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Instinct #1 Sauvage - Chapitre 13 - Elya


 

 

La porte se referme, j’entends des voix dans le couloir, je suppose que Nik demande un rapport sur mon état au docteur. Tout va bien, il a enlevé mon plâtre, ma bosse a disparu, mes cotes me font de moins en moins souffrir et j’ai pris du poids.

Ma mémoire n’a toujours pas fait son retour, seulement quelques flashs inutiles comme toujours. Des moments furtifs, des sons, des odeurs qui me reviennent en tête mais que je suis incapable d’associer à une situation.

Le bébé se porte à merveille selon le doc, pour le moment c’est le plus important. Le reste viendra, je n’en doute pas. Mes souvenirs referont surface.

Je masse mon bras endormis par ce mois de plâtre. Il est pale, et amorphe, le doc a dit que ma motricité reviendrait rapidement. Il a dit pareil pour ma mémoire et j’attends encore. Je souris tout de même en me rappelant les battements de cœur rapide de mon bébé. J’aime ce son, j’aime voir cette tache presque informe sur l’échographe.

La porte s’ouvre, mon sourire s’efface en voyant Nik entrer. Il la referme puis s’avance doucement pour s’arrêter à un pas de mon lit.

Je continue de masser mon bras sans lui porter attention. Pourtant sa présence se fait ressentir, on ne peut pas passer à côté de lui dès qu’il est dans un pièce. Je suis certaine que même dans une foule compacte on ne voit que lui.

Je l’entends soupirer puis monter sur mon lit et d’autorité prendre mon bras pour le masser. Je le laisse faire, j’observe ses grandes mains englober ma peau et la presser avec douceur.

Le silence perdure, je commence à me demander pourquoi il est là, pourquoi il ne fait pas comme il fait si bien depuis des jours, m’ignorer.

Sauf hier. Par la force des choses probablement, si Lane n’avait pas été dans la chambre je ne l’aurais pas revue. Nik est têtue.

Je me mets à rire, en pensant que je sais plus de chose sur lui que sur moi. Lane a été plus bavard que lui, même s’il a caché beaucoup de choses. J’aime bien Lane, ces heures passées avec lui m’ont fait du bien. J’ai craqué hier, j’ai rajouté de l’effet dramatique mais mes larmes étaient réelles. Dix jours sans voir Nik, dix jours à me demander ce qu’il s’est passé, à être enfermé ont eu raison de mes nerfs. Je voulais que ce soit lui, je voulais l’incendier et passer ma colère sur lui, mais j’ai vu un grand blond entrer. J’ai eu peur que ce soit la voix de mon bain, celle qui m’a dit être mon pire cauchemar, mais quand il a parlé, j’ai été rassuré. Aucune cruauté dans sa voix, seulement de l’agacement et de la gentillesse. Il a eu pitié surement et je l’en remercie. Il a passé des heures avec moi, d’abord à me regarder pleurer, sa main sur mon dos qui tentait de m’apaiser puis à regarder des films ensemble. Il n’a pas trop parlé au début, sa simple présence m’a fait du bien. Il était la troisième personne que je voyais depuis mon amnésie. Je l’ai observé sous toute les coutures, il est presque l’opposé de Nik. Blond, les yeux bleu ciel, des cheveux en pagaille sur son crâne, grand mais élancé, pas musclé comme Nik, plutôt d’allure sportif. Il sourit souvent, il n’inspire pas le danger mais plutôt la confiance. Lane a remarqué mon insistance et l’envie de le questionner. Il s’est redressé sur le lit et m’a fait singe d’y aller. J’ai balancé toutes les questions qui encombraient ma tête, il a répondu à certaines et s’est tue à d’autres. Je sais qu’ils sont trois à vivre ici, que Nik n’a ni femme ni enfants, qu’il a 33 ans et que selon Lane c’est quelqu’un de bien.

 

Je lève les yeux sur Nik, il m’observe en continuant de me masser. Je croise ce regard intense, ce vert profond qui ressort sur son visage brut. Quelque chose à changer, sa simple présence en est une preuve, mais je le sens. Une sorte de résignation se dégage de lui.

