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Instinct #1 - Sauvage - Chapitre 10 - Nikita


 

Lane ricane les bras croisés sur sa poitrine, adossé contre le mur au fond du couloir. Je m’approche, énervé qu’il débarque sans prévenir. Il est parti il y a plusieurs jours faire ce que je lui aie demandé, je ne m’attendais pas à sa visite aujourd’hui.

— Alors on fait des promenades maintenant ?

Je ne réponds pas, je passe devant lui et l’intime de me suivre pour rejoindre le salon loin du couloir de ma chambre. Elya doit avoir l’oreille collé à la porte pour tenter d’entendre ce qu’on va dire. Je le comprends, à sa place je ferais tout pour connaitre mon environnement afin de le fuir au plus vite. Elle n’a pas confiance en moi, cependant elle se sent en sécurité en ma présence. Ce qui est contradictoire, presque surnaturel. Elle ignore qui je suis, de quoi je suis capable et dans quel milieu j’évolue, cependant mes bras la rassure. Elle déteste ça alors que j’adore ça. C’est stupide, mais la voir se laisser aller, sentir son corps se détendre conte le mien me rend fier. Je ne sais pas qui est cette femme, pourtant sentir sa douleur ne me laisse pas indifférent. Elle ne m’a jamais laissé de marbre, sinon elle ne serait pas là, je n’aurais pas pris la peine de la recueillir, mais plus je la côtois, plus les différentes facettes de sa personnalité me plaisent. Elle m’électrise quand elle cherche à me défier, elle m’émeut quand les souvenirs de sensation la surprennent et elle m’agace quand elle ment.

Je ne regrette même pas de lui avoir parler de ma mère, d’avoir partagé un bout de moi douloureux avec cette femme totalement inconnue pour elle-même, comme pour moi.

Je me tourne vers Lane qui s’installe sur un canapé.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— J’habite ici, tu te souviens ?

— Ouais, je me rappelle. Tu devais prévenir quand tu reviendrais.

Lane soupir, sa main passe dans ses cheveux blonds en désordre. Ses yeux renvois la fatigue qu’il porte.

— Je t’ai appelé une bonne dizaine de fois, à la maison et sur ton portable qui doit trainer au fond d’un tiroir. Bon dieu Nikita tu vas te faire à cette foutue technologie un jour ?

Je me détourne en direction de la fenêtre, j’aurais dû y penser, sortir avec un téléphone pour ce genre de choses. Je deviens trop tête en l’air, accaparé par une femme.

— Qu’est-ce que tu as trouvé ? je demande pour en venir au sujet de sa visite.

Lane se lève, il me rejoint puis me tend un document. Je lis les quelques lignes inscrites et regarde les photos.

— Les registres du personnel de la galerie, il m’explique, cette ligne…

Lane pose son doigt sur la feuille où il est inscrit « supprimé ».

— C’est Deva, il continue, elle a été effacée du système et je ne peux pas la récupérer à distance.

Je baisse la feuille et observe mon ami, il me fait un clin d’œil ravie de la tournure des évènements.

— On doit entrer, Je conclus.

— Oui, parce que je n’ai rien trouvé d’autre sur elle, à croire qu’elle est comme toi, allergique à la technologie. Aucun compte sur les réseaux sociaux, aucune activité internet, nada. Ce qui compte tenue de son boulot, n’est pas normal. C’est notre seul moyen d’en apprendre plus et d’avoir un visuel.

Il retourne vers le bar et se sert un verre.

— Je me suis renseigné sur la sécurité, les caméras de l’intérieur enregistrent, ils stockent sur place jusqu’à un mois d’images.

Intéressant. Pourquoi autant de sauvegarde ? Un mois c’est énorme. La plupart des systèmes son hebdomadaire, voire journalier.

— Entrer ne sera pas compliqué, la sécurité n’est pas ce qu’il y a de mieux. La caméra d’entrée n’enregistre pas, il n’y a pas de gardien et comme on ne compte pas se servir, aucun déclanchement de la cage.

Comme on compte copier les images des caméras internes, il sera simple de supprimer les traces de notre passage. Reste l’alarme à mettre hors service. Un jeu d’enfants une fois qu’on saura de quel modèle il s’agit.

— Les facs, ça donne quoi ?

