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Fucking Love #1 - For Play - Chapitre 13

Chapitre 13

Dereck

 

 

Je sors quelques billets de cinq dollars en pensant voir débarquer le livreur de pizza. Lorsque j’ouvre la porte, c’est une autre personne qui se tient debout devant moi.

Un sourire me gagne, alors que je lâche d’une voix surprise :

 

— Vinz, mais qu’est-ce que tu fous là ?

 

Mon frère ainé se retourne en rangeant son téléphone. Il ouvre ses bras pour qu’on s’étreigne. Vinz est plus âgé que moi, beaucoup plus classe aussi. Toujours en costume, rasé de près. Il est le plus mature et le plus sage de nous deux.

 

— Hé bien, je me suis dit que faire un détour par Los Angeles pour voir mon frangin en personne n’était pas une si mauvaise idée, me répond-t-il en s’écartant.

 

Je lui jette un regard absolument pas dupe, il n’est pas là que pour ça. Je sais qu’il veut me parler de la casette. Et s’il se déplace, ce n’est pas bon. Mais pour l’instant, je vais faire comme si de rien n’était. Je suis trop heureux de le voir.

 

— Tu restes combien de temps ?

 

— Seulement deux jours, après je rentre, lâche Vinz en entrant dans mon appart.

 

Je ferme la porte derrière lui. Je n’arrive pas à croire qu’il soit là.

 

— Comment tu vas sinon ? me questionne mon frangin en posant ses affaires dans le couloir.

 

Je souris.

 

— Toujours quand t’es là, connard !

 

Vinz se tourne vers moi. Il affiche son air de tombeur.

 

— Je sais.

 

Son regard se perd dans l’introspection de mon nouvel appartement. Ce n’est pas aussi class que chez lui. Mais j’y suis bien, c’est assez petit pour que je me sente en sécurité. Je lui propose de faire un tour du proprio, Vinz accepte. On commence à parler de tout et de rien.

Il attendra le bon moment pour venir me parler de ce que nous savons tous les deux qui nous perturbent. En attendant, nous fêtons nos retrouvailles après des mois d’éloignements.

 

***

 

— Tu as des nouvelles ? je finis par demander alors que nous marchons dans la rue calme.

 

Vinz acquiesce en fourrant ses mains dans les poches de son jean. Il a enfin fini par accepter de se changer pour des fringues moins chaud. Vinz me ressemble énormément, cheveux noirs, yeux verts, des traits masculins chanceux. Voilà à quoi je vais ressembler dans quelques années.

 

— Ouais et pas des bonnes.

 

Je me raidis, je m’en doutais sinon, il ne serait pas là.

 

— Mon infiltré chez SHADOWS m’a confirmé qu’il y a bien deux business, poursuit Vinz. Celui où tu tournais, et celui où seuls deux acteurs tournent, mais dont personne ne sait de quoi ça parle. Battle, ton boss, fait croire qu’il s’agirait de peep-shows améliorés avec des clients VIP, au bureau, on pense que s’en sont plutôt des véritables qu’ils tournent, pas des fausses.

 

En entendant ces mots, je me fige, mon sang ne fait qu’un tour. Je suis un traumatisé, ce passé m’a démoli par ce que j’ai vu, ou pu faire. Scénarisé ou pas. Depuis que je sais la vérité, j’en suis malade.

J’étais un de ses monstres.

Mon frère Vinz travaille en tant qu’Agent au bureau du FBI de New York. Il y a deux ans et demi, il était depuis plusieurs mois sur une série d’enlèvements dans l’État de New York, , certains disparus étaient retrouvés vivants, d’autres, morts, mais tous dans l’état de Miami. Les survivants n’avaient aucun souvenir de ce qu’ils leur étaient arrivés, si ce n’est des bribes qui ne semblaient rien dire. Jusqu’au jour où l’un des survivants s’est rappelé d’un peu plus que ça. D’un entrepôt où ils ont subi des sévices sexuels, des tortures physiques et des viols.  Les preuves physiques étaient raccords avec leurs dires. Et ces gens-là, c’était souvent d’une caméra dans leur horreur.

