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11/01/2017

Le Cri du Coeur, Chapitre 7

 

Chapitre 7

 

Londres, Juillet 2012.

 

 

Je n’avais pas revu Logan depuis de longues semaines. J’ignorai s’il allait bien, comme j’ignorais où il était. J’étais devenue une ignorante de sa vie. Au fond, est-ce que ça m’allait ? Sans doute. Lorsqu’on s’occupe l’esprit pour oublier nos problèmes, on finit par réellement les oublier non ? C’est ce que j’avais fini par faire durant cette année. Sans doute inconsciemment, mon esprit a décidé qu’il était plus simple d’ouvrir une boite, d’y fourrer Logan et mes sentiments, et de tenter de vivre avec tout ça. Je n’aurais qu’à m’en occuper plus tard lorsque j’en aurais le courage. Mais qui l’a ? Qui possède le courage de vouloir remettre son nez dans ses emmerdes lorsqu’on a réussi à les parquer sous haute sécurité ? Personne.

Alors, j’ai décidé d’oublier, de taire ma souffrance et d’avancer. J’ai enfilé le plus beau des masques et j’ai continué de faire ce que je faisais si bien depuis deux ans : m’amuser.

Malheureusement, l’amusement a un prix, et s’il me libérait de Logan, il ne me libérait pas de mes autres ennuis, à savoir mes responsabilités auprès de ma famille.

Mon comportement agaçait profondément mes parents. Les rares fois où je quittais le campus pour leur rendre visite, nos repas de famille se transformaient en règlement de compte. Mes deux sœurs ainées, Katy et Lexie étaient devenues de vraies mères poules balances. Tout le monde savait qui était Aubrey Miller dans les facs du quartier. J’étais rangé dans la catégorie « fille facile », et si je m’en fichais, les autres, non.

Je vivais la plupart de mon temps dans ma chambre d’étudiante, attendant avec appréhension la fin de l’année scolaire qui signerait pour moi, le début des deux grands mois de réflexion.

J’allais passer un sale été, je le savais.

La fin de l’année scolaire s’était terminée encore plus catastrophiquement que les deux précédentes.

Après m’être donné une chance supplémentaire de repiquer ma deuxième année dans l’école de conservateur d’Art, après une première année moyenne, j’avais totalement lâché l’affaire. Je ne venais plus en court, j’étais une touriste. Pourtant, j’avais aimé l’art, j’avais aimé la peinture et l’univers qui entouré les œuvres, mais cela me rappelait trop Logan dans un sens. Alors ça aussi, j’ai sans doute dû le ranger dans une boite, et dire bye-bye à mes rêves stupides d’enfants pour les remplacer par l’oubli, la fête, l’alcool, les virés en boite avec Taylor et les coucheries d’un soir pour s’amuser. Et j’en ai payé le prix fort. Comme ma meilleure amie, notre seconde année n’a pas été validée, et la direction nous a gentiment fait comprendre que ça ne servait à rien d’insister.

J’étais définitivement renvoyée. À vingt ans, Aubrey Miller, qui était rentrée pleine d’espoir dans une grande école d’art, avec deux ans d’avance, un esprit vif et intelligent, une « intello », j’avais royalement gâché mes belles capacités. Et je m’en fichais de ne plus continuer à être dans le beau rôle.

Avoir le cœur brisé m’avait ouvert l’esprit sur un tas de choses, surtout sur ma vie ; je ne voulais pas devenir comme mes proches. Enfermée dans des cases, dans une vie bien rangée, où tout serait parfait.

J’emmerdais le parfait, ces rêves-là m’avaient conduit à devenir la jeune femme que j’étais.

Taylor se fait à tousser violemment en écrasant sa clope dans le cendrier. Pour un début de mois de juillet, l’air est morose et gris.

Super été.

 

— Il faut que j’arrête ça, sinon, je vais perdre un poumon avant d’avoir trente ans, l’alcool fait moins de dégâts, plaisante mon amie en saisissant son verre de limonade maison.

 

J’esquisse un léger sourire, c’est bien la seule chose que je n’ai pas touchée. J’ai conscience de ma facilité à tomber dans les addictions. Logan, Dante, la fête, l’alcool, l’oubli, j’ai déjà pas mal de démons à gérer pour y rajouter Monsieur Nicotine.