Lane revient vers moi, il me tend un verre que je prends puis j’avale une gorgé rapidement.

— J’ai lancé un logiciel de recherche sur tout le pays, mais avec seulement un prénom, ça prend un temps fou d’éliminer toutes les données inutiles. Rien pour le moment.

Je termine mon verre puis je m’installe sur un canapé. Cette histoire prend trop de temps. Je pensais qu’avec l’aide de Lane et tout son bordel informatique ça irait plus vite. Rien n’est magique cependant.

— Elle a l’air d’aller mieux.

Je lève mon regard sur mon ami, je cherche à comprendre ce qu’il sous entends par cette déclaration.

— Elle est apte à voyager.

— Non. Pas temps qu’on ne sait pas qui elle est.

— Tu prends des risques. Trop de risques. Ça ne te ressemble pas Nik.

Je ne peux pas le contredire, rien ne me ressemble depuis qu’elle est entrée dans ma vie. Je me laisse aller contre le dossier du canapé en pensant à mon père et a ses paroles. « Il n’y a qu’une chose qui peut te mettre en difficultés : le cœur. Tu dois laisser ton cœur en dehors, ne prend jamais de décision dictée par tes sentiments. Ça finit toujours mal. »

C’est peut-être ce que je suis en train de faire, peut-être que ces sensations que j’éprouve avec elle prennent le dessus et commencent à mettre en péril mes décisions.

— Je ne peux pas faire ça, je soupire.

— Quoi ?

— La laisser dans la nature et m’en foutre. C’est ma responsabilité.

C’est ce à quoi je me raccroche, les discours de mon père sur les responsabilité qu’un homme comme moi possède, entre en contradiction avec ce que j’éprouves mais c’est ce qui me convient dans l’immédiat. Je suis formaté pour que son enseignement guide ma vie et jusqu’ici, même si je le désole parfois, il ne m’a jamais fait défauts. Ces règles sont strictes, les devoirs nombreux et les interdictions se comptes par dizaines, cependant cet endoctrinement a toujours fonctionné. Je n’ai jamais remis en cause ce qu’il m’a appris, seulement la façon dont il le faisait. Il ne m’a jamais confronté aux femmes, à la possibilité que l’une d’entre elle m’intéresse pour autre chose que ce qu’elle a entre les jambes. Résultat, je me retrouve à nager en eaux troubles perdue entre devoir et envie, et j’adore ça. Ce changement qu’elle apporte à ma vie. Avec elle je n’ai plus l’impression d‘être coincé dans mon monde, c’est comme si elle libérait quelque chose en moi. Je m’autorise des choses que je ne devrais pas, je lui parle de choses que même Lane et Keme ne savent pas, je me mets en danger. C’est grisant. C’est plus excitant que n’importe quel coup que j’ai fait jusque-là. Parce que je ne sais pas où je mets les pieds, j’ignore quelle sera l’issue de ce bazar qu’elle instaure dans mon existence et quelque part, j’arrive à m’en foutre parce que ce n’est pas ce qui compte. C’est la chute qui importe, pas l’impact.

— Tu sais aussi bien que moi que ce n’est pas la seule raison, reprend Lane.

Je le sais, mais c’est la seule qu’il a besoin de connaitre.

— Rien que les 500 dollars dépensés chez Victorias secret avec la carte de crédit de John Smith me le confirme.

Lane se met à rire, je me retiens difficilement d’en faire autant. Ce magasin est une horreur pour les yeux, trop de choses, trop de couleurs, de noms étranges, à croire que « culotte » n’existe plus, il y a toujours un truc derrière.

— Voilà pourquoi je fuis la technologie, je grogne.

— Pour acheter des strings tranquillement ?

— Pour ne pas être fliquer à chaque respiration que je prends.

— Ouais, j’imagine que t’as dû retenir ton souffle dans ce genre de magasin. Borde je ne savais même pas que tu étais au courant que les femmes mettent ce genre de truc ! J’aurais donné cher pour t’y voir.

Je me tourne vers lui en secouant la tête, un sourire demeure sur ses lèvres, j’imagine que ça doit l’amuser ce genre de choses. Moi qui déambule dans de la dentelle.

— Je pensais lui faire plaisir.

— Ce n’est pas le cas ?