Cette histoire l’a alerté. J’avais osé l’appeler un soir, alors que je n’allais pas bien et j’avais eu la chance de lui confier ce qu’il m’arrivait de faire pour arrondir mes fins de mois difficiles, j’étais tellement drogué que je ne m’en suis pas rendu compte, mais mes propos ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd.

Quand son enquête a alerté son bureau,  mon frère a m’a contactée pour savoir si j’en savais plus. Si j’avais entendu quelque chose. J’ai fait le sourd d’oreille, jusqu’à ce qu’il se déplace et se rende compte de l’état dans lequel j’étais : ivre, et drogué la plupart du temps.

Vinz m’a tenu la grappe durant des jours, il ne m’a pas lâché, m’a poussé à bout pour que je crache le morceau de la raison de mon état. Qui aurait cru que son enquête et moi, étions liés ? Je l’ai repoussé en prétendant que tout aller bien, jusqu’à ce que les choses dérapent pour moi aussi. Vinz est parti, déçu, sans aucune preuve et avec un frère se murant dans le silence… jusqu’à ce que je débarque, une nuit, drogué, mal comme jamais et en manque au studio et que j’ai vu l’horreur, la vraie. La mort sous mes yeux filmés pour un DVD.

J’ai compris que notre boss avait cessé de jouer.

Battle est le propriétaire de deux studios, SPIT OR SMALLOW et… SHADOWS. L’un est très connus et l’autre n’a pas ce même but. SHADOWS est un studio de production trashs et extrêmes disponibles difficilement sur le net, ce qui les rends presque légendaires. Tout le monde sait que SHADOWS existe, mais seulement quelques milliers de voyeurs ont pu y accéder en déboursant des sommes astronomiques pour voir… des films pornos classés comme étant des snuffmovies[1] scénarisés. L’extrême de l’extrême du sexe filmé.

Je pensais que tout était scénarisé, j’avais tort. Cette fameuse nuit, j’ai appris que Battle s’adonnait à de réels tournages pour de véritables Snuff.

J’ai dérobé le DVD dans la nuit, il était caché dans une cassette, j’ignore comment j’ai fait tellement j’étais mal en point, mon esprit a puisé dans ses réserves et j’ai fait quelque chose de surhumain pour moi à cette période. Si Battle faisait comme pour les faux films snuff, il n’y avait qu’une copie, qu’un montage, et le restant était détruit pour rendre le film authentique avant de le mettre sur le net dans une vidéo cryptée, impossible à copier ou télécharger. Je doutais qu’il ferait ça avec ce propre film.

La preuve était le DVD et le cadavre.

J’ai contacté mon frère quelques jours plus tard et j’ai négocié avec lui. En fuyant avec le DVD, mon boss a tout compris. C’est comme ça que j’ai gagné ma liberté et que j’ai échappé à ces griffes. Grâce à mon frère qui m’a envoyé en cure de désintox et grâce à un DVD.

Un putain de DVD.

Vinz ne veut pas le remettre à son bureau, il les tient en disant qu’il a une preuve tangible, mais vue que les snuffs sont destinés à des gens riches et puissants, le DVD pourrait disparaitre. C’était la première fois que je voyais mon frère doutait autant de son institution.

Je sors de mes pensées en entendant Vinz me prévenir.

 

— Mais je dois te prévenir d’être méfiant. Mon infiltré m’a confié qu’ils courraient des rumeurs comme quoi, la casette que tu as volée était pour quelqu’un de très important. Ils en ont tourné une seconde, mais il veut la récupérer.

 

— Il ne m’a plus contacté, je lui apprends.

 

— Je sais, je lui ai fait savoir que le FBI était sur son dos pour une histoire de prostitution et de drogue entre l’État de Floride et la Géorgie. Il sait qui je suis, et il doit bien se douter que ce n’est qu’une excuse, mais…

 

Mon frère s’arrête de marcher. Il me saisit par le bras pour me regarder, yeux dans les yeux, inquiets.