Je feuillette le journal des petites annonces avec attention, comme si j’attendais qu’un miracle se produise.

Taylor enfile des lunettes de soleil en attrapant de nouveau son paquet de cigarettes, elle en sort une, l’air de rien.

Cette nana est incroyable.

 

— Alors, Brey, quand est-ce que nous trouvons le courage de rentrer chez nous pour annoncer à nos parents qu’on a gentiment été éconduites ? ironise-t-elle en rallumant une autre clope.

 

Je me penche pour la saisir et l’écraser dans le cendrier en lui faisant les gros yeux. Taylor me rend le même regard avant de me lancer un clin d’œil et un baiser de remerciement. Si je ne prends pas soin de moi, je prends soin des autres au moins.

 

— Jamais ? je propose.

 

— Mauvaise réponse, Sherlock répond Taylor en attrapant mon portable sur la table.

 

J’ai à peine le temps de protester qu’elle m’ignore. C’est son nouveau jeu depuis que je lui ai parlé de ma brève rencontre avec le professeur de lettres à ce même café. Taylor trouvait ça romantique et amusant, personnellement, même si je partage son avis, je n’ai rien à donner à un homme de dix ans mon ainé, séduisant et qui semble réussir. Je suis qu’une jeune femme de vingt ans, sans diplôme à la recherche d’un petit boulot. Autant dire, la honte pour emballer un homme de sa trempe.

 

— J’ai changé le code, je précise en entourant au surligneur rose, une annonce de serveuse dans un petit restaurant italien.

 

— Comme si ça me faisait peur, Brey.

 

Et en deux essaie, comme d’habitude, Taylor craque le code de mon téléphone portable. Je jure, je vais être à court d’idées à force. Je ne pensais pas qu’elle me connaissait si bien, j’étais tellement en phase avec… Logan, que j’en oublie parfois, qu’il y avait d’autres personnes autour de nous.

 

— Il faut qu’on trouve un travail pour la rentrée, je déclare avec sérieux.

 

Taylor soupire.

 

— Pour la rentrée, pas avant, je compte bien profiter à fond de cet été pour sortir et faire la fête.

 

Je me mets à rire en sirotant mon jus de fruit à la fraise.

 

— Ah parce que tu ne penses pas qu’on a suffisamment fait la fête cette année ?

 

Taylor se mord la lèvre en riant à son tour.

 

— Toi c’est sûr, mais si je veux avoir une chance que mes parents acceptent de m’inscrire en fac de lettres à la rentrée, je dois me ranger et être sérieuse enfin. Un boulot en plus des études. Je dois profiter.

 

Elle joue avec mon téléphone, ma batterie va encore y passer. Je ne dis rien, ça l’amuse et ça l’évite de pensée à ses derniers échecs amoureux qui sont plutôt nombreux ces dernières semaines.

Je décide de me concentrer un moment sur les recherches d’emplois. Taylor n’a pas compris qu’on peut travailler aussi cet été, c’est ce que je compte faire en tout cas, je préfère faire un petit boulot pourri que me taper ma mère et mes sœurs toute la journée.

 

— Le planning familial recrute à Londres, je lance en entourant l’annonce.

 

Avec un salaire plutôt correct et une possibilité de formation. Il faut dire que c’est un secteur qui manque cruellement de personnels ici, à Londres, et ce n’est pas avec des gens comme ma mère que ça changera.

 

— Et les boites de nuit ? Quitte à bosser, autant le faire en s’amusant.

 

Ma main cherche mon téléphone pour enregistrer le numéro de téléphone et le mail, sauf qu’il est dans les mains de Taylor.

 

— Taylor, je soupire à mon tour, rend moi mon téléphone.

 

Mon amie secoue la tête, en faisant mine de m’ignorer. Parfois je l’adore, sauf que lorsque je la vois sourire en coin, je comprends qu’en réalité, ce ne sont pas mes jeux qui l’intéressent, ni mon Facebook, mais plutôt… ma liste de contact.

Je lève les yeux au ciel, elle ne va pas recommencer ce cirque.

 

— Attends, je rêve où tu as enregistré le numéro du prof sans même l’appeler !