De quelle sorte, je l’ignore. Peut-être va-t-il se débarrasser de moi ou peut être accepte-t-il enfin ce qu’il s’est passé entre nous. Je frissonne en repensant à son corps hier, étendue sur le mien, sa chaleur, son odeur, sa puissance quand il m’a prise…la sensation quand il est en moi, celle au-delà du plaisir physique, celle qui ronge mon esprit depuis qu’on a couché ensemble dans sa cuisine. Celle qui encombre ma poitrine et me fait mal quand je le vois me rejeter et tenter de nier ce qu’il s’est passé. Je ne peux pas être la seule à le ressentir. On ne peut pas avoir partager nos corps de cette façon avec tant de passion, sans éprouver la même chose. Je refuse de le croire.

Ma main libre se lève et vient toucher la cicatrice sur son visage. Je la longe, Nik ferme les yeux, je vois sa poitrine se lever plus rapidement à mesure que j’approche de ses lèvres. Il ne peut pas nier ça. Il ne peut pas. Nik ne me laisse pas continuer, il attrape mon poignet, ses yeux s’ouvrent, son regard ne semble pas en colère comme je m’y attendais, seulement perdue.

— Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu la touche ?

— Pourquoi je ne le ferais pas ?

Il pince les lèvres comme pour s’empêcher de dire quelque chose qu’il pourrait regretter. J’aime cette cicatrice, c’est une part de lui.

— Comment est-ce arrivé ?

Il reprend son massage sans répondre et je commence à penser qu’il ne le fera pas lorsque sa voix résonne de nouveau.

— Mon père.

— Ton père t’as fait ça ? je demande choquée, comment ?

Je sens ses mains presser ma peau plus fort, il prend une grande inspiration avant de me répondre.

— Mon père avait trois degrés de châtiment selon la faute. Le premier était simplement une privation, le deuxième une obligation, le troisième une correction. Cette cicatrice est le troisième. Elle ne devrait pas être là, elle devrait être sur mon dos, mais j’ai relevé la tête alors que le fouet allait frapper. Dans un sens, ça m’a permis de ne plus avoir droit au degré de correction.

— Pourquoi ? je l’interroge, le cœur serré.

Nik relève la tête, son regard croise le mien, un petit sourire se dessine sur ses lèvres.

— Il m’a rendue identifiable avec cette cicatrice, c’est la pire des erreurs dans mon monde.

Je déglutis, je sais ce qu’il fait, je sais quel est ce monde. Il suffit de relier tous les éléments pour le comprendre. Je jette un œil aux tableaux sur le mur du fond.

— Tu es un trafiquant d’art.

Il ne répond pas, il ne nie pas et consent à me laisser croire à cette vérité.

— Tu avais quel âge quand il t’a fait ça ?

— Onze ans.

Je ferme les yeux et secoue la tête. Frapper au fouet un enfant de onze ans…

— Pourquoi ?

Nik regarde à son tour les tableaux, ses yeux se posent sur « Les Amants ». Je vois la douleur dans son regard, je sens ses mains s’accrocher à moi comme pour rester dans la réalité, dans le présent alors que les souvenirs l’assaillent.

— Pour avoir écouté mon cœur.

Son regard revient sur le mien, j’aimerais connaitre l’histoire de ce tableau. Il semble représenté beaucoup pour lui et j’ignore pourquoi.

Ma main se pose de nouveau sur sa cicatrice, elle n’est pas laide, elle ne représente pas le mal, au contraire. S’il l’a obtenue en écoutant son cœur, elle en valait la peine. Il est tellement conditionné à ne pas ressentir, à garder le contrôle quoi qu’il lui en coute et je comprends pourquoi aujourd’hui. On lui a appris dans la douleur à le faire.