 

— Il n’est pas content Dereck et vu que tu as refusé de vivre caché, il sait où tu es, ce que tu fais. Je ne doute pas qu’il réfléchissee à comment se venger du danger que tu lui fais courir et sans doute, mes menaces pour le tenir loin de Los Angeles ne seront bientôt plus suffisantes.

 

Je reste figé, en tâchant de garder mon calme alors que je comprends que c’est loin d’être réglé.

 

— Qu’est-ce que nous allons faire ?

 

Vinz se pince les lèvres en soupirant.

 

— Donne-moi deux mois. Peut-être que j’aurai plus de preuves…

 

Il se tait un instant avant de renchérir d’une voix grave :

 

— Sinon, nous donnerons le DVD au FBI et tu deviendras un des principaux témoins pour ces affaires de Snuff Movie Dereck. Parce qu’il y a un réseau de kidnapping à travers l’état de New York et de Miami, et je suis certain que nos histoires sont liées. Ce n’est pas un hasard.

 

J’encaisse ses propos, alors que ce terme me donne la nausée. Parce que la vérité est là. Vraie ou pas, j’ai tourné dans ce porno crade. Je n’ai pas tué de mes mains, mais j’ai participé à la mort intérieure de nombreuses personnes en leur faisant subir ça sans dire non. Tout comme j’ai participé à la mienne avant que Vinz me fasse revenir.

 

***

 

Les bruits de gorge résonnent alors que mon partenaire de tournage s’active dans la bouche ouverte du soumis consentant. Il est ligoté d’une telle façon sur la table, sur le ventre, les cuisses coincées par une barre en métal, exposant son orifice et cambrant ses hanches. Des cordes rêches serrent sa peau. Ses mains sont maintenues dans le dos. Ses maigres jambes sont tachées de marques bleues et rouge, laissées par les électrodes et les coups de fouet. Il a gémi du début jusqu’à la fin, en protestant, mais en appréciant. Je dois dire qu’il est l’un des soumis les plus performant pour donner l’impression qu’on le terrifie.

 

— Défonce lui le cul jusqu’à ce qu’il en saigne, ordonne une voix tranchante et rieuse.

 

J’acquiesce en venant me placer derrière le soumis. J’attrape les cordes à ses reins pour le tirer vers moi, je crache dans ma main pour lubrifier ma queue. Pas un seul instant je me préoccupe du gars. Il a signé pour que ce soit hard et douloureux, ça le sera. C’est ce que SHADOW fait. Du trash et du gore pour le cinéma XXX. Et le résultat est toujours à la hauteur, Battle, le Boss sait nous indiquer quoi faire. De nous-mêmes, nous ne pouvons rien décider.

Nous sommes tellement shootés. Je tiens à peine sur mes pieds. Les voix sont lointaines. J’ai sniffé une grosse dose de Poppers avec mon partenaire du jour pour notre session filmée. Et le Boss nous a filé de quoi bander durant des heures sans se soucier de notre propre plaisir. Il n’y a que l’action. Que la violence et le manque d’humanité envers ces acteurs ou soumis consentant pour cette dépravation où le non n’existe pas et où les limites ne sont pas présentes. Il n’y a que le spectacle. Aller toujours plus loin, toujours plus dans des pratiques sombres et humiliantes. Les contrats ne stipulent que peu de renseignements, le non est interdit. L’acteur qui s’adonne à un rôle de passif ici subira tout ce qu’on décidera, même s’il n’est pas d’accord, parce que le contrat stipule l’abandon le plus total.

Mais lequel de ses fous n’aime pas ça ? L’idée de tourner ce qui va ressembler à leur mort noyée dans le plaisir et la douleur. Ça les excite, même quand c’est dur, même quand on franchit leur limite, ils aiment ça. Pas n’importe qui tourne ces films et nous le savons tous.

