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Inside Lines, Chapitre 4


 

Chapitre 4

Kade

 

 

 

Je suis à cran, la nervosité m’habite ainsi que la frustration. Je tente de ne rien montrer, cependant, je suis déçu. Je m’attendais à voir les choses changer dans cette nouvelle équipe, je pensais avoir fait mes preuves pour décrocher mon ticket de titulaire, j’avais tort.

Est-ce que le Coach se venge de mon affront ? Il a clairement dit que ce n’était pas personnel et que les choix qu’il avait faits pour cette première rencontre étaient un test. Il m’a mis à l’écart pourtant, comme mon ancien entraineur.

Dans ma dernière équipe, j’étais volontairement mis de côté parce que la moitié des joueurs refusaient de jouer avec moi, le coach ne supportait pas d’avoir une pédale dans ses rangs et n’hésitait pas à le faire savoir. Le terrain a souvent connu des débordements entre nous et des gestes violents dans les couloirs. Je ne pouvais pas voir cet enfoiré en peinture. Le sarcasme et les remarques homophobes me passent au-dessus la plupart du temps, sauf quand elles deviennent du harcèlement.

Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai dû faire mes preuves, m’imposer, incarner l’évidence, mettre sur le fait accompli l’entraineur pour qu’il me fasse jouer.

Mes mains tremblent sous le souvenir de cette pression. J’ai toujours été sanguin, mais cette ambiance n’a pas aidé à m’apaiser. Je suis ce boulet de canon qu’on tire à l’aveugle. On attend de voir où il s’éclatera sans prévoir à l’avance son lieu d’atterrissage.

Je pensais Asher différent. J’essaie de me dire qu’il est différent, pas comme toutes ces pourritures du football qui continuent de renforcer l’image sale et intolérante, mais je ne sais pas quoi penser de lui. Il est putain de froid et si sérieuse. Un anglais dans toute sa splendeur.

Il a fait taire le premier qui a lancé une vanne au sujet des gays, d’ailleurs, le gars est assis juste à côté de moi. Lui, il est certain de ne pas fouler le terrain ce soir. Mais moi ? Est-ce que parce que mon père le paye qu’il fait exprès de lui prouver qu’on ne peut pas l’acheter ? Ou parce que je suis… différent ?

Ça me rend dingue cette tension entre nous. Je ne peux pas le blairer et lui non plus. On ne parle que pour le jeu, le restant du temps, on se lorgne comme deux abrutis qui ont envie de se sauter à la gorge.

Je n’aime pas sa façon de se comporter. L’Emperador, maitre des lieux qui ne cesse de le prouver. Ce n’est pas dans ma nature de me plier aux règles sans discuter. Je suis rebelle, et j’ai envie de l’être avec lui, juste pour le plaisir de le voir perdre contenance. Ce mec n’est pas clair, il est trop propre.

Mon attention se porte vers Asher, en costume noir avec sa cravate rouge, il est tendu. Il ne cesse de marcher devant sa ligne en observant ses joueurs appliquaient comme des manches ses techniques. La théorie est bonne, la pratique, c’est une autre histoire avec notre équipe. Certains sont trop collectifs, tandis que d’autres jouent perso.

Je regarde le match depuis le banc de touche depuis cinquante minutes. Toute la première mi-temps, je l’ai passée à regarder les autres se faire laminer par les Magpies[1]. On perd 1 à 0.

Le stade retient soudainement son souffle quand Tate Gavin, un de nos attaquants, le numéro 10 récupère le ballon des pieds d’Alan Smith, le défenseur de Newcastle United.

L’action est bonne, on se lève tous du banc pour le voir mener un duel en face à face avec le Gardien Holden. Tate court vite, il fait de petites frappes dans le ballon pour le garder à sa portée, il relève la tête plusieurs fois, essayant d’analyser le meilleur angle de frappe.

Il attend trop.

Je jure, c’est maintenant qu’il faut tirer, avant d’arriver dans la surface de réparation, avant que le gardien n’attaque le premier.