Je repense à sa réaction devant les dessous, elle n’avait pas l’air ravie plutôt surprise. Je pensais qu’une touche de féminité lui ferait du bien, au final elle s’en fout.

— Pas vraiment, je réponds en me levant.

— T’as encore beaucoup de choses à apprendre sur les femmes.

Je lève un sourcil en le dévisageant. Ce n’est surement pas lui qui va me faire la leçon à ce sujet. La seule femme avec laquelle il a eu une histoire sérieuse ne doit même pas connaitre l’existence des sous-vêtements. Quant à celles qui passent dans son lit, elles ne portent pas grand-chose généralement.

— Tu prends la première nuit de surveillance, je reprends pour en revenir à l’essentiel.

— OK. Keme ?

— Mets le au courant, qu’il prenne après-demain, je me charge de la prochaine nuit. Je veux que tu sois là en mon absence, que tu veilles sur elle. Ne la laisse pas seule avec lui.

— On peut faire la semaine à deux si tu préfères rester là.

— Non, on fait comme d’habitude.

On fonctionne ainsi, durant le laps de temps qu’on se fixe pour surveiller l’endroit qu’on compte braquer, chacun son tour on se charge de la surveillance. Au niveau du boulot si on a chacun nos spécialités, pour tout ce qui est du côté chiant, on se répartie les taches à part égales. Diriger ne me dispense pas du travail de terrain, ce ne serait pas judicieux, se familiariser avec le lieu de ses propres yeux est important.

— Très bien, conclut Lane, je m’occupe de prévenir Keme. Je reviens demain à 14H.

J’acquiesce puis il s’éclipse. On avance doucement mais on avance, c’est un début. On pourrait s’introduire dans la galerie rapidement, je suis à peu près certain que n’importe quel soir ferait l’affaire, mais ce serait commettre une grave erreur. Il y a toujours des impondérables dans notre boulot, des évènements imprévus et non répétés qui se produisent sans qu’on y soit préparé. Partir sans faire un minimum de repérage est trop incertain. Le risque zéro n’existe pas, néanmoins j’ai pour principe de m’y approcher le plus possible.

 

 

***

 

 

Je referme la porte, mon regard erre dans la chambre à la recherche d’Elya. Elle n’est pas au lit, je la trouve devant le mur de tableau occupée à les contempler. Je m’approche, elle m’a entendue entrer, pourtant elle continue son observation. Je l’ai laissé quelques heures, le temps de finir de discuter avec Lane puis de prendre une douche et de vérifier le matériel pour demain soir.

Je me poste à ses côtés, mes yeux divaguent sur le l’ensemble d’œuvres exposés dans ma chambre. Chacun de ses tableaux n’est pas là par hasard, la plupart parce que je les aie voulues, d’autres sont de simples défis et certains ont appartenue à mes parents.

— Je les connais tous avec exactitude. Tous.

Elle se tourne vers moi, ses cheveux aux mèches violettes partent un peu dans tous les sens, ses yeux sont rougis par les larmes qu’elle a dû verser en mon absence. Je croise les bras pour ne pas être tenté de la prendre dans mes bras.

— Pourquoi ce genre de choses revient et pas qui je suis ? Pourquoi je suis incapable de raviver un souvenir de ma vie personnelle alors que je sais tout ce qu’il y a à savoir sur ses œuvres ?

Pourquoi elle demande ça à moi ? Je suis loin d’être un spécialiste du cerveau et de la mémoire. J’ignore pourquoi la sienne fonctionne ainsi, pourquoi elle occulte totalement sa vie. C’est ainsi, sa bosse a presque disparue pourtant, cependant sa mémoire reste vide. Je doute qu’elle simule à cet instant, parfois je sais qu’elle le fait, mais elle souffre vraiment de ce manque d’information sur elle-même.

— Il faut peut-être te faire à cette idée. Peut-être que ça ne reviendra jamais.

Son regard se durcit, je vois ses mains se poser sur son ventre, comme elle le fait à chaque fois qu’elle se sent perdue. Un moyen de se rattacher à son passé, le seul lien qui demeure entre ce qu’elle a été et tout ce qu’elle ignore aujourd’hui.

— Je ne veux pas renoncer. Cet enfant a forcément un père.