Est-ce qu’on est aussi dingue qu’eux ? Si nous pouvions encore réfléchir à nos actes, peut-être que ça me fera quelque chose. Mais pas à cet instant. Je ne pense à rien d’autre. J’exécute les autres, et je sais quelle sera ma récompense.

La coc.

La baise pour la drogue, la violence pour la drogue, le trash pour la drogue.

Il n’y a pas de plaisir, que des arrangements.

Une fois à hauteur de son cul fouetté et couvert de marque de brûlures, je me place à l’entrée de son corps et sans hésitation, je le pénètre d’un coup de rein puissant et douloureux. Je force ses muscles crispés, il hurle et je le vois bander. Je ne prête pas attention aux palpitations autour de mon sexe, je ne ressens rien. Je ne ressens plus rien depuis longtemps. J’exécute.

 

— Baise-le ! hurle Battle.

 

Et je le fais. Je me retire de lui, et reviens dilater son cul en lui assenant de violentes pénétrations. Mon sexe va et vient en lui. Je bande, mais je ne ressens rien. Pas de chaleur, pas de plaisir, je suis éteins. Passif du moment, un robot qui n’attend que son jus. Je ne jouirai pas. Je ne jouis jamais.

Je me déchaine sur le soumis, le gars gémit et se tortille, ses hanches tentent de bouger pour suivre mon rythme. Je lui fais mal, je le sais, l’intérieur de ses fesses doit lui lancer comme jamais. Mais personne ne dit rien, on continue, encore et encore. Je m’empale sur lui, le soumis gémit. Il se donne à fond dans son rôle. Je vois mon partenaire cagoulé lui tirer les cheveux pour lui soulever la tête et lui enfoncer son sexe jusqu’au fond de la gorge, prêt à le faire vomir.

La voix grave résonne de nouveau.

 

— Brule-le jusqu’à ce qu’il marque, poursuit le maitre de cérémonie à l’intention de mon partenaire.

 

La victime soumise se met à hurler alors que l’autre acteur s’éloigne pour aller récupérer de quoi pratiquer un Branding à l’aide d’un Violet Wand. Appliquées longtemps sur une zone de la peau, les stimulations électriques peuvent brûler. C’est le but recherché.

À travers mon masque de diable, je vois le regard de mon partenaire. Éteint et dilaté par la drogue. Il ne réfléchit pas, il le fait. Parce qu’on le paie pour ça et parce qu’on fait ça.

Le soumis se met à gémir et pas que de douleur sous mes assauts alors que je le martèle de plus en plus vite ! Mon coéquipier revient l’instant d’après, il applique les tubes sur le dos de notre acteur passif, et déclenche le mécanisme. Je le vois augmenter l’intensité d’un trait. Rien n’est plaisant dépassé un stade.

Je continue ce que je fais, tant qu’on me le dit. Mon visage se lève face à moi. Je croise le regard de Demon. Il continue d’envoyer de l’électricité en me dévisageant, sans expression. Éteins. Nous sommes présents, mais morts à l’intérieur. Physiquement là, mais dans nos têtes, la drogue endort tout, nos personnalités, nos choix, nos vies. Nous ne pensons plus qu’à elle, et le reste n’est qu’éphémère. Même la violence et les sévices qu’on reçoit en faisant ça. On est des monstres, voilà tout. Et nous le savons…

 

***

 

Je me réveille d’un bon dans mon lit, le souffle court, la peau couverte de sueur et le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine. Je m’assois sur mon matelas en retirant les draps.

C’était faux, ce n’était qu’un jeu d’acteur, ce n’est pas comme ce que tu as vu.

Mais ça marque.

Le problème d’être accroc à la drogue quand on baigne dans un milieu aussi glauque et trash que celui où j’ai vécu, où le vrai se confond dans le faux, c’est que la dope mélange l’esprit. On a beau savoir que ce qu’on fait est consenti par chaque partenaire, parfois on doute. Et lorsqu’on a vu le pire, on arrive à croire que tout le reste n’était que la réalité.