Et l’erreur se produit. Tate pénètre dans la zone du gardien et tente une frappe longeant presque la pelouse dans le but de faire rentrer le ballon dans l’angle de la cage, mais Holden est plus rapide. Il intercepte la tentative de marquage du Gunners en plongeant. Le ballon heurte sa poitrine.

Un élan de frustration envahit l’Emirates Stadium, Asher perd son calme. Sa fiche de match s’éclate par terre dans un élan de frustration pure. L’arbitre siffle la remise de jeu. Notre Coach donne des conseils aux Gunners les plus proches, ces derniers acquiescent, mais ça ne bouge pas.

À la deuxième tentative ratée de Tate, cinq minutes plus tard, Asher craque pour de bon. Il fait signe à l’arbitre qu’il veut faire un changement.

Mon cœur s’emballe, l’impatience me ronge. Je veux voir mon numéro s’afficher sur le cadran. L’arbitre de touche vient le voir, Asher lui communiquer ces informations et l’espoir s’effondre quelques instants plus tard.

C’est Drew qui sort du terrain. À mes côtés, Pedro Pablo, le brésilien, se relève lorsqu’il est appelé.

Putain de merdier ! Je ne vais jamais jouer.

Je ne prête plus attention au match, ni même à Asher, je suis juste en colère d’être pris pour un con. J’ai tellement donné depuis la reprise, pour quoi ? Pour amuser mon coach.

 

— Ça va ? me demande Andrew en s’asseyant à mes côtés.

 

— Ouais, je jure.

 

Non, j’ai besoin de jouer. J’ai besoin de montrer au staff que je suis bon, indispensable, que ma personnalité et mes squelettes ne comptent pas dans l’équation.

 

— King est jaloux de ne pas bouger son cul sur la pelouse, se moque Sam.

 

— Ne t’intéresse pas trop à mon cul, Brown, on pourrait croire que t’as envie de le baiser, je déclare avec sarcasme.

 

Comment faire taire un hétéro emmerdeur ? Lui dire qu’il est gay.

Mon commentaire fait marre les autres. Je jette un regard agacé au défenseur qui se ronge les sangs de s’être fait fermer sa gueule de la sorte.

 

— Kade, Harry et Mario, allez vous échauffer.

 

Génial, deux attaquants, et un milieu, autant dire que j’ai encore moins de chance d’entrer. Je ne dis rien, je vais m’échauffer, je me mets en condition en espérant qu’on me fasse intervenir dans ce match.

Sept minutes passent, Chris, notre gardien, à cause d’une faute venant du meneur manque de se prendre un boulet de canon. Heureusement qu’il est efficace.

Mon attention est attirée par l’arbitre de touche qui lève le panneau de changement. Je m’attends à voir entrer un autre quand je vois le numéro 22 s’affichait. Mon numéro.

Bordel, enfin !

Tate sort du terrain sous quelques applaudissements, ses actions étaient belles, mais trop lentes. À mon avis, il va devoir travailler sur son impulsivité. Cesser de réfléchir autant et agir.

Le Coach me fait signe de venir vers lui avant mon entrée. Je croise mon collègue, Tate me tape dans la main, je fais de même.

 

— Bon courage, King, le gardien est un vrai mur.

 

Je souris en acquiesçant.

Et l’attaquant à deux pieds carrés.

Je me présente aux côtés d’Asher. Il me jette un regard de la tête au pied en inspirant. Il fait tellement sérieux avec sa barbe mal rasée et son air incorrigible. Une chose est sûre, ce qui se passe sur ce terrain ne lui plait pas.

 

— Kade, marque le numéro 12, il commence à fatiguer, il se penche en avant quand il se prépare à faire une passe ou à attaquer.

 

— OK Coach.

 

Ses yeux croisent les miens, sa main se pose sur mon épaule, je frissonne. Ce simple contact me fait l’effet d’une décharge électrique dans tout le corps. Mon short rouge réagit furtivement. Mon souffle s’emballe. Il se passe un truc inexplicable lorsqu’on se dévisage dans ce silence troublé par des chants de supporters et tout un stade vibrant d’une rencontre haletante.

Qu’est-ce que c’est ?