 

Taylor me foudroie du regard. Et sans prévenir, comme la chieuse qu’elle peut être quelquefois et qui fait bondir, demi, la troisième pièce de notre trio, partie en vacances aux States pour ces résultats brillants, Taylor compose le numéro, je me lève d’un bon, et manque de renverser les verres.

 

— Taylor ! je proteste.

 

Mais mon amie rit, en mettant le haut-parleur, je prie pour que personne ne décroche, mais j’avais oublié que le Bon Dieu ne m’avait pas dans ses petits papiers.

 

Tyler Clark, j’écoute, lance une voix masculine avec un fort accent.

 

Je jure en serrant les poings, je la déteste. Elle, elle ne l’a pas oublié.

Taylor ne dit rien et se contente de me tendre le portable avec son air de défi, je la foudroie du regard et le saisit.

Elle me le paiera.

 

— Allô ? insiste la voix.

 

Je ferme les yeux, inspire un bon coup, et prie pour que ma voix ne tremble pas trop lorsque je déclare avec humour :

 

— L’accent, ce n’est pas encore ça, mais il n’en reste pas moins charmant pour autant.

 

Un rire chaleureux résonne à mes oreilles. Je pense qu’il m’a reconnu.

 

— Aubrey Miller, je commençais à croire que tu ne m’appellerais jamais. Sais-tu qu’il est… 6 heures du matin, ici à Baltimore ?

 

Aie, le professeur Clark n’est donc pas à Londres, mais à Baltimore.

 

— Je n’avais pas prévu de le faire. Navrée pour le réveil matinal, je m’excuse sans grande conviction.

 

Même Taylor est hilare. Elle saisit mon journal de petites annonces pour faire genre qu’elle n’est pas là, mais je sais très bien qu’elle écoute tout.

 

— Tu n’es pas désolée, renchérit une voix rauque encore ensommeillée. Alors, dis-moi, maintenant que je suis réveillé, qu’est-ce qui t’a décidé ? Dante t’a enfin laissé tomber ?

 

C’est plus fort que moi, cet accent me fait sourire.

 

— Dante ne me laisse jamais tomber, c’est moi qui l’ai abandonné pour le coup.

 

— Intéressant.

 

À l’autre bout de l’océan Atlantique, j’entends Tyler bâiller. Qu’il est dur de supporter de la drague minable à six heures du matin. Ces Américains sont coriaces lorsqu’ils le veulent.

 

— Un certain Historien et Professeur va bientôt revenir pour à l’université de Lettres et d’histoire pour donner une conférence sur l’écriture, l’amour et les Grands Hommes. Il aimerait bien qu’une Anglaise amoureuse des beaux mots accepte de le suivre pour un diner. Crois-tu qu’elle accepterait ?

 

Je ne cache pas ma surprise face à son rentre-dedans. On ne peut pas dire qu’il n’y va pas par quatre chemins. Tyler Clark doit être un homme comme ça, qui ne perd pas son temps en broutilles. Lorsqu’il a envie de quelque chose, il en fait la demande. Apparemment, voir une jeune Anglaise à un café, lire un poète méconnu de beaucoup, l’a autant tapé dans l’œil que si je m’étais trémoussée contre lui lors d’une soirée en discothèque.

Chacun ses trucs pour fantasmer.

Mais ce côté un peu vieux jeu, qui n’est pas de son âge non plus, me plait. Il a beau avoir trente ans et moi vingt, intéresser un homme plus « âgé », commence à drôlement me plaire. Au fond de moi, je me sens… particulière, et ça faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti ça en l’espace de quelque seconde.

 

— Tu aurais une place au premier rang pour moi ? je tente.

 

J’en ai eu deux.

Tyler m’a demandé mon adresse mail pour me faire parvenir les coordonnées et les horaires de sa conférence. J’ai reçu dans la foulée son emploi du temps, avec ces temps libres surlignés en rouge. Ainsi que les dates de ses congés, comme si j’étais sa secrétaire. J’ai trouvé le geste amusant, il me livrait tout de lui en l’espace de quelques photocopies.

Il m’a enregistré dans son portable et m’a promis de m’appeler dès qu’il foulerait le sol anglais. Et je l’ai cru.

Tyler m’a souhaité une belle journée avant de raccrocher. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite que je souriais comme une enfant. Mais en effet, j’avais dessiné sur mon visage un magnifique sourire qui n’a pas échappé à Taylor, face à moi qui se rongeais les ongles d’impatience.