Aujourd’hui encore, je n’ai la certitude de rien. Que des bribes de souvenirs de choses, des doutes et de violents cauchemars, où même si la victime voulait ses bourreaux pour le plaisir, les actes sont là.

Je me laisse aller dans mon lit, le corps transpirant alors que je tente de me remettre de cette période-là. C’est fini pour moi. Je ne suis plus cet acteur-là, je ne fais plus ça.

Je soupire, j’ai été l’un des plus chanceux dans l’histoire. Je n’ai vu que l’horreur. Pas comme Demon. Et je me demande, si parfois, il y pense avec autant de dégout envers lui-même, d’avoir accepté de tourner dans ce genre de porno, pour de l’argent, avec des acteurs qui auraient mieux fait d’aller se faire aider plutôt que de se faire mal.

 

***

 

— Petit frère, fais attention à toi.

 

— Ne t’inquiète pas.

 

Je serre Vinz dans mes bras. Je suis heureux d’avoir passé ce week-end à ses côtés, à parler de tout et de rien, de faire le point sur ce qui n’allait pas et sur ce qui allait. J’ai pu voir en photo mon neveu, il est magnifique. Vinz m’a raconté des nouvelles du pays et notre famille. Je manque à ma mère. Je le sais, mais tant que cette histoire n’est pas terminée, je préfère rester loin. C’est égoïste, mais je n’ai pas encore le courage de la revoir après cinq ans d’enfer. La honte est encore bien présente, même si mon frangin me dit le contraire. Le regard de sa mère est quelque chose de dur, même s’il ne nous juge pas.

On s’écarte l’un de l’autre, mon frère me donne une violente tape dans le dos.

 

— Je te tiens au courant pour ton connard d’ancien boss.

 

J’acquiesce.

 

— Merci.

 

— Prends soin de toi, et garde précieusement la cassette, poursuit-il, soucieuse.

 

— J’y veille dessus comme jamais.

 

Je partage un regard qui en dit long avec lui. Il a confiance en moi, il compte sur moi, et je ne le décevrai pas. Vinz m’a sorti du trou, il m’a offert une seconde chance. Et même s’il n’apprécie pas que je continue de me faire baiser devant des caméras, il est soulagé de constater que je ne me pique plus le bras.

Vinz inspire en m’avouant de sa voix grave :

 

— Je préfère te voir ainsi, souriant et clean même si tu continues de faire du porno.

 

Je souris.

 

— Crois-moi, je n’arrêterai pas.

 

Il lève les yeux au ciel en levant une main, pour contrer mes futurs propos qui le mettent mal à l’aise.

 

— Pervers ! Ne m’en dis pas plus. J’ai déjà mal au cul, plaisante-t-il.

 

— Coincé, je réponds en riant.

 

Vinz me salue avant de monter dans son taxi pour rejoindre l’aéroport et rentrer à Miami pour poursuivre son enquête et retrouver sa famille.

Une fois que tout ceci sera terminé, je ferais le voyage à mon tour. En espérant que la Floride ne me fasse plus le même effet que la dernière fois que je l’ai quitté.

Et quand Vinz s’en va, j’enfouis toute cette histoire, pour ne plus penser à ça… je penses seulement aux quelques heures en présence de la personne qui m’aide à ne plus me sentir dégueulasse.

 

***

 

— Jax ! Retiens l’ascenseur.

 

Mon partenaire ne m’entend pas, ou fait semblant de ne pas m’entendre lorsque j’arrive en courant dans le hall de l’immeuble abritant FUCKING BOYS. J’arrive à bloquer les portes en fourrant mon pied dans la mince embrasure. L’ascenseur s’ouvre de nouveau. Jax lève son regard sur moi. Je l’observe se raidir, mal à l’aise alors que j’entre à ses côtés. Nous sommes seuls. Une petite musique classique des plus kitch résonne.