 

— J’ai confiance en toi, lâche Asher en me sortant de mes pensées.

 

Alors pourquoi tu ne l’as pas prouvé avant ? T’attends qu’on soit dans la merde pour siffler un de tes meilleurs éléments ? Tu te venges, coach !

 

— Vous me testez coach ? je lance en haussant un sourcil.

 

Ça m’amuse de le vouvoyer, il y voit une forme de respect, j’y vois une sorte de préliminaires pour l’emmerder. On peut faire passer tellement de sarcasme avec un vous.

 

— Je sais que tu en as capable, lâche-t-il d’une voix tendue en retirant sa main de mon épaule.

 

Comme si je l'avais brûlé.

 

— Comme vous l’étiez ? je souligne avec ironie.

 

Ses yeux clairs s’assombrissent à la mention de ses exploits passés, j’ai touché un point sensible, mais pas que.

Asher remet son masque froid et impénétrable. Je ne l’aurais pas surnommé Emperador, Freezer aurait été plus crédible.

Je souris, fier de mon petit effet. Il n’y a pas que moi qui ne reste pas insensible à nos réflexions.

 

— Défonce-moi ses cages, King, m’ordonne Asher pour clore cet échange.

 

Je me mords la lèvre et le lorgne de la tête aux pieds en entrant sur le terrain. Il est vraiment canon avec son costume de pingouin et son air coincé. C’est bandant de le faire taire.

C’est plutôt son cul j’aimerai me farcir, mais je me contenterais des filets du gardien, c’est plus prudent. 

Je romps notre duel visuel en pénétrant sur la pelouse. Mon surnom est scandé dans les gradins des supporters les plus passionnés, des insultes résonnent aussi, mais elles sont vite masquées par un chant populaire.

Je dois marquer. Je dois montrer que je suis le meilleur attaquant de cette équipe, meilleur que Tate, meilleur que Alejo ou Cole. Je suis l’un des plus jeunes, je veux qu’on me prenne au sérieux, malgré mon père, malgré mon passif et malgré l’étiquette « pédale » que certains me collent.

L’arbitre siffle la remise en jeu, j’attaque directement. Je fonce vers les cages adverses quand  Alec arrive à prendre le ballon à un Magpie. On évolue rapidement vers la surface de réparation, Alec est putain de doué lui aussi. On a déjà joué ensemble lors de l’entrainement et on a réussi à se trouver des similitudes qui nous ont permis de nous comprendre.

Il me fait la passe pour éviter de perdre la balle, je cours rapidement, contrant un milieu, humiliant quelques instants plus tard, le défenseur. Je ne m’arrête plus. Je ne pense qu’à mon objectif, marquer. Je dois tous les mettre à terre, les ridiculiser comme eux, ils me ridiculisent à la moindre occasion. Je puise dans cette force que j’ai toujours eue et je l’exploite dans le football. Je cours, je regarde Alec qui évolue de l’autre côté, près de moi en cas de pépin pour qu’on ne perde pas l’avantage. Je passe vers la droite du terrain, avant de me retrouver coincé par un autre défenseur, je lui fais la passe. On arrive à se sortir de ce duel, tous les joueurs remontent vers la surface de réparation du gardien portugais pour l’action à venir, sauver leur camp ou aller soutenir l’attaque.

Alec arrive à hauteur du gardien, un défenseur sur ses trousses, l’adrénaline me dévore de l’intérieur tellement ça explose, tellement c’est fort et intense. On ne pense qu’au jeu, qu’à notre souffle qui éclate sous l’effort, qu’à la fraicheur de la brise lorsqu’on court et au contact du ballon frappant à répétition sur notre crampon.

Alec me fait signe et tout se joue en quelques secondes. Il tape dans le ballon, ce dernier s’envole du sol pour venir à ma rencontre. Je saute, ma tête le rencontre, je donne un léger coup en direction des cages. Le contact avec le cuir froid, cet instant indescriptible avant de voir si notre geste aura marché.

Le stade explose lorsque je touche le sol, la seconde d’après. Je me tourne pour voir le ballon dans les filets.

On a marqué !