C’est pour ça qu’il garde ses distances avec moi. C’est pour ça qu’il n’ose pas se laisser aller à ressentir ce qu’il y a entre nous. C’est pour ça qu’il me rejette, parce que je suis une faute. Pourtant il est là aujourd’hui. Il est avec moi et n’essaye pas de me rejeter, il n’est même pas en colère contre ce qu’il ressent. Je crois que c’est pire, ça confirme qu’il a pris une décision.

— Nik, je murmure en sentant la peur me gagner.

Mes doigts tremblant font le tour de sa bouche, sa langue en lèche la pulpe puis il enlève ma main doucement.

— Je n’y arrive pas, il reprend d’une voix profonde, à le faire taire.

Il pause ma paume sur sa poitrine, je sens les battements de son cœur lourd et rapide.

— Tu l’as réveillé.

L’émotion me gagne en comprenant combien il souffre de cette situation, tiraillé entre ce qu’il pense devoir faire et ce qu’il ressent. Je dégage mes mains des siennes et me redresse pour m’asseoir sur lui. Ses bras m’encerclent immédiatement, sa force, son odeur, la sécurité qu’il dégage.

Je prends son visage entre mes mains et ma bouche se pose sur cette cicatrice qui barre son visage. Il est perdu, on l’est tous les deux. Lui pour laisser ses sentiments le dominer et moi par l’absence de souvenir. Mais à ce moment-là, je me fous de savoir qui j’ai été, je sais qui je suis sous son regard, sous ses doutes et ses peurs. Je sais que je suis Elya.

Ma bouche se pose sur la sienne, la main de Nik dans mon dos me presse plus fort, ses lèvres s’entrouvrent et ma langue en fait le tour. Nos regards ne se lâchent pas, je comprends qu’on plonge tous les deux dans l’inconnue, dans les tourments qu’on a créé depuis le début. On s’y jette de pleins pieds lorsqu’il m’étend sur le lit et que son corps surplombe le mien. Ses magnifiques yeux verts me dévisagent et cherche en moi des réponses que je suis incapable de lui apporter dans l’immédiat. Mais je sais que ressentir n’est pas mauvais, je sais que ce que j’éprouve pour lui n’est pas mal. Son instinct, ce mur de protection autour de son cœur, ce qui lui as permis de ne pas succomber s’effrite et cède place à l’état sauvage, celui qui ne domine rien, celui qui ne contrôle pas, mais qui laisse ses envies le dominer.

 

 

***

 

 

Je me réveil avec un sensation désagréable dans mon ventre. Mes yeux s’ouvrent alors que je me crispe, je suis étendue sur Nik qui dort, nu dans mon lit. Dans son lit. Je n’ai pas le temps de m’extasier, la sensation revient. Je me redresse et ma main se pose instinctivement sur mon ventre. Puis je comprends lorsque ça recommence et que ma main perçoit le mouvement. Le bébé bouge.

Un petit cri de surprise m’échappe, il bouge encore et encore et donne des coups. Nik se réveille à son tour, alerte dès les yeux ouverts. Mon visage se tourne vers lui, il me dévisage étrangement. Je ne réfléchis pas, je prends sa main et la plaque contre mon abdomen. Le bébé donne de nouveau des coups, Nik sursaute.

Les larmes me montent aux yeux en sentant cet enfant prendre vie dans mon corps. Il est là et le montre à sa façon.

— Tu sens ? je demande à Nik.

Il ne répond pas, sa main toujours sur mon ventre. Mon rythme cardiaque explose en sentant l’euphorie et l’amour me gagner.

Je me tourne vers Nik, avide de partager ce moment avec lui, mais mon sourire disparait en voyant son regard sur nos mains jointes là où il y a le bébé.

— Nik ?

Son visage se redresse pour m’observer, il reprend ce masque impénétrable et enlève sa main. Il regarde sa montre puis se lève et se rhabille. Je reste sur le lit à sentir les coups de pieds de mon enfant en le regardant faire.

Il ne va pas recommencer.

Pas maintenant, pas après ce qui s’est passé, pas dans un moment de pure joie. Il ne peut pas.

— Qu’est-ce que tu fous ? je lance avec colère.