J’ai posé mon téléphone à mon tour en la dévisageant avec un air un peu sérieux.

 

— Je te déteste, je déclare d’une voix amusée.

 

— Non, tu m’aimes, renchérit-elle en gloussant.

 

Je lève les yeux au ciel en soupirant. J’admets que cette conversation était plutôt sympathique même si elle va me couter un bras en hors forfait.

Le serveur arrive avec une deuxième tourné de jus de fruit frais, je le paie de suite pour être tranquille. Lorsqu’il disparait avec le numéro de Taylor au dos du ticket, ma copine pose une main affectueuse sur les miennes pour capter mon attention. Je la dévisage, son beau visage encadré par ses cheveux blonds.

 

— Aubrey ?

 

— Oui ?

 

Taylor me sourit avec cet air presque compatissant, c’est étrange. Elle ne m’a pas regardé ainsi depuis bien longtemps. Qu’est-ce qu’il peut bien se passer dans sa tête ?

 

— Ça fait du bien de se sentir vivante pas vrai ? lance-t-elle avec sincérité.

 

Je me fige un instant en fronçant les sourcils.

 

— Pardon ?

 

Ses doigts se resserrent sur les miens. Je sens l’atmosphère entre nous se chargé en tension, comme si ce qu’elle s’apprêtait à me dire n’allait pas me plaire.

Je n’aime pas ce genre d’impression, elles me rappellent trop des conversations que j’ai eues auparavant et qui m’ont profondément blessée.

 

— Tu sais très bien ce que je veux dire, poursuit Taylor avec douceur. Logan t’a peut-être brisé le cœur, mais ce type, il t’a fait sourire, comme aucun coup d’un soir ne l’a fait avant ça. Depuis deux ans, c’est la première fois que tu te comportes comme ça. Si j’étais toi, je profiterais de ce qu’il a donné. Logan n’est pas là, Logan ne sera plus jamais le même, et tu as changé.

 

J’ai changé.

Même si j’en ai conscience, l’entendre dans la bouche d’une autre personne rend les choses assez étranges. Tellement que j’en reste sans voix en la dévisageant comme si elle était un ovni. Pourtant, ce que mon amie vient de dire est la stricte vérité.

 

— Profite ma belle, il peut peut-être te faire oublier Crowley, et crois-moi, ton petit cœur en a bien besoin.

 

Puis Taylor m’a souri avant de commander une tarde aux pommes au beau serveur pour sans doute récupérer son numéro à lui, elle n’aime pas les pâtisseries.

J’aurais aimé être de son avis, sincèrement, j’aurais aimé croire qu’il suffit d’une autre rencontre pour effacer la précédente, mais Logan n’était pas simplement le fruit du hasard comme Tyler. Il était l’essence même de toute ma vie. Et il est beaucoup plus difficile de se remettre d’une opération à cœur ouvert plutôt que d’une simple égratignure.

 

 

***

 

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Je me suis rendue deux semaines plus tard à la conférence donnée par Tyler où je l’ai écouté faire une vraie ode à l’amour des mots. Tyler était un rêveur idéaliste de l’amour, sans doute plus amoureux lui-même des hommes dont il parlait que les femmes qui les avaient aimés.

Un jour, je lui ai demandé s’il était homosexuel, il a simplement souri en répondant que l’amour n’avait ni âge, ni sexe, ni religion. Et j’ai vibré par son esprit, ouvert sur le monde et les gens, à travers les époques. Il aurait pu être politicien, il aurait envouté les peuples par sa façon de parler. Tyler aimait faire ça. Partager ses connaissances avec les autres, leur révéler des anecdotes comme s’il leur confiait des secrets. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde durant son intervention et lorsqu’il nous a informés que c’était fini, j’étais presque déçue de ne pas en avoir plus.

Depuis notre précédente rencontre, il n’avait pas changé. Il avait toujours cette allure imposante et attirante. Ses cheveux courts blonds avec sa barbe mal rasée qui lui donne un air débraillé, mais sexy. Oui, cet homme était sexy, et j’étais moi-même étonnée de le remarquer. Je ne dévisageais plus les membres du sexe opposé avec une telle curiosité et une arrière-pensée depuis au moins mon entrée au lycée.