J’explose de joie, mes coéquipiers viennent me saluer. Les supporters scandent mon nom.

C’est ça le football, ce sont pour ces moments, quand une rencontre peut basculer sur un acte.

Nous ne serons peut-être plus les perdants de la soirée.

On regagne l’autre côté du terrain pour la remise de jeu. Je croise le regard du staff d’Arsenal, ils ont commencé à y croire.

Mon coach me fait un léger signe de tête sans montrer sa joie. Il reste strict, froid, mais bordel, j’espère que mon but lui aura autant foutu les frissons qu’à moi.

L’arbitre s’apprête à remettre en jeu quand une voix résonne :

 

— Tu marches comme un vrai pédé !

 

Je me tourne vers le milieu des Magpies, il me sourit en faisant un signe dégueulasse avec ses mains. Je vois rouge en une fraction de seconde. Je m’apprête à le rejoindre pour lui en coller une. Je ne réfléchis pas, quand je vis de trop grosses émotions, quand on me fait chuter de dix étages après un orgasme sportif sur le terrain, je suis une bombe à retardement, le moindre truc me fait basculer.

Trop d’émotions.

 

— KING ! hurle Asher de la touche.

 

Je me fige en entendant la menace de Grant. Je serre les poings.

Le match pense au match.

Le joueur adversaire rit en me voyant fulminer. Je ne peux pas déraper lors de mon premier match.

Pense au jeu, et au plaisir d’emmerder ton entraineur.

De quoi distraire mes poings qui veulent tant finir dans la belle gueule du libéro de Newcastle.

Peut-être que si je me comporte bien, si je marque un second but, je me garantis une place définitive dans l’équipe.

Pense à ça pas au reste, pense à l’arbitre qui siffle la remise de jeu.

 

***

 

Je gagne les vestiaires torse-nu. Je n’ai pas marqué de second but, nous n’avons pas gagné ce match amical avec Newcastle, mais nous avons réussir à maintenir un score ex aequo. Unr résultat nul vaut mieux qu’une défaite.

Un frisson me gagne, j’ai donné mon maillot à un petit garçon de la tribune d’honneur. Comparé à certains supporters, lui, il en avait rien à foutre de ma réputation, il n’a vu que le joueur. Ça fait du bien de croiser un regard admiratif.

J’entends un rire derrière moi, suivis de sifflement.

 

— T’as vraiment un déhanché de princesse, King.

 

Je cesse de marcher, je ne suis pas rentré avec les autres, j’ai terminé de saluer tous les membres du staff adverse et les joueurs… comme le milieu de terrain des Magpies.

Je me tourne pour lui faire face, il y a quelques journalistes, des membres du staff de l’Emirates Stadium qui ne nous prêtent pas encore attention, des attachés de presse et des agents.

O’Brian s’approche de moi avec un air de connard, il me jette un regard dégouté, je m’apprête à réellement lui en coller une avant qu’il n’ouvre sa gueule quand mon putain d’ange de malheur se ramène.

 

— King !

 

Bordel de merde, Grant !

Je lorgne mon adversaire qui sait très bien que je n’oserai pas.

 

— Une prochaine fois, chéri, se moque O’Brian.

 

Il passe à côté de moi en tapotant mon épaule, je le repousse avec violence et résiste à l’envie de le plaquer contre le mur pour le frapper.

Calme tes ardeurs, Kade. Réfléchis avec ton cerveau, pas tes poings.

Asher me scrute quand je lève mon regard vers le sien, il arrive à ma hauteur, lui et son air sérieux. Il croise les bras sur sa poitrine. Une tension nait entre nous dès que nous sommes face l’un de l’autre.

Je m’attends à me prendre un sermon. Il peut y aller, je suis chaud comme la braise.

 

— J’espère que tu ne comptais pas faire ce que je pense ? déclare mon coach.

 

Un rire léger me gagne.

 

— Lui éclater la gueule ? Si, je réponds avec honnêteté.

