’ai déjà vue plusieurs fois sur le net, mais je l’ai trouvée en piratage. C’est un reportage dédié au football professionnel sur les dix grands joueurs de cette décennie.

    L’Emperador est dedans.

    Je zappe les autres, j’aimerai revoir sa technique, ce jeu de jambes que j’ai essayé de lui emprunter. Je l’ai humilié d’une certaine façon ce soir, mais la bataille n’est pas terminée. Asher veut quelque chose de moi. Il veut que je craque complètement.

    Ma colère m’appartient, j’ai de bonnes raisons, je ne la tairais pas.

    Elle existe, elle me fait exister, elle montre aux autres la violence des mots.

    Je chasse ses pensées noires qui m’habitent depuis toujours. Je me concentre sur le documentaire. Les images défilent, on voit des extraits de match, les buts spectaculaires d’un homme qui ne méritait pas de finir sa carrière.

    Une musique de lancement précède une voix rauque. Quand mon coach se met à parler, la même chaleur que sur le terrain revient. Seul dans le noir, je ne réfrène pas l’envie. Je sens ma main glisser le long de mon torse, passer sous l’élastique de mon caleçon pour saisir ma queue bandée.

    Je pose le portable sur mon ventre, baisse mon sous-vêtement pour me libérer, je ferme les yeux et j’entends ses mots.

    Mon érection se durcit quand son souffle résonne. Je resserre ma prise autour de moi, mes doigts commencent à monter et descendre sur ma verge avec rapidité. La chaleur augmente. Ses mots s’enchainent et n’ont aucun sens à cet instant. Il n’y a que ce ton, cette voix rauque et masculine qui chuchotent au micro, parlant d’une passion que mon coach aime tant.

    Je m’emporte, je me caresse sans me ménager, perdu entre l’envie de jouir pour soulager les tensions dans mon corps et celle de jouir grâce à lui.

    Je fantasme sur mon entraineur et je n’en ai pas honte dans l’obscurité. Je me demande s’il a le même ton en baisant. Je l’imagine, et Asher ne parle plus de football dans mes oreilles, sa voix dit autre chose.

    Elle résonne, le souffle court. Mon esprit s’imagine des choses dans l’obscurité. Deux corps l’un contre l’autre, le contact d’une peau brûlante contre la mienne. La sensation d’une main inconnue sur mon sexe qui m’empoigne durement et me touche avec dextérité.

    J’accélère le rythme, mon cœur bat de plus en plus vite. Je voudrais tellement ressentir ça pour de vrai.

    Je me retrouve sur le ventre, les jambes écartées avec lui derrière moi. Son poids m’écrase, sa queue glisse contre mes fesses. Je me branle de plus en plus vite. Mon sexe me fait mal. Le contact de ma paume dessus m’enflamme.

    J’ai besoin de ça.

    Et je me demande ce que ça ferait de le sentir s’enfoncer en moi, d’un coup, en m’arrachant un gémissement plaintif noyé sous le plaisir de se faire posséder.

    Je jouis avec violence en l’imaginant faire, dès que je frôle mon gland sensible, je bascule. Je garde les yeux fermés, la voix d’Archer parlant football à mes oreilles, un juron résonne alors que je me déverse dans mon poing.

    Marquer un but, c’est comme faire le saut de l’ange, on y ressent le même plaisir, et je ne parle pas de celui où l’on saute dans le vide.

    Voilà d’où me vient l’envie du saut de l’ange, du sien.

    J’ouvre les yeux sur cette phrase intense qui veut tant dire.

    J’attrape de quoi nettoyer ma main. J’arrête la vidéo avant que la voix d’Asher soit remplacée par une autre. Je branche mon portable et me retourne dans le lit. Je ne prends pas la peine de me rhabiller.

    Je saisis l’oreiller et m’enroule autour. L’endorphine provoquée par l’orgasme s’estompe, et emporte cette sensation de bien-être.