 

— Désolé, le temps que je réagisse… commence Jax en fuyant mon regard.

 

Je soupire, quel idiot. Depuis la salle de bain, on se comporte comme des imbéciles, comme la première fois au Mont Lee.

Mais cette fois-ci, je ne compte pas rester de marbre. J’ai bien réfléchi, je ne me contenterai plus de faire avec. Je vais agir.

Les portes de l’ascenseur se ferment, la seconde d’après nous commençons notre ascension dans un silence pesant où plane la tension. La vrai, pur et dur synonyme de luxure alors que deux êtres sont dans la même pièce, s’attirent et se veulent, mais résistent.

Pas cette fois.

Je lâche ma sacoche sur le sol, et me rue sur Jax. Je le plaque contre le mur de l’ascenseur. Mon corps surplombant le sien. Nos deux torses se touchent. Mon souffle caresse son visage où ses traits sont marqués par la surprise.

Ma main se lève vers les boutons. Je bloque l’ascenseur en appuyant sur le bouton arrêt. Jax me foudroie du regard en protestant :

 

— Qu’est-ce que tu fais bordel !

 

Mon sourire s’élargit.

Tu ne vas pas être déçu, mec !

 

— Ça ! je réponds le souffle court.

 

Mes doigts s’agrippent à son t-shirt où danse une nana à poil devant des palmiers. Le parfait cliché de l’habitant de Los Angeles.

Sans hésiter, je l’attire à moi et nos bouches se retrouvent avec violence. Le baiser est sauvage, animé par l’envie de nous faire taire et celle de me repousser. Mais je résiste. Je maintiens Jax contre moi, ma jambe se glisse entre ses cuisses, je remonte mon genou au niveau de son sexe que je presse brusquement. Jax gémit et j’en profite pour lui faire perdre pied. Ma langue trace le contour de ses lèvres, puis la sienne rencontre la mienne et le duel se poursuit. Nos mains caressent l’autre, il me presse contre lui alors que le désir l’emporte un peu plus sur la raison.

Nous n’avons que quelques minutes.

Alors je lui donne tout. Nos bouches se dévorent avec avidité, j’échange un des baisers les plus rapides et les plus intenses de toute ma vie d’homme. Sentir Jax, sa barbe contre nos lèvres qui s’aiment. Le contact de nos langues approfondissant notre baiser me fait frissonner. On continue de se battre contre l’autre. Le duel et bon et excitant. Le désir nous gagne avec violence. C’est l’explosion de plusieurs mois à se voiler la face, de semaines à faire comme si de rien n’était.

Je le veux ainsi. Je veux sa bouche ferme qui n’hésite pas et ne réfléchit plus en m’embrassant avec dureté.

Lorsque ma main s’apprête à glisser entre nos deux corps pour toucher son érection, la raison me gagne.

On ne peut pas, pas ici.

Je me fige, ma bouche toujours sur celle de Jax. Nos gestes se font plus lents, j’en ai le souffle coupé, mon rythme cardiaque s’est emballé, et le restant de mon être en demande encore.

Je remue mes lèvres une dernière fois contre les siennes avant de rompre notre baiser. La main de Jax se fourre dans mes cheveux bruns alors qu’il a les yeux clos, le front poser contre le mien.

 

— Dereck… souffle-t-il.

 

J’inspire fortement en m’écarte d’un pas pour rompre ce contact et l’alchimie qui en découle lorsque nous faisons taire notre cerveau pour nous laisser guider par nos envies.

 

— Ne dis pas merci.

 

Jax se mord la lèvre.

 

— Alors seigneur, qu’est-ce qu’il t’a pris ?

 

Je m’écarte de lui comme si de rien n’était, on reste debout l’un contre l’autre, la tension régnant dans l’air. Je me retiens de sourire, fier de mon petit effet alors que Jax n’en revient pas. Je sais que je n’aurais pas dû, mais j’en ai assez de ne rien faire alors que lui se permet des choses pour ensuite les regretter dans la foulée. Y’en a marre de regretter. Y’en a marre de se retenir alors que c’est si bon. Et c’était si bon de l’avoir contre moi une nouvelle fois. Même si c’est traitre l’attirance l’est aussi.