 

Asher ne parait pas surprise de ma franchise, il secoue la tête en s’approchant de moi. Mon rythme cardiaque s’accélère, il ressemble à un lion qui s’apprête à sauter sur sa proie. Il est trop calme, trop… indéchiffrable. Est-ce que ce mec depuis sa blessure sourit et ressent quelque chose ? 

 

— Ça ne se passe pas comme ça dans mon équipe, Furious.

 

Le connard.

Je serre les dents en tentant un sourire faussement crédible. J’ai horreur de ce surnom dans certaines circonstances. Surtout dans celle-ci.

 

— Vous ne savez pas ce que c’est. Vous n’avez pas eu à vous défendre, au cours de votre carrière, Emperador.

 

Tu me provoques, je te provoque Grant.

Asher se raidit, mais en bon adversaire, il ne se déclare pas KO. L’électricité statique monte en intensité dans la pièce.

 

— Tu n’as pas que tes poings que je sache ? T’as une langue ? Serre-toi en. Si tu frappes un gars, je me chargerai de te mettre la double dose en plus des sanctions de l’arbitre.

 

Je ne me dégonfle pas. Asher tente de m’imposer sa façon de faire, comme mon père et ça ne me plait pas. Il me tend le bâton pour se faire battre.

 

— Si vous saviez ce que je préfère réserver à ma langue Coach, vous la laisseriez tranquille, je lâche d’une voix rauque.

 

Qu’est-ce que tu fous Kade ?

Ça s’appelle allumer son entraineur.

Ressaisis-toi.

Pourtant, c’est plus fort que moi. Asher se fige et tente de ne rien laisser paraitre. Merde, il est aussi coincé que ça pour réagir ainsi à un commentaire sexuel ?

Est-ce qu’il t’arrive de baiser, Coach ?

Je me fends d’un sourire en imaginant sa tête si je lui posais cette question pour qu’il perde son calme.

Asher n’a pas le temps de répondre qu’on l’interrompt.

 

— Coach ? l’appelle Greg, journaliste !

 

Nous nous dévisageons un instant, une ambiance tendue règne entre nous, parsemée de quelque chose de plus… dangereux. Comme la fois dans les vestiaires où il me dévisageait sans même s’en cacher.

Asher m’observe de la tête au pied en secouant la tête, le petit soupir qu’il me lance me fait frissonner de nouveau. Sans un mot supplémentaire, l’entraineur rebrousse chemin pour aller satisfaire la curiosité des journalistes sportifs.

Je reste comme un con à le regarder partir, ses mains enfoncées dans les poches de son pantalon, sa façon de marcher droite et strict, il dégage quelque chose de viril qui ne me laisse pas indifférent.

Je secoue la tête, merde, c’était quoi ça ?

 

— Au fait, Kade ? m’appelle Asher.

 

Je vois qu’il me jette un rapide coup d’œil.

Qu’est-ce que tu vas me dire encore comme menace, connard ?!

 

— Bravo pour ce soir.

 

Nouvelle claque. Asher qui me félicite ! C’est la blague du siècle, pourtant, il a l’air sincère.

Je ne réponds rien, je fuis vers les vestiaires mon coach au regard de braise dans cette expression de glace. Je ne tente pas de comprendre, je refoule cette sensation étrange qui m’habite. Elle serre mon estomac et fait battre l’organe dans ma poitrine plus vite en faisant naitre une excitation soudaine qui me réchauffe.

Je déteste ce mec, je n’ai pas le droit de ressentir ça. Pas avec un énième connard qui ne me fera pas de cadeaux.

Qu’est-ce que tu fais vraiment Coach Grant ?

 

***

 

Deux jours plus tard.

 

 

— C’est une joie pour nous de t’accueillir ici, enfin ! Merci d’être venu, Kade.

 

— Avec plaisir. Je suis ravi d’être des vôtres, April, ça me tient à cœur. J’avais des engagements à Chelsea avant. Maintenant, je suis libre.

 

Je lui ouvre la porte des locaux. Derrière, j’ai remarqué le stade de quartier portant les banderoles des GGG.

April me remercie en rougissant légèrement. J’aime cette femme, elle me fait rire.

 

— C’est parfait !