    J’ai vingt ans et je ne me suis jamais senti aussi seul de toute ma vie depuis que mon rêve s’est réalisé. Parfois, j’aimerai qu’on voit au-delà du gamin, footballeur, enragé et fils à papa pour ne se concentrer que sur l’homme : j’existe en dehors de toutes ces étiquettes.

    Je serre l’oreiller contre moi en chassant ce sentiment angoissant de solitude. Je sais que la drogue que je prends n’arrange rien, mais elle n’excuse pas tout.

    Je tente d’être un homme au quotidien, affrontant mes peurs et d’assumer mes choix, mais parfois, j’ai l’impression d’être encore ce gamin terrorisé à l’idée d’échouer.

     

    AMHELIIE

  • Inside Lines, Chapitre 7


     

     

    Chapitre 7

    Asher

     

     

     

    Je n’ai pas décoléré. Je n’y arrive pas. Je contiens, mais c’est toujours là, une rage folle qui va finir par avoir raison de moi.

    Le match a été une catastrophe, les coups de fil qui ont suivi ne m’ont guère mis de meilleure humeur. Et je ne parle même pas de Kade. J’ai la tête pleine, de reproches, de conneries dont je me fous, l’équipe ne se porte pas mieux et j’ai un joueur sur la touche. Un bon joueur qui…

    Bordel !

    On a terminé le débriefe et l’entrainement il y a une heure avec l’équipe. La tension était partout, sur chacun des membres, ce match n’aurait pas dû tourner ainsi. Comment remonter la pente après une exclusion et a dix sur le terrain ? Impossible pour eux et je ne leur en veux même pas. Pourtant j’ai joué mon rôle de coach j’ai fait en sorte de montrer les erreurs tout en insistant sur le positif. Ils en avaient besoin. Ils commençaient à bien jouer ensemble, à être fusionnels, Kade a tout foutu en l’air.

    J’ai été idiot de le croire capable de gérer son agressivité. On subit tous des insultes sur le terrain, chacun sait où viser pour faire mal, mais quand on est homosexuel, c’est incessant. C’est le point faible que les adversaires prennent plaisir à écraser. Il doit se blinder, il doit être plus fort que les mots et apprendre à passer outre s’il veut un avenir dans le foot. Sinon il sera l’éternel remplaçant malgré son talent.

    C’est ce qui m’enrage sur son comportement, il a tout pour réussir et il se met lui-même des bâtons dans les roues. Comment peut-on agir aussi bêtement à un tel niveau ? ce n’est pas tolérable, pour lui comme pour l’équipe qui subit ses agissements.

    Il va se les mettre à dos si jamais rien ne change, il va se mettre tout le monde du foot à dos et ses adversaires n’auront qu’une petite impulsion à donner pour le faire sortir de ses gonds.

    Je regarde l’heure, puis je me lève et sors de mon bureau pour aller sur le terrain. Les couloirs sont vides, plus personne n’est là jusqu’à demain. Il ne reste que moi et j’espère qu’il n’arrivera pas en retard.

    Je gagne la pelouse et installe l’équipement pour occuper les cinq minutes d’avance que j’ai. Je repense à la conférence de presse après le match, aux foutues questions qui m’enragent encore cet après-midi. « Comment vous expliquez le comportement de votre joueur ? » je ne l’explique pas bande d’enfoirés ! Il avait promis de se tenir à carreau, de faire l’effort pour sa place, d’être digne du maillot qu’il porte. Il a tout foutu par terre après un mois. Un putain de petit mois !

    J’entends du bruit derrière moi, je me tourne Kade entre sur le terrain en tenue d’entrainement les mains dans les poches.

    Je jette un œil à ma montre.

     

    — Tu es en retard.

     

    Il s‘avance jusqu’à moi.

     

    — Bonjour à vous aussi coach.