Avant il n’y avait que Logan dans mon esprit. Mais depuis qu’il avait disparu de ma vie, je commençais à découvrir autre chose. C’était aussi flippant que rassurant de voir, que petit à petit, après deux ans de combat, mon esprit s’intéressait à autre chose.

Mais jusqu’à quand Brey ? Jusqu’à quand le mal se terre ?

Tyler m’a souri lorsqu’il m’a vu, assise au premier rang avec mon regard admiratif. Tel un homme charmant, comme le font les anglais d’un rang un poil élevé, il m’a salué avec une classe oubliée qui m’a fait monter le rouge aux joues. Je pensais la galanterie morte, j’avais tort.

Tyler m’a invité dans un restaurant français pour fêter nos « retrouvailles », et j’ai passé une excellente soirée en sa compagnie où il a énormément parlé. On dit que ce sont les femmes les plus bavardes, Tyler Clark contredit ce cliché. Il a à peine touché à son assiette, et il n’a fait que de me parler de ce qu’il faisait, ce qu’il avait appris. On a débattu sur certains de ses grands hommes, en ne tombant pas toujours d’accord. J’étais une passionnée d’art, mais également de littérature, l’un ne va pas sans l’autre. Et je pense, que ça l’a amusé de trouver un adversaire qui pouvait ne serait-ce qu’un peu, lui arriver à la cheville.

Cet homme était passionnant, et il me passionnait. En une soirée, il m’avait fait voyager au-delà de mes propres pensées noires et sombres qui m’habitaient depuis le début de l’été.

Je n’avais pas songé à la crise qui se passait à la maison. Ma mère n’avait pas apprécié que je postule pour le poste au Planning familial. Ce qui me valait au moins une crise par jour avant que je n’aille prendre mes gardes là-bas. Mes sœurs n’étaient plus de mon côté depuis longtemps. J’avais tellement passé de temps à ne plus me préoccuper des autres, que je ne m’étais même pas rendu compte que Lexie fréquentait Leroy Crowley, le frère ainé de Logan. Katy avait été accepté dans un grand cabinet d’avocat, et avait enfin obtenu le rôle de préférée. Mon père ne me parlait plus tellement, sans doute par manque de moyens de m’atteindre. Mais finalement, je préférais vivre ainsi, en colocation avec mes proches, plutôt que d’essayer de rentrer de nouveau dans ce moule qui était trop grand pour moi. Une part de moi désirait sans doute ne pas se rapprocher de ma mère, elle appartenait encore trop à ce passé instable et douloureux pour moi. Elle me le rappelait lui, et je ne voulais pas apprendre des choses concernant Logan. Car, je redoutais ce moment où il reviendrait au cours d’une conversation. Je le voulais rangé dans ma boite. 

Le professeur Tyler Clark me faisait du bien. Taylor le confirmait, je souriais plus. Et même si durant notre premier « rendez-vous », je n’ai presque pas parlé de moi, et si le professeur Clark s’en est excusé en me raccompagnant chez moi, je lui étais reconnaissante de ne pas avoir été le centre d’attention. J’admirais cet homme, mais une petite voix dans ma tête ne cessait de me dire « qu’est-ce que tu pourrais apporter à un homme de trente ans bourré d’intelligence et passionnant, toi la nana surdouée qui a raté ses études comme une pauvre idiote, et qui vient de passer un an à faire la fête en changeant de lit tous les soirs ? ».

Je n’avais pas la réponse, et je ne comptais pas le dire à voix haute, parce que pour la première fois depuis le début de tout ça, j’avais honte de ne pas être à la hauteur d’un homme comme ça.

Je préférais le silence. Et pour le moment, cela avait convenu à Tyler parce que ce soir-là, c’est la première fois qu’il m’a embrassé. Et c’est comme ça que notre histoire a commencé. Un simple baiser dans la brise froide d’une nuit de début de juillet. Un contact doux et attentionné qui surprend. Et j’ai vibré comme je n’avais pas vibré depuis longtemps.

Depuis Logan.

 

 

***

 

Août 2012

 

Tyler est resté une bonne partie de l’été à Londres pour voir de sa famille apparemment. J’ai appris qu’il était à cinquante pourcent anglais par son père. Mais que sa mère était une Américaine pure souche qui ne souhaitait pas vivre autre part qu’à Baltimore. 