Je détourne le regard sur les tableaux. Oui, cet enfant a bien un père, j’ignore dans quelles conditions il a été conçu mais il y a forcément un homme dans sa vie. Ce qui ne m’enchante guère. Je sais depuis le début qu’elle est enceinte, mais il n’y a aucun signe physique qui le montre, alors quand ce n’est pas nécessaire, j’ai tendance à l’occulter. Parce que ça m’arrange.

— On va trouver qui tu es.

— Quand ?

— Le plus rapidement possible. Je ne peux pas te garder indéfiniment.

Le petit rire de dédain que j’entends de sa part me fait la regarder de nouveau.

— Qui tu laisses entrer dans ta vie de toute façon ?

On se dévisage avec défi comme toujours. Elle cherche des réponses à mon existence alors qu’elle devrait consacrer ses efforts à trouver la sienne.

— Est-ce que tu veux cuisiner ?

— Pardon ?

Je soupire, ma question est pourtant simple.

— Veux-tu préparer le diner avec moi ?

Elle hausse les sourcils de surprises puis un sourire se dessine doucement sur ses lèvres. Un sourire qui s’étend tout comme ma queue qui trouve bandant de la voir passer de l’agacement à la joie pure en quelques secondes et pour des raisons si simples qu’un repas à préparer.

— Tu veux me laisser manipuler un couteau ? Aller dans une autre pièce qu’ici ? Est-ce que tout va bien Nik ?

Je secoue la tête, son sarcasme m’amuse aussi. Puis ma main se porte rapidement à sa gorge. Si vite qu’elle n’a le temps de rien. Je serre à peine, seulement pour la maintenir. Ma main est si large que je fais presque le tour de son cou. Elya commence à se débattre, à tirer sur ma main du peu de force qu’elle a avec la sienne valide.

— Le risque est maitrisé, je lance froidement, même avec un couteau je peux toujours te tuer d’une main. Ne l’oublie pas.

Je la relâche, elle suffoque quelques secondes, tousse puis me fusille de ses yeux sombres. Sa réaction ne se fait pas attendre, elle boite jusqu’à moi et me frappe avec sa main libre. Je ne peux m’empêcher de rire de la voir faire. Elle a une détermination de lionne, mais malheureusement, la force d’un chaton.

Elle m’insulte puis je la maitrise et elle se retrouve le dos plaqué contre mon torse. Elle gigote vainement durant quelques secondes, je sens la tension de son corps raidit dans mes bras. Elle finit par se calmer, essoufflée, je respire l’odeur de ses cheveux qui chatouille mes narines.

— Cesse de croire que je m’attendris ou que je relâche l’attention. Chaque proposition de ma part n’est pas anodine, elle a un but et je sais parfaitement qu’à chaque fois tu vas évaluer tes chances de pouvoir t’enfuir.

Son coude vient frapper mes cotes, un sourire née sur mes lèvres alors que je les baisse jusqu’à son oreille. Je presse mon bassin contre ses fesses, elle gémit et arrête de gigoter. Elle m’excite à réagir si vivement, à tenter inutilement de se défendre. C’est humain après tout, mais chez elle, il y a une détermination qui attise mon désir. Même si mes propos ne sont pas le strict reflet de la vérité, ils ne sont pas faux pour autant. Parfois je perds le nord avec elle, parfois je laisse mes sens me diriger, mais je garde toujours un œil sur la réalité.

— Tu ne retiens rien de ce que je t’ai déjà dit.

Elle frissonne contre mes lèvres, je souris avant de la relâcher. Elle fuit à quelques pas puis se retourne pour me fusiller du regard.

— Va te faire foutre Nik !

J’en ai foutrement envie justement !

— Alors, veux-tu cuisiner oui ou non ?

— Pourquoi tu me proposes ça ?

— Pour ta mémoire.

— Ma mémoire ?

— Oui. Certainement que des gestes effectuer quotidiennement dans ton passé pourraient aider.

— Peut-être que je ne cuisinais pas.

— Peut-être. C’est en essayant qu’on le saura.

Elle détourne le regard et semble réfléchir à mes propos. Je la laisse à sa réflexion et me dirige vers la porte. Je sais qu’elle va venir, pas parce que ça peut avoir un éventuel impact sur sa mémoire, mais parce qu’elle a trop envie de voir autre chose que ses murs et que son entêtement à vouloir se tirer d’ici va la pousser à aller voir ma cuisine.

 

Maryrhage

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