     

    On s’affronte du regard et je repense à ce qu’il s’est passé dans le vestiaire. À ce qui me met réellement hors de moi. Si je suis en colère contre lui, je le suis doublement contre moi. Sa proximité, ce qu’il a détecté entre nous qui est bien présents, son sexe durci contre moi.

    Je détourne le regard en premier sur les plots, je sens les sensations revenir, la colère doit redescendre tout comme mon désir et vite.

    Si John n’était pas entré, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Je ne sais pas si j’aurais eu la force de me résonner et de reculer alors qu’il me provoquait, qu’il se frottait à moi, que son corps tentant était à un cheveu du mien.

    Mon regard revient se poser sur lui, ses bras sont à présent croisés sur sa poitrine, il se contente de m’observer, pourtant son regard n’a rien d’innocent. Lui aussi repense à hier, à ce qu’il aurait pu se passer, à l’envie de lui qui me broyait le ventre. Au désir puissant qui émanait de lui et que j’ai eu la plus grande peine du monde à délaisser.

     

    — Commence par arriver à l’heure et peut-être que je serais poli.

     

    Je lui montre la pelouse d’un signe de tête et il part trottiner pour s’échauffer. J’inspire en fermant les yeux quelques secondes. Je dois me maitriser, je dois arrêter de le voir comme un potentiel amant, je dois me concentrer sur le fait que c’est mon joueur de douze ans mon cadet et rien de plus. Oublier la tension sexuelle entre nous, oublier qu’il me provoque et que j’aime le défier. Oublier tout et repartir sur la base de départ, sur la relation professionnelle et rien de plus. Je dois reprendre le pouvoir et vite, sinon il ne sera pas le seul à prendre un carton rouge.

     

     

    ***

     

     

    Il commence à ne plus en pouvoir. Je le vois, son jeu est moins stable, il perd plus facilement le ballon, la fatigue s’empare de lui. Pourtant il ne dit rien, il ne râle pas, pas même un soupire. Il veut prouver qu’il est de taille à encaisser un entrainement plus qu’intensif.

    Seulement c’est maintenant que les choses vont se corser.

    Je joue le défenseur dans notre mise en place, Kade doit réussir à me doubler et marquer. Je sens qu’il en marre de refaire plusieurs fois le même exercice, surtout que je fatigue aussi, mon genou commence à tirer et je ne suis pas un mur. Il passe plus de fois que je ne l’arrête. Ce qui le satisfait.

    Kade drible à quelques mètres de moi, il se rapproche, je commence à cerner son jeu de jambes à force et avec la fatigue il le change de moins en moins. Il est à présent en face de moi.

     

    — Allez salle pédale, montre-moi de quoi tu es capable !

     

    Kade se fige, j’en profite pour lui rependre le ballon et le doubler. Je m’arrête après quelques mètres, il n’a pas bougé, il s’est seulement retourné.

    Je lui renvoie le ballon. Il le contrôle de son pied gauche sans bouger.

     

    — Quoi ? T’as trop pris de bite dans le cul que t’as plus rien dans le ventre ?

     

    Il penche un peu la tête en m’observant, il comprend ou je veux en venir c’est certain. Cependant l’état de fatigue plus le stress emmagasiné depuis le match vont jouer en ma faveur.

     

    — Alors Kade, tu te décides ? Montre-moi de quoi est capable un petit pédé dans ton genre.

     

    Kade éjecte le ballon et fait les pas qui nous séparent rapidement. Il se dresse devant moi avec hargne. Je suis tenté de sourire, mais je reste de marbre à affronter son regard rempli de haine. C’est ce que je veux voir, c’est ce qui doit sortir durant nos séances avant qu’il ne retourne sur le terrain. Il doit apprendre à la maitriser s’il veut y remettre les pieds.

     

    — Ferme la coach.

     

    Son ton est ferme, un avertissement, les nerfs prennent place, il n’y a plus que ça qui le maintien debout.

    Je cogne mon torse au sien, comme un joueur le ferait sur le terrain pour l’emmerder un peu plus.