Ses parents se sont réellement aimés avant de comprendre qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre malgré l’amour qu’il éprouvait. Alors ils se sont séparés et depuis plus de vingt ans, leur fils fait l’aller-retour, Londres Baltimore régulièrement. D’abord pour la famille, puis par son boulot.

Et j’ai passé des semaines incroyables. Tyler m’a trainé dans tous les musées de la ville, bien que je les connaisse déjà, j’ai apprécié les redécouvrir avec lui.

J’ai été embauché au planning familial de Londres, où Evy, une femme d’une trentaine d’années me forme à ce métier d’écoute et d’aide. Je me sens utile, et les collègues sont assez sympa. Certaines sont bénévoles, d’autres, comme moi, non. Nous avons des permanences dans certains quartiers de la ville où nous recevons des gens qui sont dans le besoin.

 

— Aubrey ?

 

Je sors de mes pensées et repose l’exemplaire de Dante usé dans la bibliothèque de Tyler. Il en a une immense dans son séjour. Je commence à croire qu’il a deux vies. Une ici à Londres avec moi où il n’y a que la légèreté d’une relation, et une à Baltimore où il est peut-être marié avec deux enfants. Il faudra que je lui demande un de ses jours.

 

— Oui ?

 

Tyler s’approche de moi, un sourire illumine son expression. Son visage frôle le mien, son souffle caresse ma peau, et la seconde d’après, sa bouche se pose contre la mienne.

Il n’a pas besoin de me demander quoi que ce soit, j’ai compris. Il vient de rentrer de deux semaines de Baltimore où il donne quelques cours d’été dans l’université en prof vaquant.

Je dois reconnaitre qu’il m’a manqué, plus que je ne l’aurais cru. Logan n’est pas là quand lui l’est, et j’aime ce que Tyler offre sans retour, même si parfois, j’ai l’impression de me servir de lui comme une égoïste.

Nos lèvres se cherchent avidement, avec l’empressement de deux corps qui ne se sont pas touchés depuis deux semaines.

Tyler est passé me prendre juste après ma journée au Planning familial, je ne m’y attendais pas, et j’aime quand il me surprend.

L’Américain m’entraine dans sa chambre, où je termine debout devant son lit. Rapidement, nos vêtements disparaissent. Ma peau est remplacée par la chaleur de son corps lorsqu’il s’allonge sur moi.

Son regard clair ne cache rien de ce qu’il ressent à cet instant, le désir qui l’emporte bien souvent. Une nuit, quelques jours après que la barrière de nos vêtements soit tombée pour la première fois, Tyler m’a avoué qu’il ne comprenait pas quelque chose.

S’il se fichait des codes à respecter de notre société qui dictent ce qui est bien ou mal, il ne comprenait pas pourquoi il agissait si passionnément avec moi.

Lui qui se pensait homme de raison, il m’a révélé n’en avoir aucune avec moi, et que tant pis, il ferait avec.

Qu’est-ce qui fait d’un homme sage et réfléchi décide de ne plus se soucier de savoir expliquer ce qu’il lui arrive ou pas ? Est-on censé s’attacher si vite à un être sans connaitre les détails de sa vie. Parce que Tyler ignore encore tellement de choses à mon égard.

Ses mains froides caressent la pointe de mes seins, la chaleur nous gagne en même temps qu’un besoin pressant de se retrouver avant de prendre notre temps. C’est toujours comme ça entre nous. En un regard, un mot et une vanne, l’envie d’entendre seulement nos deux corps n’en faire qu’un.

Plus tard nous prendrons le temps, mais pas maintenant. Et ça, ça ne s’explique pas, ce besoin ardant.

Des frissons naissent sur ma peau, lorsque ses doigts s’aventurent plus beau et que nos lèvres se dévorent. Sa main se glisse entre mes cuisses, et se pose sur mon intimité, à un endroit bien précis qui me fait gémir de plaisir.

Avoir une relation avec un homme plus âgé rend les choses différentes de ce côté-là. Les années d’expérience ont gommé les débuts maladroits.

 

— Aubrey, chuchote l’américain avec son accent.

 

Il me fait sourire, à prononcer mon prénom comme ça, sans vouloir rien dire d’autre après.