 

— Remets l’ascenseur en marche, je me contente de répondre.

 

Jax m’observe un instant, pour voir si je vais dire autre chose, mais non. Je n’ai plus à me justifier.

J’entends l’acteur soupirer, puis s’exécuter. Nous remontons immédiatement, l’ascenseur avale les étages. Le goût mentholé de Jax perdure dans ma bouche, comme un parfum envoutant qui rend fou.

Depuis notre interlude dans la salle de bains de ma loge, j’ai compris qu’il ne fallait plus laisser les rênes à Jax. Il est perdu, il cherche une boussole, de l’aide quelque part qui pourrait lui faire comprendre que ce n’est pas mal. Malgré ce qu’il pense, malgré sa fille, malgré ses préférences habituelles. Il lui faut de la lumière, et je peux être cette lumière. Surtout si ça inclue de le plaquer contre différents murs pour me frotter à lui et dévorer cette bouche interdite.

Le ding de l’ascenseur résonne, la porte s’ouvre sur Brooks qui lève la tête vers nous. Jax se raidit à côté de moi, je ne cherche même pas à faire semblant. Je sais que mes cheveux bruns sont en pétard et que mon t-shirt est froissé au niveau de l’épaule.

Sans oublier la putain d’érection qui doit déformer mon jean.

Un sourire amusé gagne le jeune acteur.

 

— Ça sent le sexe, déclare Brooks en nous voyant.

 

Jax pique un putain de fard en essayant de se justifier :

 

— On ne…

 

— Tu rougis, mec, souligne Brooks.

 

Mon partenaire nous dévisage tour à tour, il déglutit avec difficulté en me reprochant silencieusement de l’avoir fourré dans de sales draps. Je lève les mains en signe de défense en souriant toujours, ce qui l’agace encore plus. Le beau brun aux yeux bleus finit par jurer en répondant à Brooks :

 

— Ta gueule !

 

Jax nous bouscule pour sortir de ce guet à pend. Brooks le laisse passer en lui faisant un petit signe de la main.

On se lance un regard complice tous les deux. Il n’est pas stupide.

 

— Serais-tu en train de rendre dingue notre petit hétéro ?

 

Je lui lance un clin d’œil amusé en récupérant ma sacoche tombée au sol.

 

— Si seulement, je plaisante.

 

Mais pas tant que ça.

 

— Dommage pour toi !

 

Je sors de l’ascenseur en saluant Brooks qui fait de même. J’aime bien le petit jeune. Avec Lake, ils sont sympas et s’assument complètement. Même si derrière leurs sourires et leurs humours, se cachent des passés difficiles comme me l’a raconté Mack. Tout le monde ici en a bavé un jour où l’autre, plus que la majorité.

Je salue Ciera en la croisant alors que je me dirige vers ma loge pour me préparer. Je repense aux propos de Brooks. Ce n’est pas Jax qui est sur le point de devenir dingue, c’est moi. À cause de lui, à cause de moi, à cause du reste. Et parmi les trois, je crois qu’il est la raison que je préfère.

 

 AMHELIIE

 

[1] NDA : Le snuff movie, ou parfois snuff film, est un terme désignant une vidéo ou un long-métrage mettant en scène la torture, le meurtre, le suicide ou le viol d'une ou plusieurs personnes. Dans ces films clandestins, la victime est censée ne pas être un acteur mais une personne véritablement tuée ou torturée. On retrouve souvent dans la pornographie trash des vidéos semblant être des Snuff Movie, et calquant sur le principe, mais qui sont jouer par des acteurs. C’est une des pratiques les plus extrêmes et choquantes.

Commentaires

  • Hum hum
    Ça craint du boudin pour Dereck...
    Toujours aussi chaud entre eux j'aime

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