     

    — Qu’est-ce qu’il y a Kade ? Tes couilles se sont envolées quand tu t’es fait baiser ?

     

    Je le vois presque rugir, son regard change et la seconde d’après c’est Furious que j’ai devant moi. Il me chope par le col de mon t-shirt, il exulte la rage, je devrais le remettre en place maintenant, mais je ne fais rien. Je me contente de le trouver encore plus bandant comme ça.

     

    — C’est ça que vous voulez ? il grogne, vous voulez me faire peter un plomb ?

     

    Je me détache de lui, je le pousse en arrière puis je continue de le provoquer. Je veux qu’il craque.

     

    — Pourquoi ce serait différent avec moi ? Pour moi t’n’es rien de plus qu’un petit con d’homo fils à papa qui…

     

    Je n’ai pas vu partir son poing, le coup à mon arcade me sonne et Kade se jette sur moi m’envoyant sur la pelouse. Mon corps encaisse le sien dans un râle.

     

    — Satisfait coach ! il crie son visage à quelques centimètres du mien.

     

    Il attrape de nouveau mon t-shirt par le col pour me regarder. Mon corps réagit au sien, à sa rage, à son odeur, à sa présence fulgurante sur moi. Nos yeux s’accrochent, son souffle s’abat sur mon visage, il est trop proche, bien trop proche pour mon self contrôle qui s’envole sous son regard et sous sa bouche entrouverte.

    Je le fais basculer sur la pelouse et monte sur lui. Le temps s’arrête quand il me relâche, quand il se contente de m’observer sans bouger. Seul son torse en sueur s’élève rapidement et je perçois parfaitement son érection sous la mienne.

    Qu’est-ce que tu me fais Kade King ?

    Je n’aurais qu’à me laisser aller, qu’à baisser mon visage pour prendre cette bouche insolente et la ravager de la mienne. Pour le goûter, pour…

    Je finis par me lever, mon genou me dit d’arrêter mes conneries pour ce soir et le désir violent qui me traverse aussi.

     

    — Rentre chez toi Kade, on se revoit demain. Même heure, soit ponctuelle.

     

    Même ma voix est tendue. Je reste de dos en attendant qu’il parte. J’avais prévu de le faire ranger avec moi, mais je ne supporterai pas sa présence plus longtemps pour ce soir.

    Je les sens s’approcher, s’arrêter quelque seconde dans mon dos puis s’en aller enfin. Je le regarde quitter le terrain, avant de me laisser tomber de nouveau sur la pelouse pour respirer.

    Je pensais que ces séances mettraient à rudes épreuves ses nerfs, je pensais qu’il serait le seul à en baver, je me suis amèrement trompé. On va tous les deux prendre une leçon.

     

     

    ***

     

     

    Je me gare devant chez moi, je fronce les sourcils en voyant de la lumière provenir de la grande baie vitrée. Je descends rapidement de ma voiture puis je vois apparaitre mon frère sur le perron une bière à la main.

    Je le rejoins rapidement, j’avais presque oublié qu’il a les clefs de ma maison tout comme Adriana d’ailleurs. C’est eux qui en prenaient soin avant mon retour.

     

    — Emperador a perdu de sa superbe ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

     

    Je touche mon arcade où j’ai mis un pansement, elle est douloureuse, je ne vais pas m’en sortir sans un bleu.

     

    — Rien, je réponds en saluant mon frère.

     

    On entre chez moi, je suis épuisé, j’espère qu’il n’est pas là pour me parler de Kade ou du match.

    Je pose mes affaires et me dirige vers la cuisine pour moi aussi prendre une bière. Aaron me rejoint, il s‘installe sur un tabouret au bar alors que j’enfile une gorgée fraiche.

    Le silence dur quelques minutes durant lesquelles je réfléchis à cette journée, où je revois Kade la fureur dans les yeux.