 

— Tyler, je me contente de murmurer contre ses lèvres en glissant une jambe plus haute sur sa hanche.

 

Comme une invitation silencieuse à sceller nos retrouvailles. 

Mais sa main poursuit son manège. Ses doigts caressent mon sexe, ils trouvent le centre de la cible, le point important chez une femme. Je tremble alors que des spasmes de plaisir depuis mon clitoris viennent s’échouer dans mon ventre. Ma respiration devient haletante au fur et à mesure que son toucher se fait plus pressant.

 

— Je t’ai manqué, me demande-t-il en mordillant mon oreille.

 

— Oui, je souffle.

 

Et c’est sincère.

J’attire son visage pour l’embrasser de nouveau alors que l’américain continue d’attiser le feu entre nous. Je remue sous son corps qui pèse sur le mien. L’atmosphère est gorgée par l’excitation douce et brûlante. Mon cœur s’emballe alors que je sens mon intimité se contracter dans le vide dans l’attente de plus.

Le seul homme que j’ai désiré à ce point ne m’a jamais donné ça, et depuis mes histoires sans lendemain, je n’ai jamais apprécié une telle intimité qu’avec Tyler.

 

— Viens, je le presse.

 

Et c’est ce qu’il fait. Tyler s’écarte le temps d’attraper ce qu’il lui faut dans sa table de chevet en bois. Il en sort un préservatif qu’il déroule d’une main experte sur son sexe.

Je le regarde faire avec curiosité et envie. L’Américain revient se placer entre mes cuisses, ses bras se glissent sous moi, il me serre contre lui. Son érection se place à l’entrée de mon intimité, et langoureusement, il se glisse en moi.

L’air manque à mes poumons alors qu’il commence à balancer en rythme ses hanches, allant et venant en moi avec passion et envie. Je me laisse aller, je savoure chaque sensation de frottement et d’empalement qui m’attise un peu plus.

Faire l’amour avec un homme comme Tyler, c’est chuter dans le vide lentement, en ayant le temps d’en apprécier chaque seconde avant l’atterrissage.

Le silence de la chambre ne me dérange pas, je préfère nettement les bruits de deux corps qui s’aiment, des gémissements étouffés, du son de deux bouches qui s’embrassent et de peau qui se frôlent que les mots.

Je ferme les yeux et m’accroche à Tyler alors qu’il se fond en moi. J’ai toujours cet instant où mon cœur se serre en comprenant que cette intimité-là, Logan ne me l’offrira jamais.

Pourtant, juste après l’amour, dans le calme d’une pièce où le plaisir a atteint son paroxysme, je me laisse toujours aller à penser ce que ça aurait pu donner. Deux êtres s’aimant avec autant de force et de passion, qu’est-ce que cet acte physique qui peut tout et ne rien dire pourrait donner. Je pense toujours à Logan durant un bref instant, à la douceur dont il pourrait faire preuve et à la possessivité qui le caractérise certaines fois.

Tyler embrasse la base de mon cou alors que son rythme s’accélère, me tirant de mes pensées sombres qui n’ont pas leur place. Il sait me ramener à la réalité lorsque je déraille. Comme s’il sentait que je n’étais plus avec lui.

Ma main se glisse dans ses cheveux blonds, mes jambes se nouent autour de sa taille, et je lui donne ce qu’il désire. Je lui offre cette partie de moi, à défaut d’une autre.

Son sexe vient se frotter contre une zone sensible de mon intimité, je sens la chaleur m’envahir, celle qui n’annonce que du bon.

Tyler sourit contre ma joue en chuchotant :

 

— Laisse-toi aller.

 

Et c’est ce que je fais, mon cœur s’emballe à la seconde où mon amant fait éclater cette étreinte en million de feux d’artifice.

Le plaisir chasse la douleur du cœur. Même si cela ne dure que quelques instants.

L’amour n’était pas si loin.

 

 

AMHELIIE

Commentaires

Pwa c'est dur quand même
J'éprouve beaucoup de peine pour elle
Très beau chapitre, vraiment bien écrit

Écrit par : Jus tine | 11/01/2017

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J'adore cette nonchalance dans l'ecriture ... mais cette douleur sous jacente .... dur dur

Écrit par : Dioukette | 12/01/2017

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