 

Je regarde April, elle sourit tout le temps. Nous nous sommes rencontrés lors d’une convention LGBT il y a deux ans, juste après mon coming-out lors de ma conférence de presse de présentation. Je n’avais vu ça qu’auprès de deux autres joueurs de Manchester United.

J’étais intervenant sur une conférence concernant le sport et l’homophobie. Elle est venue me voir après et nous avons beaucoup discuté. Nous sommes devenus amis et c’est elle m’a proposé de m’engager plus activement auprès de la lutte contre l’homophobie dans mon sport.

Depuis, April gère un peu mes relations avec les associations ayant besoin de visibilités. Si ma présence et quelques photos peut leur apporter des soutiens ou un intérêt, j’en suis ravi. Surtout si m’affichait ouvertement gay continue de déclencher des rafales de publications dans les journaux sportifs ou pas.

Lorsque nous arrivons au cœur des locaux, nous sommes accueillis par un rassemblement de personnes qui nous salue. Il y a même une banderole me disant « merci ».

 

— Bienvenue chez GGG, Kade ! lancent-ils en cœur.

 

Je souris, soudain mal à l’aise de toute cette attention. Je ne le fais pas pour la gloire, je le fais parce que leur combat, c’est le même que le mien.

Je passe une main nerveuse dans mes cheveux noirs en les remerciant.

Gunners Gay Goal[2] est un groupe de supporters d’Arsenal créer il y a quatre ans. L’association LGBTQ, avec l’aide de jeunes footballeurs ou de supporters ouvertement gay, tente de faire changer les mentalités. Leur mot d’ordre ? Ils sont fans de foot et luttent contre l’homophobie qui y règne. Elle est similaire à Bluesgay, l’association dont je faisais partie à Chelsea.

Comme disait le président des GGG dans un article de presse : tout le monde sait qu’il y a des joueurs, entraineurs, arbitres, membres des staffs gay ou bisexuels dans ce sport, mais personne n’ose faire son coming-out à cause des regards du milieu. Donc, ça pouvait être aux supportes de le faire en premier pour montrer la voie.

À terme, ils aimeraient qu’on finisse par dire : « t’aimes le foot et t’es gay ? Et alors ? T’aimes le football quand même ». Si les mentalités changent chez les supporters, les joueurs n’auront plus peur de sortir du placard.

Avant d’en arriver là, il faut agir, ne pas se planquer, se faire voir, normaliser ce type d’association. Je sais qu’ils accueillent tout le monde et d’après les explications de Chelsea, les GGG ne sont pas réservés aux supporters uniquement LGBTQ, certains de leurs membres sont hétéros.

Je salue tout le monde, April me présente, je serre quelques mains, prends des photos et très vite, après quelques discussions, des jeunes, certains à peine plus âgés que moi, me demandent si on peut faire un match de foot. J’acquiesce, April me remercie, ainsi que le dirigeant, Miles Kent.

On gagne le terrain, j’apprends à faire connaissance avec les dix jeunes. On discute de beaucoup de choses avant de commencer à taper dans le ballon. J’apprécie ce moment, en petit comité, que je fais de mon plein gré sans le moindre journaliste.

L’espace de quelques instants, j’oublie la pression que je me mets, je profite simplement d’un après-midi accompagné de supporters et de futurs joueurs qui me rappelle la simplicité du football et pourquoi il faut se battre pour la tolérance de ce sport qui rassemble.

 

AMHELIIE

 

[1] : NDT : « Les Magpies » (The Magpies en VO) est le surnom de l’équipe de Newcastle United.

[2] NDA : « GUNNERS GAY GOAL » est une association fictive. Cependant, elle est dédiée et inspirée de l’association GAY GOONERS d’Arsenal, réelle club de supporters luttant contre l’homophobie dans le milieu du football.

Commentaires

  • Super chapitre
    J'aime beaucoup l'adrénaline que l'on ressent pendant le match et cette attirance naissante entre le sexy coach et Kade

  • ah ah sous ses airs de pti con il y a un coeur qui se cache je pense que kade nous reserve de belles surprises hate d'etre a mercredi
    merci AMHELIIE

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