     

    — Ash ?

     

    Je lève les yeux sur mon petit frère et vois apparaitre de l’inquiétude sur son visage habituellement jovial.

     

    — Qu’est-ce qu’il y a ?

     

    Je passe une main dans mes cheveux en continuant de boire sans répondre. Il y a que je perds le contrôle alors que j’exige celui de mon joueur. Il y a que le désir prend des proportions extravagantes et que j’ignore comment ça va se terminer.

     

    — Je suis fatigué, je finis par répondre.

     

    — King ?

     

    — Entre autres.

     

    Je quitte la cuisine et rejoins le salon. Je m’installe sur le canapé et étends ma jambe (je sais plus). Cette blessure même si j’en suis guérit aujourd’hui, elle a détruit mes ligaments et quand l’effort est trop intense ou prolongé, elle me rappelle sa présence.

    Aaron toujours silencieux vient s’asseoir à côté de moi, on fixe la télé comme deux imbéciles qui n’ont pas envie de parler. Une émission sur le foot de la chaine de sport. L’image de Kade passe, puis la mienne. Par chance le son est coupé.

    Le silence avec Aaron ce n’est pas bon signe, il ne se tait pas ou peu. Quand il le fait, c’est que quelque chose le travaille et j’imagine que mon comportement actuel doit l’inquiéter. Cependant je n’ai pas envie de faire d’effort ce soir, je n’ai pas envie d’ouvrir le débat sur quoi que ce soit j’ai juste envie de me reposer et d’oublier cette journée et celle qui a précédé.

     

    — Qui t’as frappé ? Lâche mon frère sans préavis.

     

    Je tourne la tête dans sa direction, je me mets à rire de le voir s’inquiéter pour un simple bleu.

     

    — Ash, je déconne pas, qu’est-ce qui s‘est passé ?

     

    Je cesse de rire en le voyant effectivement très sérieux.

     

    — À qui je parle, le frère ou le journaliste ?

     

    — Bordel Ash, à ton frère !

     

    Je soupire et redresse ma jambe avant de lui répondre.

     

    — Après ce qu’il s’est passé durant le match, j’ai exclu King des entrainements…

     

    — Et il t’en a mis une ?

     

    — Et si tu me laissais finir ?

     

    Aaron se tait et attend patiemment que je termine.

     

    — Oui, mais pas pour ça. Parce que je l’ai cherché, je voulais qu’il le fasse.

     

    Mon frère me regarde avec incrédulité, je poursuis pour l’éclairer.

     

    — Il doit apprendre à se canaliser, on travaille dans ce sens, ensemble.

     

    — Ça a l’air de fonctionner.

     

    — C’est le début Aaron, la rage doit sortir, elle doit s’exprimer pour ensuite la comprendre et savoir comment la dompter.

     

    Le silence revient, je sens le regard de mon frère sur moi alors que je fixe l’écran sans même le voir. Je sais parfaitement ce qu’il pense, ce qu’il imagine.

     

    — C’est les méthodes de ton centre que tu utilises ?

     

    — Oui.

     

    Aaron se détend en terminant sa bière. Il sait que je n’aime pas parler de cette période, de ma blessure, de ce qui en a suivi, de mon comportement avec Gabrielle et de la rage en moi.

     

    — Il sait ? reprend Aaron.

     

    — Il n’a pas besoin de savoir.

     

    — Il n’est pas comme toi Asher.

     

    J’hoche la tête, il ne l’est pas c’est certain. Lui il a une raison qui le pousse à agir ainsi, il y a une vraie haine contre lui dans le milieu et il la combat de cette façon. Ce n’est pas la bonne, mais c’est la seule qu’il a trouvée. Je n’en avais aucune, rien ne justifie qu’on frappe sa femme. Ni la douleur ni le mal-être, rien. En ça nous sommes différents, la colère de Kade est compréhensible, la mienne ne l’a jamais été.

     

    MARYRHAGE