— Je te l’ai dit hier, aujourd’hui on va savoir qui tu es. Je dois y aller.

Je n’en crois pas mes oreilles. Je me lève, agacée, je me pointe devant lui alors qu’il enfile son t-shirt. Une fois sa tête passée l’encolure, il me reluque sans vergogne. Ses yeux passent mon corps en revue, je tente de chasser le désir qui nait entre mes cuisses.

— Il faut que tu arrêtes de faire ça Nik, coucher avec moi et te barrer comme un voleur.

Je le vois sourire.

— Un voleur ne s’endort pas avec son butin.

L’envie de le frapper me démange, de le secouer et de lui faire comprendre les choses. Il vient, il me parle de son cœur réveillé, il baise avec moi, il dort avec moi pour au final prendre la fuite. Quelque chose ne colle pas.

— Arrête de te foutre de moi.

Il fait un pas dans ma direction, sa main touche ma joue, la caresse doucement. Je déglutis, je ne comprends décidément rien à cet homme. Je pensais qu’il avait peur de ce qu’il ressentait pour moi et que malgré cette peur il le voulait. Alors pourquoi s‘enfuir comme ça, pourquoi…

— Le bébé…je murmure.

Nik recule et part s’installer sur le bord du lit pour mettre ses bottes.

— C’est lui qui te fait peur.

— Ce n’est pas le mien.

Son ton est froid et sévère, comme un reproche.

— Et alors ?

Nik se lève une fois ses bottes mises, je lève la tête pour l’observer. Je me fou qu’il ne soit pas de lui, je ne lui demande pas d’être un père, je lui demande juste de nous laisser une chance.

— Alors il a un père.

Je me doute qu’il a un père, seulement je ne sais pas qui c’est. Je ne ressens rien pour cet homme qui a conçue cet enfant. C’est pour lui que mon cœur bat douloureusement.

— Ta vie, tes souvenirs, ils vont revenir. Le père de ce bébé avec.

Il s’éloigne de moi alors que je reste près du lit, confuse. Il se dirige vers la porte.

— Certaines douleurs ne s’oublient jamais, même si on ignore d’où elles viennent. C’est ce que tu m’as dit.

Je me retourne, lui reste de dos.

— L’amour ne s’oublie pas non plus, et pourtant je ne le ressens pas pour le père de mon bébé…

— Elya, il grogne.

Je m’approche dans son dos, mes mains se posent sur les muscles puissants de son torse, mon cœur bat plus fort en sentant sa poitrine se lever avec force.

Il les détache et serre mes poignets avec force.

— On pourrait essayer Nik, on pourrait le faire si tu nous laissais une chance.

— Non, on ne peut pas.

Il me relâche et fait un pas de plus en direction de la porte.

— Pourquoi tu as fait ça aujourd’hui ? Pourquoi tu m’as parlé ?! Pourquoi si c’est pour me tourner le dos la minutes d’après ?!

Il se retourne vivement et fend les mètres qui nous séparent pour me dominer par son corps. Son visage à quelques centimètres du mien, je vois la détermination dans son regard et je perçois son souffle chaud sur sa peau. Le même qui était entre mes jambes il y a à peine quelques heures.

Sa main touche de nouveau mon visage, elle m’effleure comme si c’était déjà trop pour lui et je comprends que la décision qu’il a prise est celle-là. Que ces heures passées ensemble n’y changeront rien.

— Je te voulais une dernière fois.

Sa main glisse sur mon cou, ses doigts qui me frôlent créer des frissons sur mon corps nu. Ses yeux se baissent sur ses gestes, il caresse ma poitrine à présent.

— Une dernière fois, comme il faut, c’est tout Elya.

Il recule, sa main quitte ma peau, son corps disparait de ma vue, j’entends la porte s’ouvrir puis se refermer à clef. Je reste debout à regarder ce morceau de bois qui nous a toujours séparer. Son monde, le mien enfermé ici, comme dans ma tête vide de souvenir et lui dans son incapacité à lâcher prise.

 Maryrhage

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